Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le chœur des femmes
Ecrit par WINCKLER, Martin
Publié par les éditions Folio
9.90€ Broché, 8.99€ Ebook
Contemporain, Médical, Féministe


LES DÉCOUVERTES


C’est après avoir vu la recommandation sur la chaîne d’Opalyne (que je vous recommande chaudement) que j’ai sauté le pas sur ce roman. Il prend place directement à l’hôpital, où nous suivons Jean Atwood, brillante interne, major de promotion, qui se retrouve contrainte d’effectuer un internat dans un service de médecine des femmes, bien loin du prestigieux poste de chirurgie gynécologique qu’elle convoitait. Un roman qui parle ainsi de gynécologie mais en particulier dénonce les nombreux mythes (souvent misogynes) auxquels croient tout aussi bien les patientes que les spécialistes médicaux et qui conduisent bien souvent au rabaissement de la femme et à certaines violences médicales exercées contre elles. Un roman d’apprentissage, de formation, d’enseignement et de partage, intéressant en particulier pour son militantisme pour une médecine féministe.

Par contre, je n’ai pas aimé le style littéraire, le ton et encore moins les personnages. Du coup, ma lecture a été un peu pénible, car hormis ce qui est dit sur la considération de la femme et de son corps d’un point de vue médical, je n’ai pas tant que ça apprécié ma lecture. J’ai trouvé le ton condescendant et paternaliste, voire un peu gnangnan. La psychologie des personnages est assez basique et très squelettique. Globalement, le roman en tant que tel m’a paru très superficiel. L’histoire n’est clairement pas ce qui m’a intéressée dans le récit. Tout semble très artificiel, notamment l’évolution des personnages et de leur relation, et l’introspection assez lourde.

L’intérêt de ce livre réside ailleurs, pour moi, sur son aspect plus médical. Car il dresse un constat assez vrai : les femmes méconnaissent beaucoup leur corps et les possibilités qu’on a de le protéger, par exemple d’un point de vue contraceptif, ce qui les conduit à accepter des violences médicales avec une docilité inquiétante. Le roman remet notamment en question le rapport de force dont jouit et profite les médecins qui oublient parfois d’informer et de laisser aux femmes le droit de choisir leur traitement et leur contraception. Cette ignorance du corps de la femme et son fonctionnement n’est pas non plus le panache des patientes. En réalité, les mythes gynécologiques sont parfois partagés par les médecins comme par les femmes. Mais pour le cas des premiers, c’est un manque de curiosité professionnelle voire du pur sexisme.

Le roman dénonce également les préjugés et stéréotypes générales sur la sexualité de la femme. Il dénonce notamment l’humiliation et la culpabilisation incessante, la sur-responsabilité de la femme vis-à-vis de son corps, de ses désirs sexuels, de la maternité. Il met en lumière différentes formes et de degrés de violences qui peuvent intervenir dans le milieu médical et qui n’est pas si anodin, notamment lors d’une consultation ou d’une opération chirurgicale, parfois imposée, parfois à l’insu de la patiente dans les cas extrêmes.

A travers son roman, Martin Winckler, lui-même médecin, propose une autre vision de la gynécologie qui milite pour une médecine féministe. Et c’est pour ces réflexions, très documentées et pédagogiques, autour de la gynécologie que je vous le recommande fortement, à tous comme à toutes. Le reste n’est qu’un habillage qui, selon les goûts de chacun, pourra séduire ou non.


PETIT APARTÉ : Pour celleux qui seraient intéressé(e)s par le sujet de la gynécologie, je vous recommande d’écouter le très bon épisode de l’émission « Un podcast à soi » par Charlotte Bienaimé qui partage notamment de nombreux témoignages : Le gynécologue et la sorcière sur ARTE.


Résumé : « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Les délices de Tokyo (Sweet Bean Paste) de Durian Sukegawa

Sweet Bean Paste / Les délices de Tokyo

Sweet bean Paste (Les délices de Tokyo)
Écrit par Durian Sukegawa
Publié par les éditions Oneworld en 2017
Version Anglais (Niveau Débutant +)
9.89€ Broché, 5.41€ ebook
Disponible en Français chez les éditions Le livre de poche, 6.90€ Poche, 7.99€ ebook
Contemporain, Drame


LES BONNES SURPRISES!


J’avais raté l’occasion de voir le film à sa sortie dans les salles, malgré la présence de la merveilleuse Kirin Kiki, actrice que j’ai découvert et adoré dans les rôles confiés par Hirokazu Kore-Eda. Un passage en librairie tokyoïte m’a donné l’occasion de me rattraper sur le livre qui en est à l’origine. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

Mais comment vous le décrire ? Il ne s’agit pas exactement d’un livre feel good, bien qu’il en a les ingrédients et que c’est ainsi que je l’ai ressenti – au début. Il faut dire que la rencontre entre Tokue et le jeune gérant du restaurant de Dorayaki, qui ne le tient que pour rembourser ses dettes envers le gérant, va changer la vie de ce dernier en lui donnant du sens. La grand-mère ne va pas qu’enseigner au gérant comment bien faire des dorayakis maisons, mais également comment apprécier pleinement une activité à laquelle il consacre toute son énergie et auquel il finira par prendre goût. Le roman parle en effet de secondes chances et de vivre sa vie pleinement en étant attentif à toutes les opportunités qu’on a de vivre bien et accompli.

Rapidement cependant, le roman dévoile une seconde facette moins légère quand de Sentâro le focus du roman se tourne vers cette grand-mère venue de nulle part. C’est alors qu’on apprend qu’elle a été autrefois atteinte de lèpre et que, bien qu’à présent guérie et sans danger pour les autres, elle continue à subir l’isolement social d’une société encore bercée par de forts préjugés et une vraie méconnaissance de la maladie et de son histoire.

L’auteur, qui a pris le temps d’aller visiter un sanatorium et parler aux victimes de cette maladie, évoque avec beaucoup de délicatesse ce passé méconnu du Japon et celui des lépreux. Quand la maladie était encore peu connue, les personnes atteintes étaient immédiatement isolées de la société dans des hôpitaux qui fonctionnaient à huis-clos, leur famille était contrainte à déménager. A travers les anecdotes et souvenirs de Tokue, l’auteur nous fait découvrir leur fonctionnement et la façon dont étaient traités les malades. Ainsi, on apprend que les sanatoriums disposaient de leurs propres cellules de prison qui signifiaient bien souvent pour les malheureux qui y étaient enfermés qu’ils ne verraient plus la lueur du jour. Il nous apprend également que le Japon n’a pas tout de suite distribué les médicaments qui avaient été trouvé en occident et qu’il a fallu que les malades se rebellent et contestent au risque de leur vie pour y avoir accès.

Tokue est le témoin de ceux qui y sont restés tellement longtemps, qu’une fois la liberté retrouvée, ils n’avaient plus de famille chez qui retourner ou qui les acceptaient. Même s’ils pouvaient sortir de l’hôpital, ils sont restés exclus de toute relation sociale avec l’extérieur qui continuait à les craindre.

C’est un roman qui fait naître beaucoup d’émotions dont une profonde mélancolie. Mais on ressent malgré tout dans le personnage de Tokue un désir à la vie profond qui est le plus touchant. Au fond d’elle, elle est demeurée cette jeune fille qui aspire à la vie et rêve de liberté et de vivre une vie épanouie. La poétique du texte lui prête une voix magnifique qui m’a émue et au souvenir de laquelle je reste encore touchée, quelques semaines après ma lecture.

Je ne peux donc que vous recommander de découvrir Sweet Bean Paste qui est d’une délicatesse appréciable autour d’un sujet aussi fort. J’ai apprécié d’y ressentir surtout une profonde douceur et jamais un apitoiement quelconque. La beauté de ce roman réside, au fond, dans la poésie et la douce légèreté du texte, maintenue malgré le poids de l’histoire et des mots. A lire, assurément.

Résumé : « «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.« 

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

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Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?« 

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman

Merci au #NetgalleyChallenge2018 et à la maison d’édition #RobertLaffont pour m’avoir donné accès à ce livre.

Les detectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
Publié aux éditions Robert Laffont, 2018, collection La Bête Noire
Traduit par Dominique HAAS de l’anglais
Sur le site de l’éditeur
14,90€ Grand Format ou 9,99€ EBook


LES DECOUVERTES!


Bienvenue dans un petit village du Yorkshire où un détective privé autoproclamé et une entrepreneuse, régente d’un site de rencontre, vont être forcés de cohabiter et s’improviser détectives en herbe. Un premier tome écrit dans un style, un ton et un humour typiquement anglais qui a le mérite de rendre la lecture fluide et agréable. Parfaite pour la période estivale qui approche et à emporter durant un voyage. En revanche, je reste malgré tout réservée sur ce premier roman qui, s’il est plaisant à lire, ne restera pas longtemps dans ma mémoire.

Ma réserve vient du fait qu’il n’est clairement pas sans défauts, et le principal vient de ses stéréotypes. Si ceux-ci sont à mon avis en partie recherchés par l’autrice, qui, en les utilisant, souhaite caricaturer ses personnages, par volonté d’humour et de dérision, il faudrait dans ce cas y aller plus franchement et y mettre tout le sel et le piquant nécessaires, pour ne pas tomber dans les simples clichés.

Quelques exemples:
« Un endroit où, au lieu de lui reconnaître le statut d’épouse d’un prof de fac, on ne voyait en elle que la femme qui s’était mariée avec le fils du boucher.« 
« Et de fait, avec son cerveau rempli de codes informatiques, Delilah était la femme qu’on pouvait le moins taxer de romantisme. Cette caractéristique innée résultait du fait qu’elle avait cinq frères plus âgés, un mépris absolu pour le sentimentalisme, et un crochet du droit hérité de son frère aîné, Will, qui avait fait une brève carrière de boxeur.« 
« Aussi capable que son mari de manier le hachoir, et une femme de cette espèce rare qui ne parle pas à tort et à travers.« 

A ces citations, ajoutons le contexte puisqu’ils sont le reflet de la mentalité du village, étroit et renfermé. L’humour montre la volonté de les rendre indirectement ridicules par leurs idées peu modernes, mais le détachement nécessaire est ici malheureusement peu efficace. Là où on devrait goûter à une caricature, on ne retrouve en réalité que le squelette de clichés. Il y manque clairement de l’audace et de l’affirmation, et un poil d’originalité. Mais cela viendra peut-être avec le second tome.

En revanche, l’autrice a clairement su faire ressentir le corps de ce village qui, à lui-seul, forme une sorte de huis-clos avec son microcosme particulier. Elle appuie souvent sur ses particularités : la chaleur humaine qui s’en dégage certainement par le sentiment d’appartenance qui est partagé et la bienveillance mais également son revers, par le manque total de vie privée, la conviction de vouloir bien faire en se mêlant de tout et en ayant l’avis sur tout, le renfermement de ces habitants capables d’exclure une personne non désirée et faire ressentir le cloisonnement de leur monde étroit..

Pour cela, elle prend ainsi tout son temps, puisque l’intrigue fait corps à son environnement – une qualité pour ce premier tome, qui se révèle de fait une très bonne introduction à son univers. Mais d’un autre côté, cela se révèle également un défaut car il faut attendre la seconde moitié du roman pour que l’intrigue démarre réellement avec l’enquête tant attendue. Je ne suis pas friande des romans où l’action s’enchaine de façon effrénée au détriment du reste ; il n’empêche que certains lecteur pourront se sentir frustré de l’attente.

Pour résumer, Rendez-vous avec le crime est un premier tome léger, fluide et plaisant, qui reste cependant encore trop superficiel. Les éléments sont en place mais il lui manqué du sel et des épices plus marquées. Le style n’est pas encore très affûté et j’espère que ce sont les premiers tâtonnements liés à une nouvelle série, bien que l’auteure ne soit apparemment pas à son coup d’essai. Le scenario se suit avec plaisir, mais là encore on peut lui reprocher de paraître trop simple. Tout découle de soi et les obstacles sont rapidement franchis, les rendant finalement peu inquiétants. Le lecteur n’est jamais vraiment bousculé ou surpris, même s’il pourra se prêter au jeu de découvrir le fin mot de l’histoire. La relation entre les deux protagonistes est plutôt bien écrite, mais elle est également courue d’avance. Par contre, celle qui lit ces derniers au reste du village paraît plus maitrisée et prometteuse, plus nuancée aussi.

Si vous aimez ce type d’enquêtes, les microcosmes, et que vous recherchez une lecture légère, facile et agréable, et que vous n’avez pas d’appréhension sur son rythme ou sur la part que prend l’enquête dans le roman, en particulier si c’est pour l’emmener égayer vos vacances, alors je vous le recommande. Si vous êtes en revanche à la recherche d’une intrigue complexe, d’un univers sombre ou angoissant, des frissons, au rythme soutenu, ce n’est pas vraiment ce que propose ce livre.

Résumé :
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Billy Bat de Naoki Urasawa

Billy Bat de Naoki URASAWA
Publié par les éditions Pika
Fantastique, thriller
Série en 20 tomes
8€05 le tome
Fantastique, Thriller


LES BONNES SURPRISES


En l’espace d’un mois, j’ai dévoré les vingt tomes de la dernière saga du maître nippon, Naoki Urasawa, qui a été à l’honneur du Festival d’Angoulême cette année. C’est un mangaka talentueux dont je vous ai déjà parlé sur le blog (voir 20th Century Boys et Histoires Courtes) et qui est passé maître dans la mise en scèneBilly Bat le prouve encore une fois.

Il faut cependant admettre que si vous avez déjà lu une des sagas de cet auteur, Billy Bat ne vous surprendra pas outre mesure, même s’il y a des rebondissements à foison et des thèmes passionnants. La recette reste à peu près la même. Billy Bat est simplement une œuvre maitrisée d’un auteur depuis longtemps mature vis-à-vis de son style et de ses forces, dont il sait très bien faire usage. Et de fait cela la rend particulièrement adéquate pour ceux et celles qui voudraient découvrir Naoki Urasawa.

Je dois vous prévenir, c’est une série de longue haleine, avec une intrigue qui se révèle très rapidement plurielle en traversant autant les âges, les siècles, les générations et les continents. Et cet aspect est savamment pensé : c’est une traduction même de l’universalité dont l’œuvre cherche à démontrer en parlant de la bande dessinée, qui devient alors un vecteur unificateur qui traverse autant l’Histoire que les cultures et est vouée à perdurer, quoi qu’il puisse arriver. Depuis toujours, l’Humain a cherché à raconter une histoire, son Histoire, à travers ses dessins – fussent-ils peints sur les murs ou sur du papier.

Ainsi la bande dessinée se veut autant fantastique, intrigante, aventurière, qu’historique et universelle. L’auteur joue d’ailleurs allègrement avec les événements et les grands personnages de l’Histoire pour tisser son intrigue qu’il veut intemporelle. Mais les multiples embranchements, la tentative maladroite de donner scientifiquement du sens à son intrigue, à travers notamment de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, rendent également le scénario alambiqué voir un peu bancal. Défaut de complexité qu’on pouvait déjà lui reprocher dans ses autres sagas.

Ce que je pouvais reprocher à 20th Century Boys est aussi vrai pour Billy Bat : 1) Naoki Urasawa a tendance à répéter des effets de style – par exemple, la révélation à la dernière page d’une scène du visage et donc de l’identité d’un personnage dont on devine qu’il aura un impact sur l’intrigue ; 2) ses personnages qui disparaissent en étant complètement dépassés par les événements pour revenir ensuite en jeu quelques chapitres ou tomes plus tard en donnant l’impression d’avoir d’un coup gagné dix longueurs d’avance autant sur le lecteur que sur tous les autres personnages ; 3) la résolution finale tombe comme un cheveu dans la soupe.

Et c’est cependant dans les dernières scènes que Naoki Urasawa rappelle le message qui lui a inspiré en partie l’histoire, ce qu’il a voulu dire en filagramme. Billy Bat est une ode à la bande dessinée, à la création, et à tout ce qu’elle peut proposer de meilleure qui est indispensable en tout temps. C’est à la fois un soutien au moral important lors de moment difficiles et un rappel des valeurs d’humanité vers lesquels on doit aspirer et partager. Elle transcende toute culture, tout conflit, tout ce qui n’est pas nécessaire à l’être humain pour vivre. Si elle ne peut remplacer la nourriture, elle peut toutefois servir de langage commun : on peut ne pas comprendre les mots, la parole, les dessins, eux, parlent à tous.

Mais si elle est en effet universelle, rendre la culture uniforme serait une grossière erreur. La culture peut également être détournée en devenant un objet de convoitise ou l’instrument de manipulation de masse. A travers l’analogie évidente entre le personnage de Billy Bat et Mickey Mouse, et par extension de tout l’empire expansionniste de Walt Disney, Naoki Urasawa montre l’influence négative que peut également avoir une culture qui ne sert que des intérêts économiques ou de pouvoir. A l’inverse, tous les dessinateurs véridiques de Billy Bat, qui se font éliminer un à un (comme Walt Disney peut avaler des studios par les rachats), sont les garants d’une diversité culturelle et du libre arbitre dont il faut sauver l’existence car ils gardent leur indépendance. Le fait qu’ils dessinent tous le même personnage est révélateur du message : c’est la pluralité des horizons et des visions qui importe, pas seulement le matériel utilisé. D’ailleurs, il n’est question de plagiat qu’à cause de l’intention mauvaise de Chuck.

Malgré ses défauts, sa mise en scène dynamique vous emporte dans ses intrigues. Il s’agit pourtant d’une série de vingt tomes dont chaque volume est dense en contenu – elle n’en reste pas moins un page turner. Enfin, il faut souligner la pluralité de personnages, à l’esthétique très varié, leurs expressions vivantes, leur consistance dans le récit, peu importe le poids qu’ils ont sur son intrigue. C’est d’autant plus vrai quand on a l’occasion de voir les planches originales, beaucoup plus grandes que le format vendu en librairie. Malgré quelques stéréotypes et un poil de manichéisme, j’ai pu noter que ses personnages féminins sont généralement forts de caractère et d’une constitution solide et les méchants de l’histoire bénéficient, pour la plupart, d’un background et de leitmotivs qui donnent corps à leurs intentions.

Billy Bat, c’est aussi une œuvre aux thèmes riches et nombreux qui traverse tout un siècle : ainsi, il est question de la ségrégation et du racisme envers les noirs aux Etats-Unis ; de la guerre froide et de la haine du communisme ; des rancœurs des Japonais suite à leur défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale et à l’ingérence des Etats-Unis dans le pays ensuite ; de la conquête de l’espace et les théories du complot qu’on lui associe ; de la création et la notion de plagiat dans l’héritage artistique et les influences des auteurs ; des préoccupations écologiques plus contemporaines, etc.

Autrement dit : une œuvre complète, passionnante et à découvrir !

Résumé:
 « En 1949, Kevin Yamagata, dessinateur américain né de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, connaît un succès formidable avec sa bande dessinée « Billy Bat » mettant en scène une chauve-souris dans diverses aventures. Lorsqu’il apprend de façon fortuite qu’un personnage identique au sein existe aussi au Japon, il décide de se rendre à Tokyo pour rencontrer le dessinateur à qui il a peut-être inconsciemment volé l’idée durant son service en tant qu’interprète dans l’armée d’occupation du Japon.
Une fois sur place, il est rapidement happé par une spirale d’événements curieux qui ont pour dénominateur commun le motif de la chauve-souris…« 

The Handmaid’s Tale de Margaret ATWOOD

Après avoir entendu tellement d’éloges sur ce roman, après avoir vu la vague déferlante des avis positif sur la série, j’ai finalement sauté le pas et lu La Servante Écarlate. Je ne ferai pas l’affront de dire « et j’ai été déçue » – ce ne serait pas exact car je lui reconnais bon nombre de qualités qu’on lui attribue. Pour autant, je n’ai pas apprécié ma lecture. Comment expliquer le mélange de « j’aime » et « je n’ai pas trop aimé » entre lesquels je me trouve ?

Avant tout, autant le dire : la qualité du livre est son fond. Ce traitement de la violence subite par les femmes, dans une société gouvernée par le fanatisme religieux sous fond de pandémie rendant stérile une bonne partie de la population, est très bien exploité. Sous couvert de les protéger et de garantir la pérennité de l’espèce humaine, toutes ces excuses ne servent en réalité qu’à justifier l’exploitation et l’aliénation une fois de plus imposée aux femmes, véritables boucs émissaires de la société dont même les mieux loties ne sont guère enviables. Le roman est en réalité bien plus atmosphérique qu’autre chose. Avec son découpage, soigneusement ordonné par thématique, il prend le temps de développer chaque aspect glaçant de cet univers confiné et machiste – qui semble hors du temps, à la fois proche et très distant de celui du lecteur. La violence est sourde, latente, pernicieuse, en filagramme, et ainsi très horrifiante. Et donc, très efficace. Lire la suite

A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

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Vanishing time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM (Festival du Cinéma Coréen à Paris 2017)

Le 12e Festival du Cinéma Coréen de Paris a eu lieu au cinéma Publicis cette semaine, l’occasion d’y découvrir des films qui n’auraient autrement pas eu la chance de sortir dans nos salles – à fort regret, d’ailleurs. Ces dernières années, après le Japon, c’est la Corée du Sud qui apporte un vent de renouveau dans nos salles obscures. Pour le moment, je n’y ai découvert que de très bonnes œuvres, si ce n’est excellentes, au moins ayant un fort potentiel. Et c’est de même lors de ce festival, des deux œuvres que j’ai vu, l’une est excellente (A Taxi Driver de Jong HOON – dont j’espère vous parler prochainement) et l’autre très prometteuse : Vanishing Time : a boy who returned de Tae-Hwa UDeuxième long métrage du réalisateur, c’est une œuvre qui s’est longuement métamorphosée : d’un thriller noir et glaçant, mêlant un brin de fantastique, l’auteur a finalement changé de regard et y a apporté une teinture fort différente : celle d’une fable fantastique sur l’enfance, sur le passage à l’âge adulte, sur l’ouverture et l’innocence du regard d’enfant, plus prompt à accepter de voir au travers du fantastique, une part de réalisme. Un film qui n’est pas sans rappeler les films de notre enfance, à la fois au niveau du style et de l’ambiance, du sentiment qu’il provoque, comme par exemple Les Goonies de Richard Dooner. Mais attention à ne pas oublier qu’il s’agit d’une réalisation coréenne, et que leur cinéma (en tout cas, celui que j’ai vu jusqu’ici) est souvent empreint d’une certaine part d’ombre, qui en fait un film en direction d’adultes, bien qu’à la portée d’enfants.

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La planète des singes de Pierre Boulle

Après avoir vu le dernier film de la trilogie, inspirée du roman dont elle propose un prélude revisité, j’avais très envie de me faire une idée sur l’histoire originale. L’occasion de découvrir une œuvre de science-fiction dont, au final, je n’avais pas vraiment idée du contenu. Quelle surprise d’y découvrir autant de réflexions sur l’humanité, sur l’évolution des espèces, sur les préjugés, sur le dogmatisme, sur la soi-disant suprématie humaine. Quelle mise en abyme géniale de nous-mêmes dans une société qui nous ressemble, mais inversée, où l’Homme est un animal et le singe l’être supérieur, car doté d’une âme identifiable et auto-proclamée. Nul doute que, si les films s’inspirent bien des tenants de cette histoire, elles n’en gardent souvent que l’aspect spectaculaire, pour laisser de côté le sujet même du récit.

Or, c’est une analyse et une critique de notre société, qu’il faut lire – du moins, que j’ai lu. Découpé en plusieurs parties – plusieurs phases – et suivant les pensées d’un journaliste, Terrien, plongé dans un monde qui lui est aussi familier qu’étranger, on se retrouve confronté par les multiples états émotifs et psychologiques, qui l’amènent presque à la folie. On est immergé et il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et un sentiment de malaise aisément compréhensible, mais assez troublant. Le livre est efficace, car au-delà de l’aspect fantastique, la construction de cette société est tellement réaliste, la psychologie des singes si bien développée, les relations si complexes, que tout paraît d’une crédibilité qui en est gênante. Oui, car il faut bien se dire que tout ce qui est décrit n’a pas été inventé.

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Cérès et Vesta de Greg Evans

Cérès et Vesta sont les noms de deux astéroïdes que les êtres humains ont colonisés et qui ont depuis tissé entre eux des liens commerciaux, car chaque astéroïde possède les ressources dont l’autre manque. Le roman nous propose de suivre un moment clé de leur histoire, alors que sur Vesta un apartheid est mené contre les descendants des Sivadiers, une des familles pionnières de l’astéroïde.

Ces derniers sont accusés de ne pas avoir fourni au même titre que les autres familles les efforts nécessaires à la construction de Vesta, sous prétexte qu’ils n’y ont contribué qu’en fournissant un savoir-faire dont ils ont de plus gardé la propriété intellectuelle, et sans jamais mettre la main dans le cambouis. Ils sont depuis publiquement méprisés, injuriés voir même agressés, car la technologie de cet univers permet à chacun d’identifier l’origine de ceux qu’ils croisent. En plus, le gouvernement de Vesta va envenimer la situation en décrétant que dorénavant tous les héritiers de Sivadiers devront payer un impôt supplémentaire. Une partie de ces héritiers cherchera à se révolter tandis que d’autres essaieront de fuir. Le roman nous propose de suivre les deux situations, à la fois sur Vesta et sur Cérès.

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