Bilan·Bilans Mensuels

Monthly Best Of Culture – Septembre & Octobre 2017

Cette année, comme tous les jeunes, mon Septembre a été le mois de la rentrée et du changement – changement de boulot et changement d’appartement. Ce qui implique forcément d’être beaucoup moins disponible. Aussi, à moins de faire un TOP 3 avec trois œuvres, il ne me restait plus qu’à patienter Octobre et espérer avoir un meilleur bilan – et que mes vœux soient exaucés !


The Monthly Best Of Culture

– Top 3 ! –

#1 – A Taxi Driver de Jang HOON

>>> Lire ma chronique

Comme je viens tout juste d’en publier une chronique, je vous laisse donc plutôt aller la lire en cliquant ici.
Mais c’est un très bon biopic, un excellent film historique, et un très touchant hommage au chauffeur de taxi qui conduisit un reporter journaliste venu à Gwangju filmer la violente répression militaire envers la population alors que celle-ci luttait pour la démocratie du pays. C’est un film grand public d’une très belle facture, avec un excellent acteur central, des personnages très bien construits, et une mise en scène efficace.
Un énorme succès à la Corée du Sud qui mériterait le même accueil ici !

#2 – Le Cycle des Robots #1 Les Robots et #2 Un défilé de robots d’Isaac ASIMOV

Est-il encore nécessaire de le présenter ?
Ce cycle qui a donné naissance aux Trois Lois de la Robotique, de très nombreuses fois reprises dans les œuvres SF au fil des décennies et encore aujourd’hui et qui est également très souvent citée dans les milieux scientifiques. Isaac ASIMOV se désolait dans un préambule de devenir peut-être le scientifique reconnu pour avoir créé une science fictive, il se révèle en réalité son fondateur. Est-il de fait nécessaire pour vous donner plus envie de le lire ?
Soit : d’une part, c’est très bien écrit. Réputé vulgarisateur, il est aussi bon écrivain, avec un ton décalé à souhait, qui rend la lecture fluide, plaisante, amusante parfois, mais tout en y mêlant un fond à la fois scientifique mais aussi humain, car il traite autant de problèmes mathématiques que de sujets de société. Il parle ainsi de religion, de tolérance, de conscience (humaine et / ou individuelle), de technologie, d’intelligence humaine, d’intelligence artificielle, de la complémentarité ou opposition des deux, de moralité, d’émancipation, de ce qu’être humain veut dire, de l’âme… C’est passionnant, instructif, divertissant, pertinent.
Alors, convaincus ?

#3 – Blade Runner de Scott RIDLEY

Encore et toujours de la SF. Oui – je plaide coupable !
C’est bien un genre qui m’intéresse de plus en plus, car il est très vaste, non seulement en termes de styles, mais aussi de sujets. Il peut être complètement fantasque, à la limite du fantastique ; il peut être divertissant, un page turner, une machine à imagination ; mais il peut aussi être contemplatif et intimiste. Et c’est le cas d’une œuvre comme Blade Runner, du moins l’interprétation qu’en a fait le réalisateur, car je n’ai pas encore lu l’œuvre originale de Philip K. Dick (un jour prochain, sans doute).
Avant tout, c’est un film qui est visuellement fascinant. Sa direction artistique est assez dingue, tellement soignée que malgré les années, il ne semble n’avoir que peu vieilli. Les effets spéciaux ne sont pas aussi dingues en soi que les images d’aujourd’hui, mais ils ont du cachet dans l’univers visuel dans lequel ils s’inscrivent. Ce qui est efficace, c’est le tout que le film compose. Et pour le cas, c’est un film où le fond, le scénario, la musique et l’image sont une unité qui le rendent ainsi particulier et savoureux.

Aussi découverts ce mois-ci :

Les bonnes surprises :

  • La planète des singes de Pierre BOUILLE [Livre] >>> Lire ma chronique
  • Téhéran Tabou d’Ali SOOZANDEH [Film]
  • Vanishing Time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM [Film] >>> Lire ma chronique
  • Le regard de Ken LIU [Livre]
  • Faith tomes #1 à 3 de plusieurs artistes [Comics]
  • Le château des étoiles #1 d’Alex ALICE [BD]

Les bonnes découvertes :

  • The wicked + The divine #1 de Jamie MCKELVIE, Kieron GILLEN et Matthew WILSON [Comics]
  • Mushishi #1 de Yuki URUSHIBARA [Manga]
  • Marie- Antoinette de Sofia COPPOLA [Film]
  • Au-revoir là-haut d’Albert DUPONTEL [Film]
  • Le grand mystère des règles de Jack PARKER [Livre]
  • To your eternity #3 de Yoshitoki OIMA [Manga]
  • Green mechanic #2 de Yami SHIN [Manga]

Les découvertes :

  • La planète des singes #3 Suprématie de Matt REEVES [Film]
  • Riens du tout de Cédric KAPLISH [Film]
  • Sangsues tomes #1 à #5 de Daisuke IMAI [Manga]
  • Comment vivre en héros de Fabrice HUMBERT [Livre]

Les mauvais élèves :

  • Wind river de Taylor SHERIDAN [Film]

Chroniqués dernièrement :


Aussi publié :

Chroniques cinéma·Les Coups de Coeur

A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

A Taxi Driver
Réalisé par Jang HOON
2017
Biopic, Historique
Cinéma sud-coréen
Sur Senscritique – 7,8/10
Sur Allocine – 3,4/5


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« En mai 1980, un chauffeur de taxi conduit un journalise allemand à Gwangju, en plein milieu du mouvement pour la démocratisation.« 


Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

Lire la suite « A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017) »
Chroniques cinéma·Les Coups de Coeur

Vanishing time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM (Festival du Cinéma Coréen à Paris 2017)

Vanishing Time : A boy who returned
Réalisé par Tae-Hwa UHM
2016
Drame, Fantastique
Cinéma sud-coréen
Sur Senscritique – 7.3/10


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« Après la mort de sa mère, Su-rin, 14 ans, vient s’installer sur une île avec son beau-père. Elle se lie d’amitié avec Sung-min, un orphelin qui partage son goût du mystère et des phénomènes étranges. Avec deux autres garçons, ils partent un jour en forêt pour assister à une explosion prévue pour la construction d’un tunnel. Mais en chemin, ils tombent sur une grotte dans laquelle ils vont trouver un objet qui va bouleverser leur existence…« 


Le 12e Festival du Cinéma Coréen de Paris a eu lieu au cinéma Publicis cette semaine, l’occasion d’y découvrir des films qui n’auraient autrement pas eu la chance de sortir dans nos salles – à fort regret, d’ailleurs. Ces dernières années, après le Japon, c’est la Corée du Sud qui apporte un vent de renouveau dans nos salles obscures. Pour le moment, je n’y ai découvert que de très bonnes œuvres, si ce n’est excellentes, au moins ayant un fort potentiel. Et c’est de même lors de ce festival, des deux œuvres que j’ai vu, l’une est excellente (A Taxi Driver de Jong HOON – dont j’espère vous parler prochainement) et l’autre très prometteuse : Vanishing Time : a boy who returned de Tae-Hwa UDeuxième long métrage du réalisateur, c’est une œuvre qui s’est longuement métamorphosée : d’un thriller noir et glaçant, mêlant un brin de fantastique, l’auteur a finalement changé de regard et y a apporté une teinture fort différente : celle d’une fable fantastique sur l’enfance, sur le passage à l’âge adulte, sur l’ouverture et l’innocence du regard d’enfant, plus prompt à accepter de voir au travers du fantastique, une part de réalisme. Un film qui n’est pas sans rappeler les films de notre enfance, à la fois au niveau du style et de l’ambiance, du sentiment qu’il provoque, comme par exemple Les Goonies de Richard Dooner. Mais attention à ne pas oublier qu’il s’agit d’une réalisation coréenne, et que leur cinéma (en tout cas, celui que j’ai vu jusqu’ici) est souvent empreint d’une certaine part d’ombre, qui en fait un film en direction d’adultes, bien qu’à la portée d’enfants.

Un groupe d’enfants décident de braver les interdits et d’aller voir en montagne les travaux qui sont menés pour créer un nouveau tunnel et qui provoquent des explosions. Lors de leur pérégrination, ils vont découvrir une caverne qui renferme une espèce de trésor lumineux, étrange, dont un des garçons pensent être un œuf du gobelin du temps, dont son grand-père parlait. Tandis que la fille du groupe, et l’héroïne du film, repart dans la caverne pour récupérer une épingle à cheveux que sa défunte mère lui a donnée, l’un des garçons Sung-Min, le héros du film, va casser l’œuf, par curiosité de voir ce qu’il renferme. Une explosion retentit, et la petite Su-Rin échappe de justesse à l’effondrement de la caverne. Mais quand elle ressurgit à l’extérieur, les trois garçons ont disparu.

C’est un film intimiste, oú chacun peut avoir sa propre interprétation sur ce qu’il propose. La jeune Su-Rin ne s’entend pas avec son beau-père, n’a que Sun-Min comme ami, est considérée comme bizarre par ses camarades au regard du blog sur les expériences extracorporelles qu’elle tient. Aussi, quand elle est la seule à revenir de l’expédition et qu’elle est incapable de donner une explication qui parait aux adultes suffisamment raisonnée pour être crédible, elle se retrouve encore plus isolée. C’est là l’opposition des regards entre l’enfant et les adultes qui est mise en scène, marquant le manque d’écoute et d’ouverture d’esprit des adultes, qui, au fur et à mesure des années, s’ancrent dans le réel et ont de plus en plus de difficulté à entendre les paroles de l’enfant, fantasques. Le film réussit en douceur à faire ressentir le sentiment de solitude, d’isolement, de la jeune Su-Rin, qui ne sait plus vers qui se tourner. Et c’est sans doute ce qui explique la facilité avec laquelle elle croira l’histoire de Sun-Min et tentera coûte que coûte de le défendre.

Car le film suit également ce qui est arrivé au jeune Sun-Min et ses deux amis. C’est autour de lui que l’oeuvre met en scène tous les questionnements de l’enfance et le passage à l’âge adulte. Et c’est sans doute dans cette partie du film que la part d’interprétation est la plus forte, la mieux amenée, et la plus marquante. Je pense que, plus tard, lorsque je repenserai à cette œuvre, ce sont ces scènes qui me reviendront en mémoire car ce sont mes passages préférés du film. Toute l’émotion y est juste et variée. On passe des moments doux, amusants et nostalgiques de l’enfance dans sa part d’innocence pure et nonchalante à des moments de gravité oú l’enfant se retrouve soudain confronté à la réalité, aux conséquences de ses actes, et commence à s’interroger sur les lendemains. Il s’interroge alors sur son avenir, sur le sens de ce que « devenir adulte » implique. Est-ce seulement une question d’âge légal ? Est-ce une métamorphose interne ? D’attitude ? Un choix ? Une nécessité ? Toute cette partie est remplie de métaphores, que ce soit dans les dialogues, les actes, la situation ou le décors.

Je pourrais longuement disserter sur le temps arrêté, qui pourrait s’interpréter comme la représentation la plus pure de l’enfance. Cette période de nos vies oú le lendemain est déjà une idée abstraite, alors que le temps présent est tellement riche en possibles. Oú le futur est déjà présent parce qu’il suffit d’imaginer pour y être. Oú on peut passer des heures à jouer ou à lire sans se poser des questions sur ce qu’on pourrait faire de ce temps, qu’on dira plus tard, un temps constructif, c’est-à-dire qui sert avant tout à préparer l’avenir, vers lequel le présent de l’adulte sera alors tourné. Le temps arrêté, c’est l’enfance, parce qu’il est ralenti, il laisse place à l’ennui. L’enfant s’ennuie beaucoup mais c’est aussi une période oú on en a pas peur, parce qu’on a pléthore de temps, ou du moins qu’il semble passer au ralenti. C’est l’enfance aussi, parce qu’il est déterminé à finir un jour, on ne sait jamais vraiment quand, et c’est toute la question. Le temps arrêté comme métaphore de l’enfance, c’est aussi interprétable quand le film met en opposition Su-Rin, qui a toujours 14 ans, et Sun-Min, vieilli de quinze ans, mais qui semble bien moins mature, mais déconnecté et perdu, dans un décalage qui le condamne à une vie, non pas ratée, mais manquée.

Le film met aussi en scène de très beaux passages sur l’amitié, entre Su-Rin et Sun-Min. Etant orphelin, l’amitié de Su-Rin se révèlera pour lui un lien indispensable qui le raccroche à la vie, au réel, à l’espoir d’être reconnu. C’est cette dernière notion qui marque l’émotion autour du personnage de Sun-Min et son désespoir de convaincre Su-Rin de son identité. Une émotion forte car, autrement, si personne n’est capable de le reconnaitre, il serait véritablement seul et n’aurait pas de raison de continuer. Ce qui amène aussi l’interprétation suivante : qu’on n’existe seulement par la reconnaissance des autres de qui on est. Et de fait, la solitude est un des thèmes émotionnels phares du film, qui rend autant plus fortes les premières scènes d’amitié des deux jeunes héros.

Le réalisateur m’a parfois surprise car on ne sait pas toujours oú il veut vraiment en venir. Les scènes de la dernière partie sont notamment assez maladroites, proche d’un mauvais thriller, et manquent de cohérence avec ce qui précède en proposant une résolution qui tire en longueur et paraît un peu décousue. L’intensité n’y est plus vraiment émotionnelle, mais surtout très scénarisée pour clôturer l’histoire, et ce n’est pas forcément très bien amené. Cela révèle une faiblesse de scénario et aussi l’incertitude ressentie sur le film qu’a voulu proposer le réalisateur. Sans cela, l’œuvre aurait gagné en maturité et en cohérence globale. Les acteurs ne sont plus tous égaux. Les toutes premières scènes du film sont assez en-dessous du reste du film, avec une mise en scène, comme ses jeunes acteurs, qui peine à se fluidifier et fonctionner.

Cela n’empêche pas Vanishing time : a boy who returned d’être, malgré ces quelques inégalités, un très beau film, autant visuellement que dans le fond qu’il propose. Le décors, la couleur du film, les variations sont vraiment appréciables et contribuent grandement à l’atmosphère du film. Globalement, je suis vraiment charmée par la proposition et je vous recommanderai bien entendu de le découvrir si on a la chance de le voir sortir dans d’autres salles françaises ou en DVD/Blu-ray.


Bande d’annonce :