B I L A N | 2 0 1 8

B O N N E – A N N E E – 2 0 1 9 !

2018 EN BLOG

Comme chaque année, il est temps de dresser le bilan de 2018 et je dois admettre qu’il n’y a pas grand-chose à en dire. Cette année n’a pas été très épanouissante pour diverses raisons et l’inspiration en a pris un sacré coût. Je n’avais plus vraiment le cœur à écrire, je ne trouvais pas grand chose à dire de mes découvertes.

En cours d’année, j’ai arrêté de culpabiliser de ma démotivation ; tant pis pour les bilans mensuels que je n’arrivais plus vraiment à tenir ; tant pis pour toutes ces œuvres qui auraient sans doute mérité d’être partagées.

Ce n’est que partie remise ! Car je compte bien être plus prolifique en 2019.

2018 EN CULTURE

Culturellement, 2018 n’a pas non plus été aussi faste et réjouissante que les années précédentes, même si j’ai en réalité fait de bonnes découvertes dans l’ensemble. Je crois simplement que je suis restée très sage et n’ai pas cherché à sortir de mes sentiers battus.

  • J’ai découvert 109 œuvres tout type confondu dont 66% de bonnes découvertes voire de très bonnes surprises.
  • Avec 42 livres découverts, je n’ai pas réussi mon challenge Goodreads cette année, qui était à 60 livres lus en 2018.
    • 1 seul coup de coeur
    • 8 bonnes surprises
    • 17 bonnes découvertes
    • 12 découvertes
    • 2 mitigés
    • 1 seul mauvais élève
  • J’ai vu encore moins de films cette année, seulement 38 ce qui est très peu. Par contre, beaucoup font partie du TOP 10 de 2018, en particulier grâce aux 3 films de Hirokazu Kore-Eda que j’ai vus et qui méritent amplement leur place dans ce top.
    • 1 seul coup de coeur
    • 15 bonnes surprises
    • 6 bonnes découvertes
    • 3 découvertes
    • 4 mitigés
    • 9 mauvais élèves
  • Cette année, je distingue également les documentaires du cinéma dans mes bilans, ça a plus de sens, même si en 2018, je n’en ai découverts que 2.
  • Seulement 14 œuvres dessinées lues (sans compter les tomes des intégrales, par contre), c’est vraiment très peu et ça me manque terriblement.
    • 8 bonnes surprises
    • 2 bonnes découvertes
    • 3 découvertes
    • 1 mitigé
  • 5 saisons de série terminées cette année.
    • 2 bonnes surprises
    • 1 mitigé
    • 2 mauvais élèves
  • Nouveau sur le blog, les jeux vidéo. Je rajoute cette catégorie, bien que je ne sais pas encore si je publierai de chroniques (car je m’y connais très mal). Seulement, c’est un média que l’on connait assez peu en tant qu’œuvres culturelles et je le trouve assez mésestimé alors qu’il y a des perles d’un point de vue artistique, réalisation, scénaristique… A réfléchir pour 2019 ?
    • 1 bonne surprise
    • 5 bonnes découvertes
    • 2 découvertes

2018 EN TOP

Les œuvres ci-dessous ne sont pas classées par ordre de préférence.

Maborosi de Hirokazu Kore-Eda
Maborosi de Hirokazu Kore-Eda
Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda
The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda
Lucky de John Carrol Lynch
Lucky de John Carrol Lynch
Amour de Michael Haneke
Amour de Michael Haneke
L'île aux chiens de Wes Anderson
L’île aux chiens de Wes Anderson
Une pluie sans fin de Dong Yue
Une pluie sans fin de Dong Yue
Salina les trois exils de Laurent Gaudé
Salina les trois exils de Laurent Gaudé
Soufi mon amour d'Elif Shafak
Soufi mon amour d’Elif Shafak
Billy Bat de Naoki Urasawa
Billy Bat de Naoki Urasawa

2018 EN FLOP

Ready Player One de Steven Spielberg
Ready Player One de Steven Spielberg
Real de Kiyoshi Kurosawa
Real de Kiyoshi Kurosawa
Les gendarmes à New York de Jean Girault
Les gendarmes à New York de Jean Girault
Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi
Mary et la fleur de la sorcière de Hiromasa Yonebayashi
Black Panther de Ryan Coogler
Black Panther de Ryan Coogler
Red Sparrow de Francis Lawrence
Red Sparrow de Francis Lawrence
Psychokinesis de Yeon Sang-Ho
Psychokinesis de Yeon Sang-Ho
Outlaw King : le roi hors la loi de David Mackenzie
Outlaw King : le roi hors la loi de David Mackenzie
Sneaky Pete S1 et S2 de Bryan Cranston & David Shore
Sneaky Pete S1 et S2 de Bryan Cranston & David Shore
Ruby Red, t1 de Kerstin Gier
Ruby Red, t1 de Kerstin Gier

2018 EN CHRONIQUES

QUELQUES MOTS SUR 2019

J’ai envie de revenir un peu plus sur le blog et republier des chroniques. Me concentrer sur les œuvres non pas comme objets de distraction (ou pire de consommation) mais comme enrichissement continu de ma culture en prenant le temps de les analyser un peu mieux. Et puis, écrire à nouveau et régulièrement.

Je réitère l’objectif de 60 livres lus en 2019 sur Goodreads, même si ne pas l’atteindre n’est pas si grave. L’idée est de me pousser à découvrir toujours d’avantage. De la même façon, j’aimerais voir au moins autant de films et découvrir 30 bandes dessinées (de tout horizon). Globalement diminuer ma PAL et PAV.

Je vais également essayer de participer au #Feminibookchallenge créé par Opalyne qui propose de découvrir de nouvelles autrices et des lectures autour du féminisme, sujet qui m’interpelle beaucoup. Je ne suis pas très disciplinée en lectures, aussi je ne sais pas si je réussirai à suivre tous les mois et catégories bonus. En revanche, cela me plairait d’essayer de faire des découvertes en ce sens!

Je vais arrêter ce long bilan sur ces quelques objectifs pour 2019. J’espère que vous avez passé une bonne année 2018 et que 2019 sera encore meilleure. A très bientôt sur White Pages !

Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le chœur des femmes
Ecrit par WINCKLER, Martin
Publié par les éditions Folio
9.90€ Broché, 8.99€ Ebook
Contemporain, Médical, Féministe


LES DÉCOUVERTES


C’est après avoir vu la recommandation sur la chaîne d’Opalyne (que je vous recommande chaudement) que j’ai sauté le pas sur ce roman. Il prend place directement à l’hôpital, où nous suivons Jean Atwood, brillante interne, major de promotion, qui se retrouve contrainte d’effectuer un internat dans un service de médecine des femmes, bien loin du prestigieux poste de chirurgie gynécologique qu’elle convoitait. Un roman qui parle ainsi de gynécologie mais en particulier dénonce les nombreux mythes (souvent misogynes) auxquels croient tout aussi bien les patientes que les spécialistes médicaux et qui conduisent bien souvent au rabaissement de la femme et à certaines violences médicales exercées contre elles. Un roman d’apprentissage, de formation, d’enseignement et de partage, intéressant en particulier pour son militantisme pour une médecine féministe.

Par contre, je n’ai pas aimé le style littéraire, le ton et encore moins les personnages. Du coup, ma lecture a été un peu pénible, car hormis ce qui est dit sur la considération de la femme et de son corps d’un point de vue médical, je n’ai pas tant que ça apprécié ma lecture. J’ai trouvé le ton condescendant et paternaliste, voire un peu gnangnan. La psychologie des personnages est assez basique et très squelettique. Globalement, le roman en tant que tel m’a paru très superficiel. L’histoire n’est clairement pas ce qui m’a intéressée dans le récit. Tout semble très artificiel, notamment l’évolution des personnages et de leur relation, et l’introspection assez lourde.

L’intérêt de ce livre réside ailleurs, pour moi, sur son aspect plus médical. Car il dresse un constat assez vrai : les femmes méconnaissent beaucoup leur corps et les possibilités qu’on a de le protéger, par exemple d’un point de vue contraceptif, ce qui les conduit à accepter des violences médicales avec une docilité inquiétante. Le roman remet notamment en question le rapport de force dont jouit et profite les médecins qui oublient parfois d’informer et de laisser aux femmes le droit de choisir leur traitement et leur contraception. Cette ignorance du corps de la femme et son fonctionnement n’est pas non plus le panache des patientes. En réalité, les mythes gynécologiques sont parfois partagés par les médecins comme par les femmes. Mais pour le cas des premiers, c’est un manque de curiosité professionnelle voire du pur sexisme.

Le roman dénonce également les préjugés et stéréotypes générales sur la sexualité de la femme. Il dénonce notamment l’humiliation et la culpabilisation incessante, la sur-responsabilité de la femme vis-à-vis de son corps, de ses désirs sexuels, de la maternité. Il met en lumière différentes formes et de degrés de violences qui peuvent intervenir dans le milieu médical et qui n’est pas si anodin, notamment lors d’une consultation ou d’une opération chirurgicale, parfois imposée, parfois à l’insu de la patiente dans les cas extrêmes.

A travers son roman, Martin Winckler, lui-même médecin, propose une autre vision de la gynécologie qui milite pour une médecine féministe. Et c’est pour ces réflexions, très documentées et pédagogiques, autour de la gynécologie que je vous le recommande fortement, à tous comme à toutes. Le reste n’est qu’un habillage qui, selon les goûts de chacun, pourra séduire ou non.


PETIT APARTÉ : Pour celleux qui seraient intéressé(e)s par le sujet de la gynécologie, je vous recommande d’écouter le très bon épisode de l’émission « Un podcast à soi » par Charlotte Bienaimé qui partage notamment de nombreux témoignages : Le gynécologue et la sorcière sur ARTE.


Résumé : « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Les délices de Tokyo (Sweet Bean Paste) de Durian Sukegawa

Sweet Bean Paste / Les délices de Tokyo

Sweet bean Paste (Les délices de Tokyo)
Écrit par Durian Sukegawa
Publié par les éditions Oneworld en 2017
Version Anglais (Niveau Débutant +)
9.89€ Broché, 5.41€ ebook
Disponible en Français chez les éditions Le livre de poche, 6.90€ Poche, 7.99€ ebook
Contemporain, Drame


LES BONNES SURPRISES!


J’avais raté l’occasion de voir le film à sa sortie dans les salles, malgré la présence de la merveilleuse Kirin Kiki, actrice que j’ai découvert et adoré dans les rôles confiés par Hirokazu Kore-Eda. Un passage en librairie tokyoïte m’a donné l’occasion de me rattraper sur le livre qui en est à l’origine. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

Mais comment vous le décrire ? Il ne s’agit pas exactement d’un livre feel good, bien qu’il en a les ingrédients et que c’est ainsi que je l’ai ressenti – au début. Il faut dire que la rencontre entre Tokue et le jeune gérant du restaurant de Dorayaki, qui ne le tient que pour rembourser ses dettes envers le gérant, va changer la vie de ce dernier en lui donnant du sens. La grand-mère ne va pas qu’enseigner au gérant comment bien faire des dorayakis maisons, mais également comment apprécier pleinement une activité à laquelle il consacre toute son énergie et auquel il finira par prendre goût. Le roman parle en effet de secondes chances et de vivre sa vie pleinement en étant attentif à toutes les opportunités qu’on a de vivre bien et accompli.

Rapidement cependant, le roman dévoile une seconde facette moins légère quand de Sentâro le focus du roman se tourne vers cette grand-mère venue de nulle part. C’est alors qu’on apprend qu’elle a été autrefois atteinte de lèpre et que, bien qu’à présent guérie et sans danger pour les autres, elle continue à subir l’isolement social d’une société encore bercée par de forts préjugés et une vraie méconnaissance de la maladie et de son histoire.

L’auteur, qui a pris le temps d’aller visiter un sanatorium et parler aux victimes de cette maladie, évoque avec beaucoup de délicatesse ce passé méconnu du Japon et celui des lépreux. Quand la maladie était encore peu connue, les personnes atteintes étaient immédiatement isolées de la société dans des hôpitaux qui fonctionnaient à huis-clos, leur famille était contrainte à déménager. A travers les anecdotes et souvenirs de Tokue, l’auteur nous fait découvrir leur fonctionnement et la façon dont étaient traités les malades. Ainsi, on apprend que les sanatoriums disposaient de leurs propres cellules de prison qui signifiaient bien souvent pour les malheureux qui y étaient enfermés qu’ils ne verraient plus la lueur du jour. Il nous apprend également que le Japon n’a pas tout de suite distribué les médicaments qui avaient été trouvé en occident et qu’il a fallu que les malades se rebellent et contestent au risque de leur vie pour y avoir accès.

Tokue est le témoin de ceux qui y sont restés tellement longtemps, qu’une fois la liberté retrouvée, ils n’avaient plus de famille chez qui retourner ou qui les acceptaient. Même s’ils pouvaient sortir de l’hôpital, ils sont restés exclus de toute relation sociale avec l’extérieur qui continuait à les craindre.

C’est un roman qui fait naître beaucoup d’émotions dont une profonde mélancolie. Mais on ressent malgré tout dans le personnage de Tokue un désir à la vie profond qui est le plus touchant. Au fond d’elle, elle est demeurée cette jeune fille qui aspire à la vie et rêve de liberté et de vivre une vie épanouie. La poétique du texte lui prête une voix magnifique qui m’a émue et au souvenir de laquelle je reste encore touchée, quelques semaines après ma lecture.

Je ne peux donc que vous recommander de découvrir Sweet Bean Paste qui est d’une délicatesse appréciable autour d’un sujet aussi fort. J’ai apprécié d’y ressentir surtout une profonde douceur et jamais un apitoiement quelconque. La beauté de ce roman réside, au fond, dans la poésie et la douce légèreté du texte, maintenue malgré le poids de l’histoire et des mots. A lire, assurément.

Résumé : « «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.« 

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

Le-cycle-de-lanmeur-1

Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?« 

Sur ma peau de Gillian Flynn

Sur ma peau

Sur ma peau
Écrit par Gillian Flynn
Publié aux éditions Le Livre de Poche
Thriller


LES BONNES SURPRISES!


Pardonnez-moi l’enthousiasme d’une lectrice peu habituée par le genre du thriller, mais je dois admettre que c’est la seconde fois que cette autrice me surprend à véritablement apprécier ma lecture et, du coup, j’avais bien envie de vous partager cette nouvelle expérience.

Pourtant, le style littéraire de Gillian Flynn n’est pas vraiment de ceux qui pourraient retenir mon attention. C’est même ce qui m’a rendu la lecture un peu fastidieuse au début car j’ai eu bien du mal à trouver agréable de la lire. Mais cela n’a finalement pris que deux ou trois chapitres pour que je me plonge véritablement dans le livre et que je ne parvienne plus à le lâcher, happée par l’intrigue et par la psychologie des personnages, que je trouve très réussie, comme pour Les lieux sombres. Gros points forts de cette autrice, assurément.

Extrait

« On dit toujours, quand on est déprimé, qu’on a le blues mais j’aurais été heureuse de me réveiller devant un horizon bleu pervenche. Pour moi, la dépression est jaune – jaune pisseux. C’est un interminable filet de pisse décoloré, exténué »

Sur ma peau raconte le retour d’une journaliste venue enquêter dans sa ville d’enfance sur la disparition d’une jeune fille et l’existence potentielle d’un tueur en série. Très vite, on comprend qu’il y a des histoires de famille très particulières qui ne tarderont pas à faire émerger un sentiment de malaise grandissant face à une situation de plus en plus malsaine.  Et c’est tellement insidieux qu’on se retrouve bien forcé de continuer la lecture et de s’interroger si cela n’est pas un des moteurs qui nous pousse à tourner les pages pour en connaître… une issue ?

Un sentiment paradoxal puisqu’on sait bien – et le roman le fait bien sentir – que les problèmes intrinsèques à la famille, celle dans laquelle on a grandi, font partie des plus impossibles et des plus destructeurs à se défaire et que cela marque une (à) vie. C’est physiquement le cas pour l’héroïne puisque Camille, depuis son jeune âge, a commencé à se scarifier en réaction à son environnement nocif, cette mère déséquilibrée elle-même par le traumatisme laissé par sa propre enfance et sa propre mère. Un cercle vicieux auquel aucune génération ne semble avoir échappé.

« Oui, je suis là, ai-je dit, et ça a été un choc de découvrir à quel point ces mots me réconfortaient. Quand je panique, je les prononce à voix haute. Je suis là. En général, je n’ai pas l’impression d’être là. Je me sens comme quelqu’un qu’une simple bourrasque de vent tiède suffirait à effacer, à faire disparaitre à jamais, sans laisser de trace. Certains jours , je trouve cette pensée apaisante; d’autres, elle me glace. « 

Je crois aimer les deux romans lus de Gillian Flynn justement parce qu’elle ne parle pas simplement d’une enquête. Elle propose surtout de s’interroger sur les personnages qui s’y trouvent mêlés et de la façon dont cela va les impacter. Le tout plongé dans une Amérique à la dérive, un petit territoire dans un énorme pays, où tout semble paradoxalement confiné et étroit. Et profondément sexiste. Les personnages de cette histoire, ce sont assurément ces femmes, qu’une société ultra-patriarcale a profondément atteint dans leur construction. En plus du drame familial qui se joue, c’est donc également une critique d’une partie de la société américaine que l’auteure dresse.

Au final, j’ai changé d’avis sur le style de Gillian Flynn. Du moins, si d’un point de vue littéraire, je ne l’apprécie pas, il est efficace dans ce roman et offre un détachement salvateur au lecteur qui, suivant les pensées d’une narratrice à la première personne, est forcément déjà happé par l’ambiance méphitique générale. L’autrice n’en fait pas des caisses et se contente de laisser parler toute la complexité psychologique de son héroïne. Autrement, cela aurait pu être très lourd à lire.

« Le seul endroit que tu as épargné, » m’a-t-elle chuchoté. Son haleine était douceâtre, musquée, comme l’air qui flotte autour d’une source.
« -Oui.
-Un jour, je graverai mon nom là. » Elle m’a secouée, une seule fois, puis m’a relâchée, et m’a abandonnée sur l’escalier avec le reste d’alcool qui avait tiédi.

C’est un roman qui fait froid dans le dos, qui peut même être dérangeant, que je ne recommanderai pas forcément à tout le monde. La violence qui y est décrite étant psychologique, il me semble que c’est justement une des plus dure à supporter – aussi, soyez prévenus. En revanche, si comme moi vous ne lisez que peu de thrillers, je ne peux que vous recommander de le tenter !

Résumé : « La ville de Wind gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée… Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind gap. Mais pour Camille, retourner à Wind gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs. À l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices… On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité… »

Salina, les trois exils de Laurent Gaudé

Salina, les trois exils
Écrit par Laurent Gaudé
Publié aux éditions Actes Sud
Publié en Octobre 2018
Conte contemporain


LES COUPS DE COEUR!


Je ne pense pas vous avoir déjà parlé de ma lecture du roman Pour seul cortège, il y a de cela un an ou deux. J’avais pourtant gardé en mémoire la beauté du texte et la voix de Guillaume Gallienne, qui me l’avait fait découvrir et je n’avais qu’une idée : en lire d’avantage. (En aparté, je ne saurais que trop vous recommander de découvrir l’émission Ca ne peut pas faire de mal qui est une mine d’or de découvertes littéraires en tout genres.) Il faut le lire ou l’entendre pour comprendre à quel point la plume de cet auteur porte sa propre voix, sa tonalité, sa musique, son lyrisme, qui sied merveilleusement aux destins peu ordinaires comme celui d’Alexandre Le Grand. Ou celui de Salina, la femme aux trois exils, aux trois enfants, rêvant d’amour et condamnée à la vengeance.

Me voilà donc à lire Salina, les trois exils récemment publié aux éditions Actes Sud, et c’est lecoup de cœur de cette rentrée littéraire. Pour les mêmes raisons que pour le récit sur Alexandre Le Grand : en parlant de la plume de Laurent Gaudé, on évoque tout de ses qualités et c’est la force même de son talent.

Extrait

Il écoutait tout, avec avidité, sidéré qu’il puisse y avoir tant de mots dans cette femme. Que sa mère qui ne vivait rien d’autre que ces journées longues passées à ses côtés, ces journées de marche, de campement, de survie, ait pu avoir une vie si pleine de blessures et de fracas. Il a cru parfois qu’elle inventait, mais ce sentiment a vite disparu. Elle avait dans la voix des fêlures qui ne mentent pas, quelque chose en elle se brisait parfois.

Il y a peu d’auteurs qui maîtrisent à ce point son style, qui arrivent à créer un flux intense d’émotions à travers les mots, éveillent tous vos sens, vous font ressentir l’intensité de vie de ses personnages. J’ai vibré du destin de cette enfant devenue femme, abandonnée de tous, seule face à une destinée qu’on lui a extorqué par trois fois. Elle a enfanté dans la violence, et puis dans la haine, pour élever un enfant du pardon.

Tiré d’une pièce que l’auteur a lui-même écrit, Salina s’en sort merveilleusement à l’écrit. Car il suffit simplement d’élever la voix pour entendre tout du récit : la tragédie antique qui se joue ; le destin scellé d’une enfant abandonnée à un monde déshumanisé par la guerre, par l’envie, par la peur, par la violence et la domination, qui seule avec l’espoir d’amour et d’une vie heureuse, ne peut lutter contre les coups du sort ; le chant langoureux des dunes de l’Afrique et du Sahara, les brûlures du soleil en journée et le sable qui se colle à la peau, assèche le corps, menace de tout envahir ; l’intemporalité du récit et l’universalité des souffrances qu’il porte ; la voix de cet enfant du pardon qui, par l’amour retrouvé, tâchera de donner la voix qu’on a interdite à la mère.

Extrait

Ils sourient tous à l’évocation de ton nom parce qu’ils savent qu’ils n’ont plus rien à redouter de toi mais ils ont tort. Je sais, moi, qu’une guerre ne s’achève vraiment que lorsque le vainqueur accepte de perdre à son tour.

Laurent Gaudé parle ainsi de vengeance et de la façon dont l’héroïne – cette enfant venue de nulle part, promesse de malheurs, qui suscita crainte et haine par l’appréhension que cette inconnue inspire – va y répondre. Et cette interrogation : comment sort-on de ce cycle sans fin ? Pour citer l’auteur lui-même dans cette interview sur RTL, auquel l’extrait ci-dessus répond également : « par un geste inouï » et inattendu, venu d’un tiers auquel nul ne pouvait s’attendre. Magnifique leçon d’humanité.

Résumé : « Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre. »

Voir l’interview de Laurent Gaudé dans l’émission La Grande Librairie :

Une Pluie Sans Fin de Dong Yue

Une pluie sans fin
Réalisé par Dong Yue
Interprété par Duan Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan, Zhen Wei…
Chine
Sorti en Juillet 2018
Thriller
Voir la fiche Allociné


LES BONNES SURPRISES!


Il s’agit du premier long métrage du réalisateur Dong Yue, et c’est d’autant plus impressionnant au regard de la maîtrise qu’il fait preuve dans toute son oeuvre. Il y a peu à reprocher au film, qui hérite des mêmes qualités que ceux attribués en ce moment au cinéma sud-coréen, dont il est vrai qu’il s’inspire fortement. On ne peut éviter les comparaisons plus qu’évidentes avec le chef d’œuvre Memories of Murder de Bong Jong-Ho, à la fois dans la construction du scénario que par l’ambiance sombre, pluvieuse, crasseuse des quartiers notamment industriels.

Le film est passionnant. Et ce n’est pas uniquement dû au mystère de son intrigue. Là où il va se distinguer du film sud-coréen, c’est dans la focale qu’il choisit de mettre sur le milieu de l’industrie chinoise à quelques mois de la rétrocession de Hong Kong et plus particulièrement durant la désindustrialisation d’une partie du sud de la Chine. Ce n’est donc pas tant un thriller qu’un drame social, et c’est dans ce traitement particulier qu’il se révèle excellent, offrant de très beaux plans. Je pense notamment à la course poursuite qui a lieu dans une des industries de la ville, qui m’a le plus marquée.

Le cinéaste chinois a donc choisi d’illustrer à travers l’enquête mené par l’agent de sécurité, Yu Guowei, l’impact à l’échelle des individus d’une mutation économique et sociale d’un pays. Il y a énormément de sous-texte qui sert en ce sens à montrer les évolutions de cette société et la façon dont les différentes générations la subissent.

Un casting irréprochable, une mise en scène et un cadrage efficaces, une ambiance palpable, une esthétique marquante, une musique d’atmosphère adaptée – Une pluie sans fin est une des plus belles surprises cinéma de cette année 2018 et une belle promesse pour ce nouveau réalisateur.  Je ne peux donc que souhaiter d’en voir d’avantage et peut-être avec un détachement du cinéma sud-coréen pour y découvrir plutôt sa propre patte.

Je vous laisse en apprendre d’avantage à travers l’excellente critique d’Aurélien Milhaud sur le site « Le Blog du Cinéma« .

Résumé : « 1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre. »

Festival OFF 2018

Comme tous les ans (ou presque), je me suis rendue au Festival de Théâtre qui a lieu dans ma ville natale, en Avignon. Si vous ne le connaissez pas, je vous renvoie à mes précédents billets (de 2017, 2015, 2014 – et d’autres en fin de ce billet). Comme je n’ai pas été réactive, ce billet arrive donc tardivement, quasiment un mois après la fin du Festival. En revanche, les pièces qui y ont été jouées valent quand même la peine qu’on en parle, d’autant que certaines auront – je l’espère – la chance d’être rejouées dans de nouveaux théâtres tout le long de l’année.

Comme je me connais et que j’ai 12 pièces à mon compteur, ce billet risque d’être un peu long. Prenez donc un bon thé et n’hésitez pas à vous rendre sur les sites des compagnies pour les pièces qui vous auront intriguées afin d’en savoir plus.


Les Coups de Coeur

VARHUNG, HEART TO HEART

Compagnie : Tjimur Dance Theatre
Interprète(s) : Ching-Hao YANG, Ljaucu Dapurakac, Tzu-En MENG
Direction générale et artistique : Ljuzem Madiljin
Administration : Shu-Ting CHIU
Administration et coordination des tournées : I-Hsuan LI
Régie générale : Yin-Ping LI
Vue à la Condition des Soies

Je n’ai pas l’habitude de voir des spectacles de danse, généralement je ne sais pas comment les apprécier. En revanche, j’étais très curieuse de voir ce mélange de contemporain et de tradition venue de Taiwan. Le résultat a été bluffant. Je peux littéralement dire que cela a même été sensationnel, tant la pièce a été illuminée par le corps, l’énergie, la respiration, la voix, le son des corps des danseurs. Aucun de nos sens (hormis le goût) n’a été laissé pour compte. 

C’était une expérience unique au monde, renforcée par le lieu ancré d’histoire, d’abord fabrique de soie (après tout, il s’appelle bien Condition des soies) puis du théâtre avignonnais dont il est un des plus vieux représentants. La pierre est épaisse et haute, ancienne, typique de la ville médiévale.

Le show a été intense et communicatif. Les danseurs talentueux nous ont transporté et j’ai adoré tout autant la danse que leurs chants. Vraiment magistral !

Résumé : « Cette année, la compagnie est de retour avec varhung – Heart to Heart, création qui revisite la tradition de musique et danse des Païwans ; ce spectacle en recueille les éléments formels pour les sublimer en un langage corporel contemporain qui, dans l’interaction des chants et de la danse, s’exprime sur scène à travers la riche gestuelle des danseurs. Dans cette œuvre, le chorégraphe Baru Madiljin est parti d’une plante, le gingembre coquille, qui joue un rôle important dans la vie de la tribu, pour élaborer les mouvements articulant la danse. Les gestes précis et délicats accomplis – gestes de cueillette, de séchage, et d’épluchage par strates – sont devenus les éléments constituants des mouvements de danse de ce spectacle. C’est d’une seule traite, sans la moindre pause, que les danseurs accomplissent l’intégralité de cette performance chorégraphique. De temps à autre surgissent les rythmes de la danse des 4 pas, une danse de fête des aborigènes Païwan, accompagnés de psalmodies puissamment scandées. Baru Madiljin utilise le chant, la danse et les paroles des performeurs comme une maïeutique amenant la mise à nu des lourds secrets qui pèsent sur leurs cœurs. Ce faisant, il souhaite que ce soit aussi pour le public une catharsis, l’occasion d’extérioriser les frustrations sédimentées au plus profond du cœur et, partant, de s’en libérer. L’intériorité sauvage qui s’exprime dans l’attitude farouche et déterminée des performeurs fait de ce spectacle une expérience intense, grandiose et bouleversante. Que ce soit dans le martèlement des pas, dans les mouvements ou dans l’intensité des chants, la tension dramatique se manifeste avec la force d’un choc émotionnel. »

Les bonnes surprises

LE CERCLE DE CRAIE

après un poème chinois de Li Xuingdao et la pièce adaptée de Kablund
Interprètes: Sarah Brannens, Geoffrey Rouge-Carrassat, Eva Rami, Manuel Le Velly, Yuriy Zavalnyouk
Compagnie : L’Eternel Eté
Plus d’informations : http://www.cie-eternelete.com/creations/le-cercle-de-craie/
Vue à La Factory (Théâtre de L’Oulle)

Je ne pouvais rater la nouvelle création de la compagnie L’Eternel Eté (dont j’avais adoré leur version de Le Petit Poucet écrit par Gérard Gélas, puis la pièce La Vraie Fiancée et Les Fourberies de Scapin, adaptée de la pièce de Molière). Sans surprise, c’est une nouvelle réussite, adaptée d’un poème chinois du XIVe siècle. Un genre différent des précédentes pièces mais qui a su tirer de leurs qualités : la scénographie, la chorégraphie, la musique, le texte porté par des acteurs talentueux…

C’est un plaisir de les voir interpréter un texte qui s’adresse à un public plus mature. Les acteurs sont débordants d’énergie et leur créativité est un régal. Tout est pensé pour entraîner le spectateur dans l’univers et l’envoûter. Cette recherche de fluidité à tout instant dans les scènes et dans la transition des décors, avec la chorégraphie soigneusement orchestrée : tout semble opérer comme un charme. On se prête à la métamorphose de la scène et des acteurs qui, comme souvent dans leurs pièces, peuvent être amenés à interpréter des personnages différents. Leur talent est justement qu’on y croit. Ils touchent nos sensibilités et créé un lien affectif qui nous rendent encore plus captifs et inquiets pour ceux qui évoluent sur scène.

Je suis donc toujours aussi charmée !

Résumé : « Vendue comme entraineuse dans une maison de thé, la jeune Haïtang est ensuite mariée de force et dépossédée de son enfant. Amour contrarié, jalousie, vengeance et corruption jalonnent le destin exceptionnel de cette jeune femme. Cette histoire de justice et de sagesse, où le tragique se frotte au burlesque, fait partie des plus anciens contes de l’humanité et a traversé les siècles et les cultures. »

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE

La véritable histoire du cheval de Troie
de la compagnie Brozzoni
d’après Virgile
Metteur en scène : Claude Brozzoni
Interprète(s) : Guillaume Edé, Claude Gomez
Diffusion : Virginie Bellaïche
Co-directrice : Dominique Vallon-Brozzoni
Plus d’informations : http://www.cie-brozzoni.com/La-veritable-histoire-du-cheval-de-82
Vue à La Manufacture

Un duo sur une scène très minimaliste autant que la mise en scène. L’un joue de la musique, l’autre conte et chante la véritable histoire du cheval de Troie, vécue par un Troyen, d’après le texte de Virgile. Je ne connaissais pas ce texte, mais j’ai adoré son interprétation. Une grande partie de la pièce passe à travers l’ouïe : l’émotion circule dans la voix mélodieuse du narrateur. La musique enchante la scène, lui donne sa forme, ses couleurs, sa taille – celle de la cité de Troie. La poétique du texte se charge du reste.

J’aime cette forme de simplicité qui met en valeur le texte. J’aime la voix du chanteur et ses chansons qui, même sans comprendre leurs paroles, véhiculent énormément de choses du récit. Plus que tout, elles nous touchent. Ma fibre sensible a, en tout cas, été chatoyé tout le long de la pièce. C’est gourmand et généreux à souhait.

Résumé : « La véritable histoire du cheval de Troie n’a-t-elle pas commencé quand la guerre a pris fin ? Une cité détruite, ses habitants massacrés et l’exode. Un exilé justement raconte. Il sait de quoi il parle : lui et son peuple attendent un accueil qui ne vient pas. Sa voix grave et éternelle enflamme le récit de Virgile. Dans ses chants, l’espoir renaît malgré la douleur et l’errance. Le comédien et chanteur, Guillaume Edé, et Claude Gomez, l’accordéoniste mêlent leur souffle à la poésie du texte. Sur la scène se joue l’histoire intime des tragédies épiques. Une histoire forte, contrastée, toujours saisissante. « 

HOICHI LE SANS OREILLE

Création du Théâtre Ronin
Metteur en scène :
Alex TAM
Interprète(s) : Chun-him WU, Lo-yin CHIU
Plus d’informations: https://www.theatreronin.com.hk/latest-news-cx2d
vue au théâtre LAURETTE

Encore une belle découverte, cette fois création d’une compagnie Hong-Kongaise. Elle interprète un conte horrifique japonais en mêlant l’art du conteur et de la forme physique (Nan-Kouan) à l’art de l’espace. Véritable dépaysement artistique, qui la rend peut-être difficile à comprendre pour des néophytes. Je n’ai peut-être pas moi-même saisi toutes les subtilités de la pièce, mais j’ai globalement apprécié le rafraichissement de l’interprétation.

En réalité, c’est une interprétation exigeante qui demande au spectateur une lecture attentive de la pièce, de toute façon indispensable du fait du surtitrage et au sous-texte que l’interprétation apporte qui la rend subtile et complexe à la fois. En revanche, c’est également une pièce d’ambiance, l’atmosphère rendue par la sonorité des instruments, des voix, des mouvements, ne serait-ce que le glissement furtif des pieds sur le sol, tout participe à immerger le spectateur dans ce conte.

Résumé : Adaptée de Hoichi, la légende des samouraïs disparus écrit par Lafcadio Hearn, relatant l’aventure d’Hoichi une musicienne aveugle séjournant dans un monastère. Une nuit, alors que l’abbé est de sortie, un samouraï vient l’inviter à donner un récital pour son maître.  Or, l’abbé voyant ces sorties avec scepticisme va envoyer un moine la suivre. Il découvre alors un terrible secret…

Les Découvertes

UN JOUR J’AI RÊVÉ D’ÊTRE TOI

Metteuse en scène : Anais Muller
Metteur en scène : Bertrand Poncet
Interprète(s) : Anais Muller, Bertrand Poncet
Soutien : Pier Lamandé
Plus d’informations : http://shindoprod.com/les-productions/les-traites-de-la-perdition/un-jour-jai-reve-detre-toi/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Je pourrais vous laisser seulement le résumé comme commentaire de cette pièce car il vous en parle bien mieux que je ne pourrais le faire. Laissez-moi seulement vous préciser que j’ai apprécié l’expérience et que je l’ai trouvé surprenante, farfelue, décousue, mais également très intelligente et intéressante.

Je la rapproche à du théâtre de l’absurde. Elle est rondement bien menée. Le 4e mur est massacré à la pelle et le spectateur complètement mis en déroute. Très vite, on se pose de multiples questions : à quoi assise-t-on ? Et qu’est-ce qu’on fout là ? Est-ce que c’est encore une pièce de théâtre ? Sont-ils en train de jouer une comédie ? Et si oui, à quoi jouent-ils ?

Car les acteurs s’amusent. Et franchement, on s’amuse autant qu’eux. On ne veut pas partir. Ils nous rendent actifs, captifs, attentifs. Le sous-texte est excellent. Mais je vous laisse pour le découvrir, le résumé.

Résumé : Pour contrer la solitude et l’ennui Bert et Ange jouent la comédie, s’amusent, se font répéter et se mettent en scène. Bert est un homme qui voudrait être une femme, Ange est une actrice en mal de reconnaissance. Sur un ton léger, un rythme enlevé, on comprend que, petit à petit leurs rêves se sont fanés, les illusions envolées, mais que seul reste intacte la nécessité de jouer et de s’aimer.
Parce que tout est vain et que la vie c’est la vie, nous nous sommes mis à faire pour faire, non par nécessité, non par cupidité, non par orgueil (enfin si peut-être un peu) mais juste parce que finalement il n’y avait que cela à faire. Anaïs a une pelle et Bertrand un marteau-piqueur. Nous creusons des trous ; nous creusons des trous sans savoir pourquoi. Qu’y a-t-il dans un trou ? Pourquoi rêver toujours d’être un autre quand on peine déjà à savoir qui on est ? Réflexion faite, l’idée nous est apparue que nos choix et nos désirs ne nous appartenaient pas et que donc l’homme, être de fiction et de culture, semblait être, malheureusement ou heureusement pour lui, naturellement et facilement manipulable. Sous forme de traités, qu’on appellera « Les traités de la Perdition », les spectateurs assidus pourront suivre Ange et Bert évoluant dans leurs fantasmes pour mettre en exergue la mort d’un monde qui se décompose de l’intérieur.

LA GLOIRE ET LA CENDRE

Création de la compagnie Jacques Auxenel-Annie Chaplin Théâtre Lesilo
Metteur en scène : Jacques Auxenel
Interprète(s) : Bertrand Saint, Bruno Biezunski
Chargée de diffusion : Catherine Lafont
Vue au Théâtre des Corps Saints

J’ai toujours aimé les pièces historiques. Celle-ci se déroule pendant une nuit durant la Seconde Guerre Mondiale. Une alerte aérienne retentit, coinçant un historien allemand et un gardien de lycée français et résistant dans un huis clos – autre aspect positif de la pièce. Les deux hommes vont être ainsi obligés de se côtoyer et de se divertir. L’historien, fasciné par l’Histoire de Napoléon, et notamment l’expédition qui a été menée pour ramener sa dépouille en France, va ainsi nous faire partager, à travers son récit passionné, cette part de l’Histoire, que, personnellement, j’ignorais. Je ne savais pas non plus que durant la Seconde Guerre Mondiale le corps du fils de Napoléon avait également été ramené par les Allemands en France, manœuvre de propagande.

La pièce se révèle plutôt classique et sans surprise. On passe en revanche un bon moment à côtoyer ces deux êtres, à s’interroger sur leur passé, leur motif. C’est une pièce également pédagogique qui met en avance des faits peu connus de l’Histoire, dont celui cité au-dessus. Et c’est une oeuvre touchante qui, tout en relatant un moment anecdotique de la vie de deux hommes, parle aussi de l’humanité et des rapports humains en tant de guerre.

Résumé : « 15 décembre 1840, 15 décembre 1940 : le jour et la nuit…!
15 déc.1940, sous l’occupation allemande, une alerte aérienne confine un historien et un concierge dans la cave de leur lycée. À la radio ils entendent qu’Hitler rapatrie en France la dépouille de l’Aiglon, fils de Napoléon. Outré par cette manœuvre collaborationniste, d’ailleurs totalement méprisée par les parisiens, l’historien raconte ce que fut, à contrario, l’extraordinaire expédition du retour des cendres de l’Empereur et le fantastique accueil que le peuple français lui fit à son arrivée cent ans plus tôt, le 15 déc.1840. Si ce récit patriotique et le huis-clos contraint rapprochent ces deux hommes, leurs rapports sont ambiguës, parfois conflictuels, chacun étant porteur d’un dangereux secret, l’un sur son activité, l’autre sur son identité, créant au long de la pièce un suspens qui entraîne autant le public profane en histoire, que celui plus érudit, dans ce double voyage à la fois temporel et géographique. »

LE MAGASIN DES SUICIDES

Création de la compagnie Nandi
d’après le roman de Jean Teulé
Adaptation et Mise en scène : 
Franck Regnier
Scénographie : Leslie Calatraba
Chorégraphie : Cie Mouvementé
Création Costumes : Lisa Desbois
Interprète(s) : Cédric Saulnier, Elise Dano, Benoit Gruel, Arnaud Gagnoud, Julie Budria, Pierre-Hugo Proriol, Anthony Candellier
Plus d’informations : http://www.compagnie-nandi.fr/index.php/home/
Vue au Théâtre Notre Dame

J’avais envie d’une pause de légèreté, aussi j’ai voulu tenté l’adaptation du roman de Jean Teuilé, dont le postulat même est comique : la famille Tuvache fait fortune en garantissant à leurs clients un suicide réussi 100% garanti. Seulement, le dernier né est une malédiction pour la famille qui porte le deuil comme un gant : il a la joie de vivre !

Nul doute que vous passerez un moment drôle, divertissant, aéré en allant la voir. J’ai même été étonnée de ne pas y voir plus d’enfants, car la pièce est vraiment idéale pour tous les âges. Le décor et les costumes, la scénographie générale est topissime. Les acteurs sont plutôt bons, avec un clin d’oeil spécial pour le grand-frère, joué par Pierre Hugo Proriol, qui nous a vraiment fait rire tout le long de la pièce.

Par contre, la pièce malheureusement souffre des défauts du livre : l’idée est très drôle mais certains personnages manquent un peu de nuance. Ils sont beaucoup trop tirés sur un seul aspect de personnalité et sont à la longue lassants. Cela reste malgré tout bon enfant et donne le sourire aux lèvres.

Résumé : Chez les Tuvache, on garantit les suicides «Mort ou Remboursé !» depuis de nombreuses générations.
Mais ça, c’était avant l’arrivée d’Alan, le petit dernier. Tout petit déjà, il commence à sourire. Alors qu’autour de lui le monde n’est que tristesse et désolation, lui ne voit que beauté et poésie. Et redonner le goût de vivre aux clients du magasin des suicides, ce n’est pas bon pour le commerce des parents Tuvache. Désespérés, ils vont tout tenter pour remettre leur fils dans le droit chemin du désespoir.

Les mitigés

FAUST

d’après l’oeuvre de Goethe
Création du Collectif 8
Metteuse en scène : Gaële Boghossian
Interprète(s) : Clément Althaus, Paulo Correia, Fabien Grenon, Mélissa Prat
Video : Paulo Correia
Musique : Clément Althaus
Lumières : Samuèle Dumas
Machiniste : Benjamin Migneco
Diffusion : Vanessa Anheim
Chargé de production : Mathieu Gerin
Stagiaire : Nikita Cornuault, Kelly Rolfo
Plus d’informations : https://www.collectif8.com/
Vue au 11 Gilgamesh Belleville

J’ai beaucoup de peine à placer cette pièce dans cette catégorie, car je suis admiratrice des productions du Collectif 8 et du travail de Gaëlle Boghossian en tant qu’actrice comme metteuse en scène (j’avais adoré Alice, La Religieuse, Marginalia). J’aurais aimé que c’en soit de même avec Faust.

Malheureusement, c’est une déception cette année. Il y a beaucoup de répétitions vis-à-vis de leurs précédentes créations, dans la scénographie, la mise en scène, le style général de la pièce. Mais attention : ceux qui ne connaissent pas les créations du collectif seraient certainement bluffés par le travail et la créativité ! Simplement, je n’ai plus ressenti le plaisir de la surprise, de la nouveauté et de l’originalité – tout me donnait un goût de déjà vu, du coup.

En plus, il y a aspect un peu « kitsch » dans l’interprétation de la pièce de Goethe. L’utilisation de la guitare, notamment, même si la bande originale est assez cool en soi, associée à la pièce, cela a renforcé la lourdeur générale. Même chose pour l’utilisation de la vidéo sur la toile qui nous séparaient de la pièce et l’interprétation des acteurs. Cela manquait de finesse, d’aération, de nuances.

Cela ne reste que mon avis personnel, après avoir déjà vu quelques pièces (et deux chefs d’œuvres). J’avais une attente particulière vis-à-vis de ce spectacle, malheureusement cela m’a déçu. Pour autant, j’irai voir leur prochaine création avec grand plaisir quand même.

Résumé : « Heinrich Faust, éminent scientifique et professeur, dresse un bilan amer de sa vie : comme scientifique, il n’a pas réussi à accéder au savoir absolu et comme individu, vieillissant, il n’a pas jouit de la vie et de ses plaisirs.  Désespéré, il promet de donner son âme au diable si celui-ci parvient à le délivrer de son insatisfaction et de son ennui. Méphisto l’entraine dans un extraordinaire voyage dans lequel il découvrira le désir et le pouvoir… »

LE DERNIER HOMME

Metteur en scène : Julien Gelas
Interprète(s) : Paul Camus
Plus d’informations: https://www.chenenoir.fr/event/le-dernier-homme-spectacle-festival-2018/
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’avais déjà vu la pièce La Fuite, que Julien Gélas avait traduit du chinois, écrit par Gao Xingjian en 2014, découverte très intéressante. J’étais curieuse de voir une pièce qu’il aurait écrit et mis en scène lui-même. De plus, il s’agissait d’un seul en scène qui mettait en scène le dernier homme, dans un univers d’anticipation post-apocalyptique. Je n’ai pas souvent l’occasion de voir de la science-fiction au théâtre, c’était donc l’occasion !

Et il y a du potentiel dans le texte de Julien Gélas. De ses thèmes, de la douce et lente agonie de son narrateur, qui se languit et tente un ultime espoir pour rompre sa malédiction d’être immortel dans un monde désert et saccagé, des réflexions induites, de l’ultime étincelle de la scène finale – il a en effet de belles promesses. Cependant, je n’ai pas réussi à m’immerger dans ce texte et dans le jeu de l’acteur, dans le minimalisme de la mise en scène poussé à l’extrême, dans la stoïcité du narrateur qui s’alourdit d’une tonalité trop monotone. Dans cette sobriété, il y manque encore de la nuance et un peu de finesse. Malgré quelques moments où la force du texte, la voix du narrateur, l’intensité de son regard et l’atmosphère prennent corps et âme dans une atmosphère qui devient tangible, cela reste globalement une petite déception.

Résumé : « Que ferions-nous si nous étions le dernier homme ou la dernière femme sur terre ? Que serions-nous surtout ?21 novembre 2084, côte ouest des Etats-Unis… Il vient d’inventer une machine capable de connecter la matière et la pensée. Une invention de celles qui transforment le cours de l’humanité. Mais sa vie bascule lorsque le Pouvoir tente de la récupérer… Sa femme est enlevée, Il est séquestré… et frappé d’une paradoxale malédiction : le voilà désespérément immortel, dans un monde en proie à un conflit planétaire qui viendra à bout de l’humanité entière…Le dernier homme sur terre nous livre son destin incroyable, s’accrochant à l’espoir d’être ainsi délivré de ses chaînes et de rejoindre paisiblement ses semblables… »

JUSTE LA FIN DU MONDE

Création de la compagnie Ledn-L’équipe de nuit
Adapté du texte de Jean-Luc Lagarce
Metteur en scène: Jean-Charles Mouveaux
Interprètes: Vanessa Cailhom, Jil Caplan, Esther Ebbo, Chantal Trichet, Philippe Calvario, Jean-Charles Mouveaux
Vue au Théâtre des Templiers, Petit Louvre

Si ce n’est le texte, je n’ai pas vraiment aimé la pièce. Ni son décors, structure noire composée de tables adossées, empilées, retournées, ni l’interprétation des acteurs et la mise en scène. Je suis, pour ainsi dire, passée complètement à côté de cette pièce.

En fait, je me suis vraiment ennuyée de bout en bout. La sobriété est poussée au paroxysme, dans un ton monotone, lourd, et sans nuances. Certains acteurs étaient vraiment mauvais, comme s’ils venaient d’apprendre le texte et ne savaient pas comment le jouer.

Je suis quand même ravie d’avoir découvert le texte de Jean-Luc Lagarce. La parole y est maitresse et je comprends, en un sens, la volonté de ne pas détourner l’attention du spectateur dans une mise en scène. C’est une tragédie familiale, où Louis, de retour après plusieurs années d’absence et de quasi-silence, doit annoncer à sa famille qu’il va mourir. Son retour brisera pendant son court séjour ce silence et libèrera la parole. Et en même temps, cet assemblage de monologues, à l’exception de quelques scènes particulières, montre à quel point l’échange fait cruellement défaut et les rend presque étrangers. Louis repartira sans rien dire de son état de santé. Du coup, j’aimerais mieux lire le livre et entendre sa musicalité et sa force, que je n’ai pas perçu dans son adaptation, malheureusement.

Résumé: « Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers d’éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. »

FUCKING HAPPY END

JJ’aiCréation de la compagnie Reina Loca
Metteur en scène : Jan Oliver Schroeder
Metteuse en scène : Sarah Fuentes
Interprète(s) : Ludovic Chasseuil, Sarah Fuentes, Maud Imbert, Jan Oliver Schroeder
Diffusion : Adeline Bodin
Régisseur : Loïs Guidotti
Plus d’informations: https://www.reinaloca.com/fucking-happy-end/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Alors, je dois avouer qu’un mois après l’avoir vue, j’ai déjà oublié en grande partie la pièce. Je n’en ai que peu à en dire finalement.

Je me souviens qu’elle était par moment drôle avec quelques bonnes idées, notamment au niveau des costumes. Mais elle était aussi un peu too much, lourdingue, pas très fine dans l’humour.

La réécriture de Peau d’Âne n’est finalement pas aussi originale, malgré quelques renversements. On reste plutôt ancré sur le conte, il me semble, et la prise de risque reste plutôt sage.

J’aurais peut-être aimé y voir un peu plus de cynisme et de critique.

Résumé : « Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Blanche Neige attend le prince charmant alors qu’elle a sept nains sous la main ? Pourquoi faut-il bécoter une armée de batraciens avant de trouver chaussure à son pied ? Ou pourquoi cherche-t-on absolument à vous caser alors que le mariage vous donne envie de vous pendre avec la crinière de Raiponce ? Bref, vous en avez marre des « Happy ends » formatés, tant mieux. Nous aussi ! « FUCKING HAPPY END » est une tragi-comédie qui pulvérise les idées reçues sur le couple, la famille, la quête du bonheur et tous les autres clichés dans lesquels la société veut nous claquemurer… Sous les feux de la rampe d’un étrange cabaret, un cortège de personnages, évadés de l’univers des contes, va vous dévoiler sa vision complètement loufoque et déjantée de « Peau d’Ane » !

LODKA

Création de la compagnie russe Quartier Libre
Metteur en scène : Sergey BYZGU
Interprète(s) : Olga ELISEEVA, Alexander GUSAROV, Marina MAKHAEVA, Yulia SERGEEVA, Natalia PARASHKINA
Plus d’informations: http://showlodka.com/fr
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’étais allée voir il y a quelques années leur spectacle « La famille Semianyki« , qui m’avait autant surprise que fait rire aux éclats. J’avais gardé un très bon souvenir de ce moment, surtout que je ne suis pas habituellement adepte de mimes. J’étais donc curieuse de les retrouver dans un nouveau spectacle.

Malheureusement, je n’ai pas été aussi comblée que la première fois. Il y a des moments très drôles et c’est plutôt bon enfant dans l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé des longueurs dans le spectacle et de la répétition dans les gags.

Certains personnages étaient peut-être un peu trop poussés à l’extrême dans leur running gag, qui rendait l’ensemble un peu inégal et parfois lourd. Mais j’ai aimé le thème général du spectacle, l’autodérision dans l’imbrication du théâtre dans le théâtre. La compagnie monte en effet un spectacle qui tourne au désastre et échappe à leur contrôle. Situation assez cocasse qui entraînera plusieurs fous rires, même si ça n’a pas toujours fait mouche avec moi.

Résumé : « LoDka – en Russe « petit bateau » – embarque le spectateur dans le tumulte du quotidien d’un petit théâtre.Un kaléidoscope de personnages drôles et touchants dans des situations rocambolesques inspirées par un long vécu de comédiens de théâtre. Sans un seul mot et en même temps, avec une justesse poignante et un humour incisif, ces artistes nous communiquent leurs rêves, leurs chagrins, leurs espoirs et leur humanité. »


Et voilà, c’en est terminé de ce (long) bilan du Festival Off 2018. C’est un plaisir, comme à chaque fois, d’y séjourner. Avignon est une très belle ville provençale et médiévale qui se colore durant tout le mois de Juillet, attirant la culture du monde entier dans ses murs. C’est toujours un privilège de pouvoir m’y rendre chaque été et je savoure toujours ces instants qui ne seraient rien sans toutes ces compagnies, ces metteurs en scène, ces acteurs, ces scénographes et toutes leurs équipes de talents.

J’ai déjà hâte d’y revenir l’été prochain.


EN DÉCOUVRIR PLUS :

Quelques articles des années précédentes :

Chroniques des pièces vues durant le Festival (2014, 2015, 2016) :


Best Of Mai 2018

Ce mois-ci, je me suis rendue à Florence, en Italie, où Stendhal a donné son nom au fameux syndrome – et il faut dire que la ville regorge d’arts. Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit senti pris de vertiges devant une telle profusion ! Malgré nos efforts, nous n’avons sans doute pas vu la moitié de tout ce que la ville peut proposer et pourtant nous avons pu en profiter pleinement, savourant la richesse du patrimoine local et de l’architecture qui, à un tournant de rue, peut soudain vous couper le souffle et qui a largement compensé la météo aléatoire que nous avons eu (même si elle a aussi pu être clémente) !

Mais outre ces quelques jours de tourisme, Mai aura été un mois plutôt faste en découvertes comme vous pourrez le constater dans ce billet !


LE TOP

#1 – Les plafonds du Palais Pitti 

Site du patrimoine, Florence, Italie

Ce n’est certainement pas tout ce qu’il faut y voir, dans ce palais, mais c’est peut-être ce qu’on a vu de plus bluffant. Ces plafonds qui s’élèvent haut et mettent en scène la mythologie romaine. Grandeur, splendeur, on se sent tellement petit en-dessous et si insignifiant ! Et ce n’est pas uniquement question de taille, mais de beauté – tout simplement.

#2 – Senses, parties 1 et 2, de Ryusuke Hamaguchi

C’est quasiment un coup de cœur malgré quelques maladresses en termes de réalisation. En plus il est difficile de vraiment le résumer, quitte à le spoiler, car au fond il parle en toute simplicité du quotidien de femmes au Japon. Quatre tableaux liés par l’amitié que se portent les quatre femmes mises en scène et qui, par réaction à leur actualité et leur entourage immédiat, vont s’interroger sur leur vie. Indirectement et peut-être de la façon la plus naturelle et douce, le réalisateur nous dresse avec finesse une partie du portrait de sa société, à travers la vie et le regard animé de ces quatre personnalités très différentes. De multiples thèmes vont ainsi surgir, avec également – et j’ai beaucoup apprécié de le voir ainsi traité – celui des femmes dans la société nippone.

Quel dommage que la suite n’a pas été à la hauteur, notamment par un défaut d’écriture qui ne s’est pas bonifié au travers des deux autres films – au contraire.

#3 – Mémoires du passé de Charles Szymkowicz 

Exposition temporaire au Musée Civique, Sienne, Italie

L’art contemporain est toujours difficile à apprécier sans explications. Même si les portraits attiraient vraiment le regard et m’ont tout de suite interpellé, d’une certaine façon, je ne suis pas certaine que j’aurais pu apprécier l’exposition sans la vidéo qui y était diffusée – et par chance incroyable, en français ! Le fait qu’elle n’était pas sous-titrée était quand même un peu bizarre étant donné qu’on se situait en Italie. Dans tous les cas, elle suivait et interrogeait le peintre dans sa démarche, son travail de mémoire et sa relation presque corporelle avec la peinture et, plus encore, la matière. Ses tableaux sont en relief, en XXL, et quasiment en 3D mais sans autre artifice que la matière même de la peinture qu’il utilise. C’est assez bluffant de voir les visages sortir littéralement de leur cadre. Difficile aussi de rester impassible devant tous les tableaux sur la guerre, sur l’horreur de la 2e Guerre Mondiale notamment.

Violent mais un rappel nécessaire.


Autres découvertes :

Les bonnes surprises :

  • 2001 L’Odyssée de l’Espace d’Arthur C. Clarke [Livre]
  • The Prince and the Dressmaker de Jen Wang [BD]
  • In real life de Jen Wang et Cory Doctorow [BD]
  • Mars horizon de Florence Porcel et Erwann Surcouf [BD]
  • Collections permanentes du Musée Galilée, Florence, Italie [Exposition
  • Collections permanentes de Les Offices, Florence, Italie [Exposition, Site du Patrimoine]
  • Fantômes et enfers d’Asie au Quai Branly [Exposition]

Les bonnes découvertes : 

  • Senses 3 et 4 de Ryusuke Hamaguchi [Film]
  • Dragon de Thomas Day [Livre]

Les découvertes

  • Trois coups contre ma porte de Michael Roch [Livre]
  • Deuxième personne du singulier de Daryl Gregory [Livre]
  • Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman [Livre]
  • Un manoir aux Cornouailles d’Eve Chase [Livre]
  • La végétarienne d’Han Kang [Livre]
  • Marguerite Duras de Laure Adler [Livre]
  • Glow 1 et 2 de Ray Chou et Vincenzo Ferriero [BD]
  • Senses 5 de Ryusuke Hamaguchi [Film]

Les mauvais élèves

  • Avengers Infinite Wars d’Anthony Russo et Joe Russo [Film]
  • Psychokinesis de Yeon Sang-ho [Film]
  • The Rain, saison 1, de Christian Potalivo et Jannik Tai Mosholt [Série]

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman

Merci au #NetgalleyChallenge2018 et à la maison d’édition #RobertLaffont pour m’avoir donné accès à ce livre.

Les detectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
Publié aux éditions Robert Laffont, 2018, collection La Bête Noire
Traduit par Dominique HAAS de l’anglais
Sur le site de l’éditeur
14,90€ Grand Format ou 9,99€ EBook


LES DECOUVERTES!


Bienvenue dans un petit village du Yorkshire où un détective privé autoproclamé et une entrepreneuse, régente d’un site de rencontre, vont être forcés de cohabiter et s’improviser détectives en herbe. Un premier tome écrit dans un style, un ton et un humour typiquement anglais qui a le mérite de rendre la lecture fluide et agréable. Parfaite pour la période estivale qui approche et à emporter durant un voyage. En revanche, je reste malgré tout réservée sur ce premier roman qui, s’il est plaisant à lire, ne restera pas longtemps dans ma mémoire.

Ma réserve vient du fait qu’il n’est clairement pas sans défauts, et le principal vient de ses stéréotypes. Si ceux-ci sont à mon avis en partie recherchés par l’autrice, qui, en les utilisant, souhaite caricaturer ses personnages, par volonté d’humour et de dérision, il faudrait dans ce cas y aller plus franchement et y mettre tout le sel et le piquant nécessaires, pour ne pas tomber dans les simples clichés.

Quelques exemples:
« Un endroit où, au lieu de lui reconnaître le statut d’épouse d’un prof de fac, on ne voyait en elle que la femme qui s’était mariée avec le fils du boucher.« 
« Et de fait, avec son cerveau rempli de codes informatiques, Delilah était la femme qu’on pouvait le moins taxer de romantisme. Cette caractéristique innée résultait du fait qu’elle avait cinq frères plus âgés, un mépris absolu pour le sentimentalisme, et un crochet du droit hérité de son frère aîné, Will, qui avait fait une brève carrière de boxeur.« 
« Aussi capable que son mari de manier le hachoir, et une femme de cette espèce rare qui ne parle pas à tort et à travers.« 

A ces citations, ajoutons le contexte puisqu’ils sont le reflet de la mentalité du village, étroit et renfermé. L’humour montre la volonté de les rendre indirectement ridicules par leurs idées peu modernes, mais le détachement nécessaire est ici malheureusement peu efficace. Là où on devrait goûter à une caricature, on ne retrouve en réalité que le squelette de clichés. Il y manque clairement de l’audace et de l’affirmation, et un poil d’originalité. Mais cela viendra peut-être avec le second tome.

En revanche, l’autrice a clairement su faire ressentir le corps de ce village qui, à lui-seul, forme une sorte de huis-clos avec son microcosme particulier. Elle appuie souvent sur ses particularités : la chaleur humaine qui s’en dégage certainement par le sentiment d’appartenance qui est partagé et la bienveillance mais également son revers, par le manque total de vie privée, la conviction de vouloir bien faire en se mêlant de tout et en ayant l’avis sur tout, le renfermement de ces habitants capables d’exclure une personne non désirée et faire ressentir le cloisonnement de leur monde étroit..

Pour cela, elle prend ainsi tout son temps, puisque l’intrigue fait corps à son environnement – une qualité pour ce premier tome, qui se révèle de fait une très bonne introduction à son univers. Mais d’un autre côté, cela se révèle également un défaut car il faut attendre la seconde moitié du roman pour que l’intrigue démarre réellement avec l’enquête tant attendue. Je ne suis pas friande des romans où l’action s’enchaine de façon effrénée au détriment du reste ; il n’empêche que certains lecteur pourront se sentir frustré de l’attente.

Pour résumer, Rendez-vous avec le crime est un premier tome léger, fluide et plaisant, qui reste cependant encore trop superficiel. Les éléments sont en place mais il lui manqué du sel et des épices plus marquées. Le style n’est pas encore très affûté et j’espère que ce sont les premiers tâtonnements liés à une nouvelle série, bien que l’auteure ne soit apparemment pas à son coup d’essai. Le scenario se suit avec plaisir, mais là encore on peut lui reprocher de paraître trop simple. Tout découle de soi et les obstacles sont rapidement franchis, les rendant finalement peu inquiétants. Le lecteur n’est jamais vraiment bousculé ou surpris, même s’il pourra se prêter au jeu de découvrir le fin mot de l’histoire. La relation entre les deux protagonistes est plutôt bien écrite, mais elle est également courue d’avance. Par contre, celle qui lit ces derniers au reste du village paraît plus maitrisée et prometteuse, plus nuancée aussi.

Si vous aimez ce type d’enquêtes, les microcosmes, et que vous recherchez une lecture légère, facile et agréable, et que vous n’avez pas d’appréhension sur son rythme ou sur la part que prend l’enquête dans le roman, en particulier si c’est pour l’emmener égayer vos vacances, alors je vous le recommande. Si vous êtes en revanche à la recherche d’une intrigue complexe, d’un univers sombre ou angoissant, des frissons, au rythme soutenu, ce n’est pas vraiment ce que propose ce livre.

Résumé :
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !