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Trois Ombres – Cyril Pedrosa

trois ombres

Trois Ombres
Scénarisé et dessiné par Cyril Pedrosa
Publié par Delcourt, 2007
Fantastique, drame, aventure


« Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines. Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant. Une sourde menace s’était immiscée : il fallait fuir ou se soumettre. »


Note globale :

10/10


Aujourd’hui, je ne vais pas faire de chichis et je commencerai cette chronique en vous disant que j’ai adoré ma lecture, et que je vous la recommande vivement. Je ne connaissais pas Cyril Pedrosa et je n’ai même pas cherché à lire le résumé. Comme souvent en bédés, je me suis laissé guider par mon instinct – et je suis bien contente que mon flair eût été si bon ! Trois Ombres est une bédé touchante, étonnante, poétique et débordante d’émotion, à lire et à relire.

L’objet livre est déjà appétissant en soi – ce pourquoi j’avais craqué à la bibliothèque. La couverture fait présager une histoire pleine d’aventures, un récit initiatique entre un homme au dos vouté comme pour mieux veiller sur l’enfant qu’il tient par la main. La forêt se refermant autour d’eux, dans un sombre mais doux sépia laisse à penser que l’histoire sera pleine de mystères.

Quand on ouvre les premières pages, on découvre avec surprise des planches en noir et blanc, sans aucun aplat. Les ombres sont marquées à coup de petits traits noirs, offrant un dessin à la fois cartoon et réaliste. C’est mignon, ça nous émerge dans un autre monde, cela semble même bon enfant. Pourtant, très vite, notre regard est happé par la dualité du récit, par ce qui se cache derrière ce trait, cette absence de couleurs, ces airs de conte initiatique, de récit d’aventure.

trois ombres_famille heureuse

Tout en étant faite de noir et de blanc, Trois Ombres est en réalité une œuvre très colorée, gorgée de nuance, de poésie, et d’émotions. L’allégorie est de fait si subtile qu’elle se dévoile à nous sans qu’on parvienne à poser des mots dessus. Du moins, il m’a fallu plusieurs semaines avant d’arriver à la décrire.

Trois Ombres, c’est l’histoire d’une famille heureuse vivant tranquillement sur une petite colline, jusqu’au jour où trois ombres apparaissent et réclament l’enfant. Ne pouvant se résoudre à leur laisser son fils, le père l’emporte avec lui à travers le continent dans l’espoir de trouver refuge par-delà l’océan.

A travers ses planches magnifiques, l’auteur nous dévoile une véritable histoire d’amour, celle d’un père et d’une mère, envers leur enfant unique. Déchiré, le père refuse de laisser son fils au main des Trois Ombres. Se battant contre le sort qui leur a été jeté, il s’enfuit avec lui, à cœur perdu, dans une ultime tentative désespérée de sauver son enfant. A travers les planches, on réalise petit à petit que la quête de ce père angoissé à l’idée de perdre son fils a bien plus de sens que celui dévoilé de prime abord. Alors que le trait, oscillant entre la finesse du détail, les rondeurs et les hachures plus angoissantes, nous emporte tout comme l’histoire dans un récit onirique, on réalise cependant assez vite que cette bédé n’a du conte qu’un air plutôt vague et trompeur.

trois ombres parents

Avec subtilité, l’auteur nous parle en réalité de l’angoisse de l’homme face à la mort, face à l’inconnu, son désarroi face au sentiment d’impuissance devant la perte d’un être cher. Cette quête initiatique, c’est avant tout la lutte intérieur d’un père qui ne peut accepter l’inéluctable. Alors qu’il semble fuir, c’est au-devant de tout danger que l’amour paternel va le guider dans son ultime tentative.

Trois Ombres, c’est encore une fois une explosion d’émotions et de poésie. Je me répète, mais c’est vraiment ce qui m’a le plus marqué. J’ai rarement vu une bédé aussi belle que celle-ci, même si j’ai pu voir des dessins plus jolis, mais peu égalent la beauté onirique des planches de Cyril Pedrosa. J’ai été envoûtée, tant par le graphisme que par le récit, émue par le sort de cette famille, par l’amour de la mère, par l’implacable refus du père d’abdiquer devant ces inconnues. Surtout, l’auteur ne tombe pas dans le piège du pathos, rendant son récit d’autant plus fort qu’il est d’une justesse émotionnelle implacable.

Si le récit se tourne essentiellement autour du père, la mère n’est pas non plus écartée, ou opposée à lui d’une quelconque façon. Point de jugement dans la façon dont les deux parents ont réagi face au destin de leur enfant. Il s’agit plutôt de montrer le combat intérieur que chacun a dû mener, même l’enfant. La résignation de la mère, la fuite du père, ne sont pas à prendre tels quels, ainsi le fait comprendre les paroles de la mère dans les premières pages et qui donnent tout son sens au récit :

– Je ne vais pas t’empêcher de partir, mais je ne sais pas si je pourrai te le pardonner. Joachim va nous quitter, je le sais, et je suis prête. Pas toi.
– Lise…
– Laisse moi finir ! Il reste sans doute peu de temps avant que les ombres ne l’emportent. Ces derniers moments avec mon fils, ce temps là… je te le donne. Pour que vous puissiez vous séparer… le cœur paisible. Je vais perdre un fils… j’espère que nous n’allons pas nous perdre aussi.

Je n’ai qu’un mot à vous dire pour conclure cette chronique : lisez-la, offrez-la, partagez-la. Cette bande dessinée est un véritable régal qu’il faut découvrir.

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Un commentaire sur “Trois Ombres – Cyril Pedrosa

  1. Salut Lusionnelle ! Encore un avis qui donne envie. Je prends note. C’est vrai que les dessins rappellent agréablement l’enfance, les livres de l’école. Rien que pour ça je note, sans compter que le fond a l’air bien intéressant.

    1. Hello ! Oui, le dessin attire déjà l’oeil, mais il surprend par l’harmonie qui se dégage entre l’esthétique, l’histoire et le sens qui s’en dégage. J’espère, si tu as l’occasion de la lire, que tu l’apprécieras.
      Merci de m’avoir lue et laissé ce commentaire. 🙂

  2. Un album lu il y a trèèèèèès longtemps, peut-être bien un des premiers sur mon (ancien) blog. Je garde le souvenir d’un album triste et mélancolique… Il faudrait sûrement que je le relise !

      1. Je ne sais pas si je l’ai transférée sur le nouveau blog, tellement elle était courte et inintéressante… Tant pis, ça ne me fera qu’un nouvel album à relire, un de plus dans ma longue liste !! ^^

    1. C’est ce que je me suis dit, aussi. Il y a tellement de choses que tu m’as données envie de découvrir qu’à force j’ai du mal à m’en souvenir (de tous) ! -:)
      Mais celle-ci, c’est vraiment mon coup de cœur. au point je pense de faire partie de mon Top BD (si j’en faisais une ^^).
      Du coup, je te la recommande vraiment !!

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