Chroniques cinéma·Les Coups de Coeur

A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

A Taxi Driver
Réalisé par Jang HOON
2017
Biopic, Historique
Cinéma sud-coréen
Sur Senscritique – 7,8/10
Sur Allocine – 3,4/5


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« En mai 1980, un chauffeur de taxi conduit un journalise allemand à Gwangju, en plein milieu du mouvement pour la démocratisation.« 


Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

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Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Maintenant ou jamais de Joseph O’Connor

Maintenant ou jamais
Ecrit par Joseph O’Connor
Publié par Phébus, 2016
Contemporain, Musique
23€, 384p


LES BONNES SURPRISES


Résumé :
« Robbie et Fran se rencontrent au début des années 80 dans les couloirs d’une université de la périphérie londonienne. De leur amitié naît l’idée d’un groupe que rejoignent rapidement les jumeaux Sean et Trez, The Ships in the Night. Portés par les excentricités de Fran, un tube planétaire et une tournée mythique en 1986, leur trajectoire météorique marquera l’histoire de la musique populaire de la décennie. »

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Décidément, il y a quelque chose dans la plume irlandaise, un je-ne-sais-quoi qui me parle, m’interpelle, m’attire sensiblement. J’ai vraiment aimé me plonger dans ce roman aux faux airs de biopic si bien rodés que j’ai un instant cru que le groupe de musique existait. C’est un roman complet et fort, fort, fort bien écrit. En quelques mots, une très chouette découverte de ce Grand Prix des Lectrices Elle 2017 et de cette année 2016 !

Maintenant ou jamais est écrit à la première personne. Robert, le guitariste, est aux commandes du récit. Comme toute autobiographie, c’est un mélange, entre l’ordre sage des souvenirs et les digressions sempiternelles. Il y a la vivacité de ces souvenirs : de l’enfance, de la famille, de la vie estudiantine, de l’apprentissage, de la colocation, des premiers pas sur scène, dehors à l’improviste ou dans une salle de concert. Et il y a la prise de recul, forcément subjective, autant que l’implication personnelle et les émotions continuent à la nuancer.

L’étonnant réalisme de ce roman vient donc de l’humanité qu’on perçoit de Robert, à travers ses qualités et ses défauts, ses obsessions et ses déceptions, ses liens affectifs et son caractère. Au regard de la quatrième de couverture comme du roman lui-même, on pourrait croire qu’il traite d’une de ces relations obsessionnelles, descendantes, où tout l’univers d’une personne – Robert – n’est tournée que sur une autre, forcément original et exceptionnel, qui seul peut se comprendre – Fran. Pourtant, ce serait à la fois réducteur et erroné. C’est un roman étrangement trompeur de ce point de vue. Car c’est bien de la psychologie de Robert et celle qu’il perçoit et comprend, à travers le prisme de son regard, dont il est question. Les autres n’existent que parce qu’il leur donne forme, et c’est cette existence qu’il rend presque tangible qui nous fait douter de la véracité de ce groupe.

Que ce soit Robert lui-même, Fran, Sean et Trez, même si à une moindre mesure, tous marquent le roman de leurs personnalités – comme certaines rencontres marquent une personne à vie. Maintenant ou jamais, c’est le récit de quatre jeunes qui se donnent entièrement à leur passion commune. Quatre passionnés lancés à l’assaut de la gloire, de la popularité et de la musique, prêt à en découdre de tout, peu importe les obstacles, la précarité, les coups bas, le manque de soutien et les critiques. C’est le revers d’une pugnacité peu commune qui les pousse à vivre leur rêve coûte que coûte.

Maintenant ou jamais, c’est aussi un roman qui restitue les années 80 comme je ne l’ai jamais connue mais comme je peux aisément me l’imaginer. Joseph O’Connor ne s’épargne aucune référence, mais va plus loin encore : c’est l’esprit, la musique, le tempo, la folie, la jeunesse, l’ambiance et plus encore, dont il parfume son roman qui nous fait saliver. J’ai eu envie d’écouter et de lire en même temps, avec cette joie gourmande de découvertes musicales.

Si ça, ce n’est pas un signe que j’ai aimé !


Extraits :

« Il devenait un peu entreprenant. Me lançait ce fameux sourire. Ah, les hommes. Pourquoi le cacher ? Une ou deux fois, nous avons échangé un baiser. Je n’ai aucun regret. Il embrassait de manière sensationnelle. Ses talents étaient nombreux et divers. Mais ces moments, si agréables qu’ils soient, m’ont surtout permis de découvrir que l’amour qui ose dire son nom, et qui en général ne sait pas se taire, était vraiment celui qui me convenait. »

« Mais à l’époque, on voyait les choses différemment, ou du moins on faisait semblant. Croyant dur comme fer au mythe de l’amateur, faux évangile de la musique populaire depuis 1956, Fran et moi on avait tendance à afficher une certaine supériorité (…) envers ceux qui savaient ce qu’était une clé d’ut. C’est comme ça qu’on a réussi à quel point on était cons. L’accord de septième mineure constitue la deuxième espèce de l’accord de quatre notes, de Palestrina jusqu’au dubstep, et cela perdura longtemps après que nous ne serons plus là, parce qu’il en est ainsi depuis des siècles. (…) Vous ne laisseriez pas une chirurgienne qui se targue de ne pas faire la différence entre un scalpel et une hache vous opérer pour vous retirer un rein. Il n’y a que dans le domaine des arts qu’on considère l’ignorance comme une forme de qualification. C’est le plus grand snobisme que j’ai jamais rencontré. »

« J’ai dansé avec Chrissie Hynde des Pretenders, et avec Debbie Harry. Dans des boîtes à New York, San Francisco, Barcelone, Tokyo, je me suis démené des nuits entières avec Trez. Mais si saint Pierre me demandait de dire quelle fut la plus belle danse de ma vie, je répondrais sans hésiter.
Ce fut à l’hôpital St Thomas de Londres. En avril 2012. En chemise de nuit. Dans l’obscurité.»

Chroniques cinéma

Jersey Boys – Clint Eastwood

Affiche_Jersey Boys

Jersey Boys
Réalisé par Clint EASTWOOD
Interprété par John Lloyd YOUNG, Vincent PIAZZA, Erich BERGEN, Michael LOMENDA, Christopher WALKEN (en voir plus)
Biopic, Comédie musicale
2014


« Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale… « 


 Note globale :

6/10


Je viens de quitter la salle obscure, et je ne sais pas quoi en penser.

Voilà ce que j’ai ressenti en sortant du cinéma, et bien que je sois parvenue à me décider sur la note, celle-ci reste quand même floue. Certes, j’ai passé un moment sympathique, mais quand il s’agit de Clint Eastwood, qui a été longtemps mon réalisateur préféré, celui dont j’avalais les films avec passion, « un moment sympathique » équivaut presque à dire que je n’ai pas aimé. Or, ce n’est pas non plus le cas. Alors, que vous dire ? Lire la suite « Jersey Boys – Clint Eastwood »