Chroniques Livres

Poison – Sarah Pinborough

poison

Poison (Tales from the Kingdom #1)
Écrit par Sarah Pinborough
Publié par Gollancz, 2013
Version originale, Anglais
Jeunesse / Young Adult, Réécriture, Conte


Blanche-Neige, le conte de fées revisité : cruel, savoureux et tout en séduction.
Rappelez-vous l’innocente et belle princesse, la méchante reine impardonnable, le valeureux prince, la pomme empoisonnée et le baiser d’amour sincère…
… et à présent ouvrez ce livre et plongez dans la véritable histoire de Blanche-Neige, telle qu’elle n’a jamais été révélée …


Note globale :

3/10


Parce qu’il y a trop de chroniques positives ici, il est temps que je vous présente une de mes dernières déceptions. Les réécritures de conte me tentaient depuis déjà plusieurs mois, et celui-ci m’avait fait de l’œil dans les différentes chaînes Booktubes où il est apparu. Certes, l’objet-livre en soi a été une autre raison de mon choix – aussi superficiel qu’il paraît – et trompeur. Je n’avais pas remarqué sur la 4e de couverture cette photo dévoilant une Snow Teen White pseudo sexy. Alors que la 1ère de couverture est envoûtante, cette autre facette rompt tout de suite le charme, et illustre parfaitement le caractère ambivalent du livre. Car, encore aujourd’hui, je ne saurais dire avec conviction pour quel public, il se dirige.

Bien sûr, il y a nombre d’exemples dans la littérature de livres trans-générationnels et, qui plus est, dans la littérature jeunesse : Harry Potter en est bien sûr l’exemple le plus marquant. Toutefois, ce n’est pas le cas de Poison qui, à mon sens, au lieu de s’adresser à tous, ne s’adresse à personne en particulier. Du moins, le style d’écriture, le scénario et les thèmes ne le dirigent pas de prime abord aux adultes qui pourront peut-être s’ennuyer de sa superficialité. Mais, ce serait également prendre les enfants pour plus bêtes qu’ils ne sont en disant que cette même conclusion le dirige vers eux – les scènes de sexes gratuites, abruptes et sans intérêt pour l’histoire, les retire définitivement du public escompté. Mais pour qui Sarah Pinborough a-t-elle donc écrit ses livres ? Est-ce vraiment ça, le « Young Adult » ? Je ne veux pas faire de généralité et le définir avec ce livre – car il me semble encore que sa définition reste assez flou et pourrait faire l’objet d’un débat.

Ainsi donc, que n’ai-je pas aimé dans Poison ? Tout d’abord son style d’écriture pauvre et peu recherché – pas seulement « simple » mais plutôt simpliste – et qui, l’ayant lu dans sa version originale, ne peut être justifié par le prisme d’un mauvais traducteur. Je n’ai tout simplement pas aimé la façon dont l’auteur écrit. J’aurais tout simplement souhaité être envoûtée, au moins à travers les mots. Et ça n’a pas été le cas, dans aucun aspect de ce livre, malheureusement…

La seconde chose que je n’ai pas aimée, ou pas complètement,  ce sont les personnages. Certes, j’ai été emballée par la Méchante Reine, au début toutefois. J’aimais le fait qu’on s’appuie sur son point de vue pour raconter l’histoire de Blanche Neige et j’étais même ravie que l’auteur se contente de réécrire le conte original uniquement sur cet aspect. Si seulement, elle s’en était tenue à ça mais la réécriture n’a pas été qu’un changement de point de vue, mais un changement radical de la personnalité des personnages.

L’idée est pourtant bonne à la base – et c’est le problème avec ce livre, car il est bourré de bonnes idées, mais le résultat, en fin de compte, n’y est pas. La volatilité, l’instabilité, psychologique commune à tous les personnages nous fait plonger dans un univers bancal et manquant de finesse – ce qui caractérise tout aussi bien l’humour développé tout le long du roman. Alors que j’imagine la volonté de Sarah Pinborough de renverser les clichés comme l’annonce le résumé du livre, elle ne fait finalement que tomber dans d’autres stéréotypes, peut-être plus dans la tendance actuelle, mais toujours aussi fades et présentant peu d’intérêt. Je ne parle même pas des scènes de sexes qui ont été incorporées dans le récit juste pour l’être, faisant de chacun des personnages des bêtes en chaleur, jusqu’à entrer sur un terrain assez vicieux qui est assez embarrassant à lire.

Ce récit finalement ne m’a absolument pas emballé et ce, dès le début. Il y a des contradictions tout le long du roman, c’est comme si l’auteur se perdait parfois elle-même et ne savait plus vraiment la direction qu’elle avait commencé à prendre au début. Elle passe d’une idée à une autre, sans que la transition ne soit très crédible, ce qui donne aussi cette volatilité aux personnages (et tous sont concernés). Même si c’est une lecture qui se veut légère, le résultat est en fait un peu lourd. Ce qui en ressort surtout, c’est finalement beaucoup d’immaturité : de la part des personnages, mais aussi de la part du scénario qui n’a ni queue ni tête. Et l’humour aussi, mais là je me répète.

L’univers est aussi bancal que le reste, et le fait que les contes se croisent – ce qui me plaît pourtant généralement – m’est juste passé par dessus la tête, tant cette idée est mal développée. C’est comme si elle avait voulu ajouter à la dernière minute des éléments extérieurs à son récit en y oubliant d’y ajouter l’adhésif pour les incorporer. La sensation surtout d’aller nulle part, de ne pas avancer, que rien n’a de sens ou de logique, est plus que dépitant ou frustrant : c’est ennuyant. D’autant plus en considérant les vagues tentatives de l’auteur de se rapprocher finalement de l’univers Disney. Les Sept Nains, par exemple, et les quelques scènes de la première moitié du livre, où Snow White est (encore) dépeinte comme une Sainte-Nitouche-Plus-Naïve-Et-Bonne-Poire-Tu-Meurs, sont très marqués par l’influence du studio américain. Ça n’aurait pas été aussi gênant, si là encore cette intention avait abouti à quelque chose. Mais non, tout dans ce livre est comme avorté, c’est un amas d’idées jetés au hasard qui m’interroge vraiment sur le travail qu’a effectué l’éditeur et qui donne cette sensation d’instabilité peu ragoûtante.

C’est donc un premier tome qui ne m’aura absolument pas convaincue. Je regrette finalement de ne pas m’être attaquée directement au troisième tome, Beauty, qui est dit comme son meilleur : peut-être tous ces défauts y sont moins marqués, et j’aurais au moins passé un peu de bon temps. Là, j’ai lutté fermement pour l’achever, surtout parce qu’il n’est pas très gros (200 pages qui en équivaudraient la moitié en poche). Je n’aurais pas fait cet effort s’il y avait eu une autre centaine de pages à achever. Je ne sais pas comment résumer ce livre en peu de mots car presque tout est mauvais (à mon sens, soyons d’accord là-dessus !). Pourtant l’idée de base est bonne, mais parfois ça ne suffit pas. Dommage !

Un commentaire sur “Poison – Sarah Pinborough

  1. Je crois avoir eu la même faiblesse, et un peu pour la même raison, l’attirance pour une proposition de réécriture de conte – bon et parce qu’il était en promo numérique. Depuis, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un titre en fait plutôt « girly » et cette critique n’a rien pour me rassurer. Je ne sais pas si je vais oser le lire un jour… ^^

    1. Malheureusement, je ne serai pas de celles et ceux à t’encourager en ce sens, mais ce livre a aussi plu à beaucoup de monde.
      Ce n’est pas vraiment  » girly  » non plus, mais juste très mal écrit et tombant dans tous les clichés… ^^

  2. Ha ha ! Je suis toujours à faire ovation sur les oeuvres que je lis (surtout les bédés), je me suis dit qu’il fallait changer ça. ^^
    Et je ne te recommande pas de le lire, comme tu peux le voir ! Ce sont ses couvertures qui me tentaient et je voulais lire une réécriture qui reste assez proche du conte quand même, ce que Cinder n’est pas (mais c’est peut-être tant mieux, après tout). Malheureusement, si j’avais su la fameuse 4e de couverture, j’aurais sans doute compris qu’il ne fallait pas m’attarder sur celui-ci, et je me sens un peu bête d’avoir les deux autres tomes chez moi, à présent.
    Oh, j’ignorais qu’il existait une loi régissant cela. Je pensais que le YA était un découpage selon l’âge du lecteur (exemple qui irait de 13 à 25 ans) et que les tendances actuelles avaient dérivé sa définition en lui collant de mauvaises étiquettes (car inappropriées vis-à-vis de son véritable sens).
    Je vais emprunter Cinder dans ce cas. Je reste toujours sur ma faim quant à découvrir une réécriture sympathique ! Merci pour la suggestion !

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