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Le complexe d'Eden Bellwether – Benjamin Wood

Le complexe d'eden bellwether

Titre – Le complexe d’Eden Bellwether
Auteur – Benjamin Wood
Version – Français, traduit de l’anglais par Renaud Morin
Édition – Zulma, 2014
Genre – Contemporain


Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée du campus, Oscar est attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant de la chapelle de King’s College. Subjugué malgré lui, il ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme capte son attention. Iris n’est autre que la soeur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…


Note globale :

5/10


Les matchsIl est temps de faire le bilan du livre choisi dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de 2014, organisés par PriceMinister. Après de très longues hésitations, notamment dues à la richesse du catalogue de cette rentrée de Septembre, j’ai opté pour un livre qui m’a attiré l’œil dès le premier regard. Il faut dire qu’en tant qu’objet-livre, Le complexe d’Eden Bellwether a de la gueule – excusez-moi de l’expression ! Le synopsis promettant une intrigue sous fond de thème musical, j’étais assez curieuse de voir ce premier roman de Benjamin Wood. Si le roman promet un certain potentiel de l’auteur, il souffre toutefois de lourdeurs et de maladresses qui rendent la lecture non pas désagréable mais bien trop inégale.

• Qualité d’écriture – 2,5/5

La plume est à la hauteur du roman, je dirais, car elle se révèle relativement fluide. Relativement, parce qu’on sent la recherche de l’auteur de son propre style, faisant parfois preuve de maladresses. S’il est certainement appréciable d’y trouver cette recherche, justement, je regrette qu’il n’ait pas opté malgré tout pour plus de simplicité.
Les intentions sont claires et louables, mais je crains ne pas avoir apprécié le rendu. Non qu’il soit particulièrement mauvais, mais j’y ai trouvé des lourdeurs inutiles, des passages qui s’étendaient inutilement, des répétitions…
Finalement, il en ressort une impression de superficialité, mais qui est aussi due par la façon dont l’histoire et les personnages ont été traités. J’ai notamment ressenti par moment l’écriture comme celle d’un écrivain en train de se regarder écrire, ce qui donne souvent lieu à des lourdeurs assez pénibles à lire et qui explique cette relative fluidité.

Originalité du livre – 2/5

J’ai eu du mal à évaluer ce critère car le livre aurait pu être original s’il ne tombait pas si facilement dans les stéréotypes. Il suffit de regarder pour cela le panel de personnages offerts : des étudiants oisifs issus de la bourgeoisie, un peu excentriques, insouciants, extrêmes et orgueilleux d’une part, un aide-soignant sans diplôme, issus de la classe ouvrière, blasé et sans projet d’avenir d’autre part. Certes, ce schéma vu et revu aurait pu être traité de façon originale, être renversé, par exemple. Mais l’auteur s’est calqué aux clichés, à tout ce qu’on attendrait de ce type de personnages. Finalement, il y a les riches qui sont forcément intelligents, cultivés, raffinés – mais qui m’ont semblé être des boîtes creuses prétendant plus qu’ils n’étaient réellement intelligents ou mêmes raffinés.

Il y a réel manque de profondeur des personnages et les descriptions répétitives de l’auteur n’ont pas permis de dépasser la surface policée et surfaite qui les caractérisait. On se demande même pourquoi il s’est entêté à faire de Jane (la petite amie d’Eden) un personnage sensé intelligent mais qui préfère paraître gourde pour une raison qui m’a paru aussi superficiel que le personnage lui-même…
Rien, de fait, ne prouve leur intelligence si ce n’est qu’il les dit intelligent et je n’ai rien vu non plus dans leur manière de raffiné. Parfois, je dirais même le contraire. La plupart des dialogues n’ont que peu d’intérêt et brassent du vent juste « pour faire genre » (une impression qui ne m’a pas lâchée durant tout le roman qui souhaite prétendre à plein de choses sans parvenir à réellement concrétiser quoi que ce soit). Eden qui est sensé être un génie m’a plutôt paru comme un type orgueilleux (ce qu’il est certes) récitant par coeur des bouts d’articles sans rien y comprendre…
Alors, certes, on peut envisager que le jeu des apparences de ces bourgeois qui font comme s’ils étaient encore à la fin du XIXe siècle en plein milieu du XXIe siècle était une intention volontaire. Et pourtant, je n’ai pas non plus l’impression que c’était ce que recherchait l’auteur, si ce n’est à la toute fin du livre avec Théo Bellwether – un des rares moments qui m’a plu.

Le problème, c’est que ces clichés entachent vraiment la qualité de l’histoire qui partait pourtant d’un postulat intéressant. En effet, baser l’intrigue autour de l’effet hypnotique que peut avoir la musique sur les gens était une très bonne idée. Mais celle-ci est noyée par tout le reste du roman qui tourne autour, également, de la rencontre entre Oscar, un gars du « petit monde » avec la bande d’illuminés « raffinés » guidés par la folie des grandeurs d’Eden Bellwether. De fait, les relations qui se tissent entre ces personnages a une place centrale dans l’histoire, et malheureusement, ça n’a pas été, à mon sens, un franc succès.

Peut-être est-ce parce que chaque personnage est trop ancré dans son cliché et parce que l’auteur aime à répéter à longueur des cinq cent pages que ce n’est pas sensé fonctionner, mais je n’ai pas trouvé ces relations tangibles, ou même intéressantes.
Il y a deux contradictions dans les impressions qu’elles m’ont laissées. En premier lieu, j’ai été un peu perplexe, voire carrément perdue, dans la chronologie des rencontres entre Oscar et Iris. Par exemple, lors de leur troisième rencontre, quand Iris parle de son frère à Oscar, j’aurais dit, dans la façon dont les choses sont écrites, que cela faisait des mois qu’ils se connaissaient alors que cela ne faisait tout juste que deux voire trois semaines, sans échanges réguliers. Et cela revient régulièrement dans tout le roman, cette étrange distorsion du temps qui tantôt s’élonge ou se raccourcit selon le besoin de l’auteur.
En second lieu, c’est l’inutilité des trois-quarts des personnages et notamment de cette fameuse bande qui m’a dérangée. Là encore, l’auteur voudrait nous faire ressentir ces relations particulières qui se tissent entre élèves d’un même univers clos qu’est l’université – un peu comme ce qu’on imagine des grandes écoles de commerce. Encore une fois, si l’intention est facilement identifiable, le résultat n’est pas forcément au rendez-vous. Personnellement, si je devine l’ambiance qu’il cherche à instaurer, je n’y ai pas forcément adhéré.

Pour conclure sur cette partie, l’originalité de l’œuvre est dans l’idée de base qu’elle cherche à traiter : la musique et la façon dont celle-ci peut être employée à diverses fins. Mais tous les stéréotypes empêchent sincèrement toute forme d’authenticité qui rendrait l’histoire probable à mes yeux. Au final, s’il y a, parsemé dans tout le roman, des bonnes idées belles et bien présentes, ni l’ambiance ni les personnages ni la relation qui se tisse entre eux ne m’a permis de réellement entrer dans leur univers.

• Plaisir à la lecture – 2/5

Vous l’aurez déjà compris avec tout ce qui précède mais je n’ai pas particulièrement apprécié ma lecture. Pourtant, je ne pourrais pas non plus dire qu’elle s’est révélée pénible – sauf par moments peut-être. Le complexe d’Eden Bellwether aurait mérité d’être allégé de deux cent pages au moins. Il aurait fallu : retirer toutes les longueurs, les passages répétitifs et ennuyeux, et ne se concentrer que sur l’essentiel ; retravailler un style plus aéré et moins dans la recherche de formulations inutilement complexes qui l’alourdissent plus qu’autre chose ; travailler sur les personnages pour faire ressentir leur personnalité plutôt que de vouloir la faire prétendre par quelques mots creux…

Néanmoins, si j’ai malgré tout donné la moyenne à l’ensemble des critères – et à plus forte raison au livre en règle générale – c’est qu’il y a parmi toutes ces maladresses, toutes ces pâles figures qui composent ce petit monde, deux personnages qui m’ont vraiment intrigués et qui s’avèrent les plus construits de l’œuvre.
Il s’agit, ni plus ni moins, du Dr. Paulard et de son ami Herbert Crest. D’ailleurs, l’histoire ne commence réellement à prendre du rythme et à devenir intéressante qu’au moment où ce dernier fait surface : lors de sa rencontre avec le Dr Paulard et, un peu plus tôt, par l’article qu’il a écrit et qu’Eden laisse volontairement en évidence pour qu’Oscar le lise. Ce sont deux personnages qui font preuve d’un peu plus de complexité et de recherche. D’une complexité presque naturelle tant elle rend crédible ces deux amis à la retraite. Le Dr Paulard est touchant dans ses manières un peu brusques, bourrues, réellement maladroites et réservées. Herbert Crest apporte comme une sorte de maturité dans les idées elles-mêmes distillées par l’auteur. Peut-être parce que, contrairement à Eden, il n’y a pas cet étalage de savoir un peu essoufflant qui caractérise Eden. Il n’est pas besoin non plus que l’auteur le dise intelligent – ce que je ne crois pas qu’il ait d’ailleurs fait – pour qu’on le ressente. Et c’est précisément la différence qui le marque vis-à-vis des autres personnages dont ce même qualificatif paraît plus en surface. En sa présence, le roman réussit à prendre forme, à suivre un fil plus construit et à avoir un vrai rythme qui permet de garder son lecteur en haleine, ce qui s’estompe dès qu’il disparaît, comme si l’auteur ne savait pas comment meubler les moments qui séparent ses apparitions.

  • En conclusion

Alors, pour conclure sur cette lecture, je ne dirais pas que Le Complexe d’Eden Bellwether ait été déplaisant. Je ne dirais pas non plus qu’il n’y a rien à tirer de ce livre, qu’il n’y a pas d’aspects positifs, que le style est mauvais. Non, ce dernier est certainement trop poussif, trop maladroit, trop ancré dans sa volonté d’être riche (mais confondant complexité et lourdeur). L’histoire part d’un postulat intéressant et deux personnages du roman en font toute sa richesse. Mais tout le reste, hélas, aurait certainement mérité d’être revu. Il y a des pans entiers du livre qui n’avait pas besoin d’un tel étalage, surtout vis-à-vis du faible apport dans l’intrigue. Le rythme est à ce point saccadé que je ne suis pas parvenue à m’y accrocher.

Après avoir lu beaucoup de très bons avis sur ce livre,, j’ai l’impression d’être complètement passée à côté de cette lecture. C’est peut-être une simple question de goût et de sensibilité, mais quoi qu’il en soit, je ne recommanderai pas forcément Le complexe d’Eden Bellwether comme le livre à lire de cette rentrée littéraire de 2014.


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Un commentaire sur “Le complexe d'Eden Bellwether – Benjamin Wood

    1. Ah non, pas du tout ! C’est étonnant. Après, il n’y a rien de trash, les scènes de sexe sont soft, mais je vois difficilement des jeunes s’ y intéresser et s’ y accrocher jusqu’au bout..
      Je suis peut être mauvaise juge, puisque je n’ai absolument pas aimé contrairement à l’avis général. Mais les thèmes ne sont pas du tout jeunesses!

  1. Je viens de tomber sur ton article (même si je me rends compte qu’il date un peu quand même ^^) C’est pas grave, je réactive les commentaires :p J’avais très envie de lire ce livre, surtout qu’il n’avait eu quasiment que des bonnes critiques et que le titre est intriguant ! Mais bon ton avis m’a un peu refroidie ^^ Je le garderai en tête avant de commencer la lecture, pour ne pas trop déchanter !!

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