Chroniques cinéma

Souvenirs de Marnie – Hiromasa Yonebashi

souvenirs de marnie

Souvenirs de Marnie (Omoide no Mânî)
Réalisé par Hiromasa Yonebayashi (Studio Ghibli)
Sorti en 2015, film d’animation, drame et fantastique
Durée : 1h43


« Anna, jeune fille solitaire, vit en ville avec ses parents adoptifs. Un été, elle est envoyée dans un petit village au nord d’Hokkaïdo. Dans une vieille demeure inhabitée, au coeur des marais, elle va se lier d’amitié avec l’étrange Marnie… »


Note globale :

5/10


Pour tout vous avouer, j’ai réécris trois fois cette chronique depuis que j’ai vu Souvenirs de Marnie et j’ai jonglé sur la notation encore plus souvent. Je ne sais pas comment noter ce film d’animation ; d’un côté, je me sens obligée d’être un peu généreuse, car c’est une production des studios ghiblis et j’ai abandonné depuis longtemps l’idée d’être tout à fait objective à leur sujet ; d’un autre côté, j’aurais presque envie de déroger à cette même règle et de ne pas être, au final, aussi peu regardante. Je m’explique.

Il faut dire qu’il est presque de coutume d’aimer un Ghibli ; ou plutôt d’aimer un Ghibli tel qu’Isao Takahata ou encore Hayao Miyazaki nous ont habitué à l’aimer. Des films forts, faussement naïfs mais avec un vrai message derrière, ou tout simplement doté de lyrisme, bercé d’imaginaire, de merveilleux, de fantastique, et d’indéniables émotions. Une sensibilité peu commune, rarement égalée, et une qualité d’animation splendide, marquant au fer l’histoire du cinéma par chacun de leurs films.

marnie - emmenagement d'anna

Je ne crois pourtant pas que ces deux maîtres soient inégalables ; je pense qu’ils ont fait leur temps, et qu’aujourd’hui j’aimerais bien voir autre chose du studio ghibli, car nul doute qu’il est bien vain de chercher à reproduire indéfiniment la même veine qui anime les films de ces deux titans du cinéma japonais. A moins de donner une sensation de déjà-vu un peu décevante, ce qui a été le cas pour Souvenirs de Marnie, bien malheureusement.

Pourtant, je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une mauvaise production, et ceux qui n’auront pas vu beaucoup de films d’animation japonais pourront très certainement l’apprécier à sa valeur. Simplement, tout en ayant les mêmes éléments qui composent la recette d’un Ghibli, j’ai trouvé qu’il manquait cruellement d’assaisonnement. On a une jolie histoire, touchante, offrant plein de possibilités d’interprétation ; on a des paysages magnifiques, dynamiques, très colorés et qui font rêver ; on a des personnages assez touchants ; on a des idées de fond qui sont très certainement intéressantes. Mais le tout, ensemble, m’a paru comme désaccordé.

Rien ne se détache tout à fait dans ce film. Certes, l’animation est assez réussie et les décors sont beaux. On retrouve ce charadesign typique du studio Ghibli ; cependant, si l’environnement est superbe, j’ai trouvé que les personnages l’étaient bien moins. Les contours m’ont semblé parfois assez maladroits, mal dessinés, grossiers ; c’est assez inégal dans le film, mais ça m’a frappé dès le début.

marnie - anna dessine

Les personnages sont certes touchants – leur histoire l’est. Mais j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à eux (et en fait je n’ai pas réussi). L’héroïne tout d’abord est attachante dans les premières minutes, on ressent assez bien son angoisse, son mal être, qui nous interroge du coup ; mais dès lors qu’elle arrive chez son oncle et sa tante, au lieu de ressentir de l’empathie pour elle, je l’ai surtout trouvé antipathique, égoïste, presque insupportable. Mais ce n’est pas tant le personnage en soi que la façon dont il est traité ainsi que son mal être qui pose problème. Cela vient surtout d’un mauvais timing.

Il manque cette subtilité où les choses sont dites à demi-mot, de sorte que le public comprend plus qu’on ne le lui dit, ce qui renforce généralement l’intensité du message passé. Ici, les choses sont dites de façon trop abruptes et pas toujours au bon moment ; les quelques pistes laissées de part et d’autres sont finalement si limpides que la révélation finale ne réserve aucune surprise – alors que d’un point de vue de la réalisation, la scène est superbe. Certes, ce n’était peut-être pas le but ; bien souvent c’est la façon dont les choses sont menées jusqu’à cet instant final qui fait toute la beauté de l’histoire. Si c’est le cas, j’ai carrément loupé cet aspect du film à qui j’aurais bien retranché une bonne demi-heure.

Ce qui me fait répéter que le plus gros défaut de ce film est finalement le manque de justesse. Il aurait fallu couper plusieurs scènes redondantes, même inutiles ; distiller les indices plutôt que les faire apparaître aussi abruptement ; développer un peu plus le background d’Anna plutôt que d’obstruer l’écran avec Marnie, la rendant ainsi que trop évidente. Retravailler les dialogues entre les deux petites filles qui se perdent en déblatération inutile. C’est d’ailleurs paradoxal étant donné que Souvenirs de Marnie m’a impressionné surtout dans son utilisation du silence à deux reprises, offrant ainsi les plus belles scènes du film !

MARNIE - scène découverte anna

Car si je ne peux ôter le point gracieusement donné, c’est justement pour ces quelques scènes que j’ai trouvées très belles. J’adore le silence au cinéma – pas le silence ronflant du cinéma français – mais le vrai silence. Celui qui arrive à point nommé, là où justement on aurait tendance à s’attendre à l’explosion de cymbales, à l’affolement de l’orchestre en plein orgasme musical ; le silence crève ainsi nos tympans et décuple toute l’intensité de la scène. Ce qui aurait été vraiment le cas si celle-ci n’était pas arrivée si tard dans le film, nous faisant tout simplement remarquer sa beauté sans en apprécier son effet.

Souvenirs de Marnie aurait également gagné s’il ne reprenait pas autant les codes du cinéma de Ghibli. J’ai vraiment été gênée par la redondance du personnage d’Anna vis-à-vis de ses aînées et notamment au niveau de son animation quand elle court – ce qui m’a fait penser à Chihiro. Si j’apprécie le charadesign type des studios ghiblis, je regrette qu’ils ne cherchent pas (toujours) à se renouveler non plus ; je suis un peu lasse de ces mêmes archétypes de personnages que l’on revoit sans cesse…

Et tout le problème vient au fond de ce constat : tout en cherchant à reproduire un film semblable à ses prédécesseurs, le réalisateur emploient ses capacités à une idée vaine – et inutile, surtout. Manquant cruellement de rythme, de contraste et de cette profondeur qui nuancent généralement les récits de ce studio, Souvenirs de Marnie n’est une pâle copie d’un film-type des studios Ghiblis. Et c’est un reproche que finalement on pourrait étendre à leurs dernières productions, même celles d’Hayao Miyazaki qui s’essoufflait quelque peu dans ses derniers films. Il n’y a, à mon sens, qu’Isao Takahata à rechercher la nouveauté, ne serait-ce que dans les thèmes qu’il aborde ou dans l’esthétique (par exemple, Le conte de la Princesse Kaguya). Mais si Le château ambulant offre un univers affriolant et un panel de personnages colorés (Lucifer !), si Le vent se lève est sauvé par sa superbe musique et ses quelques touches autobiographiques (du moins, concernant l’hommage qu’il rend à son père), si Arrietty (du même réalisateur pourtant que Souvenirs de Marnie !) se remarque par la beauté de son animation et les Contes de Terremer par la promesse de son scénario, Souvenirs de Marnie paraît quelque peu fade, gauche et superficiel quand bien même il y a quelques bonnes idées.

Dommage !


Bande d’annonce

Un commentaire sur “Souvenirs de Marnie – Hiromasa Yonebashi

  1. Et bien, les Ghibli je sais que certains ne me plaisent pas du tout. Par exemple, Les Contes de Terremer que tu mentionnes. Perso, le scénario m’avais justement laissé un très mauvais souvenir. J’avais trouvé ça complexe pour pas grand chose et pas assez abouti. Tout comme Le château dans le ciel de Miyazaki père. Et Le Vent se Lève… honnêtement, je ne suis pas très fan du film. Je l’apprécie car c’est le dernier (et c’est triste) mais si je l’isole de tout contexte, je trouve qu’il manquait de rythme, il s’étendait en longueur… Enfin, étrange quoi ^^

    Et ce que tu dis sur les Ghibli est très vrai. A force de reprendre des recettes qui ont marché dans les films précédents, on a une sorte de redondance qui se crée et c’est dommage. Car je suis certaine que dans ces studios ils ont des artistes qui ont l’imagination et les capacités pour créer des films d’animations originaux et de très grandes qualités.

    Je retiens le nom de ce Ghibli tout de même (faudrait que je me fasse une session : « Rattrapage de films Ghibli » car il y en a pas mal que je n’ai toujours pas vu !) j’esère que j’accrocherais un peu plus si je le visionne… à voir 😀

    En tout cas super article (comme toujours … ^^)

    (et deso pour le long comm’ 🙂 )

    1. Oui, c’est inégal. Les comtes de terremer en faisait trop, mais le fond était pas mal même si le traitement, pas du tout. En tout cas, j’ai quand même bien envie de lire l’oeuvre originale. ^^
      Le château dans le ciel… Il est longtemps resté indéterminé quand je l’ai vu. C’est marrant parce que l’appréciation des films de Miyazaki père dépend vraiment des 1ers films que tu vois de lui, j’ai l’impression ! Mais je le préfère au Château ambulant que j’ai trouvé trop lisse et redondant vis à vis de ses précédents films (pour moi c’est d’ailleurs la fusion entre Chihiro et Le Château dans le Ciel). Mais là où il est très bon, c’est dans le traitement du fantastique, du merveilleux, et des personnages qui entourent l’univers (je ne cesserai de citer Lucifer !).
      Tu décris très bien les défauts de Le vent se lève ! Et son intérêt aussi, mais il était traînant, comme si l’auteur ne voulait pas en finir ! 🙂

      Exactement ! C’est très dommage qu’ils ne cherchent pas à renouveler leurs oeuvres – ce qui ne les empêche pas non plus de garder l’âme du studio, une ligne directive!
      Hahaha pareil, à chaque fois que je pense en avoir vu la majorité je me rends compte qu’il y en a beaucoup !

      D’ailleurs je viens de voir très rapidement qu’il y avait un projet de série animée (début 2014) je me demande où est ce que cela en est !

      et ne t’en fais pas pour la longueur, vu la pipelette que tu as face à toi!

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