Chroniques Livres

Only Ever Yours – Louise O’Neill

untitledOnly Ever Yours
Écrit par Louise O’Neill
Publié par Quercus, en 2014
Lecture en VO dans le cadre du challenge « Read In English 14-15 »
Disponible uniquement en anglais pour le moment
Dystopie, Young Adult


Résumé :
« In a world in which baby girls are no longer born naturally, women are bred in schools, trained in the arts of pleasing men until they are ready for the outside world. At graduation, the most highly rated girls become “companions”, permitted to live with their husbands and breed sons until they are no longer useful. For the girls left behind, the future – as a concubine or a teacher – is grim.

Best friends Freida and Isabel are sure they’ll be chosen as companions – they are among the most highly rated girls in their year. But as the intensity of final year takes hold, Isabel does the unthinkable and starts to put on weight. ..
And then, into this sealed female environment, the boys arrive, eager to choose a bride.

Freida must fight for her future – even if it means betraying the only friend, the only love, she has ever known. . . »


Note globale :

7/10


Recommandé par la très généreuse Cindy Van Wilder (auteure de Les Outrepasseurs, publié chez Gulf Stream), ce roman dystopique estampillé jeune adulte m’a surprise. Positivement surprise : l’auteure traite avec profondeur, jonglant aisément entre l’intrigue, nécessaire pour tenir le lecteur en haleine, les états d’âme de son héroïne, propre au genre, et sa critique – laquelle fait tout l’intérêt du roman. Pour tous ceux qui appréhendent les romans jeunes adultes (ou Young Adults en anglais), et sont lassés des dystopies oú le contexte ne sert qu’à l’action, voilà un roman qui pourrait bien vous réconcilier avec le genre. Je m’explique.

Comme vous vous en doutez après cette introduction, j’ai un peu d’à priori sur les romans issus de la vague Young Adult. Cela vient surtout de ce que j’en ai pu lire mais aussi probablement de mauvais choix. Comme dans toute littérature, il y a clairement du lard et du cochon ; surtout une tendance à l’homogénéisation des titres devenus des best sellers qui donnent lieu à des déclinaisons de plus en plus rébarbatives. Bien sûr, il n’y a pas qu’une seule tendance dans la littérature Young Adult, toujours est-il que j’étais un peu frustrée de ce que j’en lisais : il y avait des idées, et même des bonnes, mais souvent peu exploitées.

C’est là où Only Ever Yours m’a particulièrement plu. Car, si l’auteur aurait pu aller encore plus loin, elle a tout de même réussi à trouver l’équilibre idéal dont je parlais plus haut. Non seulement, ce roman est prenant et très distrayant, mais il se sert de cette faculté à captiver son lecteur pour lui parler d’un problème très actuel de notre société. Par le biais de l’extrapolation, l’auteur nous rend compte de choses dont on n’a pas tout à fait consciente ou qu’on choisit délibérément d’ignorer (rien de péjoratif à cela).

Louise O’Neill ne perd ainsi jamais du regard ce qu’elle cherche à dire. De fait, elle parvient à nouer à la fois ce qui est inhérent à la littérature Young Adult et indispensable, selon moi, à la science-fiction, d’autant plus quand il s’agit d’un roman d’anticipation.

Only Ever Yours met notamment en scène une jeune ève, adolescente de 16 ans, en dernière année d’école préparatoire à sa vie d’adulte. C’est en effet à la fin de cette année cruciale pour son avenir, qu’elle saura dans quelle condition elle pourra évoluer. Dans ce monde où les femmes sont conçues génétiquement pour répondre aux besoins des Héritiers, elles n’ont d’avenir que trois rôles possibles : devenir une « épouse » et ainsi être dans la meilleure position sociale, devenir une « concubine » dans une maison close, ou devenir une « chastity » (je n’ai pas trouvé de mot équivalent en français) condamnée à vivre en recluse dans l’école où elles chaperonneront à leur tour les générations suivantes d’èves. Leur sort est dicté par le choix des Héritiers, qu’elles doivent convaincre tout le long de leur scolarité de leurs atouts et qualités afin d’espérer quitter leur prison voire d’être expulsée hors de leur société.

S’il est aussi efficace, c’est parce que le roman parvient à mettre le lecteur mal à l’aise sans perdre son attention. Tout est distillé à travers le regard et les pensées de freida, coincée dans un monde où elle est privée de toute identité propre. A la fois conditionnée par son environnement, sa société, son éducation et la crainte de se voir condamnée à vivre enfermée dans les quatre murs de son école, freida n’est pas l’héroïne qui va, à elle seule, renverser l’ordre existant. Bien qu’elle se rende compte de l’injustice dont elle est victime, elle est aussi une adolescente pleine de doutes et de craintes, éprouvée par un mal être qui sera sans cesse exacerbé par la compétition imposée aux èves. A la fois rebelle et soumise, elle interpelle le lecteur qui aura autant envie de lui donner des claques que de la soutenir. freida est aussi fragile et forte qu’une jeune femme de seize ans peut l’être, aussi mature et puérile à la fois, aussi ancrée dans la réalité que pleine de rêves, aussi naïve qu’ambitieuse… C’est un personnage complexe auquel on finit malgré tout par s’attacher.

Deux raisons notamment rendent difficile la distanciation du lecteur : la première et la plus évidente est que le contexte ne se résume pas à une situation anormale de laquelle l’héroïne aura l’objectif de s’extirper. Ce n’est pas qu’une enveloppe dans laquelle une intrigue a lieu et qui prime l’héroïsme d’un unique individu. L’univers est de fait complexe et bien construit, disposant de ses principes, de sa morale, de ses codes et d’une histoire qui le rend difficile à ébranler. Il est ici partie prenante de l’histoire, presque son fondement et tout son intérêt. La seconde, c’est que la fiction ne suffit pas à écarter l’impression que son monde n’est pas si étranger du notre, quand bien même il en exacerbe les travers.

Louise O’Neill a choisi un sujet délicat, risqué, polémique. A travers l’histoire de freida qui cherche à tout prix, comme ses camarades, à s’assurer le meilleur avenir possible ; à travers son amitié avec isabel dont les frontières resteront floues de bout en bout et dont on apprécie la complexité ; à travers sa rivalité avec les autres èves, et en particulier megan ; à travers son béguin pour l’Héritier numéro 1, Darwin, Only Ever Yours compose une intrigue plurielle qui saura captiver son lectorat. Alors même que je ne suis pas friande de romance, je me suis prise au jeu avec celles développées dans le roman. Mais résumer ce roman ainsi serait oublier tout ce dont parle véritablement son auteure : plus encore qu’une société patriarcale poussée à son paroxysme, elle nous évoque surtout l’objectivisation de la femme, la course au jeunisme, les diktats de la beauté, l’obsession de la minceur…

C’est cela que j’ai aimé dans Only Ever Yours : son questionnement sur la société, sur l’identité et le genre, sur le conditionnement dont on est victime plus ou moins consciente, etc. Et en même temps, Louise O’Neill développe des personnages et des relations complexes, un scénario prenant et addictif, pour arriver à une fin qui m’a scotchée. Enfin, une auteure ose !

Merci, Cindy Van Wilder, quel bon conseil.

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