Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Dune de Franck Herbert

Dune (tome 1 de la saga Dune)
Ecrit par Franck HERBERT
Traduit par Michel DEMUTH
Publié aux éditions Pocket
Première publication en 1965
Parution (ma version) en 2012
11.40€ poche
Science-fiction, Planet Opera, Space Opera


LES BONNES SURPRISES


Comme chaque fois que je suis confrontée à un mastodonte de la littérature, j’étais intimidée à l’idée d’entamer cet énorme pavé. Une sorte d’appréhension inexplicable où je me donne toutes les raisons pour repousser sa lecture. Et si je n’aimais pas ? Et si je n’y comprenais rien ? Et si je n’arrivais pas à le terminer ? Ce qui est bien entendu absurde car, dans quel cas, il n’y a qu’une réponse possible : et alors ? J’ai donc tenté l’aventure et pris tout mon temps pour savourer ce premier volet, excellent. Pour ceux qui craignent de se lancer dans une saga au long souffle, je peux également vous rassurer : ce tome se suffirait à lui-même.

Résumé :  » Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?  »

Je dois cependant mentionner que j’ai été un peu déroutée par l’écriture et j’ignore si cela vient de la traduction ou du texte original. C’est un roman globalement bien écrit, une plume soignée, et un phrasé qui n’est pas si courant dans la littérature de science-fiction (en tout cas celle que j’ai découvert jusqu’à présent). Il y a pourtant des moments où certaines formulations m’ont sorti de la lecture, où je lisais en me disant que c’était étrangement dit et de manière pas très fluide ou agréable.

Dune n’est pas simple à lire car il y a énormément d’éléments nouveaux ou dont je suis très peu familière. En plus des termes inventés, qui sont rapidement expliqués dans le texte ou dans le lexique en fin de tome, il y a également beaucoup d’inspirations puisées dans plusieurs civilisations et origines de notre propre monde : grecques, germaniques, chinois, arabes…. Le fait est que, m’y connaissant assez peu, j’ai certainement manqué de références et de sens et cela a demandé plus d’efforts également pour essayer de comprendre comment fonctionnait ce monde et sa population. Je ne saurais donc dire ce qui vient de l’inspiration, du mimétisme ou de l’invention pure. Cela participe à la richesse de cet univers qui est dense et complexe et donne envie d’être d’avantage exploré.

De cela résulte donc cet univers enrichissant dont les bases sont un terreau idéal pour une multitude de thèmes qui traversent l’œuvre. Le mysticisme, la superstition, la question du bien et du mal, la tradition et la religion sont entremêlées dans ses fondements, offrant à de nombreuses occasions un champ de réflexions intimes des personnages, comme Paul et sa mère, étrangers à Dune, qui y réagissent et semblent guetter et craindre le basculement vers un fanatisme qu’ils savent ne pouvoir contrôler.

Dans ce sens, cela m’a fait notamment penser au roman« Ti-Harnog » (tome 1 « Les Contacteurs » du Cycle de Lanmeur) par Christian Léourier, où un explorateur va se retrouver au centre d’intrigues tandis que la population locale va interpréter son arrivée comme l’accomplissement d’une légende. De la même manière, Paul va se révéler être une sorte de messie aux yeux des Fremens qui vont l’aduler et le suivre dans un combat, dont Paul sait, en réalité, qu’il ne pourrait échapper. Sa faculté de prescience va renforcer d’autant plus cet aspect. Certes, il est le leader des Fremens, mais il est loin de contrôler en réalité l’aura mystique qui l’entoure et ne peut maîtriser ni le fanatisme des Fremens ni prévenir du jihad, qui pèse comme une ombre menaçante et inévitable dans tout le récit, malgré tous ses efforts pour éviter cet avenir possible.

J’ai été également déroutée par les notes qui précèdent chaque chapitre, extraits d’ouvrages fictifs écrits après les événements du livre. Ceux-ci dévoilent en effet énormément d’éléments de l’intrigue et renversent du coup celle-ci. Puisque le ressort est connu d’avance, on peut s’étonner que le lecteur reste autant captif. Mais c’est également là où la force de l’auteur est d’avoir joué sur le timing des événements et le rythme assez lent du livre, qui laisse désirer les événements majeurs pour faire malgré mariner son lecteur. J’ai donc été surprise par moment de ressentir la tension vis-à-vis de scènes dont je connaissais pourtant l’issue.

On peut reprocher à Dune son manichéisme, des personnages dignes de Gary/Mary Sue (êtres tout puissants et parfaits), en particulier Paul et sa mère, des archétypes sur-usités et peu intéressants au final, des résolutions trop faciles face à des multiples épreuves à chaque fois décrites comme insurmontables, un découpage du récit et un rythme décousus, parfois étiré, parfois expéditif. Il n’empêche que la richesse de son univers et de ses thèmes, les questions que posent les réflexions intimes des personnages, feront réfléchir le lecteur tout en le divertissant. Et c’est en soi ce qui fait de Dune une oeuvre complexe et complète : un récit de science-fiction qui traite tout autant de théologie, d’écologie et de philosophie, que de vengeance, de politique, de quête de pouvoir et de liberté dans une guerre épique et passionnante ; bref, je vous le recommande.

Bilan·Bilans Mensuels

Best Of Février à Avril 2018

Après trois mois sans bilan, il faut désormais faire un choix : qui sélectionner pour le Top 3 de ce billet de rattrapage ? Depuis Janvier, j’ai quand même 8 œuvres qui font partie de mes plus belles découvertes de ce début d’année. Mais comme c’est un exercice intéressant et qu’il faut en passer par là, je vais faire au plus spontané – mais est-ce le plus objectif ? Je vous laisse juge vis-à-vis de vos propres appréciations ! (Petite entourloupe pour vous faire partager mon indécision face à l’injustice que ce bilan fera forcément vis-à-vis de certaines œuvres, mais soit ! Allons-y.)


Le TOP!

#1 – Amour de Michael HANEKE

C’est peut-être le choix le plus simple et le plus beau. Il est sublime et très maîtrisé ; mature de par le sujet, l’écriture, les acteurs. Un huis clos qui était pourtant « mal » embarqué à cause d’un texte bien trop littéraire pour être naturel sur les lèvres, du moins c’est l’impression laissée au début, avant que le reste ne l’emporte et qu’on n’y fasse plus guère attention. Ce sont, après tout, des personnes très cultivées, très à l’ancienne, peut-être moins marquées par la modernité du langage parlé de nos jours. Il y a aussi l’interprétation qui, au début, est très théâtrale. C’est une pièce filmée – on l’accepte et puis la fluidité finit par venir.

Des plans fixes, très bien choisis, qui marquent une sobriété de mise en scène et appuient tout aussi bien sur le sublime des scènes jouées. C’est efficace tout le long. Ils accompagnent le long mouvement des acteurs, la lente dégradation d’une vie, la lutte acharnée d’un amour.

Curieux film qui utilise avec parcimonie la musique tout en mettant en scène deux anciens professeurs de musique. Et dont le silence, impérial, fait résonner avec éloquence le point final

#2 – The Third Muder de Hirokazu KORE-EDA

Je vais essayer de ne pas trop en dire car j’aimerais – si je n’oublie pas et quand j’aurais le temps, vraiment – d’en faire une chronique.

Premier thriller que je découvre du réalisateur et c’est plutôt une réussite, même s’il y a certains aspects qui m’ont légèrement moins plu que dans ses autres films. Résumons ces derniers : ses personnages secondaires moins bien travaillés, la relation père-fille dans ses mises en scène, le début du film plus maladroit, en particulier dans sa façon de présenter l’avocat de l’accusé, l’un des deux protagonistes. Mais d’un autre côté, ses défauts font aussi partie de ses qualités : entre autres, le thème de la famille et du père faillible (que l’on retrouve dans beaucoup de ses films) est un second axe de lecture du film qui y trouve un sens particulier et m’a, encore une fois, intéressée ; l’évolution du protagoniste vis-à-vis de ce que l’affaire va lui faire entrevoir de sa vie et de son métier est passionnante ; le thème de la justice, de la peine de mort (dont le film est un plaidoyer pour lutter contre), de la vérité sont brillamment mis en scène. Il y a une certaine maladresse dans ce film, que l’on ne retrouve pas dans ses autres œuvres, c’est vrai. Cela peut le rendre en-deçà de ses films comme After Life, Tel père tel fils, I wish, Nobody Knows… Peut-être aussi que la désignation de « thriller » est erronée ; car s’il y a bien des meurtres, du mystère et une enquête, c’est n’est pas vraiment un film que l’on peut simplement résumer dans cette catégorie. C’est un drame humain et un film social également.

Comme toujours avec Kore-Eda Hirokazu, un film pluriel.

#3 – L’elfe et l’égorgeur de Jean-Philippe JAWORSKI

Difficile de résumer une très, très courte nouvelle !

En revanche, je peux vous dire ceci : c’est de la fantasy, un conte et une réflexion sur l’art de construire un récit.

C’est une gageure, une enchâsse, un plaisir gourmand – l’auteur n’a pas volé sa réputation : son écriture est exquise et exigeante. On ne plonge pas dans son texte comme dans n’importe quel autre : il faut être attentif et prendre le temps de savourer. Il faut accepter l’effort de la lecture, et cela m’intrigue d’en tester sur un texte plus long, pourquoi pas un de ses romans ?

Ce récit, semble-t-il, s’inscrit dans son univers des Vieux Royaumes, je suis donc très curieuse de m’y lancer cette année, surtout que j’en ai deux dans ma bibliothèque qui m’attendent patiemment. En revanche, il est certain que cela ne plaira pas à tout le monde, mais c’est une question de goût – et je vous en laisse juge !

J’apprécie toutefois de retrouver un tel niveau d’écriture dans un des genres de l’imaginaire, que je ne connais encore que trop peu. C’est prometteur !


Aussi découverts ces derniers mois

Les bonnes surprises :

  • Mémoires d’un chat d’Hiro ARIKAWA (Roman)
  • Le robot qui rêvait d’Isaac ASIMOV (Recueil de nouvelles – Cycle du futur #3)
  • Nous allons tous très bien, merci de Daryl GREGORY (Roman)
  • Gemini de X.D. Network (Jeux vidéo)
  • Goshu d’Isao TAKAHATA (Film d’animation)
  • Billy Bat T10 à 20 de Naoki URASAWA (Manga) – Voir la Chronique
  • La forme de l’eau de Guillermo DEL TORO (Film)
  • American Crime Story, Saison 1 : L’affaire O.J. Simpson de Ryan MURPHY (Série)
  • L’île aux chiens de Wes ANDERSON (Film)
  • Marche ou crève de Stephen KING (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T2 de Fabien CERRUTI (Roman)

Les bonnes découvertes :

  • La trilogie Le Seigneur des Anneaux en version longue de Peter JACKSON (Films)
  • Dix petits nègres d’Agatha CHRISTIE (Roman)
  • Annihilation de Alex GARLAND (Film)
  • Les fils de l’homme de Alfonso CUARON (Film)
  • Le bâtard de Kosigan T1 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • On a vingt ans pour changer le monde de Hélène MEDIGUE (Documentaire)
  • Je ne suis pas une légende de Catherine DUFOUR (Nouvelle)
  • Contes du jour et de la nuit de Guy DE MAUPASSANT (Recueil de nouvelles)
  • L’art de Naoki Urasawa à L’Hotel de Ville, Paris (Exposition)

Les découvertes :

  • On achève bien les chevaux d’Horace McCoy (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T3 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • Card Captor Sakura Clear Card T1 et T2 de CLAMP (Manga)
  • America de Claus DREXEL (Documentaire)
  • Hostiles de Scott COOPER (Film)
  • Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro PIGNOCCHI (BD)
  • Les météorites à la Grande Galerie de l’Evolution, Paris (Exposition)
  • Rime de Tequila Works (Jeux vidéo)

Les mitigés :

  • Sneaky Pete, Saison 1, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Monument Valley 2 du studio Ustwo games (Jeux vidéo)
  • Turbo Time Travel V0 et V1 d’un collectif d’artistes (Revue)
  • Westworld, Saison 1, de Jonathan NOLAN et de Lisa JOY (Série)

Les mauvais élèves :

  • Sneaky Pete, Saison 2, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Ruby Red T1 de Kerstin GIER (Roman)
  • Black Panthers de Ryan COOGLER (Film)
  • Real de Kiyoshi KUROSAWA (Film)
  • Le gendarme à New York de Jean GIRAULT (Film)
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Best Of Janvier 2018

Quel temps pourri. Je ne sais pas où vous vivez, mais de là où je siège, cela fait plusieurs semaines qu’on se languit d’un rayon de soleil. Je suis en manque, en manque, en manque. Ronchon, fatigue, fatigue, ronchon, et entre chaque virgule : de la pluie (ou de la neige pour la semaine passée). Oui ! Je râle. Sur mon petit blog, que personne (ou presque) ne doit encore lire (mais à ceux qui le font : cœur pour vous !), j’ai juste envie de râler.

Et peut-être aussi parce que je suis en panne de lecture. J’ai mis un mois depuis mi-décembre à terminer ma relecture du premier tome de la trilogie steampunk-space opera-western spaghetti-uchronie-dystopique-et-tutti-quanti Les foulards rouges (instant pub : je vous en ai déjà parlé ici). Sans doute parce qu’il n’y avait plus l’effet de surprise, j’ai peut-être un peu moins aimé cette seconde lecture – et puis, à cause des personnages et de la romance. Et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait arrêter le second tome à sa moitié (que j’ai trainé le reste du mois de Janvier, donc) – un trop plein de ce qui m’a semblé un peu mièvre (je suis de moins ne moins patiente avec les romances, en fait). Pourtant, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit : Les Foulards Rouges, c’est un style efficace et un univers d’enfer. Toutes les fois où l’auteure s’arrête sur son univers, son contexte politique, l’environnement, les décors, les enjeux – la lecture est fluide et passionnante. On s’y voit et c’est très jouissif. Mais, le stéréotype de certains personnages et la relation amoureuse m’ont fait lâcher prise, malheureusement. J’y reviendrai peut-être plus tard : quand j’aurais un peu plus la lecture en poupe. Affaire à suivre, donc !

Mon mois n’a pas non plus été improductif, comme vous allez le voir.


Le TOP

#1 – Lucky de John CARROLL LYNCH

C’est le tout premier film de 2018 et je crois bien le mettre au rang des petits coups de cœur qui font du bien. Une œuvre délicate, humble, sans fard qui s’est révélé un très bel hommage et un très beau dernier film pour l’acteur Harry Dean Stanton. Je n’en dis pas plus car j’essaie en ce moment de travailler sur sa chronique – autant ne pas me spoiler !

#2 – La forteresse cachée d’Akira KUROSAWA

C’est tellement fun à regarder, le cinéma d’Akira Kurosawa.  J’ignorais totalement qu’il avait été une des inspirations de George Lucas pour Star Wars – et peut-être qu’il y a en effet une ressemblance. C’est littéralement un film « grand public », voulu pour divertir, et cela fonctionne très bien. Le film est en noir et blanc, mais ses frasques n’ont pas pris une seule ride, même si on y voit un savoir faire dans le comique et l’absurde, qu’on ne retrouve plus souvent dans le cinéma actuel. Le calibrage est minutieux, et surtout très efficace.

#3 – L’extravagant Mr. Deeds de Frank Capra

En voilà un autre réalisateur bien connu dont j’aime beaucoup la filmographie. L’optimisme de Frank Capra est une bouffée de soleil dans cet hiver un peu trop long. J’aime ses dialogues et sa direction d’acteurs, toujours parmi les plus charismatiques de leur époque. Il nous offre une œuvre pleine de charme, drôle et enthousiasmante, que je pourrais bien revoir à nouveau plus tard. On ne s’en lasse jamais !


Aussi découverts ce mois:

LES BONNES SURPRISES

  • Billy Bat, tomes 1 à 10 de Naoki URASAWA [Manga]
  • Kick-Heart de Maasaki Yuasa [Court métrage d’animation]

LES BONNES DECOUVERTES

  • To your Eternity, tome 4, de Yoshitoki OIMA [Manga]

LES DECOUVERTES

  • I am not a witch de Rungano NYONI [Film]
  • Coco de Lee UNKRICH et Adrian MOLINA [Film d’animation]
  • Goshu, le violoncelliste, d’Isao TAKAHATA [Film d’animation]
  • Miss Hokusai de Keiichi HARA [Film d’animation]
  • Black Mirror, saison 4, de Collectif [Série]
  • Les foulards rouges, tome 1, de Cécile DUQUENNE [Roman]

LES MITIGES

  • Effets spéciaux, à la Cité des Sciences et de l’Industrie [Exposition]

LES MAUVAIS ELEVES

  • Le crime de l’orient express de Kenneth BRANAGH [Film]
  • 3 billboards de Martin McDonagh [Film]
  • Les heures sombres de Joe WRIGHT [Film]
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Monthly Best Of Culture – Septembre & Octobre 2017

Cette année, comme tous les jeunes, mon Septembre a été le mois de la rentrée et du changement – changement de boulot et changement d’appartement. Ce qui implique forcément d’être beaucoup moins disponible. Aussi, à moins de faire un TOP 3 avec trois œuvres, il ne me restait plus qu’à patienter Octobre et espérer avoir un meilleur bilan – et que mes vœux soient exaucés !


The Monthly Best Of Culture

– Top 3 ! –

#1 – A Taxi Driver de Jang HOON

>>> Lire ma chronique

Comme je viens tout juste d’en publier une chronique, je vous laisse donc plutôt aller la lire en cliquant ici.
Mais c’est un très bon biopic, un excellent film historique, et un très touchant hommage au chauffeur de taxi qui conduisit un reporter journaliste venu à Gwangju filmer la violente répression militaire envers la population alors que celle-ci luttait pour la démocratie du pays. C’est un film grand public d’une très belle facture, avec un excellent acteur central, des personnages très bien construits, et une mise en scène efficace.
Un énorme succès à la Corée du Sud qui mériterait le même accueil ici !

#2 – Le Cycle des Robots #1 Les Robots et #2 Un défilé de robots d’Isaac ASIMOV

Est-il encore nécessaire de le présenter ?
Ce cycle qui a donné naissance aux Trois Lois de la Robotique, de très nombreuses fois reprises dans les œuvres SF au fil des décennies et encore aujourd’hui et qui est également très souvent citée dans les milieux scientifiques. Isaac ASIMOV se désolait dans un préambule de devenir peut-être le scientifique reconnu pour avoir créé une science fictive, il se révèle en réalité son fondateur. Est-il de fait nécessaire pour vous donner plus envie de le lire ?
Soit : d’une part, c’est très bien écrit. Réputé vulgarisateur, il est aussi bon écrivain, avec un ton décalé à souhait, qui rend la lecture fluide, plaisante, amusante parfois, mais tout en y mêlant un fond à la fois scientifique mais aussi humain, car il traite autant de problèmes mathématiques que de sujets de société. Il parle ainsi de religion, de tolérance, de conscience (humaine et / ou individuelle), de technologie, d’intelligence humaine, d’intelligence artificielle, de la complémentarité ou opposition des deux, de moralité, d’émancipation, de ce qu’être humain veut dire, de l’âme… C’est passionnant, instructif, divertissant, pertinent.
Alors, convaincus ?

#3 – Blade Runner de Scott RIDLEY

Encore et toujours de la SF. Oui – je plaide coupable !
C’est bien un genre qui m’intéresse de plus en plus, car il est très vaste, non seulement en termes de styles, mais aussi de sujets. Il peut être complètement fantasque, à la limite du fantastique ; il peut être divertissant, un page turner, une machine à imagination ; mais il peut aussi être contemplatif et intimiste. Et c’est le cas d’une œuvre comme Blade Runner, du moins l’interprétation qu’en a fait le réalisateur, car je n’ai pas encore lu l’œuvre originale de Philip K. Dick (un jour prochain, sans doute).
Avant tout, c’est un film qui est visuellement fascinant. Sa direction artistique est assez dingue, tellement soignée que malgré les années, il ne semble n’avoir que peu vieilli. Les effets spéciaux ne sont pas aussi dingues en soi que les images d’aujourd’hui, mais ils ont du cachet dans l’univers visuel dans lequel ils s’inscrivent. Ce qui est efficace, c’est le tout que le film compose. Et pour le cas, c’est un film où le fond, le scénario, la musique et l’image sont une unité qui le rendent ainsi particulier et savoureux.

Aussi découverts ce mois-ci :

Les bonnes surprises :

  • La planète des singes de Pierre BOUILLE [Livre] >>> Lire ma chronique
  • Téhéran Tabou d’Ali SOOZANDEH [Film]
  • Vanishing Time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM [Film] >>> Lire ma chronique
  • Le regard de Ken LIU [Livre]
  • Faith tomes #1 à 3 de plusieurs artistes [Comics]
  • Le château des étoiles #1 d’Alex ALICE [BD]

Les bonnes découvertes :

  • The wicked + The divine #1 de Jamie MCKELVIE, Kieron GILLEN et Matthew WILSON [Comics]
  • Mushishi #1 de Yuki URUSHIBARA [Manga]
  • Marie- Antoinette de Sofia COPPOLA [Film]
  • Au-revoir là-haut d’Albert DUPONTEL [Film]
  • Le grand mystère des règles de Jack PARKER [Livre]
  • To your eternity #3 de Yoshitoki OIMA [Manga]
  • Green mechanic #2 de Yami SHIN [Manga]

Les découvertes :

  • La planète des singes #3 Suprématie de Matt REEVES [Film]
  • Riens du tout de Cédric KAPLISH [Film]
  • Sangsues tomes #1 à #5 de Daisuke IMAI [Manga]
  • Comment vivre en héros de Fabrice HUMBERT [Livre]

Les mauvais élèves :

  • Wind river de Taylor SHERIDAN [Film]

Chroniqués dernièrement :


Aussi publié :

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Monthly Best Of Culture – Août 2017

Ah, l’été. Mais où es-tu passé ?

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THE MONTHLY BEST OF CULTURE
Août 2017

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LE TOP

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#1 – The Tatami Galaxy (四畳半神話大系) de Masaaki YUASA
Catégorie : Série d’animation japonaise

Si elle ne compte que douze épisodes (en réalité, onze épisodes, auquel un bonus est venu s’ajouter), il est difficile de la résumer tellement cette série d’animation japonaise est originale – dans tous les sens possibles du terme. On suit onze facettes de la vie étudiante qu’aurait pu avoir le protagoniste (qui ne sera jamais directement nommé) en fonction de ses choix de clubs. Son ambition est pourtant simple : trouver un club qui l’aiderait à mener une vie en rose durant laquelle il se trouverait une copine aux cheveux noirs pour la partager. Mais rien ne semble cependant jamais aller comme il le faut et sa vie étudiante se résume systématiquement à un cuisant échec. Ainsi au fil des épisodes, on suit ses multiples déboires à travers le cercle temporel dans lequel il semble bloqué. C’est un dessin animé surréaliste, complètement loufoque, au dessin à la fois très épuré et très stylisé, qui utilise des techniques mixtes d’animation. Parfois complètement déroutant, souvent dérangé, il est surtout captivant et, dans le fond, plus complexe qu’il ne le paraît.
Derrière sa façade farfelue et décousue, il est en réalité rondement bien ficelé. Si chaque épisode se concentre sur ce qu’il serait arrivé du héros s’il avait fait tel choix de club, et donc étudie l’effet papillon, les épisodes ne sont pas dénués de points communs, tissant des fils difficile à démêler. Il y a des scènes qui vont quasi-systématiquement se répéter, avec cependant des nuances découlant des choix du héros ; des personnages communs que l’on retrouvera dans plusieurs épisodes et qui vont même évoluer (ou alors est-ce notre regard qui est amené à évoluer sur eux ?). Par exemple, il y aura toujours cette scène où le héros croise une vieille voyante qui lui fera peu ou prou toujours la même prédiction, en augmentant cependant son prix de consultation de 1000 yens à chaque épisode – humour de dérision que l’on retrouvera tout le long de la série. Les deux derniers épisodes, les plus conceptuels et qui donnent à réfléchir, servent à décrypter ce que la série laisse transparaître en filigramme, sans pour autant le prémâcher au spectateur.
Bref, c’est court, impertinent, et bien évidemment, c’est topissime (excepté sans doute quelques stéréotypes principalement sexistes…).

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#2 – Prisoners de Denis VILLENEUVE
Catégorie : Film

Après le très bon Premier contact vu en début d’année, j’avais très envie de rattraper ce film si réputé du réalisateur. Et je n’ai pas été déçue pour un sou, d’autant que le casting est vraiment bon. J’ai notamment beaucoup apprécié retrouver Hugh JACKMAN dans un autre rôle que celui dans lequel la saga X-Men l’a enfermé, et dans de biens meilleurs films que les pitoyables Real Steel et Chapie. Et on peut dire qu’il a investi son personnage d’une aura qui m’a fait trembler durant le film. Il a réussi à participer à la tension de celui-ci, par sa prestance, son jeu juste et son charisme. Et bien sûr, Jake GYLLENHAAL, Viola DAVIS et Terrence HOWARD sont loin d’être en reste. En plus de leur excellent jeu, il ne faut pas oublier la réalisation – très bonne, elle aussi. L’ambiance est palpable, l’atmosphère électrique, la violence latente. On n’est jamais tranquille, partagé dans le dilemme moral de ces familles déchirées par la disparition de leurs filles. La langueur du film participe pleinement à sa dureté mais peut aussi faire sentir quelques longueurs – qui, pour le coup, ne m’ont pas trop dérangé.

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#3 – Johnny et la bombe (Les aventures de Johnny MAXWELL #3) de Terry PRATCHETT
Catégorie : Roman

Mon tout premier Terry PRATCHETT ! Et conclusion : il ne sera certainement pas le dernier. C’est un roman jeunesse qui aborde le retour dans le temps, d’une façon très étonnante et crédible. Son traitement est excellent – et peut-être le meilleur que j’ai pu lire en littérature. L’auteur le rend intelligible à son lecteur, tout en l’amenant à y réfléchir, quitte à se retourner le cerveau en le faisant. En plus, il l’intègre dans son histoire, non comme vecteur, mais comme réel sujet, étudiant les conséquences qu’engendrerait un retour dans le temps. Mais Johnny et la bombe, c’est également un roman satirique de la société qui se moque allègrement des stéréotypes racistes et sexistes, tout en faisant vivre à ses personnages une aventure rocambolesque très prenante. C’est très bien écrit et avec une certaine poésie. A offrir à tous les jeunes lecteurs ! P.S. : Nul besoin d’avoir lu les deux premiers tomes pour découvrir celui-ci (c’est d’ailleurs mon cas).

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Les bonnes surprises :

  • Sukkwan Island de David VANN [Livre]
  • Indian Creek de Pete FROMM [Livre]
  • Cérès et Vesta de Greg EVANS [Livre] (voir ma chronique)
  • Les mémoires d’un tricheur de Sacha GUITRY [Livre]
  • Kintsugi de Mélissandre L [Livre]
  • A bout de souffle de Jean-Luc GODARD [Film]
  • Hana-Bi de Takeshi KITANO [Film]

Les découvertes :

  • Que Dios Nos Perdone de Rodrigo SOROGOYEN [Film]
  • Et maintenant on va où ? de Nadine LABAKI [Film]
  • L’été de Kikujiro de Takeshi KITANO [Film]
  • Kids Return de Takeshi KITANO [Film]
  • Zombie Kebab d’Olivier SARAJA [Livre]
  • Solaris de Stanislas Lem [Livre]
  • La malédiction du rubis (Sally Lockhart #1) de Philip PULLMAN [Livre]
  • To your Eternity (#2) de Yoshitoki OIMA [Manga]
  • Rétrospective Walker Evans au Centre Pompidou [Exposition]

Les mauvais élèves :


Chroniqués ce mois-ci :

Autres publications :

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Monthly Best Of Culture – Juin 2017

Après de longues hésitations, je pense relancer des billets « Points Cultures » qui serviraient à vous glisser en quelques mots mes avis sur les découvertes dont j’aimerais vous parler sur le blog mais pour lesquelles je n’ai soit pas assez de matière pour en faire une chronique à part entière soit pas le temps de m’y consacrer. Ça ne concernerait pas forcément l’exhaustivité de ce que je lis, vois, visite, mais plutôt un patchwork de ce qui me donne envie d’en parler. Je ne souhaite pas que cela envahisse le blog, au détriment de vraies chroniques, mais il faut bien admettre que celles-ci me prennent vraiment du temps et que je n’en publie de toute façon pas beaucoup. Or, j’aimerais me rendre plus active et, je l’espère, créer un peu plus d’échanges par ici.

En attendant que cela se mette en place, il est temps de dresser le bilan du mois de Juin, que j’ai trouvé très satisfaisant dans l’ensemble. À l’exception de ma grosse déception avec le dernier film de Kiyoshi Kurosawa, j’ai été vraiment enchantée de mes découvertes – surtout littéraires, notamment avec mon tout premier Timothée de Fombelle !

Juin, ça a également été le mois où j’ai assisté à deux concerts fantastiques, dont un que j’attendais avec avidité depuis des mois. Je raffole de musiques symphoniques, en particulier en concert. Et Joe Hisaishi a composé des sountracks formidables pour les films d’Hayao Miyazaki. Le voir jouer du piano et diriger l’orchestre en live était vraiment jouissif, impressionnant, unique ! Puis, il y a eu le concert Symphonic Odysseas, regroupant quelques soundtracks de jeux vidéos comme Final Fantasy III, VI, le superbe générique de FFVIII, mais aussi d’autres jeux que je ne connaissais pas, comme Lost Odyssey. Leur point commun ? Nobuo Uematsu, leur compositeur, qui est – en plus – resté après le concert pour une session passionnante de questions/réponses.

En fin de compte, probablement le meilleur mois de découverte de cette année 2017.


THE MONTHLY BEST OF CULTURE
Juin 2017

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Le top

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#1 – Psiconautas d’Alberto VASQUEZ et Pedro RIVERO
Catégorie : Films

Un film d’animation espagnol original, désordonné, mais bien réalisé, à ne pas montrer aux jeunes enfants. Ses thèmes autant que leurs représentations dans diverses scènes sont durs et la violence ne nous est pas épargnée. Il n’est pas facile à aborder ni à comprendre, tant beaucoup de choses sont implicites, parfois éparpillées. La réalisation est impeccable, l’esthétique original et marquant. Un ton pessimiste dans l’ensemble, ce n’est pas un film d’animation à prendre à la légère. Avec son univers post-apocalyptique dense et passionnant, il est étonnant à voir, car on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre.

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#2 – Tunnel de Kim SEONG-HUN
Catégorie : Films

Un blockbuster coréen très bien réalisé, avec des effets spéciaux crédibles qui ont réussi à me donner des frissons. Les acteurs sont très bons et arrivent à nous impliquer dans leur cauchemar, à nous immerger malgré nous. Quelques petites longueurs mais qui servent aussi le film avec la sensation d’une attente interminable et insoutenable. Mais des thèmes intéressants, comme la médiatisation et la politisation de ce genre de catastrophes. Le réalisateur arrive à transmettre la tension comme le malaise, qu’il saupoudre de touches d’humour bienvenues, dont les effets renforcent les moments d’intensité. Très prometteur pour le réalisateur, à suivre !

*

#3 – Banana Girl de Kei LAM
Catégorie : BD

J’adore le style de dessins et la scénarisation des planches. J’aime ces récits qui, mine de rien, en disent long, avec des thèmes divers, sous-jacents, qui intriguent, donnent envie d’en lire plus. Ici, entre autres : le changement de pays, de culture, de langues, de mode de vie ; l’intégration et l’acceptation ; la double-culture qui en résulte aussi ; la famille et la vie des parents de Kei, en Chine, pendant la révolution culturelle chinoise (passage passionnant !). L’humour est doux et coloré, comme le ton général de la bande dessinée, même quand l’artiste aborde des moments plus sombres, c’est toujours dans la nuance. J’ai vraiment apprécié voguer dans les pérégrinations de ses anecdotes, de ces bouts de vie, qui sont très touchants, et qu’elle nous rend étonnamment familiers.

Les bonnes surprises :

  • Le Grand Méchant Renard de Jonathan RENNER [Films]
  • Harry Potter and the Philosopher Stone de J.K. ROWLING [Livres]
  • Les idées noires de la physique de Vincent BONTERNS et de Roland LEHOUCQ [Livres]
  • Les maîtres de l’Ecosse T2 de Robyn YOUNG [Livres]
  • Le livre de Perle de Timothée DE FOMBELLE [Livres]
  • L’enfant et le maudit T2 de NAGABE [Manga]
  • Drop Dead D-D-D-D Demon T4 d’Inio ASANO [Manga]

Les découvertes :

  • Le musée de la Chasse et de la Découverte
  • Get out de Jordan PEELE [Films]
  • Voyage of time de Terrence MALIK [Documentaire-fiction]

Les mauvais élèves :

  • Creepy de Kiyoshi KUROSAWA [Cinéma]
  • Silence ! On tourne ! mis en scène par Patrick HAUDECOEUR [Théâtre]

Chroniqué ce mois-ci :

Bilan·Bilans Mensuels

Monthly Best Of Culture – Mai 2017

Gros soupir. Ce mois-ci, j’avais espéré trouver le temps et l’inspiration pour remettre à flot le blog, et en fait, ça a été un mois plus que calme (une seule chronique, au final…). Alors j’en profite pour tirer le bilan sur ma participation au Grand Prix des Lectrices ELLE 2017 qui est à présent terminée. Les gagnants viennent d’être révélés, et ce n’est pas forcément ceux que j’aurais personnellement choisis, bien qu’ils aient de bonnes raisons d’avoir été élus.

Pour ma part, j’ai été ravie de cette expérience, qui n’a pourtant pas toujours été facile. J’ai vraiment apprécié le challenge qui m’a fait découvrir des textes auxquels je n’aurais pas forcément prêtés attention et qui m’ont finalement marqué. D’un autre côté, le revers est qu’il a parfois fallu lutter pour terminer plusieurs livres sélectionnés, qui n’étaient pas du tout de mon goût. Je me suis rendue compte que j’avais un vrai plaisir à choisir mes propres lectures, et ça a donc été une année parfois frustrante de ce point de vue. Globalement, je suis ravie d’avoir tenté l’expérience.

Du coup, j’en profite pour vous dresser un bilan. Voici le palmarès :

  • Catégorie Romans : « Chanson douce » de Leila SLIMANI

Je le sentais venir, après tout. C’est vraiment le roman de la rentrée littéraire de 2016, et un de ceux qui avaient un parti pris original et percutant. Personnellement, je n’ai pas du tout apprécié ma lecture, ce qui fut à la fois une surprise et une déception. Je n’abandonne pas l’idée d’essayer un autre roman de l’auteur, mais j’ai vraiment éprouvé des difficultés à m’intéresser à ses personnages, dont la psychologie ne me semblait pas aussi travaillée que je ne l’avais lu décrits. Je suis tout bonnement passé à côté de ce roman.

Mon choix aurait plutôt été « Station Eleven » d’Emily ST JOHN MANDEL, un roman post-apocalyptique qui traitait très bien son sujet. C’est à la fois très hollywoodien et terre-à-terre. Une réflexion intelligente sur les différentes directions que l’humanité pourrait prendre en cas de catastrophe d’une telle ampleur. J’avoue aimer particulièrement ce genre de romans, parce qu’ils remettent forcément en question la façon dont on vit, nos principes, et ce qu’il en adviendrait si on perdait soudain tous nos repères. Et j’ai trouvé que l’auteure y arrivait plutôt bien (voir ma chronique pour un avis plus complet).

  • Catégorie Polar : « Surtensions » d’Olivier NOREK

Autant admettre une chose, c’est un vrai page-turner, mélange de Prison Break, de séries policières, avec une bonne dose d’humour et de personnages au fort caractère. Il est fluide et facile à lire. J’ai moins aimé la multitude d’intrigues qui m’ont semblé plutôt tarabiscotées, un scénario pas toujours bien découpé, qui nous donnerait presque envie d’avoir plusieurs romans pour pouvoir développer chaque intrigue séparément. Quelques longueurs et inégalités, mais qui n’empêchent pas de passer un temps agréable et prenant de lecture.

Mon choix dans cette catégorie aurait plutôt été « L’expédition » de Monica KRISTENSEN, dont j’ai vraiment aimé le réalisme. On sent que l’auteure est très informée du sujet qu’elle traite et qu’elle a vécu elle-même en partie ce que ses personnages sont en train de vivre. Cela nous immerge instantanément dans son récit, nous plongeant dans le froid glacial et morbide, un paradoxal huis-clos dans les neiges infinies du pôle nord. L’intrigue est efficace, malgré un épilogue qui vient tout gâcher en voulant trop explicité, trop résoudre le fin mot de l’histoire, qui aurait pu être laissé libre à l’imagination foisonnante des lecteurs.

  • Catégorie Documents : « Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias MALZIEU

Je l’ai beaucoup aimé, parce qu’on y retrouve la superbe plume du chanteur. Il a toujours eu un don pour écrire, et en roman, c’est un bijou. Au regard du sujet, très intime, j’ai été d’autant plus impressionnée par son intelligence poétique, sa capacité à utiliser sa plume et son imaginaire comme d’un catharsis. C’est un texte fort, sensible, communicatif, poétique, qui mérite amplement d’être remarqué. Il m’a en effet beaucoup charmée. (voir ma chronique pour un avis plus précis)

Autre texte que j’aurais également voulu voir récompensé, c’est « En quête de l’Etranger » d’Alice KAPLAN qui retrace la biographie d’un chef d’œuvre, approche originale et bien menée. C’est passionnant et bien écrit, très complet, l’horizon des thèmes abordés est pluriel, allant du processus de création au monde de l’édition durant la Seconde Guerre Mondiale, la perception de l’œuvre à l’étranger et ses différentes traductions qui en démontrent une compréhension différente, etc. (voir ma chronique pour en savoir plus)

Pour celles qui seraient intéressées, sachez que l’édition 2018 se prépare déjà et vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire pour faire partie du jury ici : http://www.elle.fr/Loisirs/Livres/News/Et-si-vous-deveniez-juree-du-Grand-prix-des-Lectrices-3073399


A présent, passons au sujet qui nous intéresse dans ce billet, le bilan du mois de Mai !

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Monthly Best Of Culture
Mai 2017

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Le TOP

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#1 – Après la tempête de Hirokazu KORE-EDA
Catégorie : Films

C’est probablement mon réalisateur japonais préféré, j’aime terriblement la sensibilité qui se dégage de ses films. Celui-ci est un film de maîtrise, qui résume toute la qualité de sa filmographie. Ce n’est pas forcément celui que je préfère, mais il montre brillamment ses qualités. D’excellents personnages, réalistes, complexes ; une capacité à l’auto-dérision qui se dévoile à la fois par l’humour de ses personnages et sa lucidité en tant que réalisateur ; une capacité à filmer l’essentiel sans jamais expliciter lourdement ce qu’il cherche à faire comprendre au spectateur. C’est une invitation à comprendre l’autre, de la même façon qu’il porte lui-même sur ses personnages un regard à la fois critique, intelligent et empathique.

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#2 – Insurrection de Robyn YOUNG
Catégorie : Romans

Autant le dire, je ne suis plus objective vis-à-vis des romans de cette auteure. Avec Ken FOLLET, c’est probablement la meilleure auteure de romans historiques que je connaisse. C’est un bon de plus de huit cent pages qui se dévore avec gourmandise. Un récit épique, mêlé d’intrigues politiques, d’héroïsme, de chevalerie et de mystères. Elle y ajoute également un brin de fantastique et d’aventure arthurienne. En gros, c’est un bon premier tome, qui est dense en termes d’événements et d’éléments à suivre. Ce que j’aime aussi dans cette édition, ce sont les notes de l’auteur qui suivent le récit, où elle explique les choix qu’elle a dû faire entre les événements historiques tels qu’ils ont eu lieu et les remaniements qu’elle a faits pour la cohérence de son récit.

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#3 – Alien le 8e passager de Ridley SCOTT
Catégorie : Films

Session de rattrapage réussie, j’ai enfin vu les deux premiers films de la série Alien. J’étais un peu fébrile, et j’ai été surprise d’y découvrir un huis-clos, un survival movie, dont l’aspect horrifique est renforcé par une façon de filmer efficace, sans être insupportable à regarder. Je ne suis en effet pas friande des films d’horreurs, en réalité. Mais j’ai aimé le film pour ses personnages, son univers, ces moments de tension qui nous clouent sur le siège. Le rythme joue énormément sur les sensations que procurent le film, la langueur volontaire autant que les moments d’accélération permettent aisément à captiver le spectateur, qui oublie les quelques rides de vieillesse prises par les effets spéciaux.

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Les très bonnes surprises :

Catégorie Livres :

  • Captive audience d’Ann WARREN GRIFFITH

Catégorie Films :

  • Notre petite sœur d’Hirokazu KORE-EDA (et oui, encore !)

Les bonnes découvertes :

Catégorie Livres :

  • Au Japon, les gens qui s’aiment ne disent pas Je t’aime d’Elena JANVIER
  • Dans la forêt de Jean HEGLAND

Catégorie Films :

  • Alien le retour de James CAMERON

Catégorie Expositions :

  • Au-delà des étoiles, le paysage mystique de Monet à Kandisky au musée d’Orsay

Chroniqué ce mois-ci :

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

L’adaptation France Culture de Debout les morts, écrit par Fred Vargas

Debout les morts
Ecrit par Fred Vargas
Adapté par Claire de Luhern
Réalisation par Sophie-Aude Picon (pour France Culture)
Interprété par Nathalie Dessay, François Loriquet, Manuel Vallade, Duncan Evennou, Emmanuel Suarez, Martine Schambacher…
2017

>> Ecouter l’adaptation


Publié par les éditions Viviane Hamy
1995
Polar
282p, 5,70€ PF, 17€ GF, 9,99€ numérique

>> Sur la page de l’éditeur

Résumé :
« Un matin, la cantatrice Sophia Siméonidis découvre, dans son jardin, un arbre qu’elle ne connaît pas. Un hêtre. Qui l’a planté là ? Pourquoi ? Pierre, son mari, n’en a que faire. Mais la cantatrice, elle, s’inquiète, en perd le sommeil, finit par demander à ses voisins, trois jeunes types un peu déjantés, de creuser sous l’arbre, pour voir si… Quelques semaines plus tard, Sophia disparaît tandis qu’on découvre un cadavre calciné. Est-ce le sien ? La police enquête. Les voisins aussi. Sophia, ils l’aimaient bien. L’étrange apparition du hêtre n’en devient que plus énigmatique. »

Je n’ai pas encore parlé sur le blog de mon affection grandissante pour les émissions de France Inter et de France Culture, que je dévore chaque semaine goulûment, sans cesser d’être surprise. Et si je vous l’évoque aujourd’hui, c’est pour vous partager mon expérience avec l’adaptation à la radio de « Debout les morts » de Fred Vargas. Alors que je ne suis pas particulièrement attirée par les polars, j’ai été embarquée par les personnages, l’intrigue, l’ambiance, frôlant toujours un aspect fantastique qui chatouille l’intérêt. Mais qu’est-ce qui a vraiment fait mouche, l’adaptation ou le texte original ?

Distinguer audiolivre et adaptation

Attention, il faut toutefois distinguer un audiolivre à une adaptation. Le premier est la lecture à voix haute d’un texte, qu’on respecte au mot près. La part interprétative – parce qu’il y en a une – est surtout liée à l’intonation vocale, ce qui rend de fait l’exercice particulièrement ardu, et nécessaire un réel talent d’acteur et d’orateur. L’adaptation en revanche est bien plus libre : si l’objectif est bien entendu de respecter l’œuvre originale, son intention, son style, sa tonalité globale, son ambiance, etc. En réalité, toute la narration n’est pas relatée au mot près. Bien souvent, la partie descriptive est retirée en grande partie, au profit de fonds sonores et musicaux pour instaurer à la fois le décors et l’ambiance. Les dialogues sont joués par différents acteurs, et c’est leurs voix qui vont leur donner corps, laissant libre court à notre imagination de visualiser le reste. Bien sûr, il reste une voix off, qui va donner quelques grandes lignes, des détails qu’il serait trop lourd d’interprétation par un dialogue.

Pour faire court et rapide, le travail d’une adaptation se rapproche au théâtre voire même au cinéma.

Mon expérience des romans de Fred Vargas

Je l’ai découverte grâce aux adaptations de France Culture, avec l’excellent polar « Pars vite, et reviens tard », qui s’inscrit dans sa série du commissaire Adamsberg. Puis j’ai lu son second roman, toujours de la même série, « L’homme à l’envers » et commencé très récemment sans le finir son tout premier « L’homme aux cercles bleus ».

Globalement, j’ai un avis positif sur les œuvres récentes que j’ai découvertes d’elle, mais ne les ayant suivis qu’au travers de leur adaptation, mon avis reste encore en suspens. J’attends encore d’en lire les œuvres originales pour me faire un avis définitif. Evidemment, ayant lu ensuite ses premiers romans, le style n’y est pas encore construit, il reste un peu fade et convenu, avec des formulations toutes faites. Il est cependant à double tranchant, c’est-à-dire que je n’ai aucun mal à visualiser ce qu’elle décrit en peu de mots, autant les décors que l’action. Les personnages sont rapidement dessinés avec des traits de caractère qui les distinguent dès leur apparition aux yeux du lecteur, ce qui rend d’autant plus efficace le plongeon du lecteur dans l’intrigue. L’auteure va droit au but, donnant un rythme soutenu, sans pour autant essouffler trop vite l’intrigue au risque de perdre le lecteur.

Surtout, c’est l’atmosphère du récit que Fred Vargas maîtrise le plus. Je l’évoquais en introduction : le fantastique est un élément qui est présent dans tous les romans que j’ai lus d’elle, sans en être réellement l’objet. Le roman ne bascule pour ainsi dire jamais dans un univers fantastique, mais il instaure des éléments qui le lui fait frôler. Et cela fonctionne très bien pour capter rapidement l’attention du lecteur.

En revanche, ce style littéraire a également ses limites. Imposer rapidement au lecteur une idée du caractère du personnages a peut-être l’avantage de gagner du temps pour s’intéresser à l’intrigue, toutefois, Fred Vargas tombe parfois dans le piège des stéréotypes, des raccourcis qui les rend également peu profonds, peu crédibles voir peu captivants. Je n’ai pour ainsi dire éprouvé aucune empathie ni sympathie pour les personnages dans « L’homme à l’envers » et j’ai du mal à me plonger dans « L’homme aux cercles bleus » pour exactement les mêmes raisons. Voici quelques exemples de descriptions faciles et parfois agaçantes : les parisiens sont cultivés, lettrés, au contraire de leurs homologues de province, bien souvent incapables de parler un français correct et qui sont parfois bêtes comme leurs pieds ; le canadien est un homme sauvage, presque asocial, qui ne lâche que la moitié de ses phrases (pour aller vers l’essentiel) mais il est ultra-sensitif à l’odorat et ne supporte pas les français qui puent et vivent dans la crasse (d’autant plus en campagne) ; le commissaire est un être surdoué, ultra-sensible, avec une intuition qui se rapproche de ce auquel lecteur ne peut plus croire à force de le lire, le « parce que c’est la magie » du polar, et dont le seul défaut, presque, est d’être original et incompris de son entourage. Mais soyons juste envers Fred Vargas, je parle principalement de ses tous premiers romans.

Debout les morts et son adaptation

« Debout les morts » réunit tous les ingrédients d’un bon polar, celui qui vous fera plaisir de lire le soir (ou d’écouter). Les enquêteurs sont des historiens fauchés qui se prêtent au jeu bon gré, mal gré, toutefois sous les conseils d’un commissaire à la retraite, ce qui rend crédible leur intervention. Les personnages sont dans ce roman bien introduits et attachants, mus d’une dose d’humour et de légèreté. L’intrigue démarre au quart de tour lorsqu’une cantatrice découvre dans son jardin un arbre qui n’existait pas la veille. Le roman frôle autant le fantastique que le grotesque et semble même s’en amuser, nous faisant accepter même une situation aussi incongrue.

L’intrigue est finalement assez simple, mais elle est menée avec efficacité. A vrai dire, les personnages manquent de contexte, d’historique, les quelques détails donnés sont trop succincts pour leur donner réellement corps. Et pourtant, cela fonctionne. Ils sont maladroits, amusants, imparfaits, désaccordés, mais ils sont harmonieux. Leur relation qui se créée dans le roman, leurs interactions avec les autres personnages, tout les rend attachants, nous intéressant finalement à eux malgré tout.

Peut-être est-ce là l’amélioration amenée par l’adaptation, qui nous épargne des descriptions qui auraient pu être trop caricaturales. Les acteurs interprètent des personnages qu’ils colorent de leurs intonations. Ils leur donnent des voix humaines, auxquelles on croit, avec leurs obsessions, leurs boutades, leurs faiblesses, leurs mauvais caractères.

La construction des épisodes est également efficace. Ils se terminent généralement sur des moments clés de l’intrigue, faisant sciemment usage des cliffangers qui rendent complètement addictifs les auditeurs. La mise en scène sonore, faite de musiques et de bruitages, nous plonge immédiatement dans le décors et l’ambiance des scènes, au même titre qu’un film. Bien que tout passe à travers les sons, l’effet est très visuel par la sollicitation permanente de notre imagination. Pour ainsi dire : c’est jouissif.

Je n’ai pas l’impression pour autant que l’adaptation est la seule explication de mon appréciation, il y a des qualités dans le polar qui ne peuvent découler que d’une histoire bien ficelée et d’une intrigue bien rythmée, qui ne cherche pas à trop en faire. Les dialogues sont sans doute en bonne partie tirés du roman, et ils sont bien écrits. Il y a dans l’écrit de Fred Vargas une impression rassurante de maîtrise. Elle sait où elle veut amener le lecteur, et celui-ci n’a qu’à se laisser porter.

Mais cela, je le vérifierai en lisant le matériau original. Affaire à suivre !

Bilan·Bilans Mensuels

Bilan culture de Janvier 2017

Bonne année du Coq de Feu ! Je ne sais pas si vous avez jeté un œil sur les horoscopes relatifs à cette nouvelle année du calendrier asiatique, mais il semble que 2017 soit vouée à être de bon augure. C’est en tout cas tous mes vœux que je vous adresse !

Comme annoncé dans un de mes bilans annuels de l’année 2016, j’ai décidé de changer un peu de formule pour le bilan mensuel. L’année dernière, j’ai complètement laissé de côté le cinéma, me concentrant uniquement sur un bilan mensuel littéraire. En 2017, j’aimerais faire revenir un peu plus le 7e art sur le devant du blog.

De fait, je vais reprendre de l’idée de mon « Monthly Best Of Books », sauf que le Top 3 concernera dorénavant les trois découvertes culturelles que j’aurais préférées au cours du mois. Et quand je parle de culture, c’est autant pour évoquer les livres, les bandes dessinées de toutes sortes, les films mais aussi pour y inclure les pièces de théâtre et les expositions – ces deux dernières catégories étant un challenge personnel que je souhaite me fixer en 2017 pour diversifier un peu plus le blog !

Sans plus tarder, attaquons donc le premier bilan culturel de 2017…


The Monthly Best Of Culture
Janvier 2017

Autant dire que cette année commence définitivement bien, mais que, sans surprise, mes coups de cœur sont essentiellement des livres, dont deux sont des essais que je vous recommande vivement.

#1 – Watership Down de Richard Adams
Catégorie : Roman
Qui aurait cru qu’une histoire jeunesse autour de lapins allait autant me plaire ? Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une simple épopée, le roman est un OVNI littéraire inclassable, mais brillantissime, qui m’a clairement donné envie d’explorer un peu plus la bibliographie de cet auteur anglais !
>>> Lire ma chronique

#2 – Une lutte sans trêve d’Angéla Davis
Catégorie : Essai
C’est difficile de résumer ce recueil de discours prononcés par Angéla Davis. C’est le deuxième recueil que je lis de ses interventions, et je suis encore une fois étonnée de toutes les questions qu’elle m’inspire sur notre société. J’aime tout particulièrement ses pistes de réflexion sur le système pénitentiaire, sur son appel à continuer les luttes, pour la liberté et l’égalité, la paix sociale et internationale. Elle montre à travers ces textes l’importance d’envisager l’intersectionnalité de ces dernières. Encore une fois, ce fut passionnant et enrichissant. Je recommande vivement.

#3 – En quête de L’Etranger d’Alice Kaplan
Catégorie : Biographie
S’il s’agit d’une biographie, Alice Kaplan nous propose cette fois de découvrir la biographie du chef d’œuvre d’Albert Camus. On ne découvre ainsi pas seulement la vie de l’auteur, à travers les reflets que l’œuvre projette de lui, mais plutôt comment l’auteur, de par sa vie, ses expériences, ses réflexions, en est venu à écrire L’Etranger. Quelle est le processus de création qui a mené à la publication d’un monument littéraire ? Et une fois le livre terminé, comment a-t-il réussi à passer toutes les épreuves de la censure pour être publiée en pleine Occupation ? Comment a-t-il été reçu non seulement en France, mais également à L’Etranger ? Existe-t-il une grille de lecture unique et universelle d’une œuvre ? C’est un travail passionnant, écrit avec habilité et fluidité, et extrêmement bien documenté.

Les bonnes surprises :

Catégorie films :

  • Tout en haut du monde de Rémi Chayé
  • Premier contact de Denis Villeneuve

Catégorie livres :

  • Tropique de la violence de Nathacha Appanah

Catégorie BD :

  • Le retour de la bondrée d’Aimee De Jongh
  • Shangri-La de Mathiau Bablet >>> Lire ma chronique

Les bonnes découvertes :

Catégorie films :

Les mauvais élèves :

Catégorie théâtre :

  • Vie et mort de H, Pique-assiette et souffre-douleur de Hanokh Levin, mise en scène de Clément Poirée, au Théâtre de la Tempête

Catégorie films :

  • The Survivalist de Stephen Fingleton

Chroniqués ce mois-ci :


Autres articles publiés :

Bilan Films de 2016

Bilan Livres et BD de 2016

 

Chroniques Livres·Les Coups de Coeur

Watership Down de Richard Adams

Watership Down
Ecrit par Richard Adams
Publié aux éditions Monsieur Toussain Louverture, 2016
Jeunesse, Drame, Odyssée
21,90€ GF broché 13,99€ numérique 544p


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« C’est parfois dans les collines verdoyantes et idylliques que se terrent les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante épopée de courage, de loyauté et de survie. Menés par le valeureux Hazel, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, ruses, légendes vont aider ces héros face à mille ennemis et les guider jusqu’à leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle là ? »

Je tenais à écrire une chronique sur ce chef d’œuvre anglais de la littérature jeunesse, trop méconnu en France, mais je dois dire en préambule qu’il est assez inclassable. C’est un OVNI littéraire, je n’ai jamais rien lu de semblable. Il laisse sensation impérissable d’un récit parfois sombre et cruel, pas vraiment une fable pour enfant et pas tout à fait un conte contemporain pour adultes. En deux mots : magistral et unique.

Ce qui ne laisse aucun doute que Watership Down est un bien un roman pour enfants, c’est notamment la construction du récit et son découpage. Chaque chapitre est une aventure en soi, qu’on peut aisément s’imaginer lire à un enfant, le soir venu, pour le border. Il y a de l’action, des moments d’intensité qui happent le lecteur et lui donnent envie de poursuivre indéfiniment sa lecture. Cette promesse que de multiples aventures attendent encore, alors même qu’un obstacle s’apprête à être franchi, entraîne excitation et impatience. Il y a des pauses, bienvenues, qui apaisent, appellent à un moment d’évasion. On est également dans le domaine du merveilleux avec des personnages attachants : des lapins qui parlent, croient en une divinité et aux mythes à travers les légendes de Shraavilsha. De quoi faire penser aux romans de fantasy. Ajouté à cela, il y a le style merveilleux de l’auteur qui rend la lecture vivante et intense, qui captive et rend curieux, inquiet, du sort de ces animaux.

Nul doute également que nous sommes bien ancrés dans la réalité, car jamais les animaux de Watership Down ne sont déformés par un excès d’anthropomorphisme. Le roman reste très concret et réaliste d’un point de vue de la zoologie. Les lapins n’en restent pas moins des lapins, régis par des besoins et un fonctionnement instinctif qui leur est propre. L’auteur semble avoir mené des recherches très pointilleuses sur la vie de ces mammifères et le roman nous la retransmets avec une étonnante précision. Pourtant, malgré la multitude de détails sur la vie de ces animaux qui fourmillent dans le roman, de même que les descriptions très précises de tous les environnements que traversent Hazel et ses compagnons, jamais je n’ai ressenti d’ennui ou de désintérêt. Chose que je n’aurais jamais cru être possible, si on m’avait dit que je lirai un jour un roman qui parle de lapins.

D’un autre côté, il m’est indispensable de vous parler de l’autre versant du roman. Watership Down n’est pas qu’un conte merveilleux, doux et gentil ; il a cela d’étonnant que tout en racontant l’odyssée de cette bande de lapins partie à la fois pour fuir un grand danger qui menaçait leur garenne et trouver ailleurs un nouvel Eden, il ait un aussi un aspect bien plus sombre et violent. Depuis le début de ma lecture, je percevais dans le récit un double langage, qui a créé en moi un émoi particulier. Je ne suis pas arrivée à mettre la main dessus qu’après plusieurs centaines de pages et après avoir cherché sur internet des informations sur le roman mais surtout sur l’auteur. Je suis finalement parvenue à trouver ce à quoi ma lecture me faisait curieusement penser : à la guerre. Même si l’auteur a en effet été mobilisé durant la Seconde Guerre Mondiale, il semble qu’il ait réfuté avoir glissé dans son roman des références à son vécu. Pourtant, il y a une sorte de tension permanente en fond de récit, qui fait toujours craindre le pire, et nous met constamment en éveil. Il appelle directement à l’instinct, comme si on ressentait directement la menace qui plane constamment sur ces lapins.

C’est un monument littéraire, unique en son genre et difficile à résumer. Il fait partie de ces œuvres qu’on pourrait aisément donner en exemple pour montrer à quel point la littérature jeunesse fait partie de la littérature la plus riche et la plus plurielle qui existe. On aurait tort de la sous-estimer car elle recèle encore, toujours, des œuvres prêtes à nous étonner par les niveaux de lecture pluriels qu’elles proposent. La preuve.


Extraits :

« La Terre tout entière sera ton ennemie, Prince-aux-mille-ennemies, chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord, ils devront t’attraper… Toi qui creuses, toi qui écoutes, toi qui cours, prince prompt à donner l’alerte. Sois ruse et malice, et ton peuple ne sera jamais exterminé. »

« Les lapins, dit-on, ressemblent aux humains par bien des aspects. Ils savent surmonter les catastrophes et se laissent porter par le temps, renoncer à ce qu’ils ont perdu et oublier les peurs d’hier. Il y a dans leur caractère quelque chose qui ne s’apparente pas exactement à de l’insensibilité ou de l’indifférence, mais plutôt à un heureux manque d’imagination mêlé à l’intuition qu’il faut vivre dans l’instant. »


En lire plus :