Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Dune de Franck Herbert

Dune (tome 1 de la saga Dune)
Ecrit par Franck HERBERT
Traduit par Michel DEMUTH
Publié aux éditions Pocket
Première publication en 1965
Parution (ma version) en 2012
11.40€ poche
Science-fiction, Planet Opera, Space Opera


LES BONNES SURPRISES


Comme chaque fois que je suis confrontée à un mastodonte de la littérature, j’étais intimidée à l’idée d’entamer cet énorme pavé. Une sorte d’appréhension inexplicable où je me donne toutes les raisons pour repousser sa lecture. Et si je n’aimais pas ? Et si je n’y comprenais rien ? Et si je n’arrivais pas à le terminer ? Ce qui est bien entendu absurde car, dans quel cas, il n’y a qu’une réponse possible : et alors ? J’ai donc tenté l’aventure et pris tout mon temps pour savourer ce premier volet, excellent. Pour ceux qui craignent de se lancer dans une saga au long souffle, je peux également vous rassurer : ce tome se suffirait à lui-même.

Résumé :  » Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?  »

Je dois cependant mentionner que j’ai été un peu déroutée par l’écriture et j’ignore si cela vient de la traduction ou du texte original. C’est un roman globalement bien écrit, une plume soignée, et un phrasé qui n’est pas si courant dans la littérature de science-fiction (en tout cas celle que j’ai découvert jusqu’à présent). Il y a pourtant des moments où certaines formulations m’ont sorti de la lecture, où je lisais en me disant que c’était étrangement dit et de manière pas très fluide ou agréable.

Dune n’est pas simple à lire car il y a énormément d’éléments nouveaux ou dont je suis très peu familière. En plus des termes inventés, qui sont rapidement expliqués dans le texte ou dans le lexique en fin de tome, il y a également beaucoup d’inspirations puisées dans plusieurs civilisations et origines de notre propre monde : grecques, germaniques, chinois, arabes…. Le fait est que, m’y connaissant assez peu, j’ai certainement manqué de références et de sens et cela a demandé plus d’efforts également pour essayer de comprendre comment fonctionnait ce monde et sa population. Je ne saurais donc dire ce qui vient de l’inspiration, du mimétisme ou de l’invention pure. Cela participe à la richesse de cet univers qui est dense et complexe et donne envie d’être d’avantage exploré.

De cela résulte donc cet univers enrichissant dont les bases sont un terreau idéal pour une multitude de thèmes qui traversent l’œuvre. Le mysticisme, la superstition, la question du bien et du mal, la tradition et la religion sont entremêlées dans ses fondements, offrant à de nombreuses occasions un champ de réflexions intimes des personnages, comme Paul et sa mère, étrangers à Dune, qui y réagissent et semblent guetter et craindre le basculement vers un fanatisme qu’ils savent ne pouvoir contrôler.

Dans ce sens, cela m’a fait notamment penser au roman« Ti-Harnog » (tome 1 « Les Contacteurs » du Cycle de Lanmeur) par Christian Léourier, où un explorateur va se retrouver au centre d’intrigues tandis que la population locale va interpréter son arrivée comme l’accomplissement d’une légende. De la même manière, Paul va se révéler être une sorte de messie aux yeux des Fremens qui vont l’aduler et le suivre dans un combat, dont Paul sait, en réalité, qu’il ne pourrait échapper. Sa faculté de prescience va renforcer d’autant plus cet aspect. Certes, il est le leader des Fremens, mais il est loin de contrôler en réalité l’aura mystique qui l’entoure et ne peut maîtriser ni le fanatisme des Fremens ni prévenir du jihad, qui pèse comme une ombre menaçante et inévitable dans tout le récit, malgré tous ses efforts pour éviter cet avenir possible.

J’ai été également déroutée par les notes qui précèdent chaque chapitre, extraits d’ouvrages fictifs écrits après les événements du livre. Ceux-ci dévoilent en effet énormément d’éléments de l’intrigue et renversent du coup celle-ci. Puisque le ressort est connu d’avance, on peut s’étonner que le lecteur reste autant captif. Mais c’est également là où la force de l’auteur est d’avoir joué sur le timing des événements et le rythme assez lent du livre, qui laisse désirer les événements majeurs pour faire malgré mariner son lecteur. J’ai donc été surprise par moment de ressentir la tension vis-à-vis de scènes dont je connaissais pourtant l’issue.

On peut reprocher à Dune son manichéisme, des personnages dignes de Gary/Mary Sue (êtres tout puissants et parfaits), en particulier Paul et sa mère, des archétypes sur-usités et peu intéressants au final, des résolutions trop faciles face à des multiples épreuves à chaque fois décrites comme insurmontables, un découpage du récit et un rythme décousus, parfois étiré, parfois expéditif. Il n’empêche que la richesse de son univers et de ses thèmes, les questions que posent les réflexions intimes des personnages, feront réfléchir le lecteur tout en le divertissant. Et c’est en soi ce qui fait de Dune une oeuvre complexe et complète : un récit de science-fiction qui traite tout autant de théologie, d’écologie et de philosophie, que de vengeance, de politique, de quête de pouvoir et de liberté dans une guerre épique et passionnante ; bref, je vous le recommande.

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

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Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?«