Dune de Franck Herbert

Dune (tome 1 de la saga Dune)
Ecrit par Franck HERBERT
Traduit par Michel DEMUTH
Publié aux éditions Pocket
Première publication en 1965
Parution (ma version) en 2012
11.40€ poche
Science-fiction, Planet Opera, Space Opera


LES BONNES SURPRISES


Comme chaque fois que je suis confrontée à un mastodonte de la littérature, j’étais intimidée à l’idée d’entamer cet énorme pavé. Une sorte d’appréhension inexplicable où je me donne toutes les raisons pour repousser sa lecture. Et si je n’aimais pas ? Et si je n’y comprenais rien ? Et si je n’arrivais pas à le terminer ? Ce qui est bien entendu absurde car, dans quel cas, il n’y a qu’une réponse possible : et alors ? J’ai donc tenté l’aventure et pris tout mon temps pour savourer ce premier volet, excellent. Pour ceux qui craignent de se lancer dans une saga au long souffle, je peux également vous rassurer : ce tome se suffirait à lui-même.

Résumé :  » Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?  »

Je dois cependant mentionner que j’ai été un peu déroutée par l’écriture et j’ignore si cela vient de la traduction ou du texte original. C’est un roman globalement bien écrit, une plume soignée, et un phrasé qui n’est pas si courant dans la littérature de science-fiction (en tout cas celle que j’ai découvert jusqu’à présent). Il y a pourtant des moments où certaines formulations m’ont sorti de la lecture, où je lisais en me disant que c’était étrangement dit et de manière pas très fluide ou agréable.

Dune n’est pas simple à lire car il y a énormément d’éléments nouveaux ou dont je suis très peu familière. En plus des termes inventés, qui sont rapidement expliqués dans le texte ou dans le lexique en fin de tome, il y a également beaucoup d’inspirations puisées dans plusieurs civilisations et origines de notre propre monde : grecques, germaniques, chinois, arabes…. Le fait est que, m’y connaissant assez peu, j’ai certainement manqué de références et de sens et cela a demandé plus d’efforts également pour essayer de comprendre comment fonctionnait ce monde et sa population. Je ne saurais donc dire ce qui vient de l’inspiration, du mimétisme ou de l’invention pure. Cela participe à la richesse de cet univers qui est dense et complexe et donne envie d’être d’avantage exploré.

De cela résulte donc cet univers enrichissant dont les bases sont un terreau idéal pour une multitude de thèmes qui traversent l’œuvre. Le mysticisme, la superstition, la question du bien et du mal, la tradition et la religion sont entremêlées dans ses fondements, offrant à de nombreuses occasions un champ de réflexions intimes des personnages, comme Paul et sa mère, étrangers à Dune, qui y réagissent et semblent guetter et craindre le basculement vers un fanatisme qu’ils savent ne pouvoir contrôler.

Dans ce sens, cela m’a fait notamment penser au roman« Ti-Harnog » (tome 1 « Les Contacteurs » du Cycle de Lanmeur) par Christian Léourier, où un explorateur va se retrouver au centre d’intrigues tandis que la population locale va interpréter son arrivée comme l’accomplissement d’une légende. De la même manière, Paul va se révéler être une sorte de messie aux yeux des Fremens qui vont l’aduler et le suivre dans un combat, dont Paul sait, en réalité, qu’il ne pourrait échapper. Sa faculté de prescience va renforcer d’autant plus cet aspect. Certes, il est le leader des Fremens, mais il est loin de contrôler en réalité l’aura mystique qui l’entoure et ne peut maîtriser ni le fanatisme des Fremens ni prévenir du jihad, qui pèse comme une ombre menaçante et inévitable dans tout le récit, malgré tous ses efforts pour éviter cet avenir possible.

J’ai été également déroutée par les notes qui précèdent chaque chapitre, extraits d’ouvrages fictifs écrits après les événements du livre. Ceux-ci dévoilent en effet énormément d’éléments de l’intrigue et renversent du coup celle-ci. Puisque le ressort est connu d’avance, on peut s’étonner que le lecteur reste autant captif. Mais c’est également là où la force de l’auteur est d’avoir joué sur le timing des événements et le rythme assez lent du livre, qui laisse désirer les événements majeurs pour faire malgré mariner son lecteur. J’ai donc été surprise par moment de ressentir la tension vis-à-vis de scènes dont je connaissais pourtant l’issue.

On peut reprocher à Dune son manichéisme, des personnages dignes de Gary/Mary Sue (êtres tout puissants et parfaits), en particulier Paul et sa mère, des archétypes sur-usités et peu intéressants au final, des résolutions trop faciles face à des multiples épreuves à chaque fois décrites comme insurmontables, un découpage du récit et un rythme décousus, parfois étiré, parfois expéditif. Il n’empêche que la richesse de son univers et de ses thèmes, les questions que posent les réflexions intimes des personnages, feront réfléchir le lecteur tout en le divertissant. Et c’est en soi ce qui fait de Dune une oeuvre complexe et complète : un récit de science-fiction qui traite tout autant de théologie, d’écologie et de philosophie, que de vengeance, de politique, de quête de pouvoir et de liberté dans une guerre épique et passionnante ; bref, je vous le recommande.

Spider-Man: Into the Spider-Verse de Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman

Spider-Man: Into the Spider-verse
Réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Sorti en 2018
Etats-Unis
Film d’animation, action, super-héros 


LES BONNES SURPRISES 


ENCORE UN FILM SUR SPIDER-MAN ! Je l’admets : j’y suis allée avec plein d’appréhension et de préjugés… La trilogie de Sam Raimi, le reboot de Amazing Spider-Man et celui des studios Marvel, Spider-Man: Homecoming. Autant j’apprécie les œuvres mettant en scène des super-héros, autant je pense qu’il devrait y avoir assez de matière pour ne pas sans cesse revenir sur les mêmes. Et plus encore, j’en ai assez de cette nostalgie à outrance qui semble régner dans le 7e art (et pas seulement) et offre des recyclages très rarement réussis. J’ai parfois l’impression que le cinéma occidental ne sait plus quoi inventer et qu’on tourne en rond. Dans le fond, je ne serai pas si opposée au « remake », « reboot », « sequel », « préquel » (et j’en passe) si ceux-ci avaient quelque chose de nouveau, de différent, de surprenant à proposer (et s’ils n’étaient pas si nombreux). Et c’est contre toute attente que Spider-Man: Into the Spider-Verse m’a détrompée.

Résumé :  » Miles Morales est un jeune adolescent noir-porto-américain vivant à Brooklyn qui doit s’intégrer à son nouveau collège en plein de centre de Manhattan. Mais alors qu’il se fait piquer par une araignée, se découvre des pouvoirs font il ne sait pas trop quoi en faire, il se retrouve contre son gré au cœur d’un combat apocalyptique où le Caïd pourrait bien détruire la Terre dans son espoir dans sa tentative ramener sa défunte famille depuis un un univers parallèle, au lieu de quoi c’est toute une ribambelle de Spider-(Wo)Man-s qui débarquent.  » 

Je ne suis pas fan du titre choisi pour la version française, Spider-Man: New Generation. Pourtant, le film parle en effet du passage de flambeaux entre Spider-Man et Miles, de cette transition difficile mais nécessaire entre les générations.

Certaines scènes iconiques des films de Spider-Man, comme la première fois où le héros saute du toit d’un immeuble et se balance d’immeubles en immeubles sont savamment réutilisées dans le film pour démontrer que, non, cela ne va pas de soi. Le jeune Miles va tenter d’imiter son prédécesseur sans jamais réussir à passer le cap de la peur de l’échec, du moins, pas sans conseils de pairs qui lui ressemblent.

Je vois en Spider-Man : Into the Spider-Verse une certaine leçon sur ce que devrait être un remake/reboot/etc. Un film qui se base sur un univers, une histoire, des personnages connus certes, qui partage des éléments communs indéniables, mais qui possède également une identité propre. Respecter le matériau de base va de soi, mais il est d’avantage plus intéressant d’être créatif que de se contenter d’imiter. C’est justement ce que ce film a fait à bien des niveaux.

Disons-le tout de suite : la direction artistique et l’animation sont excellentes et c’est par elles principalement que le film se détache du reste, de par sa créativité inventive qui a su faire mouche. A l’image des dialogues et de l’humour du film, elle se montre parfois méta, en jouant sur un trait très proche du comics, rappelant à son origine, tout en jouant également des techniques de stop-motions, pour rappeler l’effet et la sensation visuelle des cases de bande dessinées. Et puis, ce jeu entre animation et musique offre des scènes comme celle de la course poursuite entre le superviseur et Miles au sein de l’école qui sont vraiment grisantes.

Le film semble lui-même très conscient de ce qu’il propose : une n-ième version d’une même histoire, vue et revue de nombreuses fois ces dix-vingt dernières années. Ainsi, chaque fois qu’un Spider-Man entre en scène, il récite sa présentation usuelle, comme un mantra désabusé, qui sait bien comme cela est désuet mais indispensable pour débuter toute histoire. Les deux versions de Spider-Mans qui apparaissent les plus proches de l’image (notamment visuel) qu’on a construit de ce personnage ne sont pas d’ailleurs en très bonnes formes. Le premier Spider-Man charismatique, héroïque en tout point et irréprochable, meurt au bout de quelques minutes d’apparition. Le second (qui pourrait d’ailleurs être dans la continuité du Spider-Man de Sam Raimi à mes souvenirs) s’est complètement laissé aller, désabusé de sa carrière de super-héros et de ses échecs personnels. Même les versions plus éloignées de Spider-Man, comme la Spider-Woman adolescente, la Spider-Man enfant dessinée comme un manga et accompagné d’un mécha, et le Spider-Cochon plus proche des personnages de cartoon (comme les Looney Tunes) ne suffiront pas à vaincre le Caïd – comme à proposer une approche suffisamment nouvelle pour vaincre la paresse créative.

(Et pour en revenir à mon introduction, j’y vois pour ma part une certaine métaphore de l’industrie du cinéma dans ce qu’elle produit, justement, comme similis. Ce n’est pas nécessaire l’intention du film… ou peut-être si ?) 

Au contraire, Miles Morales apparaît comme un vent nouveau. Certes il a hérité de ses pouvoirs un peu comme ses prédécesseurs, se retrouve contraint d’affronter des ennemis qui menacent le monde, y voit même un certain aspect « cool », comme un adolescent peut s’imaginer développer des pouvoirs pour s’évader de son quotidien. Mais il y a une réelle humanisation de la figure du super-héros car, justement, malgré tout son courage et sa volonté de bien faire pour protéger les siens et ne pas décevoir, Miles en réalité n’accepte pas facilement ce nouveau statut. C’est un adolescent effrayé et reluctant, qui va amener aux scènes d’émotion les plus touchantes du film.

C’est dans le contact entre Miles et Peter Parker que se révèle un message du film : il ne s’agit pas de rejeter les générations précédentes mais d’en tirer le bénéfice de l’expérience pour ne pas répéter les mêmes erreures (voire se répéter tout court), mais de laisser la place aux jeunes générations qui ont de nouvelles choses à proposer. Le personnage de Miles apporte notamment une diversité bienvenue.

Evidemment, le film ne se contente pas de poser simplement ce constat, le scénario se déroule à travers l’initiation du jeune Miles par Peter Parker (le second) et ses pairs, son évolution et apprentissage, qui va l’amener petit à petite à accepter d’embrasser son statut. En cela, il apparaît assez simple et classique mais, comme à la fois les thèmes, les personnages et le rythme sont bien traités – et bien, cela fait très bien son boulot.

Et puis, soyons clair : c’était surtout super fun à regarder. Ce fut donc une agréable surprise en tout point et je suis vraiment ravie de m’être trompée. Oui, il y a encore et toujours de la place pour la nouveauté et l’innovation dans le cinéma de super-héros. Spider-Man: Into the Spider-Verse en est un excellent exemple, dont il serait bon de s’inspirer ! 


Mirai ma petite soeur de Mamoru Hosoda

Affiche de Mirai Ma Petite Soeur

Mirai ma petite sœur
Scénarisé et réalisé par Mamoru Hosoda
Sorti en 2019
Origine : Japon
Film d’animation, Fantastique, Jeunesse


LES COUPS DE CŒUR! 


C’est sans surprise que je vous recommande chaudement ce nouveau film du très bon Mamoru Hosoda (voir ma chronique du film Le garçon et la bête).  Un peu à la manière de A la traversée du temps qui mélangeait histoire d’amour adolescent et boucle temporelle, Mirai ma petite sœur va mêler récit familial et fantastique sans que le second ne prenne entièrement le pas sur le premier. D’une histoire toute simple, le réalisateur parvient à tirer du fantastique une métaphore aux envolées poétiques très imaginatives pour parler d’un événement qui, sans cette part de merveilleux, est très anodine.  

Résumé : « Kun est un petit garçon choyé à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de sa petite sœur, Miraï. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même, enchaîne les caprices et les bêtises. Mais soudain, le petit garçon va voir jaillir dans son jardin un jeune homme qui agit étrangement, à la manière de son chien; une jeune fille qui semble le connaître; et il va voyager dans des lieux où d’autres rencontres lui feront apprendre à accepter la venue de la petite Mirai dans sa famille. »  

J’ai été surprise de la façon dont il utilise le fantastique pour faire avancer son récit. Certes, il y a le prétexte de laisser libre court à son imagination fertile, qui nous livre des scènes magistrales d’inventivité digne d’autres récits absurdes comme Alice au Pays des Merveilles (surtout en seconde partie). Mais ses envolées fantastiques servent principalement (même uniquement) à son histoire, puisque, dans tous les cas, il s’agit pour le jeune Kun d’apprendre à accepter de partager l’attention de ses parents et d’apprivoiser (et se laisser apprivoiser par) la jeune Miraï. Comme elle n’est encore qu’un tout jeune bébé, il ne perçoit en elle qu’un inconvénient car en plus d’accaparer ses parents, elle ne fait que manger, dormir, crier, et ne peut même pas jouer avec lui.  

Le film étant tourné autour du personnage de Kun, les parents restent un peu en retrait et on les perçoit sans doute comme le jeune garçon : complètement désemparés par l’arrivée de cette nouvelle enfant et la charge additionnelle qu’elle apporte à laquelle ils ont, eux aussi, besoin d’un temps d’adaptation. En particulier, la mère devant reprendre son travail, le père se retrouve seul à devoir s’occuper de deux enfants dont un nouveau-né tout en avançant dans son travail d’architecte. On comprend également dans un échange qu’à la naissance du jeune Kun, c’est au contraire la mère qui avait sacrifié sa carrière pour s’occuper du jeune garçon par le reproche qu’elle adresse à son mari : s’il se retrouve aussi démuni, c’est parce qu’il n’était justement que peu présent pour leur premier enfant. 

Il ne s’agit cependant pas de remettre en question la gestion parentale des enfants au Japon mais plutôt d’expliquer pourquoi Kun a l’impression d’être doublement abandonné. Non seulement sa mère est accaparée par sa sœur dès qu’elle revient du travail, mais il se retrouve également seul avec un père qui n’a pas été jusque-là très présent et ne sait encore bien communiquer avec lui.  

Tous les détails du film sont savamment pensés pour servir au récit, jusqu’à l’architecture atypique de la maison qui s’articule autour d’un jardin central où trône un arbre. Cet arbre d’ailleurs parait esthétique mais trouve son sens au fil du film. Il est en effet le symbole de l’arbre généalogique de la famille, le lien par lequel la magie semble affluer pour aider le jeune Kun à accepter sa petite sœur à travers les multiples aventures qu’il va vivre. J’extrapole, mais c’est un peu comme avec le renard dans Le Petit Prince, puisque cette apprentissage (il y a d’ailleurs des touches de récit initiatique dans le film) réside dans les petits pas effectués à chacune de ses aventures.  

Et bien sûr, il faut considérer l’animation et la mise en scène qui sont irréprochables dans tout le film et servent à donner à celui-ci une intensité émotionnelle qu’une telle histoire n’aurait peut-être pas eu autrement (même si cela aurait dans tous les cas été très mignon). En plus de cela, si le film arrive à surprendre, c’est aussi par l’utilisation de la bande son, par l’animation, par des scènes auxquelles on ne s’attend pas forcément. J’ai justement aimé qu’il me sorte des sentiers battus et me prenne au dépourvu. 

Cela reste dans tous les cas une œuvre jeunesse qui parle de ce moment particulier de l’enfance où le changement radical de vie peut désemparer et faire perdre les repères à un moment de la vie où on pense que tout ce qu’on connaît est acquis et immuable. C’est une leçon de vie qui est mise en scène avec beaucoup de délicatesse et d’inventivité. Un moment très anodin sublimé par la poétique et l’imagination. Une métaphore touchante et étonnamment rafraichie, qui le rend délicieux pour les adultes également. 


Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le chœur des femmes
Ecrit par WINCKLER, Martin
Publié par les éditions Folio
9.90€ Broché, 8.99€ Ebook
Contemporain, Médical, Féministe


LES DÉCOUVERTES


C’est après avoir vu la recommandation sur la chaîne d’Opalyne (que je vous recommande chaudement) que j’ai sauté le pas sur ce roman. Il prend place directement à l’hôpital, où nous suivons Jean Atwood, brillante interne, major de promotion, qui se retrouve contrainte d’effectuer un internat dans un service de médecine des femmes, bien loin du prestigieux poste de chirurgie gynécologique qu’elle convoitait. Un roman qui parle ainsi de gynécologie mais en particulier dénonce les nombreux mythes (souvent misogynes) auxquels croient tout aussi bien les patientes que les spécialistes médicaux et qui conduisent bien souvent au rabaissement de la femme et à certaines violences médicales exercées contre elles. Un roman d’apprentissage, de formation, d’enseignement et de partage, intéressant en particulier pour son militantisme pour une médecine féministe.

Par contre, je n’ai pas aimé le style littéraire, le ton et encore moins les personnages. Du coup, ma lecture a été un peu pénible, car hormis ce qui est dit sur la considération de la femme et de son corps d’un point de vue médical, je n’ai pas tant que ça apprécié ma lecture. J’ai trouvé le ton condescendant et paternaliste, voire un peu gnangnan. La psychologie des personnages est assez basique et très squelettique. Globalement, le roman en tant que tel m’a paru très superficiel. L’histoire n’est clairement pas ce qui m’a intéressée dans le récit. Tout semble très artificiel, notamment l’évolution des personnages et de leur relation, et l’introspection assez lourde.

L’intérêt de ce livre réside ailleurs, pour moi, sur son aspect plus médical. Car il dresse un constat assez vrai : les femmes méconnaissent beaucoup leur corps et les possibilités qu’on a de le protéger, par exemple d’un point de vue contraceptif, ce qui les conduit à accepter des violences médicales avec une docilité inquiétante. Le roman remet notamment en question le rapport de force dont jouit et profite les médecins qui oublient parfois d’informer et de laisser aux femmes le droit de choisir leur traitement et leur contraception. Cette ignorance du corps de la femme et son fonctionnement n’est pas non plus le panache des patientes. En réalité, les mythes gynécologiques sont parfois partagés par les médecins comme par les femmes. Mais pour le cas des premiers, c’est un manque de curiosité professionnelle voire du pur sexisme.

Le roman dénonce également les préjugés et stéréotypes générales sur la sexualité de la femme. Il dénonce notamment l’humiliation et la culpabilisation incessante, la sur-responsabilité de la femme vis-à-vis de son corps, de ses désirs sexuels, de la maternité. Il met en lumière différentes formes et de degrés de violences qui peuvent intervenir dans le milieu médical et qui n’est pas si anodin, notamment lors d’une consultation ou d’une opération chirurgicale, parfois imposée, parfois à l’insu de la patiente dans les cas extrêmes.

A travers son roman, Martin Winckler, lui-même médecin, propose une autre vision de la gynécologie qui milite pour une médecine féministe. Et c’est pour ces réflexions, très documentées et pédagogiques, autour de la gynécologie que je vous le recommande fortement, à tous comme à toutes. Le reste n’est qu’un habillage qui, selon les goûts de chacun, pourra séduire ou non.


PETIT APARTÉ : Pour celleux qui seraient intéressé(e)s par le sujet de la gynécologie, je vous recommande d’écouter le très bon épisode de l’émission « Un podcast à soi » par Charlotte Bienaimé qui partage notamment de nombreux témoignages : Le gynécologue et la sorcière sur ARTE.


Résumé : « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Les délices de Tokyo (Sweet Bean Paste) de Durian Sukegawa

Sweet Bean Paste / Les délices de Tokyo

Sweet bean Paste (Les délices de Tokyo)
Écrit par Durian Sukegawa
Publié par les éditions Oneworld en 2017
Version Anglais (Niveau Débutant +)
9.89€ Broché, 5.41€ ebook
Disponible en Français chez les éditions Le livre de poche, 6.90€ Poche, 7.99€ ebook
Contemporain, Drame


LES BONNES SURPRISES!


J’avais raté l’occasion de voir le film à sa sortie dans les salles, malgré la présence de la merveilleuse Kirin Kiki, actrice que j’ai découvert et adoré dans les rôles confiés par Hirokazu Kore-Eda. Un passage en librairie tokyoïte m’a donné l’occasion de me rattraper sur le livre qui en est à l’origine. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

Mais comment vous le décrire ? Il ne s’agit pas exactement d’un livre feel good, bien qu’il en a les ingrédients et que c’est ainsi que je l’ai ressenti – au début. Il faut dire que la rencontre entre Tokue et le jeune gérant du restaurant de Dorayaki, qui ne le tient que pour rembourser ses dettes envers le gérant, va changer la vie de ce dernier en lui donnant du sens. La grand-mère ne va pas qu’enseigner au gérant comment bien faire des dorayakis maisons, mais également comment apprécier pleinement une activité à laquelle il consacre toute son énergie et auquel il finira par prendre goût. Le roman parle en effet de secondes chances et de vivre sa vie pleinement en étant attentif à toutes les opportunités qu’on a de vivre bien et accompli.

Rapidement cependant, le roman dévoile une seconde facette moins légère quand de Sentâro le focus du roman se tourne vers cette grand-mère venue de nulle part. C’est alors qu’on apprend qu’elle a été autrefois atteinte de lèpre et que, bien qu’à présent guérie et sans danger pour les autres, elle continue à subir l’isolement social d’une société encore bercée par de forts préjugés et une vraie méconnaissance de la maladie et de son histoire.

L’auteur, qui a pris le temps d’aller visiter un sanatorium et parler aux victimes de cette maladie, évoque avec beaucoup de délicatesse ce passé méconnu du Japon et celui des lépreux. Quand la maladie était encore peu connue, les personnes atteintes étaient immédiatement isolées de la société dans des hôpitaux qui fonctionnaient à huis-clos, leur famille était contrainte à déménager. A travers les anecdotes et souvenirs de Tokue, l’auteur nous fait découvrir leur fonctionnement et la façon dont étaient traités les malades. Ainsi, on apprend que les sanatoriums disposaient de leurs propres cellules de prison qui signifiaient bien souvent pour les malheureux qui y étaient enfermés qu’ils ne verraient plus la lueur du jour. Il nous apprend également que le Japon n’a pas tout de suite distribué les médicaments qui avaient été trouvé en occident et qu’il a fallu que les malades se rebellent et contestent au risque de leur vie pour y avoir accès.

Tokue est le témoin de ceux qui y sont restés tellement longtemps, qu’une fois la liberté retrouvée, ils n’avaient plus de famille chez qui retourner ou qui les acceptaient. Même s’ils pouvaient sortir de l’hôpital, ils sont restés exclus de toute relation sociale avec l’extérieur qui continuait à les craindre.

C’est un roman qui fait naître beaucoup d’émotions dont une profonde mélancolie. Mais on ressent malgré tout dans le personnage de Tokue un désir à la vie profond qui est le plus touchant. Au fond d’elle, elle est demeurée cette jeune fille qui aspire à la vie et rêve de liberté et de vivre une vie épanouie. La poétique du texte lui prête une voix magnifique qui m’a émue et au souvenir de laquelle je reste encore touchée, quelques semaines après ma lecture.

Je ne peux donc que vous recommander de découvrir Sweet Bean Paste qui est d’une délicatesse appréciable autour d’un sujet aussi fort. J’ai apprécié d’y ressentir surtout une profonde douceur et jamais un apitoiement quelconque. La beauté de ce roman réside, au fond, dans la poésie et la douce légèreté du texte, maintenue malgré le poids de l’histoire et des mots. A lire, assurément.

Résumé : « «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.« 

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

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Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?« 

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman

Merci au #NetgalleyChallenge2018 et à la maison d’édition #RobertLaffont pour m’avoir donné accès à ce livre.

Les detectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
Publié aux éditions Robert Laffont, 2018, collection La Bête Noire
Traduit par Dominique HAAS de l’anglais
Sur le site de l’éditeur
14,90€ Grand Format ou 9,99€ EBook


LES DECOUVERTES!


Bienvenue dans un petit village du Yorkshire où un détective privé autoproclamé et une entrepreneuse, régente d’un site de rencontre, vont être forcés de cohabiter et s’improviser détectives en herbe. Un premier tome écrit dans un style, un ton et un humour typiquement anglais qui a le mérite de rendre la lecture fluide et agréable. Parfaite pour la période estivale qui approche et à emporter durant un voyage. En revanche, je reste malgré tout réservée sur ce premier roman qui, s’il est plaisant à lire, ne restera pas longtemps dans ma mémoire.

Ma réserve vient du fait qu’il n’est clairement pas sans défauts, et le principal vient de ses stéréotypes. Si ceux-ci sont à mon avis en partie recherchés par l’autrice, qui, en les utilisant, souhaite caricaturer ses personnages, par volonté d’humour et de dérision, il faudrait dans ce cas y aller plus franchement et y mettre tout le sel et le piquant nécessaires, pour ne pas tomber dans les simples clichés.

Quelques exemples:
« Un endroit où, au lieu de lui reconnaître le statut d’épouse d’un prof de fac, on ne voyait en elle que la femme qui s’était mariée avec le fils du boucher.« 
« Et de fait, avec son cerveau rempli de codes informatiques, Delilah était la femme qu’on pouvait le moins taxer de romantisme. Cette caractéristique innée résultait du fait qu’elle avait cinq frères plus âgés, un mépris absolu pour le sentimentalisme, et un crochet du droit hérité de son frère aîné, Will, qui avait fait une brève carrière de boxeur.« 
« Aussi capable que son mari de manier le hachoir, et une femme de cette espèce rare qui ne parle pas à tort et à travers.« 

A ces citations, ajoutons le contexte puisqu’ils sont le reflet de la mentalité du village, étroit et renfermé. L’humour montre la volonté de les rendre indirectement ridicules par leurs idées peu modernes, mais le détachement nécessaire est ici malheureusement peu efficace. Là où on devrait goûter à une caricature, on ne retrouve en réalité que le squelette de clichés. Il y manque clairement de l’audace et de l’affirmation, et un poil d’originalité. Mais cela viendra peut-être avec le second tome.

En revanche, l’autrice a clairement su faire ressentir le corps de ce village qui, à lui-seul, forme une sorte de huis-clos avec son microcosme particulier. Elle appuie souvent sur ses particularités : la chaleur humaine qui s’en dégage certainement par le sentiment d’appartenance qui est partagé et la bienveillance mais également son revers, par le manque total de vie privée, la conviction de vouloir bien faire en se mêlant de tout et en ayant l’avis sur tout, le renfermement de ces habitants capables d’exclure une personne non désirée et faire ressentir le cloisonnement de leur monde étroit..

Pour cela, elle prend ainsi tout son temps, puisque l’intrigue fait corps à son environnement – une qualité pour ce premier tome, qui se révèle de fait une très bonne introduction à son univers. Mais d’un autre côté, cela se révèle également un défaut car il faut attendre la seconde moitié du roman pour que l’intrigue démarre réellement avec l’enquête tant attendue. Je ne suis pas friande des romans où l’action s’enchaine de façon effrénée au détriment du reste ; il n’empêche que certains lecteur pourront se sentir frustré de l’attente.

Pour résumer, Rendez-vous avec le crime est un premier tome léger, fluide et plaisant, qui reste cependant encore trop superficiel. Les éléments sont en place mais il lui manqué du sel et des épices plus marquées. Le style n’est pas encore très affûté et j’espère que ce sont les premiers tâtonnements liés à une nouvelle série, bien que l’auteure ne soit apparemment pas à son coup d’essai. Le scenario se suit avec plaisir, mais là encore on peut lui reprocher de paraître trop simple. Tout découle de soi et les obstacles sont rapidement franchis, les rendant finalement peu inquiétants. Le lecteur n’est jamais vraiment bousculé ou surpris, même s’il pourra se prêter au jeu de découvrir le fin mot de l’histoire. La relation entre les deux protagonistes est plutôt bien écrite, mais elle est également courue d’avance. Par contre, celle qui lit ces derniers au reste du village paraît plus maitrisée et prometteuse, plus nuancée aussi.

Si vous aimez ce type d’enquêtes, les microcosmes, et que vous recherchez une lecture légère, facile et agréable, et que vous n’avez pas d’appréhension sur son rythme ou sur la part que prend l’enquête dans le roman, en particulier si c’est pour l’emmener égayer vos vacances, alors je vous le recommande. Si vous êtes en revanche à la recherche d’une intrigue complexe, d’un univers sombre ou angoissant, des frissons, au rythme soutenu, ce n’est pas vraiment ce que propose ce livre.

Résumé :
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Billy Bat de Naoki Urasawa

Billy Bat de Naoki URASAWA
Publié par les éditions Pika
Fantastique, thriller
Série en 20 tomes
8€05 le tome
Fantastique, Thriller


LES BONNES SURPRISES


En l’espace d’un mois, j’ai dévoré les vingt tomes de la dernière saga du maître nippon, Naoki Urasawa, qui a été à l’honneur du Festival d’Angoulême cette année. C’est un mangaka talentueux dont je vous ai déjà parlé sur le blog (voir 20th Century Boys et Histoires Courtes) et qui est passé maître dans la mise en scèneBilly Bat le prouve encore une fois.

Il faut cependant admettre que si vous avez déjà lu une des sagas de cet auteur, Billy Bat ne vous surprendra pas outre mesure, même s’il y a des rebondissements à foison et des thèmes passionnants. La recette reste à peu près la même. Billy Bat est simplement une œuvre maitrisée d’un auteur depuis longtemps mature vis-à-vis de son style et de ses forces, dont il sait très bien faire usage. Et de fait cela la rend particulièrement adéquate pour ceux et celles qui voudraient découvrir Naoki Urasawa.

Je dois vous prévenir, c’est une série de longue haleine, avec une intrigue qui se révèle très rapidement plurielle en traversant autant les âges, les siècles, les générations et les continents. Et cet aspect est savamment pensé : c’est une traduction même de l’universalité dont l’œuvre cherche à démontrer en parlant de la bande dessinée, qui devient alors un vecteur unificateur qui traverse autant l’Histoire que les cultures et est vouée à perdurer, quoi qu’il puisse arriver. Depuis toujours, l’Humain a cherché à raconter une histoire, son Histoire, à travers ses dessins – fussent-ils peints sur les murs ou sur du papier.

Ainsi la bande dessinée se veut autant fantastique, intrigante, aventurière, qu’historique et universelle. L’auteur joue d’ailleurs allègrement avec les événements et les grands personnages de l’Histoire pour tisser son intrigue qu’il veut intemporelle. Mais les multiples embranchements, la tentative maladroite de donner scientifiquement du sens à son intrigue, à travers notamment de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, rendent également le scénario alambiqué voir un peu bancal. Défaut de complexité qu’on pouvait déjà lui reprocher dans ses autres sagas.

Ce que je pouvais reprocher à 20th Century Boys est aussi vrai pour Billy Bat : 1) Naoki Urasawa a tendance à répéter des effets de style – par exemple, la révélation à la dernière page d’une scène du visage et donc de l’identité d’un personnage dont on devine qu’il aura un impact sur l’intrigue ; 2) ses personnages qui disparaissent en étant complètement dépassés par les événements pour revenir ensuite en jeu quelques chapitres ou tomes plus tard en donnant l’impression d’avoir d’un coup gagné dix longueurs d’avance autant sur le lecteur que sur tous les autres personnages ; 3) la résolution finale tombe comme un cheveu dans la soupe.

Et c’est cependant dans les dernières scènes que Naoki Urasawa rappelle le message qui lui a inspiré en partie l’histoire, ce qu’il a voulu dire en filagramme. Billy Bat est une ode à la bande dessinée, à la création, et à tout ce qu’elle peut proposer de meilleure qui est indispensable en tout temps. C’est à la fois un soutien au moral important lors de moment difficiles et un rappel des valeurs d’humanité vers lesquels on doit aspirer et partager. Elle transcende toute culture, tout conflit, tout ce qui n’est pas nécessaire à l’être humain pour vivre. Si elle ne peut remplacer la nourriture, elle peut toutefois servir de langage commun : on peut ne pas comprendre les mots, la parole, les dessins, eux, parlent à tous.

Mais si elle est en effet universelle, rendre la culture uniforme serait une grossière erreur. La culture peut également être détournée en devenant un objet de convoitise ou l’instrument de manipulation de masse. A travers l’analogie évidente entre le personnage de Billy Bat et Mickey Mouse, et par extension de tout l’empire expansionniste de Walt Disney, Naoki Urasawa montre l’influence négative que peut également avoir une culture qui ne sert que des intérêts économiques ou de pouvoir. A l’inverse, tous les dessinateurs véridiques de Billy Bat, qui se font éliminer un à un (comme Walt Disney peut avaler des studios par les rachats), sont les garants d’une diversité culturelle et du libre arbitre dont il faut sauver l’existence car ils gardent leur indépendance. Le fait qu’ils dessinent tous le même personnage est révélateur du message : c’est la pluralité des horizons et des visions qui importe, pas seulement le matériel utilisé. D’ailleurs, il n’est question de plagiat qu’à cause de l’intention mauvaise de Chuck.

Malgré ses défauts, sa mise en scène dynamique vous emporte dans ses intrigues. Il s’agit pourtant d’une série de vingt tomes dont chaque volume est dense en contenu – elle n’en reste pas moins un page turner. Enfin, il faut souligner la pluralité de personnages, à l’esthétique très varié, leurs expressions vivantes, leur consistance dans le récit, peu importe le poids qu’ils ont sur son intrigue. C’est d’autant plus vrai quand on a l’occasion de voir les planches originales, beaucoup plus grandes que le format vendu en librairie. Malgré quelques stéréotypes et un poil de manichéisme, j’ai pu noter que ses personnages féminins sont généralement forts de caractère et d’une constitution solide et les méchants de l’histoire bénéficient, pour la plupart, d’un background et de leitmotivs qui donnent corps à leurs intentions.

Billy Bat, c’est aussi une œuvre aux thèmes riches et nombreux qui traverse tout un siècle : ainsi, il est question de la ségrégation et du racisme envers les noirs aux Etats-Unis ; de la guerre froide et de la haine du communisme ; des rancœurs des Japonais suite à leur défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale et à l’ingérence des Etats-Unis dans le pays ensuite ; de la conquête de l’espace et les théories du complot qu’on lui associe ; de la création et la notion de plagiat dans l’héritage artistique et les influences des auteurs ; des préoccupations écologiques plus contemporaines, etc.

Autrement dit : une œuvre complète, passionnante et à découvrir !

Résumé:
 « En 1949, Kevin Yamagata, dessinateur américain né de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, connaît un succès formidable avec sa bande dessinée « Billy Bat » mettant en scène une chauve-souris dans diverses aventures. Lorsqu’il apprend de façon fortuite qu’un personnage identique au sein existe aussi au Japon, il décide de se rendre à Tokyo pour rencontrer le dessinateur à qui il a peut-être inconsciemment volé l’idée durant son service en tant qu’interprète dans l’armée d’occupation du Japon.
Une fois sur place, il est rapidement happé par une spirale d’événements curieux qui ont pour dénominateur commun le motif de la chauve-souris…« 

The Handmaid’s Tale de Margaret ATWOOD

Après avoir entendu tellement d’éloges sur ce roman, après avoir vu la vague déferlante des avis positif sur la série, j’ai finalement sauté le pas et lu La Servante Écarlate. Je ne ferai pas l’affront de dire « et j’ai été déçue » – ce ne serait pas exact car je lui reconnais bon nombre de qualités qu’on lui attribue. Pour autant, je n’ai pas apprécié ma lecture. Comment expliquer le mélange de « j’aime » et « je n’ai pas trop aimé » entre lesquels je me trouve ?

Avant tout, autant le dire : la qualité du livre est son fond. Ce traitement de la violence subite par les femmes, dans une société gouvernée par le fanatisme religieux sous fond de pandémie rendant stérile une bonne partie de la population, est très bien exploité. Sous couvert de les protéger et de garantir la pérennité de l’espèce humaine, toutes ces excuses ne servent en réalité qu’à justifier l’exploitation et l’aliénation une fois de plus imposée aux femmes, véritables boucs émissaires de la société dont même les mieux loties ne sont guère enviables. Le roman est en réalité bien plus atmosphérique qu’autre chose. Avec son découpage, soigneusement ordonné par thématique, il prend le temps de développer chaque aspect glaçant de cet univers confiné et machiste – qui semble hors du temps, à la fois proche et très distant de celui du lecteur. La violence est sourde, latente, pernicieuse, en filagramme, et ainsi très horrifiante. Et donc, très efficace. Lire la suite

A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

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