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L’odeur du Minotaure – Marion Richez

L'Odeur du Minotaure

L’odeur du Minotaure
Écritpar Marion Richez
Publié par Sabine Wespieser, 2014
Contemporain


Synopsis :

« De la blessure que lui firent les fils de fer barbelés, alors qu’elle s’élançait, confiante dans un champ où broutaient des vaches, la petite fille n’a gardé qu’une trace sur le bras. Elle qui ne voulait pas grandir a réussi un parcours sans faute. Son enfance terne, sa première histoire d’amour avec un jeune homme aussi rangé qu’elle, elle les a remisées bien loin. Marjorie, après de brillantes études, est devenue la « plume » d’un ministre. Caparaçonnée dans ses certitudes, belle et conquérante, elle se joue des hommes et de son passé.
Mais le numéro qui s’affiche sur l’écran de son téléphone portable tandis qu’elle s’apprête à rejoindre son ministère, elle le reconnaîtrait entre mille, bien qu’elle ne l’ait plus composé depuis longtemps : sa mère l’appelle au chevet de son père mourant. »


Note globale :
6/10


Premier roman de l’auteur, je suis restée un peu perplexe. Même après avoir lu quelques avis glanés ci et là sur les sites de critiques, je garde cette même confusion. Il ne m’a pas semblé d’une complexité insurmontable mais je ne saurai exactement dire ni analyser quel est, au fond, le message de Marion Richez. C’est donc une lecture en demie-teinte, que je vous recommande malgré tout. Je m’explique.

A n’en point douter, « L’odeur du Minotaure » est un texte intéressant, riche, bien écrit ; il s’y dégage quelque chose. Peut-être est-ce dans l’écriture, et le choix judicieux du présent où on est littéralement confronté à la réalité de Marjorie. En un condensé de sa vie (à peine une centaine de pages), elle résume une vie diamétralement opposée d’un bout à l’autre du roman. Peut-être est-ce sa verbe, son franc parlé, le rythme de ses phrases cadencées et percutantes, que l’on sent clairement évoluer, s’intensifier, prendre forme tout le long du récit. Dans tous les cas, il m’est impossible de nier le corps du texte.

Et pour cause, il est dense. Une multitude de thèmes entrecroisées dans ce méli-mélo très confus duquel j’ai bien compris que quelque chose s’expliquait sans tout saisir de la conclusion. Je suis passée littéralement à côté. Un flop d’un plongeoir pourtant très alléchant et plein de promesses. Sûrement, me faudra-t-il le relire un jour, ce que je n’exclue pas, tant je suis certaine d’en sortir enrichie.

Tout ce que j’en ai saisi, c’est qu’il s’agit d’un roman de déconstruction. A plusieurs reprises, Marjorie va déconstruire ce qu’elle aura passé des années à créer. Que ce soit volontaire ou forcée par les événements – la nécessité, l’instinct de survie – elle va chaque fois se défaire de la condition dans laquelle elle se voit enfermée. D’une part, en se libère d’une relation destructrice où elle ne se sentait pas vivre. Ensuite, par la fissure que la mort prochaine de son père va provoquer dans une vie qu’elle contrôle en tout point : sa carrière, ses relations avec les hommes et son passé. Et pour finir, la déconstruction d’elle-même, une troisième partie de ce roman qui m’a le plus perdue.

« Où étais-je alors ? Dans quel recoin de mon corps ou de mon esprit se cachait celle qui était moi ? Je ne me souviens que d’un grand vide. »

Si le récit est dense, il n’est en effet pas aisé à suivre ; il perd en efficacité dans cette confusion dans laquelle s’articulent la narration et les idées. Percutant, il l’est à plusieurs reprises ; j’ai cependant été gênée d’avoir dû à plusieurs reprises relire certains passages pour être certaine de n’avoir rien manqué.

Certains le décrivent comme un récit initiatique, même de métamorphose. Sans être opposée à cette idée – j’ai même tout lieu de leur donner raison – il est vrai que je n’aurais pas su – osé – le dire moi-même, tant j’ai raté cet aspect-là. Et c’est pourtant une façon des plus justes de le décrire. Personnellement, c’est surtout par la transfiguration que j’ai senti les idées se véhiculer mais aussi dans la représentation. Tel le cerf percuté par accident, c’est l’innocence qu’elle tue en même temps qu’elle se remet à vivre, comme un abcès crevé qui l’empêchait d’avancer, de se réaliser.

Car de la déconstruction dont je parlais plus haut, il y a aussi et surtout la notion de renaissance. De cette enfant projetée brutalement dans le rang de femmes, confrontée à une vie brutale sans aucune préparation, c’est par la violence qu’elle s’est libérée et par la violence également que chaque fois elle revit. Certains passages la font paraître à la fois brutale et animale. Et cependant rien n’est plus aisé que de comprendre son évolution, et rien n’est plus dur à la fois. L’analogie au règne animal y est également très présente.

C’est donc une note un peu injuste que je lui offre. Disons que tout à l’intérêt que ce roman offre au lecteur, la confusion générée et la difficulté de son approche me l’ont malgré tout rendu un peu moins bon dans la lecture. Et si, grâce à quelques explications et éclaircissements glanés ci et là, j’en viens à l’apprécier un peu plus, j’aurais mieux aimé être plus sensible à la traduction du symbolisme qu’il renferme par moi-même.

Un livre qu’il me faudra donc relire, très certainement !

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