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Noces de Neige – Gaëlle Josse

noces de neige

Noces de Neige
Écrit par Gaëlle Josse
Publié par les éditions Autrement, 2013
Contemporain


Synopsis:

« Elles sont des centaines à rêver d’une autre vie. Mais pour Irina, rêver ne suffit pas. De Moscou, le Riviera Express doit la conduire à Nice, jusqu’à Enzo. Elle est prête à saisir sa chance. N’importe quelle chance.
Irina n’a jamais entendu parler d’Anna Alexandrovna, jeune aristocrate russe, ni de son long voyage en train, en sens inverse, de la côte d’Azur à Saint-Pétersbourg, un huis clos où les événements tragiques se succèdent. Qui s’en souvient ? »


Note globale :
7/10


Généralement, j’aime bien mesurer ce qu’il me reste à lire avant mon prochain livre, sorte de gourmandise boulimique qui me rend chaque fois impatiente d’un futur coup de cœur, quand bien même j’aime le roman que je lis. Là, je n’ai pas eu le temps. « Noces de neige » n’est peut-être pas un coup de cœur mais il reste toutefois une très bonne découverte.

Évidemment, quand l’auteur a une belle écriture, qu’elle est douce, nuancée, poétique, et se laisse parcourir comme une caresse, cela ne peut qu’être agréable. Si elle sert en plus à faire résonner le cœur des personnages, leur offrant un visage reconnaissable pour le lecteur qui s’y attachera, à défaut de s’y voir, rien que cela est un plaisir à la lecture.

Noces de neige n’est cependant pas une histoire d’amour. C’est une histoire croisée de deux jeunes femmes parcourant l’Europe en train afin de se rendre l’une à Saint-Pétersbourg et l’autre à Nice. L’une est née deux à trois générations plus tôt que l’autre et pourtant une certaine similarité se fait ressentir.

Un sort immérité, un rêve commun d’amour, Irina et Anna ont soif d’un avenir plus prospère. Toutes deux ne sont plus guère de simples enfants avec des rêves pleins les yeux. Chacune a ses raisons d’espérer une vie meilleure et effacer des griefs de leur passé qui ont marqué leur cœur. Anna, avec sa laideur, rejetée par sa mère et son frère, qui vient d’apprendre n’être pas la fille du seul être qui semble l’accepter, son père. Et puis, Irina qui a fui un mari rendu alcoolique, fou et violent par la guerre.

Le style du roman est simple mais d’une justesse qui le rend poétique. Les chapitres alternent les points de vue, chaque histoire évoluant en parallèle alors que le trajet de train avance lentement. On ressent comme Anna l’exaltation des premières heures et du premier jour en train, de cette demeure passagère dans laquelle elle devra vivre quelques jours. Puis, son ennui, sa lassitude, son impatience d’arriver enfin chez elle. La peur d’Irina alors qu’elle anticipe son arrivée, l’excitation d’avoir osé faire le grand pas et la façon dont elle essaie de s’accrocher à la certitude d’avoir fait le bon choix, sont palpables mais loin d’être intrusifs ou étouffants.

On écoute les pensées d’Anna alors qu’on observe les émotions d’Irina. Ce choix d’une narration différente pour ces deux femmes n’est pas anodin, mais on ne le comprend qu’une fois le dernier chapitre arrivé. Tout le roman joue des oppositions : de la douceur qui se dégage du style, il y a d’un autre côté la violence des passions.

A travers ce texte court, Gaëlle Josse y glisse des idées, des réflexions. Il y a comme une recherche tout le long du récit, porté par ses deux héroïnes et dont la fin offre un beau twist sans toutefois proposer une conclusion à ces considérations. D’un côté, elle aborde avec Anna le prisme de la laideur : celle que la société lui impose et la fatalité dont elle se sent affublé, sentiment renforcé par la luxure qui l’entoure. Il y a une certaine violence inhérente à ce personnage que les mots laissent entrevoir sans dire. Une montée en puissance d’ailleurs que l’on ressent à travers ses chapitres et qui m’a mise, malgré moi, dans un état d’attente et de nervosité. D’un personnage conditionné, Anna devient tout aussi imprévisible, offrant un contraste saisissant avec la douceur de l’écriture et renforce ainsi l’effet du texte.

D’un autre côté, Gaëlle Josse se joue de notre société actuelle pour mettre en scène Irina qui, à travers un site de rencontres de jeunes femmes russes pour des étrangers naïfs à la recherche d’exotisme, propose un cadre un peu bancal du monde digital. C’est peut-être l’aspect que j’ai moins aimé du roman car tout en l’abordant, en réalité, elle ne l’approfondie guère. C’est plus un contexte, un prétexte servant de point de départ à l’histoire d’Irina, qu’autre chose. Mais soit, passé ce bémol sans incidence, j’ai tout autant apprécié d’observer son histoire et la façon dont elle tente de se reconstruire.

Dans tous les cas, ces deux héroïnes abordent la condition humaine, l’incidence d’une vie sur une autre, l’absurdité de la guerre, les mensonges en familles, le sentiment de rejet, l’insécurité de soi… Des thèmes distillés, certes, mais présents et offrant à l’histoire un intérêt supplémentaire. Noces de Neige est ainsi un très court roman, contrasté, bien écrit qui offre un répit dans la journée, un souffle d’air frais le soir venu. Un livre que je vous recommande.

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