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Livre | Le Prince des fous (La Reine Rouge #1) – Mark Lawrence

Le prince des fous

Titre – Le Prince des fous (La Reine Rouge, Tome 1)
Auteur – Mark Lawrence
Version – Français, traduit de l’anglais (UK) par Claire Kreutzberger
Édition- Bragelonne, 2014
Genre – Fantasy


Note globale :

7/10


Merci tout d’abord aux éditions Bragelonne et à Livraddict pour ce partenariat !


Très curieuse de lire plus de fantasy, j’ai décidé d’en faire ma lecture post-Noël et j’ai eu bien raison car l’histoire se prête très bien pour l’hiver ! Mais si je l’ai globalement bien apprécié, je dirais que ce premier tome de la trilogie (La Reine Rouge) n’est pas égal de bout en bout. Que ce soit dans le style d’écriture, dans la construction des personnages ou dans le scénario, il y a une certaine irrégularité qui fait que ça n’a finalement pas été un coup de cœur. Pourtant cela aurait pu car il y a beaucoup d’aspects positifs au Prince des fous, laissant présager une suite prometteuse (et me donnant envie de lire la première série, quoi que bien plus sombre et un poil trop violente, paraît-il). D’ailleurs, pour ceux qui craindraient de se lancer dans cette trilogie sans avoir lu la précédente Les Terres Brisées, je peux vous rassurer sur ce point : le Prince des Fous se lit très bien même sans n’avoir jamais rien lu de l’auteur !

Tout d’abord, si le style n’est pas toujours égal, il n’en reste pas moins appréciable. Pas de grandes envolée lyriques certes, mais l’auteur parvient à colorer son texte de l’atmosphère et de son univers si bien que je me suis aisément plongée dans les Terres Brisées, que ce soit au sein du décor décrit par l’auteur, mais aussi de la culture locale et des personnages très clairement identifiés. L’auteur arrive donc sans trop de mal à donner une certaine consistance à son monde, à nous y inviter et à nous emporter avec lui dans son aventure.

Le livre de fait est assez rapide à lire, la fluidité d’écriture, mais aussi de l’action y aidant beaucoup. Si on pourrait lui reprocher une linéarité (car il s’agit finalement que d’atteindre une seule destination déterminée dès le début du roman) je n’ai pas trouvé cela particulièrement gênant. Il faut dire que je m’intéressais plus particulièrement au fond de l’intrigue, mais aussi à l’univers en lui-même.

J’ai apprécié le fait que la Terre Brisée soit une sorte d’alternative à notre propre Terre, avec pas mal de ressemblance (par exemple, une mythologie et des croyances fortement similaires). Cela facilite d’autant plus une novice comme moi de se plonger dans un univers de fantasy. Mais je regrette qu’il y ait trop de points de comparaisons avec la saga du Trône de Fer de George R. R. Martin, non seulement de par l’armée de morts vivants venant (justement) des terres enneigées que par certains aspects politiques.

Par ailleurs, je ne suis pas si certaine de la façon dont il faut interpréter le titre de ce premier tome. J’ai dû louper quelque chose, car je ne vois pas exactement à quoi fait référence ce dernier. La seule possibilité que j’entrevois actuellement et dans l’hypothèse où elle désigne le prince Jal, 10e héritier de la Reine Rouge, c’est qu’il fait référence au pion d’un jeu d’échec que serait justement ce dernier, comme l’intrigue le laisse un peu penser. Si vous avez lu ce livre et que vous savez (ou que vous avez votre propre idée sur) ce que le titre désigne exactement, n’hésitez pas à me le dire ! Car dans le cas où je ne me tromperais pas, la comparaison avec le Trône de Fer n’en deviendrait alors que plus pertinente…

Quoi qu’il en soit, malgré cet aspect moins original, pourrait-on dire, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas de longueurs dans le livre. Au contraire, j’aurais presque aimé que l’auteur s’attarde encore plus sur certains détails de son univers. Parfois, j’ai eu la sensation de manquer d’informations – mais sans pour autant que j’en sois gênée dans ma compréhension de l’intrigue et de l’histoire – peut-être notamment parce qu’il s’agit d’une seconde série et que l’auteur n’a pas souhaité se répéter. J’aurais aimé certains approfondissements sur les événements passés, sur la relation entre certains pays et certains personnages, etc. Preuve s’il en est que l’univers m’a réellement intrigué !

 Un autre bon point du livre est son narrateur : Jal, un prince et dixième héritier de la couronne. Autant dire qu’il sait pertinemment ne pas avoir grand-chose à attendre de son titre, si ce n’est tout le confort d’une vie oisive. Et Jal ne se prive pas d’abuser de ses richesses (qu’il a d’ailleurs dilapidées depuis longtemps) : coureur de jupons, poltron confondu par un sacré coup de chance pour un héros de guerre, il est surtout un accro aux jeux et aux paris. Endetté jusqu’au cou, il serait mort s’il n’avait pas croisé le chemin de Snorri, prisonnier libéré par la Reine Rouge en échange de son témoignage sur les agissements du Roi Mort.

Sans entrer dans les détails, un événement va forcer Jal à accompagner Snorri dans sa quête jusqu’à ses contrées glacées. Le fait que Jal soit notre narrateur nous permet de littéralement plonger dans l’histoire et de saisir très rapidement son caractère égoïste de poltron orgueilleux de prince trop bien logé, d’autant plus que celui-ci est renforcé par le caractère diamétralement opposé de Snorri.

J’ai trouvé que cela offrait l’opportunité de scènes croustillantes, même très amusantes, lorsque les deux caractères entrent en conflit et que les deux instincts tirent vers des sens opposés. Sans compter que lire un roman suivant un point de vue d’un personnage voué (normalement) à être antipathique est intriguant. Malheureusement, ce n’est pas aussi bien mené du début à la fin du roman. En réalité, l’auteur est tombé dans son propre piège. Jal en est le parfait exemple, d’autant plus que c’est lui qui narre l’histoire :

1) Un des problèmes vient de ce même fait : en voulant se raconter, Jal passe trop de temps à répéter qu’il est couard et que c’est ainsi qu’un lâche agira dans sa situation pour que cela soit tout à fait crédible. Cela n’aurait pas été le même problème si le narrateur n’était pas le prince lui-même. Un narrateur omniscient et un personnage ne peuvent raconter la même chose de la même manière. Si le narrateur externe décrit la scène, même en toute conscience des pensées du personnage, ce dernier ne saurait relater les mêmes faits avec la même distance que le narrateur externe. Sa lâcheté n’est pas tant quelque chose qu’il passerait chaque instant de sa vie à se répéter dans sa tête mais elle se démontrerait clairement dans ses actes : dans les mouvements de reculs, dans les hésitations, dans les choix faits… Ce que nous aurions très bien pu interpréter sans qu’on ne nous l’écrive noir sur blanc – cela aurait été d’autant plus pertinent, non ? A se répéter ainsi, Jal semble alors plus se persuader de sa propre couardise plutôt qu’il ne démontre l’être…

2) Et c’est justement là où le second problème survient : car en souhaitant, au fil du roman, donner de la nuance à son personnage, à le montrer meilleur que sa première description ne le disait, l’auteur le rend un peu mielleux. Et finalement, tout l’attrait du personnage – car il était vraiment intéressant de se plonger dans un roman raconté par un couard ! – s’estompe quand celui-ci adopte un tout autre aspect, plus héroïque (mais un héros qui apparaît alors plus quelconque).

Snorri également souffre un peu du même problème certes inversé, étant donné qu’il est présenté comme un viking au courage, à la loyauté envers les siens et aux principales louables. Néanmoins, la nuance avec Jal vient du fait qu’il finit par souffrir plutôt d’un certain stéréotype et ce sera d’autant plus flagrant pour les autres vikings présents dans le roman, et pas tellement d’un réel renversement de sa personnalité – sur ce point, l’auteur a réussi à garder le cap.

C’est un peu dommage finalement parce qu’à la première moitié du livre, les personnages étaient assez intéressants et suffisamment bien construits ainsi pour nous donner envie de les suivre. Certes, cette évolution était un fait désiré par l’auteur (non pas de tomber dans le stéréotype mais d’apporter à ses personnages une nuance) et c’est même une intention intéressante. Mais faute d’avoir réussi à trouver le juste milieu, le roman devient sur ce point également un peu inégal sur sa seconde moitié. Sur ce point il manque sans doute d’un peu de justesse.

Pour ceux qui s’inquiètent comme moi des univers trop violents, Le Prince des fous est finalement un premier tome assez léger, les scènes violentes sont bien décrites, mais la violence n’est pas débordante ni insoutenable. Même les descriptions les plus sanglantes ne tombent pas dans le gore ou dans la surenchère, point que j’ai notamment beaucoup apprécié, n’aimant pas particulièrement les détails qui retournent l’estomac.

Pour résumer, le point fort de ce roman vient de l’univers et de l’atmosphère qu’il se dégage et que l’auteur a réellement réussi à retranscrire. On est littéralement plongé dans son univers qu’on arrive très bien à s’imaginer. Les personnages sont malgré tout attachants et l’intrigue est bien gérée. C’est-à-dire que Mark Lawrence est parvenu à raconter une première étape de son récit en laissant aux lecteurs plein de questions sur la véritable intrigue de l’histoire tout en lui accordant suffisamment d’indices pour nourrir sa curiosité. Les défauts énoncés font que le roman paraît inégal, mais ne sont pas non plus bloquants et pourraient très bien être évincés par la suite. De fait, j’ai plutôt hâte de m’attaquer au second tome quand il sortira et je pense également me procurer (quand je le pourrais) la première série. Affaire très certainement à suivre !

Un commentaire sur “Livre | Le Prince des fous (La Reine Rouge #1) – Mark Lawrence

  1. Bon, il ne me fait pas des masses envie… Et puis après avoir lu ta chronique, ce n’est toujours pas ça alors je vais passer mon tour 😀
    En plus, si ça ressemble à GRR Martin, autant continuer le Trône de fer au lieu de démarrer une autre saga !

    Bon sur ce, je vais arrêter de ma plaindre ^^ Tu noteras la grande utilité de mon commentaire hein !
    Je t fais plein de bises Lusio =)

    1. hahaha je l’ai bien aimé, pourtant, mais c’est vrai qu’il n’est pas excellent.
      Mais comme je lis peu ce genre et que Le trône de fer est trop dense (long) pour me tenir en haleine, c’est finalement ce qui me convient le plus. 😀

      Pas grave, j’aime toujours avoir ton retour ! des grosses bises !! 🙂

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