Festival·Représentations·Théâtre

Festival OFF – Avignon 2016 | La Religieuse, Théâtre du Chêne Noir

chene noir la religieuseComme chaque année depuis trois ans, mon Festival  OFF en Avignon commence au Théâtre du Chêne Noir. Après La Chute d’Albert Camus et Alice d’après le roman de Llewis Caroll, adapté par le collectif 8, j’ai  encore une fois eu très envie de faire de cette première journée un succès théâtral.

Résultat : je suis conquise. Par la programmation du Théâtre du Chêne Noir,  par mon choix de premier spectacle au festival, et par le collectif 8.

Cette année, c’est un texte difficile, humaniste et actuel, que le collectif a choisi d’adapter. La Religieuse d’après le texte de Diderot n’était pas un choix évident, et j’avoue avoir hésité à le placer en première ligne pour le festival. Mais ayant confiance en la qualité que j’y trouverai, je me suis finalement lancée. Et pour quel plaisir.

Un des charmes du  Collectif 8 est ce rapprochement entre cinéma et théâtre, autant dans le décors que  dans la mise en scène ou le choix et l’utilisation de la musique. Un décors d’ailleurs simple mais efficace : des portes de cellules de part et d’autre d’une cellule au centre amovible. Un lieu confiné, étroit, sombre, glacial, qui nous plonge dans l’ambiance du récit. Les projections sur l’ensemble du lieu, qui complètent et se mélangent au décors aussi bien qu’aux personnages, sont de natures multiples. De la  mise en abyme des lieux (une église, des couloirs obscurs…)  aux montages vidéos en ouverture/fermeture ou à des moments clés, tout sert à nous plonger dans l’atmosphère, emphase de l’horreur vécue.

Il me faut également souligner les excellentes actrices : Gaële Boghossian (qui avait d’ailleurs été sublime dans Alice) et Noémie Bianco, deux voix puissantes, deux présences incroyables sur scène. Si la narration de Gaële Boghossian est un peu en-deçà de ce qu’elle offre dans ses interprétations de personnages, son jeu de narratrice se révèle par la suite  avisé : elle évite en effet toute sur-dramatisation qui aurait alourdi et desservi le texte. Le sourire toujours rivé sur son visage glisse tout le mordant de l’ironie, de l’absurdité, et dénonce par contraste l’horreur. Noémie Bianco n’est pas en reste : toute en justesse et sans jamais perdre pied. Bravo aux actrices, quel talent.

Et puis, il y a évidemment le texte, incroyable et terriblement d’actualité, qui dénonce l’inhumanité de l’intégrisme religieux. L’isolation et l’enfermement au sein d’une communauté étroite et refermée sur elle-même, et  par conséquence, la perversion de l’âme, où conduit l’endoctrinement imposé à l’être.

En peu de mots : une véritable découverte pour ma part et un vrai régal de théâtre. A découvrir.

Bande d’annonce :


La religieuseInterprète(s) : Noémie Bianco, Gaële Boghossian
Metteur en scène : Paulo Correia
Compositeur : Clément Althaus
Costumes : Gaële Boghossian / Romain Fazi
Scénographie : Collectif 8 / Divine Quincaillerie
Chorégraphe : Michaël Allibert
Chargée de production : Vanessa Anheim
Assistante régie : Samuele Dumas
Stagiaire communication : Elisabeth Mory-Lund
Stagiaire : Joy Serradell


Résumé : 

A travers cet émouvant plaidoyer humaniste, Collectif 8 propose une vision d’actualité sur l’endoctrinement, le maintien dans l’ignorance et la dissolution de l’individu dans la communauté. Dans un hymne d’espoir et de liberté, deux comédiennes incarnent Suzanne Simonin, à la fois interprète et observatrice, accusée et avocate, faisant renaitre les fantômes, vierges folles et monstres, de ces vies arrachées, vrillées, emmurées.

Le théâtre est envisagé comme tribunal de l’humanité, le spectateur y est convoqué, questionné, pris à parti.

Entre réalité et fantasme, la création vidéo et musicale nous immerge dans un monde d’hallucinations, de symboles et d’obsessions et porte l’imaginaire aux confins de notre perception.


Informations pratiques :

Théâtre du Chêne Noir, Salle John Coltrane
Du 6 au 30 Juillet 2016
Relâche le 11, 18, 25 Juillet
1h25


Liens :

Informations & réservations : Site du Chêne Noir |  Site du Festival Off

Le site du Collectif 8


Vous ne voyez pas le bouton « Like » ni les commentaires ? Lisez cet article directement sur le blog !

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Délivrances de Toni Morrison

Ce n’est pas le premier livre audio que j’écoute – mais c’est bien le premier roman contemporain que je découvre ainsi lu. Mes premiers essais furent consacrés à des romans jeunesses, et avaient été un succès. J’avais donc hâte de réitérer avec cette fois un texte fort et une auteure que je voulais absolument lire. Toni Morrison. Que ce soit l’expérience de l’audio livre comme du roman en tant que tel, j’ai été entièrement ravie de cette lecture hors du commun.
Lire la suite « Délivrances de Toni Morrison »

Chroniques Livres·Les mauvais élèves

L’atelier des poisons de Sylvie Gibert

C’est le contexte qui m’a attiré en lisant la 4e de couverture, et j’espérais à vrai dire qu’il en soit le sujet principal : le premier atelier de peinture ouvert aux femmes à la fin du XIXe siècle. Il y avait là de quoi faire tout un roman, s’intéresser à un univers hostile aux femmes, ces peintres dont on ne sait presque rien, encore aujourd’hui. L’aspect « policier » m’intéressait moins, mais c’était quand même l’occasion de tenter le mélange des genres. Malheureusement, si les idées qui ont fait naître le roman sont intéressantes, confirmées lors de cette rencontre, je n’ai malheureusement pas été convaincue par le roman. Lire la suite « L’atelier des poisons de Sylvie Gibert »

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

I.R.L. d’Agnès Marot

Très chouette découverte que ce roman d’Agnès Marot. C’est un mélange savant du jeu Les Sims, 1984, Fahrenheit 451 ou encore The Truman Show modernisés dans une fable d’anticipation et visiblement inspiré des réflexions de Chloé Delaume (qui rejoint la longue liste d’auteurs que l’auteure nous invite généreusement à découvrir). Une histoire prenante et bien écrite, autant dire : un très bon page turner. Lire la suite « I.R.L. d’Agnès Marot »

Chroniques Livres·Les Coups de Coeur

Les Outrepasseurs, T2 : La Reine des Neiges & T3 : Le Libérateur de Cindy Van Wilder

Attention : Il s’agit de la chronique du tome 2 et 3 : pour éviter tout risque de spoiler, lisez plutôt ma chronique du premier tome.


Fichtre. Cela faisait longtemps qu’en refermant la dernière page d’un roman, je ressente la même sensation que lorsqu’on quitte un endroit où on sait ne pas revenir, ou du moins pas avant longtemps. Et il faut dire que les tout derniers chapitres sont déchirants à souhait – écrits de la plus cruelle des façons. Les Outrepasseurs est une merveilleuse histoire, originale et passionnante, qui vous attrape au tournant et ne vous lâche plus jusqu’à la toute dernière page.

Lire la suite « Les Outrepasseurs, T2 : La Reine des Neiges & T3 : Le Libérateur de Cindy Van Wilder »

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Nos âmes jumelles & Nos âmes rebelles de Samantha Bailly

Avec sa plume agile, capable de s’adapter à beaucoup de genres, de la fantasy à la romance ou au thriller, un roman de Samantha Bailly est une valeur sûre. Et j’avais raison : dans ce nouveau diptyque, l’auteure prouve qu’elle sait parler de l’adolescence, en abordant leur quotidien tout autant que des sujets plus délicats, sans pour autant tomber dans le pathos.

Lire la suite « Nos âmes jumelles & Nos âmes rebelles de Samantha Bailly »

BD / Manga / Comics·Les bonnes surprises

Catharsis de Luz

En préambule, je voudrais vous avouer la difficulté que j’ai eu à rédiger cette chronique. Pour tout dire, je tenais à le faire, pas seulement parce que je l’ai reçue dans le cadre de La BD fait son festival 2016 organisé par PriceMinister (que je remercie pour cette opportunité), mais aussi parce qu’elle le mérite.

D’un autre côté, je me suis retrouvée devant une œuvre très intime, évidemment intense parce qu’émotionnelle, puissante par l’impact de certaines de ses planches. « Thérapeutique », mot choisi par l’éditeur pour décrire ce recueil de pensées, de vécu, de quotidien, est en effet le terme plus parlant. Or, j’ai toujours eu quelques difficultés à parler d’œuvres aussi personnelles.


L’absence de note vient donc de ce que je n’ai pas su – et ne sais toujours pas – comment évaluer une telle BD. Incapable de débroussailler seule les mots de mes pensées, j’ai donc lu  des chroniques et écouté l’interview de Luz par Médiapart dont je vous mets évidemment les liens en bas de cette chronique.

Lire la suite « Catharsis de Luz »

Chroniques cinéma·Les mauvais élèves

Divergente #3 Au-delà du mur de Robert SCHWENTKE

Attention : la chronique spoile allègrement le 3e film. Je vous recommande de le voir ou de le lire avant de vous intéresser à cette chronique écrite à chaud.


Précédemment sur White Pages :

Divergente #1 de Neil BURGER : Ayant vu le film avant le livre, mon imaginaire s’est involontairement basé sur ce premier pour visualiser les personnages, aussi ne pourrais-je dire s’ils correspondent. (…) Christina est mon personnage préféré. (…) L’adaptation a été très bien réussie. Je l’ai même préférée au livre, car elle  apporte un réajustement nécessaire : moins d’introspection, plus d’émotions dans les points clés, un scénario centré sur  l’intrigue sans laisser de côté ses personnages.

Divergente #2 de Robert Schwentke : J’ai clairement préféré le premier film au second, principalement à cause de l’introspection et de la romance qui deviennent étouffantes et par la faute d’un scénario bancal, peu crédible, et une absence totale de mise en scène. (…) Ce film ne ressemble à rien (…) Facile (…) Shailene Woodley et Miles Teller sauvent les meubles (…) Aucune explication, juste des phrases qui résonnent bien dans le vide (…) Une fin qui joue plus le spectaculaire que  logique ou même la crédibilité.


Après le second volet, je n’étais pas vraiment sûre d’avoir envie de voir ce troisième film, surtout réalisé par Robert SCHWENKE. J’ai fini par me laisser tenter et je n’ai pas été très surprise de ne pas apprécier outre mesure.  En fait, je lui reproche les mêmes choses que pour Divergente 2 : un scénario bancal et mal fichu, une mise en scène bâclée (même si un peu mieux dans celui-ci), des personnages secondaires qui  deviennent des figurants (Christina en est le plus bel exemple).
Lire la suite « Divergente #3 Au-delà du mur de Robert SCHWENTKE »

Chroniques Livres·Les Coups de Coeur

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

Si on ne me l’avait pas offert, l’aurais-je lu ? L’avais-je déjà tenu dans ma main, parcouru rapidement son résumé avant de le reposer, finalement, sans vouloir ou sans oser l’emporter ? Allez savoir.  Ce que je sais aujourd’hui, c’est qu’il s’agit  d’un des meilleurs livres qu’on ait pu m’offrir récemment. Un très chouette cadeau – un  livre dont il ne faudrait pas passer à côté. Moi qui m’intéresse de plus en plus à la science-fiction, me voilà servie par un voyage incroyable et totalement inédit. Lire la suite « La Horde du Contrevent d’Alain Damasio »

Chroniques Livres·Les découvertes

Phalène fantôme de Michèle Forbes

Pour premier roman, Michèle Forbes signe avec Phalène fantôme une belle promesse littéraire. La quatrième de couverture rend honneur au livre dont il délivre les clés principales : le roman parle en effet de vies ordinaires – ce que j’ai toujours apprécié – qu’il livre amoncelées, papillonnant entre le passé et le présent, plongé dans un contexte historique difficile. Un récit poignant qui m’aura laissé dans un état second, qui se prolonge, et me rend perplexe, mais charmée. Lire la suite « Phalène fantôme de Michèle Forbes »