BD / Manga / Comics·Les Coups de Coeur

Beastars (tomes 1 à 4) de Paru Itagaki

Beastars, tomes 1 à 4 (Série en cours)
Ecrit & mis en scène par Paru Itagaki
Publié en France par Ki-oon, 2019
Japon, Manga
School life, société
6.90€ par tome (broché petit format)


LES COUPS DE COEUR !


Résumé : « A l’institut Cherryton, herbivores et carnivores vivent dans une harmonie orchestrée en détail. La consommation de viande est interdite, les dortoirs sont séparés, tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quand cependant le cadavre de l’alpaga Tem est retrouvé déchiqueté sur le campus, les méfiances ancestrales refont surface, faisant de chaque carnivore un suspect potentiel.
Legoshi se retrouve ainsi la cible de toutes les suspicions. Ayant été proche de Tem et le dernier à l’avoir vu en vie, il est surtout un loup. Pourtant, sensible et timide, il fait son possible pour réprimer ses instincts. Hélas, ses efforts sont vains face au vent de discrimination qui souffle sur le pensionnat…
Le seul qui pourra apaiser ce climat de terreur serait le Beastar, leader de l’école. Les candidats se préparent, les élections approchent, l’enjeu est de taille, tandis que le favori en lice, Louis, est un cerf bien décidé à remettre les carnivores à leur place.
Allégorie frappante de notre société, Beastars renverse toutes les conventions. Quand l’herbivore fait preuve d’une ambition carnassière, le loup devient le paria… Au coeur de jeux de pouvoir impitoyables, jusqu’où peut-on refouler sa vraie nature?


Un des débuts de séries les plus enthousiasmants de 2019 ! BEASTARS se déroule dans un monde où les herbivores et les carnivores, personnages anthropomorphes, vivent en paix. Une paix somme toute relative car, malgré tout le dispositif mis en place pour permettre à chacun de se fréquenter et réfréner son instinct, les peurs primales et les préjugés demeurent une frontière difficile à franchir.

Dans la construction de son univers, l’autrice n’a pas lésigné sur les menus détails. Par exemple, l’alimentation des carnivores est spécialement adaptée pour combler l’absence de viandes animales, hormis les œufs non fécondés ou produits laitiers. Ceux-ci sont même issus des poules du lycée qui cherchent, par ce biais, à se faire un peu d’argent de côté. Tous les animaux doivent pendant une heure par semaine se réunir par espèce dans des pièces spécialement conçues pour reproduire leur état naturel. Dans l’internat, les herbivores et les carnivores vivent dans des dortoirs séparés, bien qu’ils suivent des cours communs. Etc.

Paru Itagaki va jusqu’à introduire l’existence d’un marché noir en marge de la société, où les carnivores peuvent se procurer en secret de la viande, ce qui est autrement interdit. Et où on retrouve également des herbivores extrêmement pauvres vendret eux-mêmes une partie de leur chair aux carnivores contre de l’argent pour survivre. Autre exemple, on peut également y acheter des flacons de sang animal, qui sont l’équivalent pour les carnivores à de la drogue ou de la doppe, renforçant de manière momentanée leur attribut physique.

L’histoire commence quand un jeune alpaga se fait assassiner. Immédiatement, les soupçons vont se porter sur le loup dont le caractère particulier et introverti et l’amitié curieuse avec la victime sont immédiatement vus comme suspects. A de nombreuses reprises au fil des tomes, on comprend que la paix mise en place n’a pas effacé les clivages séparant herbivores et carnivores, qu’il réside un enjeu de pouvoir et de domination qui codifient et biaisent malgré eux leur comportement et leur relation.

L’occasion parfaite pour l’autrice de faire ainsi un jeu de miroir de notre société et dénoncer par la démonstration des comportements basés sur des injustices sociales basées sur des critères factices mais ancrées profondément dans leurs moeurs. A travers ce monde anthropomorphe, l’autrice dresse donc un portrait acerbe et sombre de notre société en exacerbant notamment les rapports de domination, vus autant du côté des dominés que des dominants, mais qui va bien loin de la simple opposition animale. J’y vois notamment un certain féminisme intersectionnel, mettant en exergue justement la domination patriarcale, sociale et raciste de notre société.

Derrière la douceur apparente du trait, cette légèreté, ces petits coups de crayon qui animent les personnages d’un dynamisme et d’un charisme assez fou, le sous-texte est foisonnant et donc loin d’être naïf ou même innocent. Tout en parlant de l’adolescence, des premiers émois amoureux, de la volonté de grandir et de prouver sa valeur, de la quête de soi et de reconnaissance, l’autrice parle aussi et surtout de la violence de certaines relations sociales qui outrepassent le récit adolescent et transcendent les générations et les genres.

C’est un début magistral qui promet une œuvre complète, complexe et magnifique. En tout cas, ces quatre premiers tomes démontrent déjà d’une grande maîtrise de l’autrice dont j’attends des merveilles. Je suis hyppée au possible pour continuer cette série dont la longueur m’étonne, et je demande du coup à voir ce qu’elle va proposer au fil du récit. Clairement, c’est une affaire à suivre !

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Colonies de Laurent Genefort

Colonies 
Écrit par Laurent Genefort 
Publié aux éditions Le Belial’ 
Sorti en 2019 
Recueil de nouvelles, Space Opera 
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES DECOUVERTES


Rien de mieux que de découvrir un nouvel auteur à travers un recueil de nouvelles. Cela se lit plus rapidement qu’un roman et ne demande pas la même implication du lecteur, cela permet également de s’aérer de la lecture régulièrement et d’avoir plusieurs échantillons de ce que l’auteur peut proposer. En plus, écrire des textes aussi courts n’est pas un exercice littéraire si simple en soi, car il faut réussir à proposer aux lecteurs un contexte, une intrigue, des personnages et des thèmes cohérents qui permettent de les embarquer dès les toutes premières pages (voire les toutes premières lignes). Et c’est justement la force principale de ce recueil dont chacune des nouvelles aura su me faire plonger dans son univers.  

Résumé : « « Je me souviens de mon premier pas sur Opulence, au pied de la rampe du vaisseau, quand j’ai cru avoir écrasé un caillou et que le caillou saignait sur la mousse ; des larmes coulaient sur les joues de ma mère ; j’ai pensé que c’était à cause du caillou. » Dix récits. Dix histoires de colonies futures, planétaires ou spatiales. Et huit lettres pour un mot qui porte en lui l’essence du space opera. Que Laurent Genefort revisite en maître via la multipolarité de son sujet : l’imaginaire colonial, l’idéologie coloniale, l’aventure coloniale, les horreurs coloniales… La nature humaine sous l’éclairage de soleils exotiques et lointains, en somme. Le cœur battant de la science-fiction.« 

A travers plusieurs indices disséminés dans les nouvelles, on comprend que l’unité du recueil vient non seulement de son sujet (la colonisation de l’espace par l’être humain) mais également du fait qu’elles se déroulent toutes dans un univers commun, créé par l’auteur dans un autre de ses romans. Ces indices sont glissés de façon suffisamment naturel pour être anecdotique, d’autant plus que les nouvelles n’ont, sinon, rien à voir entre elles: autant les lieux, le genre littéraire (comme l’intrigue policière dans Le Jardin des Mélodies voir thriller avec L‘Homme qui n’existait plus) , les intrigues et les personnages sont différents. Mais tous font l’objet d’un dénominateur commun : notre impact dans un monde colonisé, notamment sur l’environnement (par exemple dans la nouvelle Le dernier Salinkar), les conséquences d’une rupture d’échanges commerciaux et migratoires dans des systèmes cloisonnés aux conditions de vie complexes (là on peut citer les nouvelles T’ien-Keou et Le Bris).

La force de ce recueil, c’est de vous entraîner dans chaque histoire avec une facilité étonnante, en quelques paragraphes à peine alors que les nouvelles sont très courtes pour la majorité. Laurent Genefort arrive à créer tout de suite une connivence entre le lecteur et le récit qui nous fait atterrir directement dans le décors, le contexte, et aux côtés des personnages. L’action est au rendez-vous sans être pour autant uniquement frénétique.

Petit bémol personnel toutefois sur le fait que cela reste majoritairement un univers masculin, où les réflexions envers les personnages féminins (pour le peu qu’il y en ait) sont plutôt négatives. Elles les ramènent soit à leur corps soit à leur position d’infériorité sociale, ne serait-ce que dans les statuts qu’elles occupent. Alors certes, c’est peut-être volontairement mis dans le caractère et psychologie des personnages, mais comme il n’y a pas non plus de contrebalance, cela reste pour moi un défaut. Et il n’y a pas non plus, beaucoup de diversité dans la typologie de personnages. Ceux-ci restent dans l’ensemble assez indifférenciables, en fait.

Malgré tout, j’ai quand même apprécié une grande partie de ces nouvelles, en particulier les premières du recueil. On voit qu’il y a des influences et des références à d’autres œuvres, mais l’auteur arrive dans tous les cas à apporter une petite étincelle personnelle. C’est une entrée en matière assez douce du space opera, genre que, personnellement, je ne connais quasiment pas ou si peu. J’aimerais beaucoup lire le roman dans lequel cet univers se déroule, dont le principe de portes ancestrales qui connectent des parties de l’univers à d’autres ne peut que me faire penser en un sens au jeu Mass Effect ou encore à la série Stargate, et donc j’aimerais voir ce qu’il en est réellement !  

Chroniques cinéma·Les bonnes surprises

Shin Godzilla de Hideaki Anno et Shinji Higuchi

Shin Godzilla
Scénarisé par Hideaki Anno
Réalisé par Hideaki Anno et Shinji Higuchi
Interprété par Hiroki Hasegawa, Yukata Takenouchi, Satomi Ishihara…
Sorti en 2016
Film de Kaiju, fantastique


LES BONNES SURPRISES


Après l’adaptation de 2014 par le réalisateur américain Gareth Edwards, le Japon a remis le couvert à son tour et a proposé en 2016 pour une 31e fois sa vision du monstre venu des océans. L’occasion d’observer par le biais de ces deux films l’approche très différente entre le cinéma américain et japonais d’une même histoire. 

Résumé :  » Un raz de marée inonde une partie de la côte de Tokyo. Après avoir pensé qu’il s’agissait d’une catastrophe naturelle, les scientifiques se rendent compte que le responsable de ce désastre n’est autre que Godzilla, une créature géante prête à tout détruire sur son passage.  »  

Conséquence de l’activité humaine et du nucléaire, la créature marine, à l’origine de Godzilla, a évolué en ce monstre géant, colérique, violent et explosif. Dans Shin Godzilla, le réalisateur a d’aillleurs fait le choix de montrer justement une partie de cette évolution. C’est d’ailleurs assez étonnant de la voir apparaître au début, donnant l’impression d’être revenue aux premières heures des effets spéciaux, semble décalé de son temps, et petit à petit subir des métamorphoses à chaque stade d’évolution pour finir par devenir le monstre charismatique, aujourd’hui iconique.

Le premier film Godzilla date des années 50, peu de temps finalement après la Seconde Guerre Mondiale et l’incident du Lucky Dragon, période où les conséquences des bombes atomiques étaient encore un sujet tabou, peu importe de quel côté de l’océan on se trouve. Il n’est donc pas si étonnant de voir la créature personnifier les armes nucléaires, raser des villes entières du Japon, et que soit ainsi abordé, de manière détournée, le drame vécu par les japonais. De fait, le postulat pris dans l’adaptation américaine de 2014, où l’origine de Godzilla est complètement réécrite pour devenir un monstre légendaire venu des fonds des océans pour sauver l’humanité (d’autant plus américaine), renforce d’autant plus l’écart d’approche entre les deux pays. S’il garde ses origines nucléaires, la version japonaise fait également évoluer sa créature. En 2016, Shin Godzilla n’évoque plus tellement la Seconde Guerre Mondiale, mais plutôt des tragédies plus récentes, dont notamment la catastrophe nucléaire de 2011.

Cela est révélateur du genre auquel ces films appartiennent en fin de compte. Ils sont certes tous les deux des films de monstre, et de kaijus en particulier, mais le traitement est radicalement différent. L’adaptation américaine est un film catastrophe et d’action où l’héroïsme individuel est mis en exergue. Il a surtout une portée de divertissement en mettant l’accent sur l’émotion visuelle, travaillant la mise en scène du monstre et la perspective entre celui-ci, gigantesque, et les hommes dont seuls les actes peuvent les approcher du monstre.

Shin Godzilla suit la même lignée que le film original en étant un film de guerre qui parle surtout de la gestion politique de cette crise exceptionnelle et se révèle être une satire du gouvernement et une critique de la politique et de la société du pays, notamment en remettant en question la hiérarchisation par l’ancienneté, la tradition à outrance, la verticalité trop importante des infrastructures gouvernementales. La première partie du film sert principalement à démontrer (et démonter) l’inefficacité de ce système.

La version de 2016 comporte également sa part d’héroïsme, mais celui-ci résulte d’un effort collectif d’individualités tournées vers un même objectif. Cela se voit dans la façon dont le montage et l’écriture des personnages est fait. Si quelques personnages se démarquent, aucun n’est particulièrement mis en avant, ce qui a pour conséquence de les dépersonnifier voir de très mal les construire. (En réalité, le seul personnage véritablement construit et personnifié est Godzilla lui-même.) Les longs dialogues qui jalonnent le film appuient également cette impression, puisque la caméra ne se fixera jamais sur un unique individu mais volera de personne en personne à chaque prise de parole. Cela rend le montage paradoxalement frénétique alors que le film prend également son temps dans son déroulement. Un autre point de différence avec le blockbuster américain est que le film est extrêmement bavard puisqu’il se concentre véritablement sur la cellule de crise mise en place pour gérer la population et trouver une issue.

Shin Godzilla a été pour ma part une belle surprise, en effet. Quand on est habitué aux blockbusters occidentaux, il apparaît même comme un ovni, très rafraichissant d’ailleurs. Il s’adresse peut-être à un public différent. Il est plus intéressant de savoir que l’action n’est pas au cœur du film en allant le voir, même si la créature, elle, reste le point central. Personnellement, je ne suis pas friande de films de monstre, et j’ai cependant apprécié la critique satirique de la politique japonaise et de voir cette mise en scène de la gestion de crise au niveau gouvernemental que ce soit pour trouver une issue ou gérer la communication envers la population ; des choix éthiques qui reposent sur un seul individu; des questions qui restent actuelles sur la militarisation du pays, toujours dépendant des Etats-Unis; etc.


Pour en savoir plus sur tout ce que le film dit en filigramme du Japon et son actualité :



Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Dune de Franck Herbert

Dune (tome 1 de la saga Dune)
Ecrit par Franck HERBERT
Traduit par Michel DEMUTH
Publié aux éditions Pocket
Première publication en 1965
Parution (ma version) en 2012
11.40€ poche
Science-fiction, Planet Opera, Space Opera


LES BONNES SURPRISES


Comme chaque fois que je suis confrontée à un mastodonte de la littérature, j’étais intimidée à l’idée d’entamer cet énorme pavé. Une sorte d’appréhension inexplicable où je me donne toutes les raisons pour repousser sa lecture. Et si je n’aimais pas ? Et si je n’y comprenais rien ? Et si je n’arrivais pas à le terminer ? Ce qui est bien entendu absurde car, dans quel cas, il n’y a qu’une réponse possible : et alors ? J’ai donc tenté l’aventure et pris tout mon temps pour savourer ce premier volet, excellent. Pour ceux qui craignent de se lancer dans une saga au long souffle, je peux également vous rassurer : ce tome se suffirait à lui-même.

Résumé :  » Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?  »

Je dois cependant mentionner que j’ai été un peu déroutée par l’écriture et j’ignore si cela vient de la traduction ou du texte original. C’est un roman globalement bien écrit, une plume soignée, et un phrasé qui n’est pas si courant dans la littérature de science-fiction (en tout cas celle que j’ai découvert jusqu’à présent). Il y a pourtant des moments où certaines formulations m’ont sorti de la lecture, où je lisais en me disant que c’était étrangement dit et de manière pas très fluide ou agréable.

Dune n’est pas simple à lire car il y a énormément d’éléments nouveaux ou dont je suis très peu familière. En plus des termes inventés, qui sont rapidement expliqués dans le texte ou dans le lexique en fin de tome, il y a également beaucoup d’inspirations puisées dans plusieurs civilisations et origines de notre propre monde : grecques, germaniques, chinois, arabes…. Le fait est que, m’y connaissant assez peu, j’ai certainement manqué de références et de sens et cela a demandé plus d’efforts également pour essayer de comprendre comment fonctionnait ce monde et sa population. Je ne saurais donc dire ce qui vient de l’inspiration, du mimétisme ou de l’invention pure. Cela participe à la richesse de cet univers qui est dense et complexe et donne envie d’être d’avantage exploré.

De cela résulte donc cet univers enrichissant dont les bases sont un terreau idéal pour une multitude de thèmes qui traversent l’œuvre. Le mysticisme, la superstition, la question du bien et du mal, la tradition et la religion sont entremêlées dans ses fondements, offrant à de nombreuses occasions un champ de réflexions intimes des personnages, comme Paul et sa mère, étrangers à Dune, qui y réagissent et semblent guetter et craindre le basculement vers un fanatisme qu’ils savent ne pouvoir contrôler.

Dans ce sens, cela m’a fait notamment penser au roman« Ti-Harnog » (tome 1 « Les Contacteurs » du Cycle de Lanmeur) par Christian Léourier, où un explorateur va se retrouver au centre d’intrigues tandis que la population locale va interpréter son arrivée comme l’accomplissement d’une légende. De la même manière, Paul va se révéler être une sorte de messie aux yeux des Fremens qui vont l’aduler et le suivre dans un combat, dont Paul sait, en réalité, qu’il ne pourrait échapper. Sa faculté de prescience va renforcer d’autant plus cet aspect. Certes, il est le leader des Fremens, mais il est loin de contrôler en réalité l’aura mystique qui l’entoure et ne peut maîtriser ni le fanatisme des Fremens ni prévenir du jihad, qui pèse comme une ombre menaçante et inévitable dans tout le récit, malgré tous ses efforts pour éviter cet avenir possible.

J’ai été également déroutée par les notes qui précèdent chaque chapitre, extraits d’ouvrages fictifs écrits après les événements du livre. Ceux-ci dévoilent en effet énormément d’éléments de l’intrigue et renversent du coup celle-ci. Puisque le ressort est connu d’avance, on peut s’étonner que le lecteur reste autant captif. Mais c’est également là où la force de l’auteur est d’avoir joué sur le timing des événements et le rythme assez lent du livre, qui laisse désirer les événements majeurs pour faire malgré mariner son lecteur. J’ai donc été surprise par moment de ressentir la tension vis-à-vis de scènes dont je connaissais pourtant l’issue.

On peut reprocher à Dune son manichéisme, des personnages dignes de Gary/Mary Sue (êtres tout puissants et parfaits), en particulier Paul et sa mère, des archétypes sur-usités et peu intéressants au final, des résolutions trop faciles face à des multiples épreuves à chaque fois décrites comme insurmontables, un découpage du récit et un rythme décousus, parfois étiré, parfois expéditif. Il n’empêche que la richesse de son univers et de ses thèmes, les questions que posent les réflexions intimes des personnages, feront réfléchir le lecteur tout en le divertissant. Et c’est en soi ce qui fait de Dune une oeuvre complexe et complète : un récit de science-fiction qui traite tout autant de théologie, d’écologie et de philosophie, que de vengeance, de politique, de quête de pouvoir et de liberté dans une guerre épique et passionnante ; bref, je vous le recommande.

Chroniques cinéma·Les bonnes surprises

Spider-Man: Into the Spider-Verse de Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman

Spider-Man: Into the Spider-verse
Réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Sorti en 2018
Etats-Unis
Film d’animation, action, super-héros 


LES BONNES SURPRISES 


ENCORE UN FILM SUR SPIDER-MAN ! Je l’admets : j’y suis allée avec plein d’appréhension et de préjugés… La trilogie de Sam Raimi, le reboot de Amazing Spider-Man et celui des studios Marvel, Spider-Man: Homecoming. Autant j’apprécie les œuvres mettant en scène des super-héros, autant je pense qu’il devrait y avoir assez de matière pour ne pas sans cesse revenir sur les mêmes. Et plus encore, j’en ai assez de cette nostalgie à outrance qui semble régner dans le 7e art (et pas seulement) et offre des recyclages très rarement réussis. J’ai parfois l’impression que le cinéma occidental ne sait plus quoi inventer et qu’on tourne en rond. Dans le fond, je ne serai pas si opposée au « remake », « reboot », « sequel », « préquel » (et j’en passe) si ceux-ci avaient quelque chose de nouveau, de différent, de surprenant à proposer (et s’ils n’étaient pas si nombreux). Et c’est contre toute attente que Spider-Man: Into the Spider-Verse m’a détrompée.

Résumé :  » Miles Morales est un jeune adolescent noir-porto-américain vivant à Brooklyn qui doit s’intégrer à son nouveau collège en plein de centre de Manhattan. Mais alors qu’il se fait piquer par une araignée, se découvre des pouvoirs font il ne sait pas trop quoi en faire, il se retrouve contre son gré au cœur d’un combat apocalyptique où le Caïd pourrait bien détruire la Terre dans son espoir dans sa tentative ramener sa défunte famille depuis un un univers parallèle, au lieu de quoi c’est toute une ribambelle de Spider-(Wo)Man-s qui débarquent.  » 

Je ne suis pas fan du titre choisi pour la version française, Spider-Man: New Generation. Pourtant, le film parle en effet du passage de flambeaux entre Spider-Man et Miles, de cette transition difficile mais nécessaire entre les générations.

Certaines scènes iconiques des films de Spider-Man, comme la première fois où le héros saute du toit d’un immeuble et se balance d’immeubles en immeubles sont savamment réutilisées dans le film pour démontrer que, non, cela ne va pas de soi. Le jeune Miles va tenter d’imiter son prédécesseur sans jamais réussir à passer le cap de la peur de l’échec, du moins, pas sans conseils de pairs qui lui ressemblent.

Je vois en Spider-Man : Into the Spider-Verse une certaine leçon sur ce que devrait être un remake/reboot/etc. Un film qui se base sur un univers, une histoire, des personnages connus certes, qui partage des éléments communs indéniables, mais qui possède également une identité propre. Respecter le matériau de base va de soi, mais il est d’avantage plus intéressant d’être créatif que de se contenter d’imiter. C’est justement ce que ce film a fait à bien des niveaux.

Disons-le tout de suite : la direction artistique et l’animation sont excellentes et c’est par elles principalement que le film se détache du reste, de par sa créativité inventive qui a su faire mouche. A l’image des dialogues et de l’humour du film, elle se montre parfois méta, en jouant sur un trait très proche du comics, rappelant à son origine, tout en jouant également des techniques de stop-motions, pour rappeler l’effet et la sensation visuelle des cases de bande dessinées. Et puis, ce jeu entre animation et musique offre des scènes comme celle de la course poursuite entre le superviseur et Miles au sein de l’école qui sont vraiment grisantes.

Le film semble lui-même très conscient de ce qu’il propose : une n-ième version d’une même histoire, vue et revue de nombreuses fois ces dix-vingt dernières années. Ainsi, chaque fois qu’un Spider-Man entre en scène, il récite sa présentation usuelle, comme un mantra désabusé, qui sait bien comme cela est désuet mais indispensable pour débuter toute histoire. Les deux versions de Spider-Mans qui apparaissent les plus proches de l’image (notamment visuel) qu’on a construit de ce personnage ne sont pas d’ailleurs en très bonnes formes. Le premier Spider-Man charismatique, héroïque en tout point et irréprochable, meurt au bout de quelques minutes d’apparition. Le second (qui pourrait d’ailleurs être dans la continuité du Spider-Man de Sam Raimi à mes souvenirs) s’est complètement laissé aller, désabusé de sa carrière de super-héros et de ses échecs personnels. Même les versions plus éloignées de Spider-Man, comme la Spider-Woman adolescente, la Spider-Man enfant dessinée comme un manga et accompagné d’un mécha, et le Spider-Cochon plus proche des personnages de cartoon (comme les Looney Tunes) ne suffiront pas à vaincre le Caïd – comme à proposer une approche suffisamment nouvelle pour vaincre la paresse créative.

(Et pour en revenir à mon introduction, j’y vois pour ma part une certaine métaphore de l’industrie du cinéma dans ce qu’elle produit, justement, comme similis. Ce n’est pas nécessaire l’intention du film… ou peut-être si ?) 

Au contraire, Miles Morales apparaît comme un vent nouveau. Certes il a hérité de ses pouvoirs un peu comme ses prédécesseurs, se retrouve contraint d’affronter des ennemis qui menacent le monde, y voit même un certain aspect « cool », comme un adolescent peut s’imaginer développer des pouvoirs pour s’évader de son quotidien. Mais il y a une réelle humanisation de la figure du super-héros car, justement, malgré tout son courage et sa volonté de bien faire pour protéger les siens et ne pas décevoir, Miles en réalité n’accepte pas facilement ce nouveau statut. C’est un adolescent effrayé et reluctant, qui va amener aux scènes d’émotion les plus touchantes du film.

C’est dans le contact entre Miles et Peter Parker que se révèle un message du film : il ne s’agit pas de rejeter les générations précédentes mais d’en tirer le bénéfice de l’expérience pour ne pas répéter les mêmes erreures (voire se répéter tout court), mais de laisser la place aux jeunes générations qui ont de nouvelles choses à proposer. Le personnage de Miles apporte notamment une diversité bienvenue.

Evidemment, le film ne se contente pas de poser simplement ce constat, le scénario se déroule à travers l’initiation du jeune Miles par Peter Parker (le second) et ses pairs, son évolution et apprentissage, qui va l’amener petit à petite à accepter d’embrasser son statut. En cela, il apparaît assez simple et classique mais, comme à la fois les thèmes, les personnages et le rythme sont bien traités – et bien, cela fait très bien son boulot.

Et puis, soyons clair : c’était surtout super fun à regarder. Ce fut donc une agréable surprise en tout point et je suis vraiment ravie de m’être trompée. Oui, il y a encore et toujours de la place pour la nouveauté et l’innovation dans le cinéma de super-héros. Spider-Man: Into the Spider-Verse en est un excellent exemple, dont il serait bon de s’inspirer ! 


Chroniques cinéma·Les Coups de Coeur

Mirai ma petite soeur de Mamoru Hosoda

Affiche de Mirai Ma Petite Soeur

Mirai ma petite sœur
Scénarisé et réalisé par Mamoru Hosoda
Sorti en 2019
Origine : Japon
Film d’animation, Fantastique, Jeunesse


LES COUPS DE CŒUR! 


C’est sans surprise que je vous recommande chaudement ce nouveau film du très bon Mamoru Hosoda (voir ma chronique du film Le garçon et la bête).  Un peu à la manière de A la traversée du temps qui mélangeait histoire d’amour adolescent et boucle temporelle, Mirai ma petite sœur va mêler récit familial et fantastique sans que le second ne prenne entièrement le pas sur le premier. D’une histoire toute simple, le réalisateur parvient à tirer du fantastique une métaphore aux envolées poétiques très imaginatives pour parler d’un événement qui, sans cette part de merveilleux, est très anodine.  

Résumé : « Kun est un petit garçon choyé à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de sa petite sœur, Miraï. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même, enchaîne les caprices et les bêtises. Mais soudain, le petit garçon va voir jaillir dans son jardin un jeune homme qui agit étrangement, à la manière de son chien; une jeune fille qui semble le connaître; et il va voyager dans des lieux où d’autres rencontres lui feront apprendre à accepter la venue de la petite Mirai dans sa famille. »  

J’ai été surprise de la façon dont il utilise le fantastique pour faire avancer son récit. Certes, il y a le prétexte de laisser libre court à son imagination fertile, qui nous livre des scènes magistrales d’inventivité digne d’autres récits absurdes comme Alice au Pays des Merveilles (surtout en seconde partie). Mais ses envolées fantastiques servent principalement (même uniquement) à son histoire, puisque, dans tous les cas, il s’agit pour le jeune Kun d’apprendre à accepter de partager l’attention de ses parents et d’apprivoiser (et se laisser apprivoiser par) la jeune Miraï. Comme elle n’est encore qu’un tout jeune bébé, il ne perçoit en elle qu’un inconvénient car en plus d’accaparer ses parents, elle ne fait que manger, dormir, crier, et ne peut même pas jouer avec lui.  

Le film étant tourné autour du personnage de Kun, les parents restent un peu en retrait et on les perçoit sans doute comme le jeune garçon : complètement désemparés par l’arrivée de cette nouvelle enfant et la charge additionnelle qu’elle apporte à laquelle ils ont, eux aussi, besoin d’un temps d’adaptation. En particulier, la mère devant reprendre son travail, le père se retrouve seul à devoir s’occuper de deux enfants dont un nouveau-né tout en avançant dans son travail d’architecte. On comprend également dans un échange qu’à la naissance du jeune Kun, c’est au contraire la mère qui avait sacrifié sa carrière pour s’occuper du jeune garçon par le reproche qu’elle adresse à son mari : s’il se retrouve aussi démuni, c’est parce qu’il n’était justement que peu présent pour leur premier enfant. 

Il ne s’agit cependant pas de remettre en question la gestion parentale des enfants au Japon mais plutôt d’expliquer pourquoi Kun a l’impression d’être doublement abandonné. Non seulement sa mère est accaparée par sa sœur dès qu’elle revient du travail, mais il se retrouve également seul avec un père qui n’a pas été jusque-là très présent et ne sait encore bien communiquer avec lui.  

Tous les détails du film sont savamment pensés pour servir au récit, jusqu’à l’architecture atypique de la maison qui s’articule autour d’un jardin central où trône un arbre. Cet arbre d’ailleurs parait esthétique mais trouve son sens au fil du film. Il est en effet le symbole de l’arbre généalogique de la famille, le lien par lequel la magie semble affluer pour aider le jeune Kun à accepter sa petite sœur à travers les multiples aventures qu’il va vivre. J’extrapole, mais c’est un peu comme avec le renard dans Le Petit Prince, puisque cette apprentissage (il y a d’ailleurs des touches de récit initiatique dans le film) réside dans les petits pas effectués à chacune de ses aventures.  

Et bien sûr, il faut considérer l’animation et la mise en scène qui sont irréprochables dans tout le film et servent à donner à celui-ci une intensité émotionnelle qu’une telle histoire n’aurait peut-être pas eu autrement (même si cela aurait dans tous les cas été très mignon). En plus de cela, si le film arrive à surprendre, c’est aussi par l’utilisation de la bande son, par l’animation, par des scènes auxquelles on ne s’attend pas forcément. J’ai justement aimé qu’il me sorte des sentiers battus et me prenne au dépourvu. 

Cela reste dans tous les cas une œuvre jeunesse qui parle de ce moment particulier de l’enfance où le changement radical de vie peut désemparer et faire perdre les repères à un moment de la vie où on pense que tout ce qu’on connaît est acquis et immuable. C’est une leçon de vie qui est mise en scène avec beaucoup de délicatesse et d’inventivité. Un moment très anodin sublimé par la poétique et l’imagination. Une métaphore touchante et étonnamment rafraichie, qui le rend délicieux pour les adultes également. 


Bilan·Bilans Annuels

B I L A N | 2 0 1 8

B O N N E – A N N E E – 2 0 1 9 !

2018 EN BLOG

Comme chaque année, il est temps de dresser le bilan de 2018 et je dois admettre qu’il n’y a pas grand-chose à en dire. Cette année n’a pas été très épanouissante pour diverses raisons et l’inspiration en a pris un sacré coût. Je n’avais plus vraiment le cœur à écrire, je ne trouvais pas grand chose à dire de mes découvertes.

En cours d’année, j’ai arrêté de culpabiliser de ma démotivation ; tant pis pour les bilans mensuels que je n’arrivais plus vraiment à tenir ; tant pis pour toutes ces œuvres qui auraient sans doute mérité d’être partagées.

Ce n’est que partie remise ! Car je compte bien être plus prolifique en 2019.

2018 EN CULTURE

Culturellement, 2018 n’a pas non plus été aussi faste et réjouissante que les années précédentes, même si j’ai en réalité fait de bonnes découvertes dans l’ensemble. Je crois simplement que je suis restée très sage et n’ai pas cherché à sortir de mes sentiers battus.

  • J’ai découvert 109 œuvres tout type confondu dont 66% de bonnes découvertes voire de très bonnes surprises.
  • Avec 42 livres découverts, je n’ai pas réussi mon challenge Goodreads cette année, qui était à 60 livres lus en 2018.
    • 1 seul coup de coeur
    • 8 bonnes surprises
    • 17 bonnes découvertes
    • 12 découvertes
    • 2 mitigés
    • 1 seul mauvais élève
  • J’ai vu encore moins de films cette année, seulement 38 ce qui est très peu. Par contre, beaucoup font partie du TOP 10 de 2018, en particulier grâce aux 3 films de Hirokazu Kore-Eda que j’ai vus et qui méritent amplement leur place dans ce top.
    • 1 seul coup de coeur
    • 15 bonnes surprises
    • 6 bonnes découvertes
    • 3 découvertes
    • 4 mitigés
    • 9 mauvais élèves
  • Cette année, je distingue également les documentaires du cinéma dans mes bilans, ça a plus de sens, même si en 2018, je n’en ai découverts que 2.
  • Seulement 14 œuvres dessinées lues (sans compter les tomes des intégrales, par contre), c’est vraiment très peu et ça me manque terriblement.
    • 8 bonnes surprises
    • 2 bonnes découvertes
    • 3 découvertes
    • 1 mitigé
  • 5 saisons de série terminées cette année.
    • 2 bonnes surprises
    • 1 mitigé
    • 2 mauvais élèves
  • Nouveau sur le blog, les jeux vidéo. Je rajoute cette catégorie, bien que je ne sais pas encore si je publierai de chroniques (car je m’y connais très mal). Seulement, c’est un média que l’on connait assez peu en tant qu’œuvres culturelles et je le trouve assez mésestimé alors qu’il y a des perles d’un point de vue artistique, réalisation, scénaristique… A réfléchir pour 2019 ?
    • 1 bonne surprise
    • 5 bonnes découvertes
    • 2 découvertes

2018 EN TOP

Les œuvres ci-dessous ne sont pas classées par ordre de préférence.

Maborosi de Hirokazu Kore-Eda
Maborosi de Hirokazu Kore-Eda
Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda
The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda
Lucky de John Carrol Lynch
Lucky de John Carrol Lynch
Amour de Michael Haneke
Amour de Michael Haneke
L'île aux chiens de Wes Anderson
L’île aux chiens de Wes Anderson
Une pluie sans fin de Dong Yue
Une pluie sans fin de Dong Yue
Salina les trois exils de Laurent Gaudé
Salina les trois exils de Laurent Gaudé
Soufi mon amour d'Elif Shafak
Soufi mon amour d’Elif Shafak
Billy Bat de Naoki Urasawa
Billy Bat de Naoki Urasawa

2018 EN FLOP

Ready Player One de Steven Spielberg
Ready Player One de Steven Spielberg
Real de Kiyoshi Kurosawa
Real de Kiyoshi Kurosawa
Les gendarmes à New York de Jean Girault
Les gendarmes à New York de Jean Girault
Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi
Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi
Black Panther de Ryan Coogler
Black Panther de Ryan Coogler
Red Sparrow de Francis Lawrence
Red Sparrow de Francis Lawrence
Psychokinesis de Yeon Sang-Ho
Psychokinesis de Yeon Sang-Ho
Outlaw King : le roi hors la loi de David Mackenzie
Outlaw King : le roi hors la loi de David Mackenzie
Sneaky Pete S1 et S2 de Bryan Cranston & David Shore
Sneaky Pete S1 et S2 de Bryan Cranston & David Shore
Ruby Red, t1 de Kerstin Gier
Ruby Red, t1 de Kerstin Gier

2018 EN CHRONIQUES

QUELQUES MOTS SUR 2019

J’ai envie de revenir un peu plus sur le blog et republier des chroniques. Me concentrer sur les œuvres non pas comme objets de distraction (ou pire de consommation) mais comme enrichissement continu de ma culture en prenant le temps de les analyser un peu mieux. Et puis, écrire à nouveau et régulièrement.

Je réitère l’objectif de 60 livres lus en 2019 sur Goodreads, même si ne pas l’atteindre n’est pas si grave. L’idée est de me pousser à découvrir toujours d’avantage. De la même façon, j’aimerais voir au moins autant de films et découvrir 30 bandes dessinées (de tout horizon). Globalement diminuer ma PAL et PAV.

Je vais également essayer de participer au #Feminibookchallenge créé par Opalyne qui propose de découvrir de nouvelles autrices et des lectures autour du féminisme, sujet qui m’interpelle beaucoup. Je ne suis pas très disciplinée en lectures, aussi je ne sais pas si je réussirai à suivre tous les mois et catégories bonus. En revanche, cela me plairait d’essayer de faire des découvertes en ce sens!

Je vais arrêter ce long bilan sur ces quelques objectifs pour 2019. J’espère que vous avez passé une bonne année 2018 et que 2019 sera encore meilleure. A très bientôt sur White Pages !

Chroniques Livres·Les découvertes

Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le chœur des femmes
Ecrit par WINCKLER, Martin
Publié par les éditions Folio
9.90€ Broché, 8.99€ Ebook
Contemporain, Médical, Féministe


LES DÉCOUVERTES


C’est après avoir vu la recommandation sur la chaîne d’Opalyne (que je vous recommande chaudement) que j’ai sauté le pas sur ce roman. Il prend place directement à l’hôpital, où nous suivons Jean Atwood, brillante interne, major de promotion, qui se retrouve contrainte d’effectuer un internat dans un service de médecine des femmes, bien loin du prestigieux poste de chirurgie gynécologique qu’elle convoitait. Un roman qui parle ainsi de gynécologie mais en particulier dénonce les nombreux mythes (souvent misogynes) auxquels croient tout aussi bien les patientes que les spécialistes médicaux et qui conduisent bien souvent au rabaissement de la femme et à certaines violences médicales exercées contre elles. Un roman d’apprentissage, de formation, d’enseignement et de partage, intéressant en particulier pour son militantisme pour une médecine féministe.

Par contre, je n’ai pas aimé le style littéraire, le ton et encore moins les personnages. Du coup, ma lecture a été un peu pénible, car hormis ce qui est dit sur la considération de la femme et de son corps d’un point de vue médical, je n’ai pas tant que ça apprécié ma lecture. J’ai trouvé le ton condescendant et paternaliste, voire un peu gnangnan. La psychologie des personnages est assez basique et très squelettique. Globalement, le roman en tant que tel m’a paru très superficiel. L’histoire n’est clairement pas ce qui m’a intéressée dans le récit. Tout semble très artificiel, notamment l’évolution des personnages et de leur relation, et l’introspection assez lourde.

L’intérêt de ce livre réside ailleurs, pour moi, sur son aspect plus médical. Car il dresse un constat assez vrai : les femmes méconnaissent beaucoup leur corps et les possibilités qu’on a de le protéger, par exemple d’un point de vue contraceptif, ce qui les conduit à accepter des violences médicales avec une docilité inquiétante. Le roman remet notamment en question le rapport de force dont jouit et profite les médecins qui oublient parfois d’informer et de laisser aux femmes le droit de choisir leur traitement et leur contraception. Cette ignorance du corps de la femme et son fonctionnement n’est pas non plus le panache des patientes. En réalité, les mythes gynécologiques sont parfois partagés par les médecins comme par les femmes. Mais pour le cas des premiers, c’est un manque de curiosité professionnelle voire du pur sexisme.

Le roman dénonce également les préjugés et stéréotypes générales sur la sexualité de la femme. Il dénonce notamment l’humiliation et la culpabilisation incessante, la sur-responsabilité de la femme vis-à-vis de son corps, de ses désirs sexuels, de la maternité. Il met en lumière différentes formes et de degrés de violences qui peuvent intervenir dans le milieu médical et qui n’est pas si anodin, notamment lors d’une consultation ou d’une opération chirurgicale, parfois imposée, parfois à l’insu de la patiente dans les cas extrêmes.

A travers son roman, Martin Winckler, lui-même médecin, propose une autre vision de la gynécologie qui milite pour une médecine féministe. Et c’est pour ces réflexions, très documentées et pédagogiques, autour de la gynécologie que je vous le recommande fortement, à tous comme à toutes. Le reste n’est qu’un habillage qui, selon les goûts de chacun, pourra séduire ou non.


PETIT APARTÉ : Pour celleux qui seraient intéressé(e)s par le sujet de la gynécologie, je vous recommande d’écouter le très bon épisode de l’émission « Un podcast à soi » par Charlotte Bienaimé qui partage notamment de nombreux témoignages : Le gynécologue et la sorcière sur ARTE.


Résumé : « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Les délices de Tokyo (Sweet Bean Paste) de Durian Sukegawa

Sweet Bean Paste / Les délices de Tokyo

Sweet bean Paste (Les délices de Tokyo)
Écrit par Durian Sukegawa
Publié par les éditions Oneworld en 2017
Version Anglais (Niveau Débutant +)
9.89€ Broché, 5.41€ ebook
Disponible en Français chez les éditions Le livre de poche, 6.90€ Poche, 7.99€ ebook
Contemporain, Drame


LES BONNES SURPRISES!


J’avais raté l’occasion de voir le film à sa sortie dans les salles, malgré la présence de la merveilleuse Kirin Kiki, actrice que j’ai découvert et adoré dans les rôles confiés par Hirokazu Kore-Eda. Un passage en librairie tokyoïte m’a donné l’occasion de me rattraper sur le livre qui en est à l’origine. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

Mais comment vous le décrire ? Il ne s’agit pas exactement d’un livre feel good, bien qu’il en a les ingrédients et que c’est ainsi que je l’ai ressenti – au début. Il faut dire que la rencontre entre Tokue et le jeune gérant du restaurant de Dorayaki, qui ne le tient que pour rembourser ses dettes envers le gérant, va changer la vie de ce dernier en lui donnant du sens. La grand-mère ne va pas qu’enseigner au gérant comment bien faire des dorayakis maisons, mais également comment apprécier pleinement une activité à laquelle il consacre toute son énergie et auquel il finira par prendre goût. Le roman parle en effet de secondes chances et de vivre sa vie pleinement en étant attentif à toutes les opportunités qu’on a de vivre bien et accompli.

Rapidement cependant, le roman dévoile une seconde facette moins légère quand de Sentâro le focus du roman se tourne vers cette grand-mère venue de nulle part. C’est alors qu’on apprend qu’elle a été autrefois atteinte de lèpre et que, bien qu’à présent guérie et sans danger pour les autres, elle continue à subir l’isolement social d’une société encore bercée par de forts préjugés et une vraie méconnaissance de la maladie et de son histoire.

L’auteur, qui a pris le temps d’aller visiter un sanatorium et parler aux victimes de cette maladie, évoque avec beaucoup de délicatesse ce passé méconnu du Japon et celui des lépreux. Quand la maladie était encore peu connue, les personnes atteintes étaient immédiatement isolées de la société dans des hôpitaux qui fonctionnaient à huis-clos, leur famille était contrainte à déménager. A travers les anecdotes et souvenirs de Tokue, l’auteur nous fait découvrir leur fonctionnement et la façon dont étaient traités les malades. Ainsi, on apprend que les sanatoriums disposaient de leurs propres cellules de prison qui signifiaient bien souvent pour les malheureux qui y étaient enfermés qu’ils ne verraient plus la lueur du jour. Il nous apprend également que le Japon n’a pas tout de suite distribué les médicaments qui avaient été trouvé en occident et qu’il a fallu que les malades se rebellent et contestent au risque de leur vie pour y avoir accès.

Tokue est le témoin de ceux qui y sont restés tellement longtemps, qu’une fois la liberté retrouvée, ils n’avaient plus de famille chez qui retourner ou qui les acceptaient. Même s’ils pouvaient sortir de l’hôpital, ils sont restés exclus de toute relation sociale avec l’extérieur qui continuait à les craindre.

C’est un roman qui fait naître beaucoup d’émotions dont une profonde mélancolie. Mais on ressent malgré tout dans le personnage de Tokue un désir à la vie profond qui est le plus touchant. Au fond d’elle, elle est demeurée cette jeune fille qui aspire à la vie et rêve de liberté et de vivre une vie épanouie. La poétique du texte lui prête une voix magnifique qui m’a émue et au souvenir de laquelle je reste encore touchée, quelques semaines après ma lecture.

Je ne peux donc que vous recommander de découvrir Sweet Bean Paste qui est d’une délicatesse appréciable autour d’un sujet aussi fort. J’ai apprécié d’y ressentir surtout une profonde douceur et jamais un apitoiement quelconque. La beauté de ce roman réside, au fond, dans la poésie et la douce légèreté du texte, maintenue malgré le poids de l’histoire et des mots. A lire, assurément.

Résumé : « «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.« 

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

Le-cycle-de-lanmeur-1

Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?«