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Ô mon George, ma belle maîtresse… – Alfred de Musset, George Sand

Titre : Ô mon George, ma belle maîtresse… – Auteurs : Alfred de Musset, George Sand – Éditions : Folio – Genre : Correspondance

o mon george

« Ah, George, quel amour ! jamais homme n’a aimé comme je t’aime.
Je suis perdu, vois-tu, je suis noyé, inondé d’amour ; je ne sais plus si je vis, si je mange, si je marche, si je respire, si je parle ; je sais que j’aime, je meurs d’amour, d’un amour sans fin, sans nom, insensé, désespéré, perdu, tu es aimée, adorée, idolâtrée jusqu’à mourir ! Et non ! je ne guérirai pas. Et non, je n’essaierai pas de vivre ; et j’aime mieux cela, et mourir en t’aimant vaut mieux que de vivre.
» Alfred de Musset à George Sand, 1er septembre 1834.

Note Globale :

6/10


C’est la première fois que je lis un recueil de correspondance et il y a un aspect indéniable qu’il faut souligner : la proximité que nous ressentons vis-à-vis de ces maîtres de littérature, honorés durant nos cours de français, cités par les auteurs contemporains qui s’en inspirent. A lire cette correspondance très intime – car Alfred de Musset et George Sand furent tantôt parents de cœur, amis et amants – on découvre des facettes insoupçonnées de ces êtres que nous ne connaissons qu’à travers leur plume.

Dans ses lettres, George Sand apparaît comme une femme de caractère – mais on n’en attendait pas moins d’une femme ayant choisi de modifier son nom pour publier ses œuvres malgré les conventions et mœurs de son époque – mais dotée d’une grande sensibilité, d’un caractère doux et passionné, certes plus tempéré et juste que celui d’Alfred de Musset. Ce sont d’ailleurs ses lettres qui m’ont permis de finir « Ô mon George, ma belle maîtresse… » qui autrement m’a, je dois dire, éprouvé.

Alfred de Musset était pour moi un grand poète dont j’appréciais beaucoup les pièces de théâtre (Lorenzaccio, On ne badine pas avec l’amour, Il ne faut jurer de rien…). Sa poésie est belle et il sait, semble-t-il, parler d’amour. Cependant, je ne m’attendais pas à un tel personnage, un tel caractère. Certes, sa passion est touchante, son amour déraisonné est parfois attendrissant. Mais l’égocentrisme qui déborde de ses lettres m’a empêché d’apprécier la prose avec laquelle il s’exprimait. Déclamant son amour, sa souffrance, sans jamais reconnaître le moindre de ses torts à moins de se faire justice lui-même et attiser la compassion, l’image que j’avais du poète s’est brisée. Adieu beaux mots et beaux sentiments, l’être pitoyable et manipulateur que certaines lettres mettent à jour m’ont parfois fait quitter ma lecture avec exaspération et presque de l’écœurement.

En contrepartie, les lettres de George m’ont touchées : non seulement parce que son écriture est belle et caressante, mais parce qu’elle s’y montre toute entière, sincère, blessée, triste, amoureuse, mais forte malgré tout. On peut aisément s’identifier à elle tant la complexité de ses sentiments peuvent faire rebonds à ceux qu’on a pu ressentir soi-même : cette façon charmante, triste aussi, d’être déchirée entre deux partis. L’amour inébranlable qu’elle ressent pour Musset et ce que la raison lui dicte de faire, c’est-à-dire de ne pas céder – ou pas trop – et de garder ses distances.

S’il m’a été aussi difficile de lire leur correspondance, c’est aussi parce que l’émotion est là et leurs mots touchent. Ce sont deux amants qui ne peuvent supporter leur amour, qui se déchirent mutuellement, se heurtent à leur désir, à leur raison, à leur histoire et tentent malgré tout de s’accrocher. Ils savent tous les deux que cette promesse – celle de s’aimer d’amitié, si ce n’est de l’amour, comme deux frères, deux parents, deux amis – est vaine, qu’elle ne peut que leur faire du mal.

C’est donc une histoire d’amour mais aussi l’histoire d’une illusion qui s’évanouit qu’on découvre à travers leurs lettres. Si objectivement cette correspondance est d’une poésie remarquable, je dois cependant dire ne pas en avoir goûté la lecture aussi agréablement que je ne l’espérais. J’ai aimé George Sand, la fragilité qu’on lui découvre, mais aussi un vrai caractère, doté de cœur et de raison, et de la façon dont, quoi qu’il en coûte, elle choisit finalement de faire ce qu’il y avait de mieux pour eux deux. J’ai aussi apprécié la prose d’Alfred de Musset au début des correspondances mais son évolution, celui qu’elles ont fini par révéler, m’a révolté, déçu. Je dois dire qu’après cette lecture, mon avis sur le poète est quelque peu refroidi. Je ne le lirai plus de la même manière…

Un commentaire sur “Ô mon George, ma belle maîtresse… – Alfred de Musset, George Sand

  1. Je ne connaissais pas ce petit ouvrage pourtant j’adore lire tout ce qui touche de près ou de loin George Sand ^^
    Ah je comprends ta déconvenue pour Musset. C’était un sacré numéro celui-là même si il écrit merveilleusement bien <3

    1. Si tu aimes les deux auteurs, tu auras le plaisir d’y retrouver leur style et leurs envolées. Certaines lettres sont vraiment merveilleuses… Cependant, ne connaissant pas du tout cet aspect du poète, cela m’a vraiment dérangé – quelle déception ! 🙂

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