Moonlight – Barry Jenkins

(8/10) Pour une fois depuis quelque temps sur le blog, écartons-nous des films d’animation pour parler de Moonlight, qui retrace l’évolution d’un jeune garçon en trois moments clés de sa vie. Ces points de non-retour, ces tournants qui bousculent une trajectoire et qui sont parfois si difficiles à déterminer avec précision. Un film dont le spot est aussi bref que simple : c’est un destin ordinaire, mais auquel on rend ici un très bel hommage.

Surtout, le film évite la sur-dramatisation, qui lui aurait certes donné un rythme différent, plus soutenu, mais cela l’aurait aussi fait tomber dans des ressorts narratifs éprouvés et ronflants par la répétition. La vie du jeune Chiron n’est déjà pas facile – inutile d’en rajouter. Entre violence de sa classe sociale, la racisation de ses origines, de sa peau, du rejet et de la dépendance de sa mère, des brimades que sa sexualité supposée – car il ne l’affirmera qu’à la toute fin – lui provoquent. Continue Reading

Si tu tends l’oreille – Yoshifumi Kondo

(9/10 ❤) Unique film du réalisateur, ayant déjà travaillé sur plusieurs longs métrages du studio Ghibli, parmi les meilleurs d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki (Le tombeau des lucioles, Princess Mononoke, Pompoko, Porco Rosso), Yoshifumi Kondo nous livre dans Si tu tends l’oreille une histoire très touchante et maîtrisée. C’est un film qui entre parfaitement dans l’ambiance du studio sans pour autant en être un simili désuet. Ses qualités sont pluriels : son équilibre, la délicatesse du récit, son onirisme, sa douceur, le sourire qu’il vous laisse sur la fin. 

Pour avoir vus les films dans un ordre non chronologique, j’ai été ainsi surprise d’y voir dans les statues des chats, le chara-design des protagonistes du Royaume des chats de Hiroyuki Morita. J’ai finalement appris que ce dernier a été réalisé sept ans plus tard, en reprenant volontairement certains des personnages comme protagonistes, offrant ainsi, si ce n’est vraiment une suite, en tout cas un très bel hommage à l’oeuvre du talentueux Yoshifumi Kondo. Continue Reading

Bilan culture de Février 2017

C’est un euphémisme que de vous dire : je suis en retard. Quatorze jours après le début de ce mois, je n’ai pas encore fait le point du mois de Février 2017. Et pour cause (et c’est celle qu’on retiendra, n’est-ce pas), le mois fut riche en découvertes ! De superbes expositions, des lectures enrichissantes et prometteuses, il n’y a encore que le théâtre, encore à la traîne et qui me fout le cafard. Ce début d’année, je crois avoir le chic de ne pas savoir choisir ce qu’il me faut voir sur les planches ! Mais je ne désespère pas : je vaincrai la poisse qui pour l’instant me colle un peu trop près à la peau.

Pour l’instant, faisons le bilan de ce fameux mois de Février !

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Monthly Best Of Culture

Février 2017

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#1 – Poissons en eaux troubles de Susumu Katsumata 

Catégorie : Manga

J’ai dévoré ce recueil de nouvelles. Les thèmes sont pluriels et très riches : la vie des travailleurs dans le nucléaire (mes préférées) qui offrent un regard éclairant sur ces métiers méconnus, que l’on sait exister mais dont on ignore tout des dangers, de l’inhumanité des conditions dans lesquelles ils travaillent et du risque incommensurable qu’ils prennent. Ses nouvelles fantastiques autour des créatures légendaires nippones, les kappas et les tanukis, sont perlées d’humour, de dérision surtout, qui offre un tableau en demi-teinte passionnant. Très efficace dans la construction du récit. Quant à celles qui se révèlent plus intimistes, qui font référence à l’enfance de l’auteur, ce sont peut-être les moins faciles à aborder. Le dessin m’a fait penser à celui de Mes voisins les Yamada de Hisaishi Ishii ainsi que la façon d’apporter de l’humour au récit. J’ai beaucoup aimé la finesse de ses récits, et sa façon de dire beaucoup avec simplicité.

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#2 – L’Afrique des Routes, au Quai Branly

Catégorie : Exposition

Comme je viens d’en parler ici tout récemment, je ne vais pas m’étendre dessus. L’exposition est très vaste et ambitieuse, assez bien agencée pour rendre la visite agréable. Surtout, elle est dense et passionnante, tout en étant pédagogique et intéressante. On en apprend beaucoup sur ce continent méconnu. C’est une réelle invitation à explorer son historique, sa géographie, sa politique, les influences qu’elle a eu sur le monde et celles qui l’ont fait évoluer, les circulations d’hommes, d’objets, de cultures, d’armes, etc., qui l’ont parcouru. A découvrir !

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#3 – Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo

Catégorie : Film

Pour ne pas perdre mes bonnes habitudes prises en 2016, je continue à explorer l’infini panorama de films d’animation – notamment japonais. J’ai été particulièrement ravie de découvrir celui-ci : un film d’animation d’apparence sans prétention mais qui, en fait, est bien équilibré, que ce soit pour l’histoire, l’animation, la romance, la part fantastique, la poésie, la musique, les personnages, l’imagerie, la délicatesse du récit, etc. Pour son unique film en tant que réalisateur, Yoshifumi Kondo offre un plaisir visuel qui revigore, réchauffe le coeur. J’aime beaucoup.

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Les très bonnes surprises :

Catégorie livres :

  • L’expédition de Monica Kristensen
  • Tokyo infra-ordinaire de Jacques Roubaud

Catégorie films :

  • Moonlight de Barry Jenkins
  • Ponyo sur la falaise de Hayao Miyazaki
  • Le conte de la Princesse Kaguya d’Isao Takahata

Les bonnes découvertes :

Catégorie livres :

  • La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con de Sarah Sauquet
  • Au commencement du 7e jour de Luc Lang

Catégorie films :

  • Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurasawa

Catégorie expositions :

  • L’école du Bauhaus au musée Les Arts Décoratifs
  • Tenue correcte exigée, quand la mode fait scandale au musée Les Arts Décoratifs
  • L’exposition « L’écran japonais » et la collection permanente de la Cinémathèque (Bercy)
  • Cy Twombly au Centre Pompidou

Les mauvais élèves :

Catégorie films :

  • La colline aux coquelicots de Golo Miyazaki
  • Rogue One : a Star Wars Story de Gareth Edwards

Catégorie théâtre :

  • Faust de Johann Wolfgang van Goethe, mis en scène par Roman Rivière au Théâtre Ranelagh

Chroniqués ce mois-ci

Des expositions en bref – Février 2017

Comme l’hiver est bien entamé, j’ai décidé de me remettre à voir à quoi ressemble Paris. J’ai donc eu l’occasion de retourner dans les musées et d’en découvrir deux nouveaux où je n’avais encore jamais mis les pieds : les Arts Décoratifs et la Cinémathèque (sauf pour la librairie de cette dernière – géniale). C’est étonnant, comme d’un coup Paris reprend forme, devient un lieu unique où on peut s’émerveiller, découvrir, apprendre, être surpris. Chaque début d’année, je ressens la même sensation de bien être qu’étrangement j’oublie en fin d’année où j’ai plutôt l’habitude d’hiberner – et de détester cette ville de métros puants, de gens pressés et de mauvais temps.

Mais heureusement, février est arrivé !

Au menu du jour :

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En quête de l’Etranger – Alice Kaplan

(9/10) Ce fut une des plus belles surprises du Grand Prix des Lectrices ELLE 2017. En quête de l’Etranger me serait sans doute passé sous le nez sans ce prix littéraire, du coup je remercie vraiment les équipes du magazine et les lectrices du jury qui l’ont présélectionné pour m’avoir donné l’opportunité de le découvrir. En quête de l’Etranger retrace la vie – de la création à sa publication et ses répercussions jusqu’à aujourd’hui – du chef d’œuvre d’Albert Camus L’Etranger. Alice Kaplan nous propose une approche originale, qui est de s’intéresser, non pas à la biographie de l’auteur, mais à celle de l’œuvre, qui y est bien sûr étroitement attachée.

Le scope de cette biographie est ainsi large, puisque, du processus de création à celui de la publication, il y est aussi question de sa diffusion dans le monde ; de sa réception dans le monde littéraire ou universitaire, en France comme à l’étranger ; des différentes traductions qui en ont été faites (comme par exemple, les deux titres anglo-saxons « The Outsider » et « The Strangers) ; de ses adaptations (par exemple le film réalisé par Luchino Visconti) ; et des influences qu’elle a eues (ainsi la chanson « Killing an arab » chanté par The Cure). Un tour d’horizons pluriel et enrichi d’extraits de correspondances, de critiques, d’articles de presse, etc.. Continue Reading

La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con – Sarah Sauquet

Je tiens à remercier les éditions Eyrolles pour m’avoir contacté et proposé de découvrir le coaching littéraire pour séduire en 7 étapes, composé par Sarah Sauquet, créatrice de la très chouette application « Un texte, un jour ».

Si je n’ai jamais été jusque-là attirée par les guides de bien être, quels qu’ils soient et malgré l’effet cocooning très plaisant qu’ils procurent, j’étais surtout curieuse par sa créatrice et par le principe de ce « Coaching littéraire pour séduire en 7 étapes » : se baser sur l’expérience des héros littéraires pour en ressortir des tendances et des conseils de séduction, l’idée était très amusante. Y retrouver des œuvres classiques que je n’aurais pas forcément encore lus a fini de me convaincre. Le ton léger et parfois plein d’humour le rend d’ailleurs agréable à lire. Du coup, c’était plutôt bien parti !

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« Une lutte sans trêve » : l’appel à la solidarité internationale d’Angela Davis

Une lutte sans trêve
Recueil de discours et entretiens d’Angela Davis
Textes assemblés par Frank Barat
Traduit de l’anglais par Frédérique Popet
Publié aux éditions La Fabrique, 2016
184p, 15€ PF broché

Sur le site de l’éditeur


« Quels sont les points communs entre l’industrie militaro-carcérale américaine, l’apartheid en Israël-Palestine, les mobilisations de Ferguson, Tahrir et Taksim ? Qu’est-ce que l’expérience des Black Panthers et du féminisme noir nous dit des rapports actuels entre les oppressions spécifiques et l’impérialisme ?

Témoin et actrice de luttes de libération pendant plus d’un demi-siècle, Angela Davis s’exprime ici sur l’articulation de ces différents combats, pour une nouvelle génération saisie par l’urgence de la solidarité internationale. »

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Bilan culture de Janvier 2017

Bonne année du Coq de Feu ! Je ne sais pas si vous avez jeté un œil sur les horoscopes relatifs à cette nouvelle année du calendrier asiatique, mais il semble que 2017 soit vouée à être de bon augure. C’est en tout cas tous mes vœux que je vous adresse !

Comme annoncé dans un de mes bilans annuels de l’année 2016, j’ai décidé de changer un peu de formule pour le bilan mensuel. L’année dernière, j’ai complètement laissé de côté le cinéma, me concentrant uniquement sur un bilan mensuel littéraire. En 2017, j’aimerais faire revenir un peu plus le 7e art sur le devant du blog.

De fait, je vais reprendre de l’idée de mon « Monthly Best Of Books », sauf que le Top 3 concernera dorénavant les trois découvertes culturelles que j’aurais préférées au cours du mois. Et quand je parle de culture, c’est autant pour évoquer les livres, les bandes dessinées de toutes sortes, les films mais aussi pour y inclure les pièces de théâtre et les expositions – ces deux dernières catégories étant un challenge personnel que je souhaite me fixer en 2017 pour diversifier un peu plus le blog !

Sans plus tarder, attaquons donc le premier bilan culturel de 2017…


The Monthly Best Of Culture
Janvier 2017

Autant dire que cette année commence définitivement bien, mais que, sans surprise, mes coups de cœur sont essentiellement des livres, dont deux sont des essais que je vous recommande vivement.

#1 – Watership Down de Richard Adams (10/10)
Catégorie : Roman
Qui aurait cru qu’une histoire jeunesse autour de lapins allait autant me plaire ? Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une simple épopée, le roman est un OVNI littéraire inclassable, mais brillantissime, qui m’a clairement donné envie d’explorer un peu plus la bibliographie de cet auteur anglais !
>>> Lire ma chronique

#2 – Une lutte sans trêve d’Angéla Davis (10/10)
Catégorie : Essai
C’est difficile de résumer ce recueil de discours prononcés par Angéla Davis. C’est le deuxième recueil que je lis de ses interventions, et je suis encore une fois étonnée de toutes les questions qu’elle m’inspire sur notre société. J’aime tout particulièrement ses pistes de réflexion sur le système pénitentiaire, sur son appel à continuer les luttes, pour la liberté et l’égalité, la paix sociale et internationale. Elle montre à travers ces textes l’importance d’envisager l’intersectionnalité de ces dernières. Encore une fois, ce fut passionnant et enrichissant. Je recommande vivement.

#3 – En quête de L’Etranger d’Alice Kaplan (9/10)
Catégorie : Biographie
S’il s’agit d’une biographie, Alice Kaplan nous propose cette fois de découvrir la biographie du chef d’œuvre d’Albert Camus. On ne découvre ainsi pas seulement la vie de l’auteur, à travers les reflets que l’œuvre projette de lui, mais plutôt comment l’auteur, de par sa vie, ses expériences, ses réflexions, en est venu à écrire L’Etranger. Quelle est le processus de création qui a mené à la publication d’un monument littéraire ? Et une fois le livre terminé, comment a-t-il réussi à passer toutes les épreuves de la censure pour être publiée en pleine Occupation ? Comment a-t-il été reçu non seulement en France, mais également à L’Etranger ? Existe-t-il une grille de lecture unique et universelle d’une œuvre ? C’est un travail passionnant, écrit avec habilité et fluidité, et extrêmement bien documenté.

Les bonnes surprises :

Catégorie films :

  • Tout en haut du monde de Rémi Chayé (8/10)
  • Premier contact de Denis Villeneuve (8/10)

Catégorie livres :

  • Tropique de la violence de Nathacha Appanah (7/10)

Catégorie BD :

  • Le retour de la bondrée d’Aimee De Jongh (7/10)
  • Shangri-La de Mathiau Bablet (7/10) >>> Lire ma chronique

Les bonnes découvertes :

Catégorie films :

Les mauvais élèves :

Catégorie théâtre :

  • Vie et mort de H, Pique-assiette et souffre-douleur de Hanokh Levin, mise en scène de Clément Poirée, au Théâtre de la Tempête (5/10)

Catégorie films :

  • The Survivalist de Stephen Fingleton (4/10).

Chroniqués ce mois-ci :


Autres articles publiés :

Bilan Films de 2016

Bilan Livres et BD de 2016

 

Your name – Makoto Shinkai

(6/10) Dans la continuité de l’année dernière, je suis allée voir un nouveau film d’animation, encore une fois venu du Japon, Your Name. Il s’agit d’un film attendrissant et divertissant, qui charme par sa simplicité, sa légèreté et sa dose de drame.

Le postulat de départ est en effet assez cocasse : un garçon et une fille qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, vivant dans des régions différentes du Japon et sans s’être jamais rencontrés, vont se voir soudain plongé dans la vie de l’autre en empruntant, certaines journées, le corps de ce/tte dernier/ère. On pourra évidemment penser au film Freaky Friday de Mark Waters ou encore au manga Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi, Your Name est un mélange des deux, puisque il met en scène à la fois l’aspect comique de la situation tout en n’oubliant pas une certaine dramatisation – que je vous laisserai découvrir en allant voir le film, bien sûr.  Continue Reading

Shangri-la – Mathieu Bablet

(8/10) J’avais beaucoup apprécié découvrir Mathieu Bablet à travers Adrastée et La belle mort. J’avais surtout été charmée par son style, sa maîtrise de la perspective et la physionomie de ses personnages. Ses univers sont toujours appétissants et ses thèmes intéressants, toutefois ses bandes dessinées manquaient encore de finition, avec un scénario prometteur mais qui tombait parfois dans la facilité (notamment pour La belle mort). Shangri-la est quant à elle un condensé des qualités de ces deux œuvres. Graphiquement superbe, avec une ambiance qui prend le lecteur dès les premières planches, elle déborde d’ambition. Continue Reading