Chroniques Livres

Divergente, tome 1 – Veronica Roth

divergente

Divergente, #1
Ecrit par Véronica Roth
Publié par HarperCollins (Ebook) en 2011
Roman Science-fiction Dystopie Young Adult


« Dans le Chicago dystopique de Béatrice, la société est divisée en cinq factions, chacune dédiée à la culture d’une vertu : les Sincères, les Altruistes, les Audacieux, les Fraternels, et les Erudits. Sur un jour désigné de chaque année, tous les adolescents âgés de seize ans doivent choisir la faction à laquelle ils consacreront le reste de leur vie. Pour Béatrice, la décision est entre rester avec sa famille et être qui elle est, les deux sont incompatibles. Alors, elle fait un choix qui surprend tout le monde, y compris elle-même.

Mais Tris a aussi un secret, celui qu’elle a caché à tout le monde parce qu’elle a été averti qu’il peut signifier la mort. Et comme elle découvre un conflit croissant qui menace de percer cette société en apparence parfaite, elle apprend aussi que son secret pourrait l’aider à sauver ceux qu’elle aime. . . ou pourrait la détruire.« 


Note Globale :

5/10


Ayant un peu quitté le rayon jeunesse depuis ma mésaventure avec la saga Twilight, et malgré un rapide essai avec Hunger Games l’année passée, j’étais un peu dépassée par toutes les nouvelles sorties, aussi suis-je passée à côté du phénomène Divergente. Je ne l’ai connu que grâce à la récente adaptation de Neil Burger du premier volet. J’ai donc vu le film et apprécié l’univers et notamment la dystopie, qui n’est pas sans évoquer rapidement Le meilleur des mondes. Ayant la volonté de me remettre à lire en anglais, je me suis dit que ce serait une très bonne occasion de combiner cet objectif à un nouvel essai dans la littérature jeunesse. L’ebook dans mon téléphone, je me suis donc empressée de l’entamer.

En conclusion de ma lecture, je dirais que Divergente (Divergent en anglais) est idéal pour se (re)mettre à lire dans la langue originale. La lecture est agréable et fluide car le vocabulaire employé est très simple. Cependant, le style d’écriture n’a rien d’extraordinaire et ne possède aucune touche particulière qui le rendrait reconnaissable – il aurait pu être écrit par n’importe qui. Il n’y a finalement que peu de recherche dans l’écriture si bien qu’il en ressort un manque de personnalité desservant à mon avis un peu l’histoire et l’univers.

Je regrette également que cette simplicité ait amené l’auteur à n’utiliser qu’un effet de style. Combien de fois s’est répétée dans les chapitres la phrase suivante (avec quelques variantes) : « I am not Dauntless. I am not Abnegation. I am Divergente. » ? La première fois, cela fait son effet ; la seconde fois, on se dit que Tris avait besoin de se le répéter pour bien l’intégrer, car il est aussi facile d’oublier, en évoluant parmi les Audacieux (Dauntless), qu’elle n’appartient à cette faction qu’en partie – certes ; mais les fois suivantes, cela ne sert ni l’histoire ni le texte, c’est juste un peu dommage.

Quant à parler de l’histoire, de l’univers et des personnages, mon avis sur le premier tome est mitigé. J’apprécie la dystopie, le principe des cinq factions dans lesquelles chaque personne est distribuée et doit se conformer aux principes et aux règles ; j’apprécie que l’auteur prenne le temps de décrire l’initiation dans la faction des Audacieux ; les personnages ayant choisi d’être transféré dans une autre faction que celle où ils sont nés se révèlent aussi intéressants car, malgré le fait qu’une faction est sensée n’être dominée que par un unique trait de caractère, ceux-ci gardent le réflexe de leur ancienne faction (ainsi Christina qui ne peut s’empêcher de dire ce qu’elle pense à voix haute, ayant grandi dans la faction des « Sincères »).

Malgré cela, je n’ai pas été exaltée par le récit. Je n’ai pas ressenti cet empressement de terminer le livre que je peux éprouver dans mes lectures. Si Tris est un personnage au début intéressant, même un peu attachant, qui laisse entrevoir quelques faiblesses, elle s’approche très vite et dangereusement de la Mary Sue. Pour ceux qui ignorent ce que veut dire ce terme, la Mary Sue est un personnage féminin qui a des caractéristiques la rendant trop parfaite ou même tout simplement « idéale ».

Alors qu’au début, l’auteur essaie de dresser un portrait d’une fille ordinaire, qui a ses rêves, ses faiblesses, ses questionnements, cela devient vite un contraste dérangeant quand l’héroïne, d’une fille fragile, incertaine, pas très jolie (son défaut : son nez), plus faible que les autres, va devenir en l’espace de quatre cent pages (et de quelques jours dans l’histoire) une héroïne endurcie, farouche et très forte dans tous les domaines, tant physiques que psychiques. Alors, certes, elle a l’avantage d’être une Divergente, c’est-à-dire que, contrairement à tous ses camarades, elle n’est pas déterminée par un seul trait de caractère (ou vertu ?) : elle est à la fois audacieuse, érudite et altruiste, ce qui la rend bien moins malléable et prévisible que ses compères et justifiant les craintes des autorités présentes. Mais personnellement, son évolution manque cruellement de nuance pour rendre Tris aussi complexe que l’entendrait normalement son statut de Divergente.

Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas les personnages forts, au contraire. Cependant, je ne pense pas que ceux-ci soient forcément synonyme de perfection/d’idéalisation : on l’a bien vu dansHarry Potter avec Hermione Granger (en particulier) et Ginny Weasley. Quelque part, je pourrais presque citer Katniss Everdeen. Toutes trois sont des personnages forts dans leur évolution ; ce qui n’empêche pas d’avoir leurs défauts. Katniss par exemple a beau être douée à l’arc, être devenue une fille forte et vaillante qui a bon cœur,elle a aussi un caractère égoïste, emporté, agaçant, ce qui me la rend quelque part antipathique – mais c’est aussi ce qui la rend crédible, intéressante, tangible. Tris ? Elle, elle manque de cette personnalité, justement. De ce petit quelque chose, ce petit plus, qui la rendrait attachante, agaçante, touchante, que sais-je ? Là, elle ne m’émeut d’aucune manière et c’est ce qui m’a un peu dérouté dans la lecture.

Au contraire d’elle, j’ai apprécié Christina et Will qui, sans être des divergents, ont un trait de personnalité plus marqué curieusement. Alors qu’ils devraient entrer plus aisément que Tris dans le moule des Audacieux, ils présentent des personnalités plus complexes, plus nuancés que l’héroïne. Par exemple, la jalousie éprouvée par Christina face aux quelques succès de Tris : le fait qu’elle va prendre le drapeau de force et la façon dont elle perçoit mal la soudaine évolution de son amie dans le placement. Cette sorte de dualité entre la jalousie quand Tris semble forte et le besoin de protéger son amie quand celle-ci semble le nécessiter. Je suis donc plus intéressée de découvrir ce qui va lui arriver à elle, plutôt qu’à l’héroïne. Curieux, non ?

Si, comme je le disais plus haut, la phase d’entraînement est intéressante, je trouve qu’elle prend ici beaucoup trop de place. Je ne dis pas que le stage d’initiation qui est sensé entraîner et sélectionner les nouveaux Audacieux ne méritait pas d’être développé. Mais quand on compare cette période un peu creuse, finalement, à toute l’action des cent dernières pages – lesquelles introduisent en réalité toute l’intrigue de la saga – les trois cent pages d’entraînement, de torture et d’introspection semblent alors démesurées.

Cette contrebalance a fait qu’on bascule au bout du dernier quart du livre dans un rythme effréné qui présente une rupture radicale et surprenante vis-à-vis de tout ce qui a précédé. Certes il est évident que le rythme allait accélérer au vue des événements ; cependant, cette accélération manquait d’espace pour laisser le temps au lecteur de saisir l’ampleur de ce qui se produit dans l’histoire. La mort des personnages principaux ne m’a que peu émue tant elle ne prend aucune place dans le récit. Autant je déteste les jérémiades trop prolongées dans les livres et les films, où on essaie vainement d’écrire l’émotion (par des jeux de styles trop lourds ou dans les films par une musique larmoyante), autant l’auteur ici n’a même pas essayé de le faire. Untel est mort, c’est un peu triste, mais voilà, il est mort. Point… What’s next ?

Et c’est ce que je trouve le plus dommage dans le livre. Finalement, on dirait que dans ce premier tome, Véronica Roth a voulu instaurer pas mal de principes, de personnages, etc. sans jamais réellement approfondir aucun, comme si elle avait été débordée elle-même par l’ampleur de ce qu’elle concevait. Si l’écriture simple et peu recherché aurait pu être justifiée du fait qu’il s’agit des pensées d’une adolescente en train de se construire, celle-ci finalement est un peu mécanique. Même sa romance avec Tobias, un personnage qui aurait pu être doublement plus intéressant, n’a que peu d’intérêt – il devient l’amoureux, petit-ami, cliché digne d’un shojo : ténébreux, sombre et mystérieux au début pour finir en un amoureux transi qui clame son amour comme s’il était une fillette de 14 ans – un fantasme qui perd vite de son goût quand il devient trop mielleux. Et les quelques amis qui entourent Tris ne sont qu’à moitié construits, si bien qu’ils sont attrayants mais un peu vides.

Alors que tout le récit tourne autour du principe de « Divergence », je me rends compte finalement que Véronica Roth ne développe pas tant tout ce que cela sous-entend. Certes, on comprend qu’il y a cinq factions, que celles-ci ne prônent qu’une seule et simple vertu, que chaque personne est sensée ne pouvoir correspondre qu’à l’une d’elle, et que cela rend chacun plus malléable. Quand ce n’est pas le cas, on est donc « divergent » car notre esprit est plus complexe. Certes. Mais il va falloir que la suite de la saga m’explique comment ce futur-là a-t-il pu être possible, pourquoi ces cinq vertus précisément ont été retenues, les sans factions ne sont-ils pas des divergents puisqu’ils n’entrent pas dans le moule non plus ?, etc. Et pourquoi la faction Altruisme et la faction Fraternité n’en font pas qu’une ?

J’ai pourtant été transportée par les cent cinquante premières pages et il y a des points positifs parsemés dans tout le livre mais celui-ci est beaucoup trop inégal et se noie dans tous les défauts cités au-dessus. Après l’avoir lu, j’ai surtout la sensation d’un travail prometteur mais bâclé, qui aurait mérité un nouveau travail de rééquilibrage. Espérons que le tome 2 exploitera mieux le potentiel du premier volet.


Le film VS le livre

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Une petite note rapide sur l’opposition du livre et de son adaptation (attention dans cette section, il y a des spoilers pour ceux qui n’ont ni lu ni vu le premier volet) :

Infos sur le film sur Senscritique. – Note Globale du film : 6/10


Ayant vu le film avant le livre, il m’est difficile de vous dire si le film est tel que j’aurais imaginé le livre. Il serait intéressant de débattre sur le meilleur moment de voir un film adapté d’un roman, mais pour faire court, il faut admettre que l’avoir vu préalablement à la lecture a fait que les acteurs semblent très bien correspondre au personnage – évidemment, puisqu’ils me viennent à l’esprit quand je lis les descriptions. Donc, je ne vous dirai pas si j’ai imaginé Tris ou Tobias ou Christina (puisque c’est mon personnage préféré de ce premier volet, vous l’aurez peut-être compris) comme ils ont été interprétés dans le film. (Mais je veux bien admettre que j’ai assez apprécié l’acteur jouant Tobias… Sans doute mon côté fleur bleue.) Pourtant, je dois reconnaître que l’adaptation a été plutôt bien réussi – non vraiment bien réussi.

Je l’ai même préféré au livre, quelque part. Bon nombre des défauts dont j’ai parlés dans ma chronique sont moins apparents dans le film. Bien évidemment, deux heures qui condensent quatre cent pages entraînent forcément un rajustement nécessaire, mais justement, ce rajustement est pour moi l’équilibrage qui manque en partie dans le livre. Alors, oui, le film suit assez bien le schéma du livre, les mêmes étapes sont présentes. Mais cependant, j’ai trouvé que le rythme était plus égal dans le film que dans le livre. Alors qu’il y a beaucoup moins d’introspection, l’émotion était beaucoup plus présente à l’écran – et pourtant, je n’ai jamais éprouvé de difficulté à me projeter dans les livres et à ressentir les palpitations suscitées par l’émotion présente dans ceux-ci. Et cela n’a pas demandé trop d’effort ou d’artifice (bien qu’évidemment la musique aide toujours). Par exemple, alors que dans le livre la mort de sa mère prend une page tout au plus avant que Béatrice ne passe à autre chose (et trois phrases avant que son père et son frère encaissent l’information), le film laisse au même la place aux pleurs de Tris quand sa mère succombe. Ce n’est pas grand chose, ça ne dure pas deux minutes, mais cet arrêt sur image, cet instant posé dans le le feu de l’action apporte une pause nécessaire à l’émotion. Bon, je ne dirais pas non plus que j’ai versé ma larme…

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Dans les deux cent premières pages du livre, j’ai pensé que l’avantage de celui-ci vis-à-vis du film est que Tris semblait plus nuancée, plus fragile, pourtant la tendance s’est très vite inversée. Même si l’aspect Mary Sue est quand même un peu présente dans le film, elle l’est beaucoup moins que dans le livre. Les obstacles que Tris rencontrent semblent plus difficilement surmontés dans le film que dans le livre : ainsi la lutte contre Tobias, ainsi le test dans les simulations…

Mais évidemment, apprécier un film et un livre, même basé sur une seule histoire, est différent. Le film manque un peu de l’introspection présente dans le livre et l’introspection présente dans ce dernier est peut-être un peu trop étouffante et répétitive… Les deux finalement se complètent assez bien : le film apportant l’émotion, la justesse dans le rythme ; le livre mettant plus accès sur le développement d’une adolescente obligée de survivre dans un milieu hostile et oppressant.

Un bon combo, mais regrettable cela dit quand il s’agit de les prendre séparément.

Affaire à suivre.

Un commentaire sur “Divergente, tome 1 – Veronica Roth

  1. je n’ai toujours pas vu le film et je crois que celui ci je ne le verrais jamais ^^ Cependant, le livre je l’ai lu et je comprends ton ressenti. Après c’est le premier roman de Veronica Roth si je ne me trompe pas. Certainement des maladresses de débutant =) Après, je n’aurais jamais fait le rapprochement entre Le Meilleur des Mondes d’Huxley ! Dans quel sens trouves tu que ces deux univers se ressemblent ? Je l’avais lu pour me détendre perso, et ça avait bien rempli son job donc j’en garde un bon souvenir mais je n’ai toujours pas lu la suite … Un jour peut être (ou pas XD )

    1. Je l’ai vu avant le livre et ça a aidé – mais je le trouve assez bien réussi, comme je l’ai dit dans mon article. Même meilleur que le livre sur certains aspects… ^^

      Oui, j’ai bien vu que c’était son premier roman et je peux concevoir qu’une première œuvre est toujours sujette à certains défauts – c’est pourquoi je me laisse encore la possibilité d’être agréablement surprise par la suite.

      Le rapprochement avec le meilleur des mondes est assez rapide et superficiel – je n’ai plus vraiment de souvenir de ma lecture (il faut que je remédie à ça d’ailleurs !). Les similitudes sont surtout dans le fait que ce soit une dystopie, une société post-apocalyptique dans laquelle chaque personne est prédéterminée dans une caste (ici une faction) à l’exception d’une classe de sauvages (ici les Sans Factions) qui n’entrent pas dans le moule…
      Et puis, c’est quand même l’un des précurseurs du genre.

      En tout cas, si tu lis la suite et la chroniques, j’irai te lire ! 😀

  2. Oulaa je vois que ton avis est très mitigé sur le tome 1 ! Bizarrement, moi c’est justement toute la phase d’initiation qui m’avait plu ! Je suis quand même d’accord sur le fait que le livre n’est pas très bien équilibré puisque toute l’action est très concentrée et je ne peux que te rejoindre sur l’enchaînement trop rapide (et donc peu crédible) après la mort des parents. C’est vrai que le livre manque parfois de finesse (comme tu le dis pour l’adaptation de Tris à sa nouvelle faction), mais l’histoire m’a plu globalement et c’est ce que j’ai retenu ! Pour ce qui est de la personnalité de Tris, je trouve qu’elle gagne en profondeur au fur et à mesure des tomes.

    1. J’aimais beaucoup la phase d’initiation mais comme elle prend tout le roman par rapport à ce qui se passe à la fin du livre, c’est en effet déséquilibré,. En tout cas, la jeunesse de l’auteure se sentait dans ce tome, je suis ravie d’apprendre que ça va en s’améliorant par la suite 🙂 !

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