Chroniques cinéma·Les bonnes surprises

Spider-Man: Into the Spider-Verse de Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman

Spider-Man: Into the Spider-verse
Réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Sorti en 2018
Etats-Unis
Film d’animation, action, super-héros 


LES BONNES SURPRISES 


ENCORE UN FILM SUR SPIDER-MAN ! Je l’admets : j’y suis allée avec plein d’appréhension et de préjugés… La trilogie de Sam Raimi, le reboot de Amazing Spider-Man et celui des studios Marvel, Spider-Man: Homecoming. Autant j’apprécie les œuvres mettant en scène des super-héros, autant je pense qu’il devrait y avoir assez de matière pour ne pas sans cesse revenir sur les mêmes. Et plus encore, j’en ai assez de cette nostalgie à outrance qui semble régner dans le 7e art (et pas seulement) et offre des recyclages très rarement réussis. J’ai parfois l’impression que le cinéma occidental ne sait plus quoi inventer et qu’on tourne en rond. Dans le fond, je ne serai pas si opposée au « remake », « reboot », « sequel », « préquel » (et j’en passe) si ceux-ci avaient quelque chose de nouveau, de différent, de surprenant à proposer (et s’ils n’étaient pas si nombreux). Et c’est contre toute attente que Spider-Man: Into the Spider-Verse m’a détrompée.

Résumé :  » Miles Morales est un jeune adolescent noir-porto-américain vivant à Brooklyn qui doit s’intégrer à son nouveau collège en plein de centre de Manhattan. Mais alors qu’il se fait piquer par une araignée, se découvre des pouvoirs font il ne sait pas trop quoi en faire, il se retrouve contre son gré au cœur d’un combat apocalyptique où le Caïd pourrait bien détruire la Terre dans son espoir dans sa tentative ramener sa défunte famille depuis un un univers parallèle, au lieu de quoi c’est toute une ribambelle de Spider-(Wo)Man-s qui débarquent.  » 

Je ne suis pas fan du titre choisi pour la version française, Spider-Man: New Generation. Pourtant, le film parle en effet du passage de flambeaux entre Spider-Man et Miles, de cette transition difficile mais nécessaire entre les générations.

Certaines scènes iconiques des films de Spider-Man, comme la première fois où le héros saute du toit d’un immeuble et se balance d’immeubles en immeubles sont savamment réutilisées dans le film pour démontrer que, non, cela ne va pas de soi. Le jeune Miles va tenter d’imiter son prédécesseur sans jamais réussir à passer le cap de la peur de l’échec, du moins, pas sans conseils de pairs qui lui ressemblent.

Je vois en Spider-Man : Into the Spider-Verse une certaine leçon sur ce que devrait être un remake/reboot/etc. Un film qui se base sur un univers, une histoire, des personnages connus certes, qui partage des éléments communs indéniables, mais qui possède également une identité propre. Respecter le matériau de base va de soi, mais il est d’avantage plus intéressant d’être créatif que de se contenter d’imiter. C’est justement ce que ce film a fait à bien des niveaux.

Disons-le tout de suite : la direction artistique et l’animation sont excellentes et c’est par elles principalement que le film se détache du reste, de par sa créativité inventive qui a su faire mouche. A l’image des dialogues et de l’humour du film, elle se montre parfois méta, en jouant sur un trait très proche du comics, rappelant à son origine, tout en jouant également des techniques de stop-motions, pour rappeler l’effet et la sensation visuelle des cases de bande dessinées. Et puis, ce jeu entre animation et musique offre des scènes comme celle de la course poursuite entre le superviseur et Miles au sein de l’école qui sont vraiment grisantes.

Le film semble lui-même très conscient de ce qu’il propose : une n-ième version d’une même histoire, vue et revue de nombreuses fois ces dix-vingt dernières années. Ainsi, chaque fois qu’un Spider-Man entre en scène, il récite sa présentation usuelle, comme un mantra désabusé, qui sait bien comme cela est désuet mais indispensable pour débuter toute histoire. Les deux versions de Spider-Mans qui apparaissent les plus proches de l’image (notamment visuel) qu’on a construit de ce personnage ne sont pas d’ailleurs en très bonnes formes. Le premier Spider-Man charismatique, héroïque en tout point et irréprochable, meurt au bout de quelques minutes d’apparition. Le second (qui pourrait d’ailleurs être dans la continuité du Spider-Man de Sam Raimi à mes souvenirs) s’est complètement laissé aller, désabusé de sa carrière de super-héros et de ses échecs personnels. Même les versions plus éloignées de Spider-Man, comme la Spider-Woman adolescente, la Spider-Man enfant dessinée comme un manga et accompagné d’un mécha, et le Spider-Cochon plus proche des personnages de cartoon (comme les Looney Tunes) ne suffiront pas à vaincre le Caïd – comme à proposer une approche suffisamment nouvelle pour vaincre la paresse créative.

(Et pour en revenir à mon introduction, j’y vois pour ma part une certaine métaphore de l’industrie du cinéma dans ce qu’elle produit, justement, comme similis. Ce n’est pas nécessaire l’intention du film… ou peut-être si ?) 

Au contraire, Miles Morales apparaît comme un vent nouveau. Certes il a hérité de ses pouvoirs un peu comme ses prédécesseurs, se retrouve contraint d’affronter des ennemis qui menacent le monde, y voit même un certain aspect « cool », comme un adolescent peut s’imaginer développer des pouvoirs pour s’évader de son quotidien. Mais il y a une réelle humanisation de la figure du super-héros car, justement, malgré tout son courage et sa volonté de bien faire pour protéger les siens et ne pas décevoir, Miles en réalité n’accepte pas facilement ce nouveau statut. C’est un adolescent effrayé et reluctant, qui va amener aux scènes d’émotion les plus touchantes du film.

C’est dans le contact entre Miles et Peter Parker que se révèle un message du film : il ne s’agit pas de rejeter les générations précédentes mais d’en tirer le bénéfice de l’expérience pour ne pas répéter les mêmes erreures (voire se répéter tout court), mais de laisser la place aux jeunes générations qui ont de nouvelles choses à proposer. Le personnage de Miles apporte notamment une diversité bienvenue.

Evidemment, le film ne se contente pas de poser simplement ce constat, le scénario se déroule à travers l’initiation du jeune Miles par Peter Parker (le second) et ses pairs, son évolution et apprentissage, qui va l’amener petit à petite à accepter d’embrasser son statut. En cela, il apparaît assez simple et classique mais, comme à la fois les thèmes, les personnages et le rythme sont bien traités – et bien, cela fait très bien son boulot.

Et puis, soyons clair : c’était surtout super fun à regarder. Ce fut donc une agréable surprise en tout point et je suis vraiment ravie de m’être trompée. Oui, il y a encore et toujours de la place pour la nouveauté et l’innovation dans le cinéma de super-héros. Spider-Man: Into the Spider-Verse en est un excellent exemple, dont il serait bon de s’inspirer ! 


Festival·Théâtre

Festival OFF 2018

Comme tous les ans (ou presque), je me suis rendue au Festival de Théâtre qui a lieu dans ma ville natale, en Avignon. Si vous ne le connaissez pas, je vous renvoie à mes précédents billets (de 2017, 2015, 2014 – et d’autres en fin de ce billet). Comme je n’ai pas été réactive, ce billet arrive donc tardivement, quasiment un mois après la fin du Festival. En revanche, les pièces qui y ont été jouées valent quand même la peine qu’on en parle, d’autant que certaines auront – je l’espère – la chance d’être rejouées dans de nouveaux théâtres tout le long de l’année.

Comme je me connais et que j’ai 12 pièces à mon compteur, ce billet risque d’être un peu long. Prenez donc un bon thé et n’hésitez pas à vous rendre sur les sites des compagnies pour les pièces qui vous auront intriguées afin d’en savoir plus.


Les Coups de Coeur

VARHUNG, HEART TO HEART

Compagnie : Tjimur Dance Theatre
Interprète(s) : Ching-Hao YANG, Ljaucu Dapurakac, Tzu-En MENG
Direction générale et artistique : Ljuzem Madiljin
Administration : Shu-Ting CHIU
Administration et coordination des tournées : I-Hsuan LI
Régie générale : Yin-Ping LI
Vue à la Condition des Soies

Je n’ai pas l’habitude de voir des spectacles de danse, généralement je ne sais pas comment les apprécier. En revanche, j’étais très curieuse de voir ce mélange de contemporain et de tradition venue de Taiwan. Le résultat a été bluffant. Je peux littéralement dire que cela a même été sensationnel, tant la pièce a été illuminée par le corps, l’énergie, la respiration, la voix, le son des corps des danseurs. Aucun de nos sens (hormis le goût) n’a été laissé pour compte. 

C’était une expérience unique au monde, renforcée par le lieu ancré d’histoire, d’abord fabrique de soie (après tout, il s’appelle bien Condition des soies) puis du théâtre avignonnais dont il est un des plus vieux représentants. La pierre est épaisse et haute, ancienne, typique de la ville médiévale.

Le show a été intense et communicatif. Les danseurs talentueux nous ont transporté et j’ai adoré tout autant la danse que leurs chants. Vraiment magistral !

Résumé : « Cette année, la compagnie est de retour avec varhung – Heart to Heart, création qui revisite la tradition de musique et danse des Païwans ; ce spectacle en recueille les éléments formels pour les sublimer en un langage corporel contemporain qui, dans l’interaction des chants et de la danse, s’exprime sur scène à travers la riche gestuelle des danseurs. Dans cette œuvre, le chorégraphe Baru Madiljin est parti d’une plante, le gingembre coquille, qui joue un rôle important dans la vie de la tribu, pour élaborer les mouvements articulant la danse. Les gestes précis et délicats accomplis – gestes de cueillette, de séchage, et d’épluchage par strates – sont devenus les éléments constituants des mouvements de danse de ce spectacle. C’est d’une seule traite, sans la moindre pause, que les danseurs accomplissent l’intégralité de cette performance chorégraphique. De temps à autre surgissent les rythmes de la danse des 4 pas, une danse de fête des aborigènes Païwan, accompagnés de psalmodies puissamment scandées. Baru Madiljin utilise le chant, la danse et les paroles des performeurs comme une maïeutique amenant la mise à nu des lourds secrets qui pèsent sur leurs cœurs. Ce faisant, il souhaite que ce soit aussi pour le public une catharsis, l’occasion d’extérioriser les frustrations sédimentées au plus profond du cœur et, partant, de s’en libérer. L’intériorité sauvage qui s’exprime dans l’attitude farouche et déterminée des performeurs fait de ce spectacle une expérience intense, grandiose et bouleversante. Que ce soit dans le martèlement des pas, dans les mouvements ou dans l’intensité des chants, la tension dramatique se manifeste avec la force d’un choc émotionnel. »

Les bonnes surprises

LE CERCLE DE CRAIE

après un poème chinois de Li Xuingdao et la pièce adaptée de Kablund
Interprètes: Sarah Brannens, Geoffrey Rouge-Carrassat, Eva Rami, Manuel Le Velly, Yuriy Zavalnyouk
Compagnie : L’Eternel Eté
Plus d’informations : http://www.cie-eternelete.com/creations/le-cercle-de-craie/
Vue à La Factory (Théâtre de L’Oulle)

Je ne pouvais rater la nouvelle création de la compagnie L’Eternel Eté (dont j’avais adoré leur version de Le Petit Poucet écrit par Gérard Gélas, puis la pièce La Vraie Fiancée et Les Fourberies de Scapin, adaptée de la pièce de Molière). Sans surprise, c’est une nouvelle réussite, adaptée d’un poème chinois du XIVe siècle. Un genre différent des précédentes pièces mais qui a su tirer de leurs qualités : la scénographie, la chorégraphie, la musique, le texte porté par des acteurs talentueux…

C’est un plaisir de les voir interpréter un texte qui s’adresse à un public plus mature. Les acteurs sont débordants d’énergie et leur créativité est un régal. Tout est pensé pour entraîner le spectateur dans l’univers et l’envoûter. Cette recherche de fluidité à tout instant dans les scènes et dans la transition des décors, avec la chorégraphie soigneusement orchestrée : tout semble opérer comme un charme. On se prête à la métamorphose de la scène et des acteurs qui, comme souvent dans leurs pièces, peuvent être amenés à interpréter des personnages différents. Leur talent est justement qu’on y croit. Ils touchent nos sensibilités et créé un lien affectif qui nous rendent encore plus captifs et inquiets pour ceux qui évoluent sur scène.

Je suis donc toujours aussi charmée !

Résumé : « Vendue comme entraineuse dans une maison de thé, la jeune Haïtang est ensuite mariée de force et dépossédée de son enfant. Amour contrarié, jalousie, vengeance et corruption jalonnent le destin exceptionnel de cette jeune femme. Cette histoire de justice et de sagesse, où le tragique se frotte au burlesque, fait partie des plus anciens contes de l’humanité et a traversé les siècles et les cultures. »

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE

La véritable histoire du cheval de Troie
de la compagnie Brozzoni
d’après Virgile
Metteur en scène : Claude Brozzoni
Interprète(s) : Guillaume Edé, Claude Gomez
Diffusion : Virginie Bellaïche
Co-directrice : Dominique Vallon-Brozzoni
Plus d’informations : http://www.cie-brozzoni.com/La-veritable-histoire-du-cheval-de-82
Vue à La Manufacture

Un duo sur une scène très minimaliste autant que la mise en scène. L’un joue de la musique, l’autre conte et chante la véritable histoire du cheval de Troie, vécue par un Troyen, d’après le texte de Virgile. Je ne connaissais pas ce texte, mais j’ai adoré son interprétation. Une grande partie de la pièce passe à travers l’ouïe : l’émotion circule dans la voix mélodieuse du narrateur. La musique enchante la scène, lui donne sa forme, ses couleurs, sa taille – celle de la cité de Troie. La poétique du texte se charge du reste.

J’aime cette forme de simplicité qui met en valeur le texte. J’aime la voix du chanteur et ses chansons qui, même sans comprendre leurs paroles, véhiculent énormément de choses du récit. Plus que tout, elles nous touchent. Ma fibre sensible a, en tout cas, été chatoyé tout le long de la pièce. C’est gourmand et généreux à souhait.

Résumé : « La véritable histoire du cheval de Troie n’a-t-elle pas commencé quand la guerre a pris fin ? Une cité détruite, ses habitants massacrés et l’exode. Un exilé justement raconte. Il sait de quoi il parle : lui et son peuple attendent un accueil qui ne vient pas. Sa voix grave et éternelle enflamme le récit de Virgile. Dans ses chants, l’espoir renaît malgré la douleur et l’errance. Le comédien et chanteur, Guillaume Edé, et Claude Gomez, l’accordéoniste mêlent leur souffle à la poésie du texte. Sur la scène se joue l’histoire intime des tragédies épiques. Une histoire forte, contrastée, toujours saisissante. « 

HOICHI LE SANS OREILLE

Création du Théâtre Ronin
Metteur en scène :
Alex TAM
Interprète(s) : Chun-him WU, Lo-yin CHIU
Plus d’informations: https://www.theatreronin.com.hk/latest-news-cx2d
vue au théâtre LAURETTE

Encore une belle découverte, cette fois création d’une compagnie Hong-Kongaise. Elle interprète un conte horrifique japonais en mêlant l’art du conteur et de la forme physique (Nan-Kouan) à l’art de l’espace. Véritable dépaysement artistique, qui la rend peut-être difficile à comprendre pour des néophytes. Je n’ai peut-être pas moi-même saisi toutes les subtilités de la pièce, mais j’ai globalement apprécié le rafraichissement de l’interprétation.

En réalité, c’est une interprétation exigeante qui demande au spectateur une lecture attentive de la pièce, de toute façon indispensable du fait du surtitrage et au sous-texte que l’interprétation apporte qui la rend subtile et complexe à la fois. En revanche, c’est également une pièce d’ambiance, l’atmosphère rendue par la sonorité des instruments, des voix, des mouvements, ne serait-ce que le glissement furtif des pieds sur le sol, tout participe à immerger le spectateur dans ce conte.

Résumé : Adaptée de Hoichi, la légende des samouraïs disparus écrit par Lafcadio Hearn, relatant l’aventure d’Hoichi une musicienne aveugle séjournant dans un monastère. Une nuit, alors que l’abbé est de sortie, un samouraï vient l’inviter à donner un récital pour son maître.  Or, l’abbé voyant ces sorties avec scepticisme va envoyer un moine la suivre. Il découvre alors un terrible secret…

Les Découvertes

UN JOUR J’AI RÊVÉ D’ÊTRE TOI

Metteuse en scène : Anais Muller
Metteur en scène : Bertrand Poncet
Interprète(s) : Anais Muller, Bertrand Poncet
Soutien : Pier Lamandé
Plus d’informations : http://shindoprod.com/les-productions/les-traites-de-la-perdition/un-jour-jai-reve-detre-toi/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Je pourrais vous laisser seulement le résumé comme commentaire de cette pièce car il vous en parle bien mieux que je ne pourrais le faire. Laissez-moi seulement vous préciser que j’ai apprécié l’expérience et que je l’ai trouvé surprenante, farfelue, décousue, mais également très intelligente et intéressante.

Je la rapproche à du théâtre de l’absurde. Elle est rondement bien menée. Le 4e mur est massacré à la pelle et le spectateur complètement mis en déroute. Très vite, on se pose de multiples questions : à quoi assise-t-on ? Et qu’est-ce qu’on fout là ? Est-ce que c’est encore une pièce de théâtre ? Sont-ils en train de jouer une comédie ? Et si oui, à quoi jouent-ils ?

Car les acteurs s’amusent. Et franchement, on s’amuse autant qu’eux. On ne veut pas partir. Ils nous rendent actifs, captifs, attentifs. Le sous-texte est excellent. Mais je vous laisse pour le découvrir, le résumé.

Résumé : Pour contrer la solitude et l’ennui Bert et Ange jouent la comédie, s’amusent, se font répéter et se mettent en scène. Bert est un homme qui voudrait être une femme, Ange est une actrice en mal de reconnaissance. Sur un ton léger, un rythme enlevé, on comprend que, petit à petit leurs rêves se sont fanés, les illusions envolées, mais que seul reste intacte la nécessité de jouer et de s’aimer.
Parce que tout est vain et que la vie c’est la vie, nous nous sommes mis à faire pour faire, non par nécessité, non par cupidité, non par orgueil (enfin si peut-être un peu) mais juste parce que finalement il n’y avait que cela à faire. Anaïs a une pelle et Bertrand un marteau-piqueur. Nous creusons des trous ; nous creusons des trous sans savoir pourquoi. Qu’y a-t-il dans un trou ? Pourquoi rêver toujours d’être un autre quand on peine déjà à savoir qui on est ? Réflexion faite, l’idée nous est apparue que nos choix et nos désirs ne nous appartenaient pas et que donc l’homme, être de fiction et de culture, semblait être, malheureusement ou heureusement pour lui, naturellement et facilement manipulable. Sous forme de traités, qu’on appellera « Les traités de la Perdition », les spectateurs assidus pourront suivre Ange et Bert évoluant dans leurs fantasmes pour mettre en exergue la mort d’un monde qui se décompose de l’intérieur.

LA GLOIRE ET LA CENDRE

Création de la compagnie Jacques Auxenel-Annie Chaplin Théâtre Lesilo
Metteur en scène : Jacques Auxenel
Interprète(s) : Bertrand Saint, Bruno Biezunski
Chargée de diffusion : Catherine Lafont
Vue au Théâtre des Corps Saints

J’ai toujours aimé les pièces historiques. Celle-ci se déroule pendant une nuit durant la Seconde Guerre Mondiale. Une alerte aérienne retentit, coinçant un historien allemand et un gardien de lycée français et résistant dans un huis clos – autre aspect positif de la pièce. Les deux hommes vont être ainsi obligés de se côtoyer et de se divertir. L’historien, fasciné par l’Histoire de Napoléon, et notamment l’expédition qui a été menée pour ramener sa dépouille en France, va ainsi nous faire partager, à travers son récit passionné, cette part de l’Histoire, que, personnellement, j’ignorais. Je ne savais pas non plus que durant la Seconde Guerre Mondiale le corps du fils de Napoléon avait également été ramené par les Allemands en France, manœuvre de propagande.

La pièce se révèle plutôt classique et sans surprise. On passe en revanche un bon moment à côtoyer ces deux êtres, à s’interroger sur leur passé, leur motif. C’est une pièce également pédagogique qui met en avance des faits peu connus de l’Histoire, dont celui cité au-dessus. Et c’est une oeuvre touchante qui, tout en relatant un moment anecdotique de la vie de deux hommes, parle aussi de l’humanité et des rapports humains en tant de guerre.

Résumé : « 15 décembre 1840, 15 décembre 1940 : le jour et la nuit…!
15 déc.1940, sous l’occupation allemande, une alerte aérienne confine un historien et un concierge dans la cave de leur lycée. À la radio ils entendent qu’Hitler rapatrie en France la dépouille de l’Aiglon, fils de Napoléon. Outré par cette manœuvre collaborationniste, d’ailleurs totalement méprisée par les parisiens, l’historien raconte ce que fut, à contrario, l’extraordinaire expédition du retour des cendres de l’Empereur et le fantastique accueil que le peuple français lui fit à son arrivée cent ans plus tôt, le 15 déc.1840. Si ce récit patriotique et le huis-clos contraint rapprochent ces deux hommes, leurs rapports sont ambiguës, parfois conflictuels, chacun étant porteur d’un dangereux secret, l’un sur son activité, l’autre sur son identité, créant au long de la pièce un suspens qui entraîne autant le public profane en histoire, que celui plus érudit, dans ce double voyage à la fois temporel et géographique. »

LE MAGASIN DES SUICIDES

Création de la compagnie Nandi
d’après le roman de Jean Teulé
Adaptation et Mise en scène : 
Franck Regnier
Scénographie : Leslie Calatraba
Chorégraphie : Cie Mouvementé
Création Costumes : Lisa Desbois
Interprète(s) : Cédric Saulnier, Elise Dano, Benoit Gruel, Arnaud Gagnoud, Julie Budria, Pierre-Hugo Proriol, Anthony Candellier
Plus d’informations : http://www.compagnie-nandi.fr/index.php/home/
Vue au Théâtre Notre Dame

J’avais envie d’une pause de légèreté, aussi j’ai voulu tenté l’adaptation du roman de Jean Teuilé, dont le postulat même est comique : la famille Tuvache fait fortune en garantissant à leurs clients un suicide réussi 100% garanti. Seulement, le dernier né est une malédiction pour la famille qui porte le deuil comme un gant : il a la joie de vivre !

Nul doute que vous passerez un moment drôle, divertissant, aéré en allant la voir. J’ai même été étonnée de ne pas y voir plus d’enfants, car la pièce est vraiment idéale pour tous les âges. Le décor et les costumes, la scénographie générale est topissime. Les acteurs sont plutôt bons, avec un clin d’oeil spécial pour le grand-frère, joué par Pierre Hugo Proriol, qui nous a vraiment fait rire tout le long de la pièce.

Par contre, la pièce malheureusement souffre des défauts du livre : l’idée est très drôle mais certains personnages manquent un peu de nuance. Ils sont beaucoup trop tirés sur un seul aspect de personnalité et sont à la longue lassants. Cela reste malgré tout bon enfant et donne le sourire aux lèvres.

Résumé : Chez les Tuvache, on garantit les suicides «Mort ou Remboursé !» depuis de nombreuses générations.
Mais ça, c’était avant l’arrivée d’Alan, le petit dernier. Tout petit déjà, il commence à sourire. Alors qu’autour de lui le monde n’est que tristesse et désolation, lui ne voit que beauté et poésie. Et redonner le goût de vivre aux clients du magasin des suicides, ce n’est pas bon pour le commerce des parents Tuvache. Désespérés, ils vont tout tenter pour remettre leur fils dans le droit chemin du désespoir.

Les mitigés

FAUST

d’après l’oeuvre de Goethe
Création du Collectif 8
Metteuse en scène : Gaële Boghossian
Interprète(s) : Clément Althaus, Paulo Correia, Fabien Grenon, Mélissa Prat
Video : Paulo Correia
Musique : Clément Althaus
Lumières : Samuèle Dumas
Machiniste : Benjamin Migneco
Diffusion : Vanessa Anheim
Chargé de production : Mathieu Gerin
Stagiaire : Nikita Cornuault, Kelly Rolfo
Plus d’informations : https://www.collectif8.com/
Vue au 11 Gilgamesh Belleville

J’ai beaucoup de peine à placer cette pièce dans cette catégorie, car je suis admiratrice des productions du Collectif 8 et du travail de Gaëlle Boghossian en tant qu’actrice comme metteuse en scène (j’avais adoré Alice, La Religieuse, Marginalia). J’aurais aimé que c’en soit de même avec Faust.

Malheureusement, c’est une déception cette année. Il y a beaucoup de répétitions vis-à-vis de leurs précédentes créations, dans la scénographie, la mise en scène, le style général de la pièce. Mais attention : ceux qui ne connaissent pas les créations du collectif seraient certainement bluffés par le travail et la créativité ! Simplement, je n’ai plus ressenti le plaisir de la surprise, de la nouveauté et de l’originalité – tout me donnait un goût de déjà vu, du coup.

En plus, il y a aspect un peu « kitsch » dans l’interprétation de la pièce de Goethe. L’utilisation de la guitare, notamment, même si la bande originale est assez cool en soi, associée à la pièce, cela a renforcé la lourdeur générale. Même chose pour l’utilisation de la vidéo sur la toile qui nous séparaient de la pièce et l’interprétation des acteurs. Cela manquait de finesse, d’aération, de nuances.

Cela ne reste que mon avis personnel, après avoir déjà vu quelques pièces (et deux chefs d’œuvres). J’avais une attente particulière vis-à-vis de ce spectacle, malheureusement cela m’a déçu. Pour autant, j’irai voir leur prochaine création avec grand plaisir quand même.

Résumé : « Heinrich Faust, éminent scientifique et professeur, dresse un bilan amer de sa vie : comme scientifique, il n’a pas réussi à accéder au savoir absolu et comme individu, vieillissant, il n’a pas jouit de la vie et de ses plaisirs.  Désespéré, il promet de donner son âme au diable si celui-ci parvient à le délivrer de son insatisfaction et de son ennui. Méphisto l’entraine dans un extraordinaire voyage dans lequel il découvrira le désir et le pouvoir… »

LE DERNIER HOMME

Metteur en scène : Julien Gelas
Interprète(s) : Paul Camus
Plus d’informations: https://www.chenenoir.fr/event/le-dernier-homme-spectacle-festival-2018/
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’avais déjà vu la pièce La Fuite, que Julien Gélas avait traduit du chinois, écrit par Gao Xingjian en 2014, découverte très intéressante. J’étais curieuse de voir une pièce qu’il aurait écrit et mis en scène lui-même. De plus, il s’agissait d’un seul en scène qui mettait en scène le dernier homme, dans un univers d’anticipation post-apocalyptique. Je n’ai pas souvent l’occasion de voir de la science-fiction au théâtre, c’était donc l’occasion !

Et il y a du potentiel dans le texte de Julien Gélas. De ses thèmes, de la douce et lente agonie de son narrateur, qui se languit et tente un ultime espoir pour rompre sa malédiction d’être immortel dans un monde désert et saccagé, des réflexions induites, de l’ultime étincelle de la scène finale – il a en effet de belles promesses. Cependant, je n’ai pas réussi à m’immerger dans ce texte et dans le jeu de l’acteur, dans le minimalisme de la mise en scène poussé à l’extrême, dans la stoïcité du narrateur qui s’alourdit d’une tonalité trop monotone. Dans cette sobriété, il y manque encore de la nuance et un peu de finesse. Malgré quelques moments où la force du texte, la voix du narrateur, l’intensité de son regard et l’atmosphère prennent corps et âme dans une atmosphère qui devient tangible, cela reste globalement une petite déception.

Résumé : « Que ferions-nous si nous étions le dernier homme ou la dernière femme sur terre ? Que serions-nous surtout ?21 novembre 2084, côte ouest des Etats-Unis… Il vient d’inventer une machine capable de connecter la matière et la pensée. Une invention de celles qui transforment le cours de l’humanité. Mais sa vie bascule lorsque le Pouvoir tente de la récupérer… Sa femme est enlevée, Il est séquestré… et frappé d’une paradoxale malédiction : le voilà désespérément immortel, dans un monde en proie à un conflit planétaire qui viendra à bout de l’humanité entière…Le dernier homme sur terre nous livre son destin incroyable, s’accrochant à l’espoir d’être ainsi délivré de ses chaînes et de rejoindre paisiblement ses semblables… »

JUSTE LA FIN DU MONDE

Création de la compagnie Ledn-L’équipe de nuit
Adapté du texte de Jean-Luc Lagarce
Metteur en scène: Jean-Charles Mouveaux
Interprètes: Vanessa Cailhom, Jil Caplan, Esther Ebbo, Chantal Trichet, Philippe Calvario, Jean-Charles Mouveaux
Vue au Théâtre des Templiers, Petit Louvre

Si ce n’est le texte, je n’ai pas vraiment aimé la pièce. Ni son décors, structure noire composée de tables adossées, empilées, retournées, ni l’interprétation des acteurs et la mise en scène. Je suis, pour ainsi dire, passée complètement à côté de cette pièce.

En fait, je me suis vraiment ennuyée de bout en bout. La sobriété est poussée au paroxysme, dans un ton monotone, lourd, et sans nuances. Certains acteurs étaient vraiment mauvais, comme s’ils venaient d’apprendre le texte et ne savaient pas comment le jouer.

Je suis quand même ravie d’avoir découvert le texte de Jean-Luc Lagarce. La parole y est maitresse et je comprends, en un sens, la volonté de ne pas détourner l’attention du spectateur dans une mise en scène. C’est une tragédie familiale, où Louis, de retour après plusieurs années d’absence et de quasi-silence, doit annoncer à sa famille qu’il va mourir. Son retour brisera pendant son court séjour ce silence et libèrera la parole. Et en même temps, cet assemblage de monologues, à l’exception de quelques scènes particulières, montre à quel point l’échange fait cruellement défaut et les rend presque étrangers. Louis repartira sans rien dire de son état de santé. Du coup, j’aimerais mieux lire le livre et entendre sa musicalité et sa force, que je n’ai pas perçu dans son adaptation, malheureusement.

Résumé: « Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers d’éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. »

FUCKING HAPPY END

JJ’aiCréation de la compagnie Reina Loca
Metteur en scène : Jan Oliver Schroeder
Metteuse en scène : Sarah Fuentes
Interprète(s) : Ludovic Chasseuil, Sarah Fuentes, Maud Imbert, Jan Oliver Schroeder
Diffusion : Adeline Bodin
Régisseur : Loïs Guidotti
Plus d’informations: https://www.reinaloca.com/fucking-happy-end/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Alors, je dois avouer qu’un mois après l’avoir vue, j’ai déjà oublié en grande partie la pièce. Je n’en ai que peu à en dire finalement.

Je me souviens qu’elle était par moment drôle avec quelques bonnes idées, notamment au niveau des costumes. Mais elle était aussi un peu too much, lourdingue, pas très fine dans l’humour.

La réécriture de Peau d’Âne n’est finalement pas aussi originale, malgré quelques renversements. On reste plutôt ancré sur le conte, il me semble, et la prise de risque reste plutôt sage.

J’aurais peut-être aimé y voir un peu plus de cynisme et de critique.

Résumé : « Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Blanche Neige attend le prince charmant alors qu’elle a sept nains sous la main ? Pourquoi faut-il bécoter une armée de batraciens avant de trouver chaussure à son pied ? Ou pourquoi cherche-t-on absolument à vous caser alors que le mariage vous donne envie de vous pendre avec la crinière de Raiponce ? Bref, vous en avez marre des « Happy ends » formatés, tant mieux. Nous aussi ! « FUCKING HAPPY END » est une tragi-comédie qui pulvérise les idées reçues sur le couple, la famille, la quête du bonheur et tous les autres clichés dans lesquels la société veut nous claquemurer… Sous les feux de la rampe d’un étrange cabaret, un cortège de personnages, évadés de l’univers des contes, va vous dévoiler sa vision complètement loufoque et déjantée de « Peau d’Ane » !

LODKA

Création de la compagnie russe Quartier Libre
Metteur en scène : Sergey BYZGU
Interprète(s) : Olga ELISEEVA, Alexander GUSAROV, Marina MAKHAEVA, Yulia SERGEEVA, Natalia PARASHKINA
Plus d’informations: http://showlodka.com/fr
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’étais allée voir il y a quelques années leur spectacle « La famille Semianyki« , qui m’avait autant surprise que fait rire aux éclats. J’avais gardé un très bon souvenir de ce moment, surtout que je ne suis pas habituellement adepte de mimes. J’étais donc curieuse de les retrouver dans un nouveau spectacle.

Malheureusement, je n’ai pas été aussi comblée que la première fois. Il y a des moments très drôles et c’est plutôt bon enfant dans l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé des longueurs dans le spectacle et de la répétition dans les gags.

Certains personnages étaient peut-être un peu trop poussés à l’extrême dans leur running gag, qui rendait l’ensemble un peu inégal et parfois lourd. Mais j’ai aimé le thème général du spectacle, l’autodérision dans l’imbrication du théâtre dans le théâtre. La compagnie monte en effet un spectacle qui tourne au désastre et échappe à leur contrôle. Situation assez cocasse qui entraînera plusieurs fous rires, même si ça n’a pas toujours fait mouche avec moi.

Résumé : « LoDka – en Russe « petit bateau » – embarque le spectateur dans le tumulte du quotidien d’un petit théâtre.Un kaléidoscope de personnages drôles et touchants dans des situations rocambolesques inspirées par un long vécu de comédiens de théâtre. Sans un seul mot et en même temps, avec une justesse poignante et un humour incisif, ces artistes nous communiquent leurs rêves, leurs chagrins, leurs espoirs et leur humanité. »


Et voilà, c’en est terminé de ce (long) bilan du Festival Off 2018. C’est un plaisir, comme à chaque fois, d’y séjourner. Avignon est une très belle ville provençale et médiévale qui se colore durant tout le mois de Juillet, attirant la culture du monde entier dans ses murs. C’est toujours un privilège de pouvoir m’y rendre chaque été et je savoure toujours ces instants qui ne seraient rien sans toutes ces compagnies, ces metteurs en scène, ces acteurs, ces scénographes et toutes leurs équipes de talents.

J’ai déjà hâte d’y revenir l’été prochain.


EN DÉCOUVRIR PLUS :

Quelques articles des années précédentes :

Chroniques des pièces vues durant le Festival (2014, 2015, 2016) :


Bilan·Bilans Mensuels

Monthly Best Of Culture – Septembre & Octobre 2017

Cette année, comme tous les jeunes, mon Septembre a été le mois de la rentrée et du changement – changement de boulot et changement d’appartement. Ce qui implique forcément d’être beaucoup moins disponible. Aussi, à moins de faire un TOP 3 avec trois œuvres, il ne me restait plus qu’à patienter Octobre et espérer avoir un meilleur bilan – et que mes vœux soient exaucés !


The Monthly Best Of Culture

– Top 3 ! –

#1 – A Taxi Driver de Jang HOON

>>> Lire ma chronique

Comme je viens tout juste d’en publier une chronique, je vous laisse donc plutôt aller la lire en cliquant ici.
Mais c’est un très bon biopic, un excellent film historique, et un très touchant hommage au chauffeur de taxi qui conduisit un reporter journaliste venu à Gwangju filmer la violente répression militaire envers la population alors que celle-ci luttait pour la démocratie du pays. C’est un film grand public d’une très belle facture, avec un excellent acteur central, des personnages très bien construits, et une mise en scène efficace.
Un énorme succès à la Corée du Sud qui mériterait le même accueil ici !

#2 – Le Cycle des Robots #1 Les Robots et #2 Un défilé de robots d’Isaac ASIMOV

Est-il encore nécessaire de le présenter ?
Ce cycle qui a donné naissance aux Trois Lois de la Robotique, de très nombreuses fois reprises dans les œuvres SF au fil des décennies et encore aujourd’hui et qui est également très souvent citée dans les milieux scientifiques. Isaac ASIMOV se désolait dans un préambule de devenir peut-être le scientifique reconnu pour avoir créé une science fictive, il se révèle en réalité son fondateur. Est-il de fait nécessaire pour vous donner plus envie de le lire ?
Soit : d’une part, c’est très bien écrit. Réputé vulgarisateur, il est aussi bon écrivain, avec un ton décalé à souhait, qui rend la lecture fluide, plaisante, amusante parfois, mais tout en y mêlant un fond à la fois scientifique mais aussi humain, car il traite autant de problèmes mathématiques que de sujets de société. Il parle ainsi de religion, de tolérance, de conscience (humaine et / ou individuelle), de technologie, d’intelligence humaine, d’intelligence artificielle, de la complémentarité ou opposition des deux, de moralité, d’émancipation, de ce qu’être humain veut dire, de l’âme… C’est passionnant, instructif, divertissant, pertinent.
Alors, convaincus ?

#3 – Blade Runner de Scott RIDLEY

Encore et toujours de la SF. Oui – je plaide coupable !
C’est bien un genre qui m’intéresse de plus en plus, car il est très vaste, non seulement en termes de styles, mais aussi de sujets. Il peut être complètement fantasque, à la limite du fantastique ; il peut être divertissant, un page turner, une machine à imagination ; mais il peut aussi être contemplatif et intimiste. Et c’est le cas d’une œuvre comme Blade Runner, du moins l’interprétation qu’en a fait le réalisateur, car je n’ai pas encore lu l’œuvre originale de Philip K. Dick (un jour prochain, sans doute).
Avant tout, c’est un film qui est visuellement fascinant. Sa direction artistique est assez dingue, tellement soignée que malgré les années, il ne semble n’avoir que peu vieilli. Les effets spéciaux ne sont pas aussi dingues en soi que les images d’aujourd’hui, mais ils ont du cachet dans l’univers visuel dans lequel ils s’inscrivent. Ce qui est efficace, c’est le tout que le film compose. Et pour le cas, c’est un film où le fond, le scénario, la musique et l’image sont une unité qui le rendent ainsi particulier et savoureux.

Aussi découverts ce mois-ci :

Les bonnes surprises :

  • La planète des singes de Pierre BOUILLE [Livre] >>> Lire ma chronique
  • Téhéran Tabou d’Ali SOOZANDEH [Film]
  • Vanishing Time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM [Film] >>> Lire ma chronique
  • Le regard de Ken LIU [Livre]
  • Faith tomes #1 à 3 de plusieurs artistes [Comics]
  • Le château des étoiles #1 d’Alex ALICE [BD]

Les bonnes découvertes :

  • The wicked + The divine #1 de Jamie MCKELVIE, Kieron GILLEN et Matthew WILSON [Comics]
  • Mushishi #1 de Yuki URUSHIBARA [Manga]
  • Marie- Antoinette de Sofia COPPOLA [Film]
  • Au-revoir là-haut d’Albert DUPONTEL [Film]
  • Le grand mystère des règles de Jack PARKER [Livre]
  • To your eternity #3 de Yoshitoki OIMA [Manga]
  • Green mechanic #2 de Yami SHIN [Manga]

Les découvertes :

  • La planète des singes #3 Suprématie de Matt REEVES [Film]
  • Riens du tout de Cédric KAPLISH [Film]
  • Sangsues tomes #1 à #5 de Daisuke IMAI [Manga]
  • Comment vivre en héros de Fabrice HUMBERT [Livre]

Les mauvais élèves :

  • Wind river de Taylor SHERIDAN [Film]

Chroniqués dernièrement :


Aussi publié :

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

La planète des singes de Pierre Boulle

La Planète des Singes
Ecrit par Pierre BOULLE
Publié aux éditions Pocket, 2017 (nouvelle édition), 1963 (édition originale)
Science-fiction
4,70€ poche 193p
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES SURPRISES


Résumé :
« Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C’est la question que se posent le professeur Antelle, Arthur Levain, son second, et le journaliste Ulysse Mérou, lorsque, de leur vaisseau spatial, ils observent le paysage d’une planète proche de Bételgeuse : on aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celles de notre Terre. Après s’y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes. Ceux-ci s’emparent d’Ulysse Mérou et se livrent sur lui à des expériences. Il faudra que le journaliste fasse, devant les singes, la preuve de son humanité… »

Après avoir vu le dernier film de la trilogie, inspirée du roman dont elle propose un prélude revisité, j’avais très envie de me faire une idée sur l’histoire originale. L’occasion de découvrir une œuvre de science-fiction dont, au final, je n’avais pas vraiment idée du contenu. Quelle surprise d’y découvrir autant de réflexions sur l’humanité, sur l’évolution des espèces, sur les préjugés, sur le dogmatisme, sur la soi-disant suprématie humaine. Quelle mise en abyme géniale de nous-mêmes dans une société qui nous ressemble, mais inversée, où l’Homme est un animal et le singe l’être supérieur, car doté d’une âme identifiable et auto-proclamée. Nul doute que, si les films s’inspirent bien des tenants de cette histoire, elles n’en gardent souvent que l’aspect spectaculaire, pour laisser de côté le sujet même du récit.

Or, c’est une analyse et une critique de notre société, qu’il faut lire – du moins, que j’ai lu. Découpé en plusieurs parties – plusieurs phases – et suivant les pensées d’un journaliste, Terrien, plongé dans un monde qui lui est aussi familier qu’étranger, on se retrouve confronté par les multiples états émotifs et psychologiques, qui l’amènent presque à la folie. On est immergé et il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et un sentiment de malaise aisément compréhensible, mais assez troublant. Le livre est efficace, car au-delà de l’aspect fantastique, la construction de cette société est tellement réaliste, la psychologie des singes si bien développée, les relations si complexes, que tout paraît d’une crédibilité qui en est gênante. Oui, car il faut bien se dire que tout ce qui est décrit n’a pas été inventé.

Lire la suite « La planète des singes de Pierre Boulle »
Festival·Théâtre

Bilan du Festival OFF 2017 en Avignon

Cette année encore, je suis retournée au Festival de Théâtre d’Avignon, et plus particulièrement celui qu’on nomme le « Festival OFF ». C’est un festival célèbre, qui se déroule en Juillet, pendant lequel la ville médiévale s’anime et festoie, faisant la belle part à la culture – dont elle fut la capitale européenne en 2000.

Avignon est une magnifique cité, qui a conservé une grande part de son patrimoine architectural et culturel. Je vous recommande vivement de la visiter quelques jours et plus particulièrement à cette période de l’année (malgré le risque de canicule et le coût prohibitif, il faut le reconnaître…).

Le festival est pour ma part un rendez-vous annuel qui me tient à cœur et me fait extrêmement plaisir – car, de plus, j’adore le théâtre.

Etant donné que cette année, je n’y suis allée que peu de temps et que j’y ai vu deux à trois pièces par jour, je n’ai pas eu le temps de vous faire un billet pour chaque pièce. Je profite donc de celui-ci pour vous faire le bilan du Festival de cette année. Un peu comme pour les bilans cultures mensuels, je ne vais m’attarder vraiment que sur les 3 pièces que j’ai préférées, et vous propose un rapide retour sur celles que j’ai appréciées et sur celles qui m’ont déçues. Lire la suite « Bilan du Festival OFF 2017 en Avignon »

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

L’adaptation France Culture de Debout les morts, écrit par Fred Vargas

Debout les morts
Ecrit par Fred Vargas
Adapté par Claire de Luhern
Réalisation par Sophie-Aude Picon (pour France Culture)
Interprété par Nathalie Dessay, François Loriquet, Manuel Vallade, Duncan Evennou, Emmanuel Suarez, Martine Schambacher…
2017

>> Ecouter l’adaptation


Publié par les éditions Viviane Hamy
1995
Polar
282p, 5,70€ PF, 17€ GF, 9,99€ numérique

>> Sur la page de l’éditeur

Résumé :
« Un matin, la cantatrice Sophia Siméonidis découvre, dans son jardin, un arbre qu’elle ne connaît pas. Un hêtre. Qui l’a planté là ? Pourquoi ? Pierre, son mari, n’en a que faire. Mais la cantatrice, elle, s’inquiète, en perd le sommeil, finit par demander à ses voisins, trois jeunes types un peu déjantés, de creuser sous l’arbre, pour voir si… Quelques semaines plus tard, Sophia disparaît tandis qu’on découvre un cadavre calciné. Est-ce le sien ? La police enquête. Les voisins aussi. Sophia, ils l’aimaient bien. L’étrange apparition du hêtre n’en devient que plus énigmatique. »

Je n’ai pas encore parlé sur le blog de mon affection grandissante pour les émissions de France Inter et de France Culture, que je dévore chaque semaine goulûment, sans cesser d’être surprise. Et si je vous l’évoque aujourd’hui, c’est pour vous partager mon expérience avec l’adaptation à la radio de « Debout les morts » de Fred Vargas. Alors que je ne suis pas particulièrement attirée par les polars, j’ai été embarquée par les personnages, l’intrigue, l’ambiance, frôlant toujours un aspect fantastique qui chatouille l’intérêt. Mais qu’est-ce qui a vraiment fait mouche, l’adaptation ou le texte original ?

Distinguer audiolivre et adaptation

Attention, il faut toutefois distinguer un audiolivre à une adaptation. Le premier est la lecture à voix haute d’un texte, qu’on respecte au mot près. La part interprétative – parce qu’il y en a une – est surtout liée à l’intonation vocale, ce qui rend de fait l’exercice particulièrement ardu, et nécessaire un réel talent d’acteur et d’orateur. L’adaptation en revanche est bien plus libre : si l’objectif est bien entendu de respecter l’œuvre originale, son intention, son style, sa tonalité globale, son ambiance, etc. En réalité, toute la narration n’est pas relatée au mot près. Bien souvent, la partie descriptive est retirée en grande partie, au profit de fonds sonores et musicaux pour instaurer à la fois le décors et l’ambiance. Les dialogues sont joués par différents acteurs, et c’est leurs voix qui vont leur donner corps, laissant libre court à notre imagination de visualiser le reste. Bien sûr, il reste une voix off, qui va donner quelques grandes lignes, des détails qu’il serait trop lourd d’interprétation par un dialogue.

Pour faire court et rapide, le travail d’une adaptation se rapproche au théâtre voire même au cinéma.

Mon expérience des romans de Fred Vargas

Je l’ai découverte grâce aux adaptations de France Culture, avec l’excellent polar « Pars vite, et reviens tard », qui s’inscrit dans sa série du commissaire Adamsberg. Puis j’ai lu son second roman, toujours de la même série, « L’homme à l’envers » et commencé très récemment sans le finir son tout premier « L’homme aux cercles bleus ».

Globalement, j’ai un avis positif sur les œuvres récentes que j’ai découvertes d’elle, mais ne les ayant suivis qu’au travers de leur adaptation, mon avis reste encore en suspens. J’attends encore d’en lire les œuvres originales pour me faire un avis définitif. Evidemment, ayant lu ensuite ses premiers romans, le style n’y est pas encore construit, il reste un peu fade et convenu, avec des formulations toutes faites. Il est cependant à double tranchant, c’est-à-dire que je n’ai aucun mal à visualiser ce qu’elle décrit en peu de mots, autant les décors que l’action. Les personnages sont rapidement dessinés avec des traits de caractère qui les distinguent dès leur apparition aux yeux du lecteur, ce qui rend d’autant plus efficace le plongeon du lecteur dans l’intrigue. L’auteure va droit au but, donnant un rythme soutenu, sans pour autant essouffler trop vite l’intrigue au risque de perdre le lecteur.

Surtout, c’est l’atmosphère du récit que Fred Vargas maîtrise le plus. Je l’évoquais en introduction : le fantastique est un élément qui est présent dans tous les romans que j’ai lus d’elle, sans en être réellement l’objet. Le roman ne bascule pour ainsi dire jamais dans un univers fantastique, mais il instaure des éléments qui le lui fait frôler. Et cela fonctionne très bien pour capter rapidement l’attention du lecteur.

En revanche, ce style littéraire a également ses limites. Imposer rapidement au lecteur une idée du caractère du personnages a peut-être l’avantage de gagner du temps pour s’intéresser à l’intrigue, toutefois, Fred Vargas tombe parfois dans le piège des stéréotypes, des raccourcis qui les rend également peu profonds, peu crédibles voir peu captivants. Je n’ai pour ainsi dire éprouvé aucune empathie ni sympathie pour les personnages dans « L’homme à l’envers » et j’ai du mal à me plonger dans « L’homme aux cercles bleus » pour exactement les mêmes raisons. Voici quelques exemples de descriptions faciles et parfois agaçantes : les parisiens sont cultivés, lettrés, au contraire de leurs homologues de province, bien souvent incapables de parler un français correct et qui sont parfois bêtes comme leurs pieds ; le canadien est un homme sauvage, presque asocial, qui ne lâche que la moitié de ses phrases (pour aller vers l’essentiel) mais il est ultra-sensitif à l’odorat et ne supporte pas les français qui puent et vivent dans la crasse (d’autant plus en campagne) ; le commissaire est un être surdoué, ultra-sensible, avec une intuition qui se rapproche de ce auquel lecteur ne peut plus croire à force de le lire, le « parce que c’est la magie » du polar, et dont le seul défaut, presque, est d’être original et incompris de son entourage. Mais soyons juste envers Fred Vargas, je parle principalement de ses tous premiers romans.

Debout les morts et son adaptation

« Debout les morts » réunit tous les ingrédients d’un bon polar, celui qui vous fera plaisir de lire le soir (ou d’écouter). Les enquêteurs sont des historiens fauchés qui se prêtent au jeu bon gré, mal gré, toutefois sous les conseils d’un commissaire à la retraite, ce qui rend crédible leur intervention. Les personnages sont dans ce roman bien introduits et attachants, mus d’une dose d’humour et de légèreté. L’intrigue démarre au quart de tour lorsqu’une cantatrice découvre dans son jardin un arbre qui n’existait pas la veille. Le roman frôle autant le fantastique que le grotesque et semble même s’en amuser, nous faisant accepter même une situation aussi incongrue.

L’intrigue est finalement assez simple, mais elle est menée avec efficacité. A vrai dire, les personnages manquent de contexte, d’historique, les quelques détails donnés sont trop succincts pour leur donner réellement corps. Et pourtant, cela fonctionne. Ils sont maladroits, amusants, imparfaits, désaccordés, mais ils sont harmonieux. Leur relation qui se créée dans le roman, leurs interactions avec les autres personnages, tout les rend attachants, nous intéressant finalement à eux malgré tout.

Peut-être est-ce là l’amélioration amenée par l’adaptation, qui nous épargne des descriptions qui auraient pu être trop caricaturales. Les acteurs interprètent des personnages qu’ils colorent de leurs intonations. Ils leur donnent des voix humaines, auxquelles on croit, avec leurs obsessions, leurs boutades, leurs faiblesses, leurs mauvais caractères.

La construction des épisodes est également efficace. Ils se terminent généralement sur des moments clés de l’intrigue, faisant sciemment usage des cliffangers qui rendent complètement addictifs les auditeurs. La mise en scène sonore, faite de musiques et de bruitages, nous plonge immédiatement dans le décors et l’ambiance des scènes, au même titre qu’un film. Bien que tout passe à travers les sons, l’effet est très visuel par la sollicitation permanente de notre imagination. Pour ainsi dire : c’est jouissif.

Je n’ai pas l’impression pour autant que l’adaptation est la seule explication de mon appréciation, il y a des qualités dans le polar qui ne peuvent découler que d’une histoire bien ficelée et d’une intrigue bien rythmée, qui ne cherche pas à trop en faire. Les dialogues sont sans doute en bonne partie tirés du roman, et ils sont bien écrits. Il y a dans l’écrit de Fred Vargas une impression rassurante de maîtrise. Elle sait où elle veut amener le lecteur, et celui-ci n’a qu’à se laisser porter.

Mais cela, je le vérifierai en lisant le matériau original. Affaire à suivre !

Bilan·Bilans Annuels

Bilan films de 2016

Continuons encore un peu avec les bilans de l’année de 2016, et parlons de l’autre versant du blog, assez peu exploité l’année dernière : le cinéma.

2016 a donc été une année plutôt mitigée en termes de films mais très riche concernant les films d’animation, qui remplissent largement mon TOP 2016, comme vous pourrez le constater dans ce billet ! De plus, ce sont plutôt des films asiatiques qui m’auront marqué l’année passée. J’ai vu assez peu de films d’auteur ou indépendants. 2016 a été une année plutôt tournée vers les sorties récentes, les blockbusters et films pour le grand public. Si cela ne justifie pas forcément ce bilan assez mitigé, il est cependant dû à un manque de prise de risque.

C’est surtout en termes de temps consacré aux chroniques cinéma que le bilan est assez mauvais. Car si j’ai vu 51 films en 2016, je ne vous ai finalement proposé que six chroniques et n’ai pas non plus tenu de bilans mensuels pour vous présenter rapidement mes découvertes. De fait, on peut dire que le blog était, en 2016, essentiellement littéraire. Si cela reflète assez bien ma passion première, je n’ai pas l’intention de laisser cela perdurer. Je souhaite vraiment développer autant la partie cinéma que la partie littéraire, car les deux disciplines sont à mon sens très complémentaires.

De fait, il me semble que le plus judicieux serait de mixer les deux univers, au moins lors des bilans mensuels. Il n’y aura donc plus de « The Monthly Best Of Books », qui fut le rendez-vous mensuel littéraire, mais plutôt un bilan au principe similaire sur mes découvertures culturelles (cinéma, livres et bandes dessinées). Je réfléchis également à reprendre des bilans semblables aux « updates lectures », qui réuniraient toujours les deux univers, afin de présenter brièvement chacune des découvertes – ou au moins celles à qui je ne consacre pas forcément de chroniques mais pour lesquelles je peux quand même dire quelques mots. Je ne sais pas encore quelle forme est la plus judicieuse !

Cependant, avant de poursuivre sur 2017, revenons donc sur l’année 2016. Quels sont les films qui m’ont le plus (ou le moins) marquée ?

Lire la suite « Bilan films de 2016 »

Chroniques Livres·Les mauvais élèves·Pièces écrites de théâtre·Théâtre

Le cas « Harry Potter and the cursed child » de John Tiffany et Jack Thorne

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Harry Potter and the cursed child
D’après un scénario et l’œuvre de J.K. Rowling
Ecrit par John Tiffany et Jack Thorne
Publié aux éditions Little Brown2016
Théâtre, Fantastique
17,98€, Grand Format/Hardback

Résumé :

« L’action de la pièce se déroule dix-neuf ans après les évènements du livre Harry Potter et les Reliques de la Mort et suit les aventures d’Harry Potter, désormais employé au Ministère de la Magie, et de son plus jeune fils, Albus Severus Potter. »


La pièce de théâtre « Harry Potter and the cursed child » aura fait beaucoup parlé d’elle. La promotion dont elle a joui a réveillé tous les (vieux et jeunes) fans. Le projet fait rêver : mettre en scène la magie de Poudlard sur un plateau de théâtre, face aux spectateurs, quelle belle invitation dans l’imaginaire de J.K. Rowling.

Ce billet va probablement être assez long mais je tenais à prendre le temps de vous expliquer toutes les raisons pour lesquelles j’étais divisée face à ce projet. Finalement la curiosité l’a emporté.

Lire la suite « Le cas « Harry Potter and the cursed child » de John Tiffany et Jack Thorne »

Chroniques cinéma·Chroniques Livres·Les mauvais élèves

Me before you (Avant toi) de Jojo Moyes (Livre & Film)

On a tous des a priori nés de mauvaises expériences, de bouches-à-oreille fortement négatifs, ou même d’appréhension vis-à-vis de sujets ou d’un genre dont on redoute certains traitements malheureux. Les romans qu’on catégorise comme « romance » (peut-on vraiment parler de « genre littéraire » ?) font partie de ceux-là pour moi. Je m’y connais peu en romans mais j’ai eu l’occasion de voir beaucoup de films de comédies romantiques, principalement américaines. Lire la suite « Me before you (Avant toi) de Jojo Moyes (Livre & Film) »

Festival·Représentations·Théâtre

Festival OFF – Avignon 2016 | La Religieuse, Théâtre du Chêne Noir

chene noir la religieuseComme chaque année depuis trois ans, mon Festival  OFF en Avignon commence au Théâtre du Chêne Noir. Après La Chute d’Albert Camus et Alice d’après le roman de Llewis Caroll, adapté par le collectif 8, j’ai  encore une fois eu très envie de faire de cette première journée un succès théâtral.

Résultat : je suis conquise. Par la programmation du Théâtre du Chêne Noir,  par mon choix de premier spectacle au festival, et par le collectif 8.

Cette année, c’est un texte difficile, humaniste et actuel, que le collectif a choisi d’adapter. La Religieuse d’après le texte de Diderot n’était pas un choix évident, et j’avoue avoir hésité à le placer en première ligne pour le festival. Mais ayant confiance en la qualité que j’y trouverai, je me suis finalement lancée. Et pour quel plaisir.

Un des charmes du  Collectif 8 est ce rapprochement entre cinéma et théâtre, autant dans le décors que  dans la mise en scène ou le choix et l’utilisation de la musique. Un décors d’ailleurs simple mais efficace : des portes de cellules de part et d’autre d’une cellule au centre amovible. Un lieu confiné, étroit, sombre, glacial, qui nous plonge dans l’ambiance du récit. Les projections sur l’ensemble du lieu, qui complètent et se mélangent au décors aussi bien qu’aux personnages, sont de natures multiples. De la  mise en abyme des lieux (une église, des couloirs obscurs…)  aux montages vidéos en ouverture/fermeture ou à des moments clés, tout sert à nous plonger dans l’atmosphère, emphase de l’horreur vécue.

Il me faut également souligner les excellentes actrices : Gaële Boghossian (qui avait d’ailleurs été sublime dans Alice) et Noémie Bianco, deux voix puissantes, deux présences incroyables sur scène. Si la narration de Gaële Boghossian est un peu en-deçà de ce qu’elle offre dans ses interprétations de personnages, son jeu de narratrice se révèle par la suite  avisé : elle évite en effet toute sur-dramatisation qui aurait alourdi et desservi le texte. Le sourire toujours rivé sur son visage glisse tout le mordant de l’ironie, de l’absurdité, et dénonce par contraste l’horreur. Noémie Bianco n’est pas en reste : toute en justesse et sans jamais perdre pied. Bravo aux actrices, quel talent.

Et puis, il y a évidemment le texte, incroyable et terriblement d’actualité, qui dénonce l’inhumanité de l’intégrisme religieux. L’isolation et l’enfermement au sein d’une communauté étroite et refermée sur elle-même, et  par conséquence, la perversion de l’âme, où conduit l’endoctrinement imposé à l’être.

En peu de mots : une véritable découverte pour ma part et un vrai régal de théâtre. A découvrir.

Bande d’annonce :


La religieuseInterprète(s) : Noémie Bianco, Gaële Boghossian
Metteur en scène : Paulo Correia
Compositeur : Clément Althaus
Costumes : Gaële Boghossian / Romain Fazi
Scénographie : Collectif 8 / Divine Quincaillerie
Chorégraphe : Michaël Allibert
Chargée de production : Vanessa Anheim
Assistante régie : Samuele Dumas
Stagiaire communication : Elisabeth Mory-Lund
Stagiaire : Joy Serradell


Résumé : 

A travers cet émouvant plaidoyer humaniste, Collectif 8 propose une vision d’actualité sur l’endoctrinement, le maintien dans l’ignorance et la dissolution de l’individu dans la communauté. Dans un hymne d’espoir et de liberté, deux comédiennes incarnent Suzanne Simonin, à la fois interprète et observatrice, accusée et avocate, faisant renaitre les fantômes, vierges folles et monstres, de ces vies arrachées, vrillées, emmurées.

Le théâtre est envisagé comme tribunal de l’humanité, le spectateur y est convoqué, questionné, pris à parti.

Entre réalité et fantasme, la création vidéo et musicale nous immerge dans un monde d’hallucinations, de symboles et d’obsessions et porte l’imaginaire aux confins de notre perception.


Informations pratiques :

Théâtre du Chêne Noir, Salle John Coltrane
Du 6 au 30 Juillet 2016
Relâche le 11, 18, 25 Juillet
1h25


Liens :

Informations & réservations : Site du Chêne Noir |  Site du Festival Off

Le site du Collectif 8


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