Chroniques Livres·Les bonnes surprises

En quête de l’Etranger – Alice Kaplan

En quête de l’Etranger (Looking for The Stranger)
Ecrit par Alice Kaplan
Traduit de l’anglais (US) par Patrick Hersant
Publié par les éditions Gallimard, 2016
Essai, Littérature, Biographie
336p, 15,99€ numérique/GF, Broché
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES SURPRISES


4e de couverture :
« La lecture de L’Étranger tient du rite d’initiation. Partout dans le monde, elle accompagne le passage à l’âge adulte et la découverte des grandes questions de la vie. L’histoire de Meursault, cet homme dont le nom même évoque un saut dans la mort, n’est simple qu’en apparence, elle demeure aussi impénétrable aujourd’hui qu’elle l’était en 1942, avec ses images à la fois ordinaires et inoubliables : la vue qui s’offre depuis un balcon par un dimanche d’indolence, les gémissements d’un chien battu, la lumière qui se reflète sur la lame d’un couteau, une vue sur la mer à travers les barreaux d’une prison. Et ces quatre coups de feu tirés en illégitime défense.
Comment un jeune homme, qui n’a pas encore trente ans, a-t-il pu écrire dans un hôtel miteux de Montmartre un chef-d’œuvre qui, des décennies après, continue à captiver des millions de lecteurs?
Alice Kaplan raconte cette histoire d’une réussite inattendue d’un auteur désœuvré, gravement malade, en temps d’occupation ennemie. « J’ai bien vu à la façon dont je l’écrivais qu’il était tout tracé en moi. » Le lecteur repère les premiers signes annonciateurs du roman dans les carnets et la correspondance de Camus, traverse les années de son élaboration progressive, observe d’abord l’écrivain au travail, puis les mots sur la page, accompagne l’auteur mois après mois, comme par-dessus son épaule, pour entendre l’histoire du roman de son point de vue. En quête de L’Étranger n’est pas une interprétation de plus : c’est la vie du roman. »

Ce fut une des plus belles surprises du Grand Prix des Lectrices ELLE 2017. En quête de l’Etranger me serait sans doute passé sous le nez sans ce prix littéraire, du coup je remercie vraiment les équipes du magazine et les lectrices du jury qui l’ont présélectionné pour m’avoir donné l’opportunité de le découvrir. En quête de l’Etranger retrace la vie – de la création à sa publication et ses répercussions jusqu’à aujourd’hui – du chef d’œuvre d’Albert Camus L’Etranger. Alice Kaplan nous propose une approche originale, qui est de s’intéresser, non pas à la biographie de l’auteur, mais à celle de l’œuvre, qui y est bien sûr étroitement attachée.

Le scope de cette biographie est ainsi large, puisque, du processus de création à celui de la publication, il y est aussi question de sa diffusion dans le monde ; de sa réception dans le monde littéraire ou universitaire, en France comme à l’étranger ; des différentes traductions qui en ont été faites (comme par exemple, les deux titres anglo-saxons « The Outsider » et « The Strangers) ; de ses adaptations (par exemple le film réalisé par Luchino Visconti) ; et des influences qu’elle a eues (ainsi la chanson « Killing an arab » chanté par The Cure). Un tour d’horizons pluriel et enrichi d’extraits de correspondances, de critiques, d’articles de presse, etc..

L’approche de cet ouvrage est aisée, avec une familiarité du récit qui le rapproche d’une fiction et le rend très facile à lire. Le style est d’ailleurs plutôt accrocheur. Malgré tout, il y a quelques inégalités dans le traitement de certaines parties, plus superficielles. Notamment durant la Seconde Guerre Mondiale, où un peu de profondeur historique aurait pu être mieux apprécié qu’une description un peu sommaire du régime de Vichy, par exemple. Un contexte de l’édition dans cette époque où la censure et la propagande étaient de mise était un sujet évident, passionnant, mais qui aurait pu être encore plus finement approfondi.

En revanche, d’autres parties sont passionnantes. Par exemple, celles consacrées au travail d’Albert Camus comme journaliste, qui révèlent un peu plus sa personnalité, son humanisme, les sujets qui l’inspirent ou le révoltent, l’actualité dans laquelle il vivait et ses combats. Les échanges également sur son œuvre, lorsqu’il travaille sur L’Etranger, avec ses mentors notamment sont une partie intéressante, notamment parce qu’elles donnent de clés de l’évolution de l’oeuvre, de la façon dont elle a été conçue, des ambitions littéraires d’Albert Camus d’un point de vue du style.

Tout le travail de recherche d’Alice Kaplan et sa passion pour son sujet se ressentent dans l’œuvre et dans son écriture. Nul doute que son implication a fortement contribué au passionnant récit qu’elle nous propose de lire. La façon dont elle parvient à retranscrire à la fois la vie de l’auteur et les différents contextes historiques durant lesquels il a écrit L’Etranger met en exergue les questionnements qui sont posés dans le livre. Le premier, moteur de ce document : à quel moment précis naît une œuvre ? De quoi naît-il ? Mais aussi : comment se construit un chef d’œuvre ? comment est-il reçu en France ? à l’étranger ? Existe-t-il une grille de lecture unique et universelle ?

Puisqu’il s’intéresse avant tout à une œuvre, En quête de l’Etranger reste encore incomplet quant à la production littéraire et (d’avantage encore) philosophique d’Albert Camus, même si quelques pistes sont proposées. On aurait  également voulu que soit encore plus développée l’analyse de l’œuvre en elle-même et dans la bibliographie de l’auteur – et pas seulement sa genèse, sa portée ou les interprétations différentes qui en ont résulté. En quête de l’Etranger reste malgré tout un ouvrage passionnant, écrit avec habileté et fluidité, qui est très bien documenté. Alice Kaplan laisse d’ailleurs une bibliographie enrichie de commentaires et de nombreuses notes de bas de page, qui complète parfaitement son essai. A lire.


Extraits :

« Sa facilité d’écriture est illusoire, car l’attrait de L’Etranger est si puissant qu’il exige une concentration et des efforts constants qui s’avèrent éreintants. Jamais encore, dans sa vie de jeune écrivain, il n’a eu le sentiment qu’un livre était ainsi « tout tracé » en lui. Par rapport à ses autres livres écrits dans les années 1930 – L’Envers et l’Endroit, Noces et La Mort heureuse -, L’Etranger n’est pas un livre que Camus a écrit sur lui-même, mais un livre qu’il a trouvé en lui. Cette idée d’une oeuvre de fiction qui se trouverait à l’intérieur du créateur, attendant d’être découverte, est un élément clé du crédo moderniste en général et de la poétique de Camus en particulier. Proust, si différent de Camus à bien des égards, décrit cette même idée avec une grande clarté dans Le Temps retrouvé, quand il soutient qu’une oeuvre d’art n’est pas une expression de la vie de son auteur, mais quelque chose de plus profond qui attend d’être découvert : « Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. »« 

Extrait d’une correspondance d’Albert Camus à Jean Grenier : « Je n’ai pas tellement de choses pures dans ma vie. Écrire est une de celles-là. Mais en même temps, j’ai assez d’expérience pour comprendre qu’il vaut mieux être un bon bourgeois qu’un mauvais intellectuel ou un médiocre écrivain. » 1938

Bilan·Bilans Mensuels

Bilan culture de Janvier 2017

Bonne année du Coq de Feu ! Je ne sais pas si vous avez jeté un œil sur les horoscopes relatifs à cette nouvelle année du calendrier asiatique, mais il semble que 2017 soit vouée à être de bon augure. C’est en tout cas tous mes vœux que je vous adresse !

Comme annoncé dans un de mes bilans annuels de l’année 2016, j’ai décidé de changer un peu de formule pour le bilan mensuel. L’année dernière, j’ai complètement laissé de côté le cinéma, me concentrant uniquement sur un bilan mensuel littéraire. En 2017, j’aimerais faire revenir un peu plus le 7e art sur le devant du blog.

De fait, je vais reprendre de l’idée de mon « Monthly Best Of Books », sauf que le Top 3 concernera dorénavant les trois découvertes culturelles que j’aurais préférées au cours du mois. Et quand je parle de culture, c’est autant pour évoquer les livres, les bandes dessinées de toutes sortes, les films mais aussi pour y inclure les pièces de théâtre et les expositions – ces deux dernières catégories étant un challenge personnel que je souhaite me fixer en 2017 pour diversifier un peu plus le blog !

Sans plus tarder, attaquons donc le premier bilan culturel de 2017…


The Monthly Best Of Culture
Janvier 2017

Autant dire que cette année commence définitivement bien, mais que, sans surprise, mes coups de cœur sont essentiellement des livres, dont deux sont des essais que je vous recommande vivement.

#1 – Watership Down de Richard Adams
Catégorie : Roman
Qui aurait cru qu’une histoire jeunesse autour de lapins allait autant me plaire ? Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une simple épopée, le roman est un OVNI littéraire inclassable, mais brillantissime, qui m’a clairement donné envie d’explorer un peu plus la bibliographie de cet auteur anglais !
>>> Lire ma chronique

#2 – Une lutte sans trêve d’Angéla Davis
Catégorie : Essai
C’est difficile de résumer ce recueil de discours prononcés par Angéla Davis. C’est le deuxième recueil que je lis de ses interventions, et je suis encore une fois étonnée de toutes les questions qu’elle m’inspire sur notre société. J’aime tout particulièrement ses pistes de réflexion sur le système pénitentiaire, sur son appel à continuer les luttes, pour la liberté et l’égalité, la paix sociale et internationale. Elle montre à travers ces textes l’importance d’envisager l’intersectionnalité de ces dernières. Encore une fois, ce fut passionnant et enrichissant. Je recommande vivement.

#3 – En quête de L’Etranger d’Alice Kaplan
Catégorie : Biographie
S’il s’agit d’une biographie, Alice Kaplan nous propose cette fois de découvrir la biographie du chef d’œuvre d’Albert Camus. On ne découvre ainsi pas seulement la vie de l’auteur, à travers les reflets que l’œuvre projette de lui, mais plutôt comment l’auteur, de par sa vie, ses expériences, ses réflexions, en est venu à écrire L’Etranger. Quelle est le processus de création qui a mené à la publication d’un monument littéraire ? Et une fois le livre terminé, comment a-t-il réussi à passer toutes les épreuves de la censure pour être publiée en pleine Occupation ? Comment a-t-il été reçu non seulement en France, mais également à L’Etranger ? Existe-t-il une grille de lecture unique et universelle d’une œuvre ? C’est un travail passionnant, écrit avec habilité et fluidité, et extrêmement bien documenté.

Les bonnes surprises :

Catégorie films :

  • Tout en haut du monde de Rémi Chayé
  • Premier contact de Denis Villeneuve

Catégorie livres :

  • Tropique de la violence de Nathacha Appanah

Catégorie BD :

  • Le retour de la bondrée d’Aimee De Jongh
  • Shangri-La de Mathiau Bablet >>> Lire ma chronique

Les bonnes découvertes :

Catégorie films :

Les mauvais élèves :

Catégorie théâtre :

  • Vie et mort de H, Pique-assiette et souffre-douleur de Hanokh Levin, mise en scène de Clément Poirée, au Théâtre de la Tempête

Catégorie films :

  • The Survivalist de Stephen Fingleton

Chroniqués ce mois-ci :


Autres articles publiés :

Bilan Films de 2016

Bilan Livres et BD de 2016

 

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

« Françoise » : une biographie de Françoise Giroud par Laure Adler

En préambule…

Et voici l’article inaugural de cette nouvelle rubrique sur le blog : la non fiction. Qu’il s’agisse de biographies, d’essais ou de documentaires, c’est dans cette catégorie qu’entreront tous les livres ou documentaires qui ne seront donc pas une fiction.

Comme c’est le premier article, n’hésitez pas à me faire un feedback  afin que je l’améliore et nourrisse en conséquence les prochains !


françoise giroudFrançoise
Biographie de Françoise Giroud
Ecrite par Laure Adler
Publiée aux éditions Grasset en 2011
22€, 490p

4e de couverture :
« Et si Françoise Giroud était encore plus grande que sa légende ? Plus riche, plus complexe, plus intéressante que l’image d’Epinal de la jeune femme talentueuse qui devint la première journaliste de son temps ?

La trajectoire, on la connaît : engagée par Hélène Lazareff à la création de Elle puis cofondatrice de L’Express, et enfin chroniqueuse au Nouvel Observateur, l’ex script-girl de Jean Renoir avait le sens des phrases assassines : la griffe sous le sourire enjôleur. Compagne et complice de Jean-Jacques Servan-Schreiber, farouche opposante à la guerre d’Algérie, amie fidèle de Mendès France et de Mitterrand, celle qui « inventa » la Nouvelle Vague et roulait en décapotable fut une grande amoureuse, aimant le plaisir autant que le devoir. Femme politique, cette fille d’immigré turcs ne passa jamais son bac, mais devint Secrétaire d’Etat à la condition féminine sous Giscard d’Estaing. Travailleuse acharnée, élégante en diable, éprise de liberté, c’était une visionnaire, qui incarna la naissance de la femme moderne.

Mais on découvre ici que ce tempérament passionné a aussi ses zones d’ombre – expérience de la trahison, coup de folie passionnelle, tentative de suicide, mort d’un fils… Et si une phrase de sa mère, sur son lit de mort, avait déterminé sa trajectoire et son destin ?

A travers le portrait d’une femme d’exception, c ‘est une époque de feu que ressuscite ici Laure Adler : un temps, pas si lointain, où l’on savait encore se battre pour des idéaux. »

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Bilan

Et si on mettait un point sur nos lectures ? #6

point lectureAlors que certains préparent déjà avec enthousiasme leur PAL d’automne, anticipent même Halloween, je suis moins encline à accueillir cette nouvelle saison avec autant de plaisir. Pour moi, cela résonne comme la doctrine des Starks : l’hiver approche.

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