BD / Manga / Comics

Bonne nuit Punpun – Inio Asano

Titre : Bonne nuit Punpun (おやすみプンプン Oyasumi Punpun) – Auteur : Inio Asano – Genre : Seinen / tranche de vie, drame – Édition : Kana – Origine : Japon, 2007 – Tomes : 13 (série terminée au japon)

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« L’histoire commence alors que Punpun est en cinquième primaire (CM1). Sa vie et celle de ses parents basculent un beau matin, lorsque son père blesse sa mère suite à une dispute particulièrement violente. C’est l’histoire d’une vie comme toutes les autres, truffée de pièges, d’obstacles, de tourments, de doutes, d’introspections utiles et stériles et de ses petits bonheurs qu’il ne faut pas perdre de vue.« 


Note des tomes 1 à 2

7/10


Pour inaugurer cette nouvelle rubrique (BD / Manga / Comics), je souhaite vous parler de ma dernière découverte, un manga d’Inio Asano, intitulé « Bonne nuit Punpun« . Comme la série entière est en 13 tomes, lesquels ne sont pas encore tous parus en France (je crois), et que je les emprunte un à un à la bibliothèque quand je parviens à les trouver, j’ai décidé d’écrire une chronique uniquement sur les deux premiers tomes. L’avenir nous dira si mon impression restera la même ; je dois dire que pour l’instant elle est très, très bonne.

Et pourtant, je trouve délicat de parler d’une telle histoire tant les sujets traités sont nombreux et tant il y aurait à en dire. Peut-être pourrais-je commencer par vous expliquer la première impression que les premières pages m’ont laissées : bizarres, étranges, curieuses, déroutantes. Oui, exactement Bonne nuit Punpun m’a dérouté.

Vous le détailler consisterait vous expliquer tout ce qu’il y a d’étrange dans ce manga, et comme le tout est d’un réalisme assez surprenant. Ce qui paraît comme irréaliste par l’absurdité et la caricature devient limpide quand on essaie de prendre du recul : il y a dans tout cela une part d’enfance, celle de Punpun qui va entrer en puberté, connaître la crise d’adolescence et essayer de s’en sortir dans un environnement plutôt hostile ; il y a cette société complètement brisée, perdue, hermétique, assez malsaine ; il y a ces adultes qui, au lieu d’être les piliers solides vers lesquels les enfants auraient dû pouvoir se tourner, deviennent de fait les éléments dangereux et névrosés dont ils doivent se protéger…

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Pourtant, l’histoire, résumée à son plus simple appareil, paraît anodine : c’est celle d’un jeune garçon, nommé Punpun, qui tombe éperdument amoureux d’Aiko Tanaka, nouvelle arrivée à son école. Punpun a une bande de copains très soudée, qui aime s’amuser comme tous les autres garçons. Comme beaucoup d’enfants de leur âge approchant la puberté, ils s’amusent à chiper les magazines pornos, découvrant leur sexualité – sans néanmoins vraiment la comprendre, ainsi Punpun prenant peur la toute première fois où il éjacule. Comme beaucoup de garçons, Punpun s’invente un refuge pour échapper à la dure réalité, ici sous la forme de Dieu, après que son oncle lui ait enseigné la formule magique pour l’appeler à lui quand il ne peut se tourner vers personne.

C’est aussi l’histoire d’une famille brisée : son père au chômage, alcoolique et violent par moment, qui va fuir le foyer familial après avoir envoyé sa femme à l’hôpital ; sa mère, femme au foyer, égoïste, qui n’aime pas les enfants et n’est pas tendre ; son oncle, Yüichi, sans emploi également, venu emménager chez lui après cette affaire, qui a un penchant trop prononcé pour les femmes.

2_largeCette histoire aurait donc pu être qu’une histoire familiale parmi d’autres où un jeune garçon apprend à grandir dans un environnement aléatoire. Oui, mais Punpun n’est pas un enfant ordinaire : c’est un oiseau, du moins est-ce ainsi que lui et toute sa famille est schématisée par l’auteur. C’est ce qui m’a dérouté en premier. Alors que le dessin est assez réaliste, le personnage central ne l’est pas – et ce, seulement aux yeux des lecteurs, car tout son entourage semble le voir comme n’importe quel enfant.

Ce n’est pas tout: Punpun ne parle pas mais tous le comprennent. Seules quelques pensées sont narrées à la troisième personne – le narrateur omniscient est si rare dans les mangas habituellement. Et dans tout ce silence, beaucoup de choses sont pourtant dites, aiguisant l’attention portée à tout ce monde qui l’entoure, et ce qui renforce aussi la force de la parole. Beaucoup autour de lui parlent, parlent de lui, sur lui, et peu finalement portent véritablement un regard attentif à tout ce qu’il vit, à tous ces changements qui le bouleversent.

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La seconde particularité qui m’a tout d’abord rendu perplexe, ce sont les adultes présents dans le livre. Que ce soit les professeurs, le directeur d’école, l’avocat, ou tous ceux que Punpun et ses amis vont croiser, tous sont d’une telle extravagance, d’une telle bizarrerie, que j’ai cru avoir affaire à deux mangas différents. Pourtant, l’extravagance et l’exagération sont monnaies courantes dans les mangas, mais jamais cela n’a été aussi contrasté que dans Bonne Nuit Punpun – du moins, selon ma propre expérience.

Comme je le disais, Bonne Nuit Punpun est très réaliste, et ce réalisme est particulièrement porté par les enfants, seules figures sensées de l’histoire. Tout en conservant ce qui fait d’eux des enfants, ils surprennent de maturité.

Peut-être finalement, est-ce cela que l’auteur a recherché. Les enfants – à qui on refuse si souvent la parole parce qu’ils ne sont justement que des « enfants » – nous dévoilent le monde vu par eux et nous font partager le regard qu’ils portent sur tous les événements de l’enfance, sur ceux imposés par l’égocentrisme des adultes, et sur l’environnement qui les entoure. Un lieu à la fois d’imagination, de jeux, de partage, mais aussi un champ d’hostilité et de danger, auquel ils ne sont pas toujours – jamais – vraiment préparés et qui leur fait prendre des directions qu’on ne comprend pas toujours.

bonnenuitpunpun1Finalement, qu’est-ce que cela nous montre ? Que face à tout cela, face à leur puberté, leur sexualité naissante, face à la violence, face à l’amour et tous les sentiments nouveaux (positifs et négatifs) qu’il entraîne, face à l’insécurité, les adultes ne sont finalement pas à la hauteur. Les enfants se retrouvent seuls et ne savent plus vers qui se tourner. Vers ces adultes qui leur semblent étranges, absurdes, incompréhensibles et dangereux ? Certainement pas. Et Dieu, cette figure énigmatique prenant ici différentes formes (un homme au grand sourire et à la coupe affro ? un vaisseau ?), est une réponse insuffisant dont ils ne pourront plus se contenter (la perte de la croyance en Dieu est pour Punpun le moment clé où le voile d’innocence de l’enfance se brise). Ils ne restent plus qu’eux-mêmes : les enfants.

Bonne Nuit Punpun tout en racontant l’histoire de ce jeune garçon avançant dans sa vie à tâtons, dresse ainsi un portrait acerbe et presque pessimiste d’une société aux multiples travers. Presque ? Car cette bande d’enfants, en s’épaulant dans leurs aventures, représente quelque part l’espoir que toute nouvelle génération apporte.

Voilà tout ce que je peux dire de ces deux tomes que j’ai vraiment aimés, que ce soit dans cette façon de dire beaucoup de choses sans pour autant utiliser de mots ou même être dans la démonstration, dans les aventures de Punpun et de ses amis que la vie n’épargne pas non plus, ou dans ce choix graphique concernant Punpun, ce qui permet, d’une certaine façon, de prendre de la distance. Finalement, à bien y réfléchir, le fait que Punpun soit à nos yeux à part ne le rend étrange qu’aux premiers abords car, passées les premières pages, ce n’est plus son dessin particulier qui nous saute aux yeux, mais tout ce qui l’entoure.

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