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Vie et mort de Sophie Stark – Anna North

vie et mort de sophie stark

Vie et mort de Sophie Stark
Écrit par Annah North
Publié par Autrement, 2015
Traduction de l’anglais (US) par Jean Esch
Contemporain


Synopsis:
« Sophie Stark, une réalisatrice talentueuse, ne vit que pour les films qu’elle produit, au détriment de la vie réelle et de ses proches. Obnubilée par sa passion, la jeune femme n’hésite pas à sacrifier ceux qu’elle aime au profit de son talent créatif, derrière lequel elle dissimule sa peur d’affronter le monde. »


Note globale :

8/10


Nous sommes le 18 Août 2015 et les éditions Autrement viennent tout juste de publier Vie et Mort de Sophie Stark, un roman à voix multiples qui parle de cinéma, de création, d’obsession, de dépendance affective, de manipulation. Ce roman de la rentrée littéraire de 2015 venu tout droit des États-Unis est une véritable bouffée d’air frais, un petit bonbon acidulé savoureux et protéiforme.

Je n’ai pas été surprise de le découvrir dans la sélection finale du Prix du Roman Fnac 2015. Vie et mort de Sophie Stark est un de ces romans qui a du punch, un style fluide et accrocheur, un thème attrayant et la capacité de s’y moudre suffisamment pour vous faire ressentir le truc. Vie et mort de Sophie Stark, c’est un roman à sensation, comme une de ces émissions chocs qui, à travers témoignages et chroniques, tente de dresser le portrait d’une personnalité publique, d’une étoile montante du cinéma, d’un personnage atypique et inapprochable.

Placée au centre du roman, Emily, alias Sophie Stark, ne monte pour autant jamais sur scène. Non, car la réalisatrice, c’est elle. Elle qui est au commande. Elle qui tient la caméra. En voulant la raconter, Allison, Robbie, Jacob, Daniel, George se racontent en réalité eux-mêmes.

Anna North nous fait son cinéma. Pas l’avant première ou le film en lui-même, mais plutôt tout ce qui gravite autour de lui. Elle parle évidemment du processus de création, des balbutiements des débuts, des affres de la renommée mais aussi et surtout d’obsession. Celle qu’exerce Sophie Stark sur Allison, Robbie, Jacob, Daniel, George. Celle que les faiblesses humaines semblent attiser en elle. Et la quête, quasi convulsive, à laquelle on finit malgré tout par s’y joindre, qui consiste, espère, tend à capturer, décortiquer et définir son regard. Savoir ce qu’elle recherche autant à travers sa caméra.

« – Pardonnez-moi si c’est un cliché, dit-elle, mais l’art ? N’avez-vous pas utilisé le cinéma comme un moyen de communiquer avec les gens ?
Sophie secoua la tête.
– Rien ne m’a plus éloignée des gens que le cinéma.
– Alors pourquoi en faites-vous ? Quel intérêt ? »

Et c’est bien toute la question du livre. Quel est son objectif ? Qui est-elle ? Quelle est, au fond, sa véritable obsession ? Quel sens donner à son œuvre ?

Sophie Stark finalement reste un grand mystère. Même pour ceux qui l’ont coutoyée, aimée, protégée, elle reste une grande inconnue. Ce que j’ai adoré dans ce roman, c’est la façon dont tout en étant alambiqué, il reste cependant très simple. Anna North a réussi à proposer une œuvre protéiforme dans le sens où c’est à la fois un roman, un thriller psychologique, une fresque, un témoignage, un documentaire porté sur l’artiste et son œuvre. Et ainsi l’auteur pose notamment la question de l’indissociabilité des deux.

Vie et mort de Sophie Stark explore le mystère autour de la création, tente de mettre à jour tout le processus et les mécanismes qui y aboutissent et la façon dont sont transformés celui qui créé autant que celui qui en fait l’objet et tous ceux qui y sont de près ou de loin impliqués.

Mais c’est aussi un portrait à la fois glaçant et magnifique d’une femme, d’une artiste, d’une personnalité indépendante et forte qui peut se révéler manipulatrice, égocentrique, fragile, asociale, et obnubilée par son besoin de créer. Un personnage antipathique, certes, mais terriblement fascinant dans sa complexité et tous ses paradoxes.

Dire que le récit est simple n’est pas tout à fait exact, il est en réalité diablement bien construit. Mais toujours fluide. Que ce soit les narrations multiples, l’intervention des chroniques, les multiples voix, et malgré que les récits semblent suivre un même schéma, l’huilage est justement dosé, au point qu’on ne s’ennuie pas et sitôt le livre entamé, au bout de quelque dizaine de pages, on est captivé.

Anna North parle du magnétisme de Sophie Stark et de sa façon de déconstruire pour créer son œuvre, d’exploiter les faiblesses de ceux qu’elle laisse l’approcher sans se soucier des dommages collatéraux. Dans ce récit où les victimes offrent leurs voix pour dresser son portrait, Sophie Stark apparaît comme une icône intouchable. Témoignages, documentaire, dossier de presse, Vie et mort de Sophie Stark est autant une réflexion sur la création artistique qu’une formidable étude psychologique d’un personnage fantasmagorique.

Extrait :
« Sophie comprenait beaucoup mieux les gens, et la façon de les manipuler qu’elle ne le laissait paraître. (…) Au moment même où j’ai ouvert la porte, elle a su qu’elle pouvait faire de moi ce qu’elle voulait. Voilà ce que je me disais, déjà à ce moment-là. Au fil des ans, j’avais souvent raconté combien Sophie avait été néfaste pour moi. (…)
Et si c’était un aspect maladif en moi qui voulait faire tout ce que me demandait Sophie, je me disais que c’était peut-être aussi le plus authentique. »

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