Bilans Mensuels

Lecture| Mois d'Avril 2014

Après de longues hésitations sur le format de ces bilans mensuels, j’ai décidé de rattraper les derniers mois dont je n’ai pas chroniqués les livres sur ce blog de la même façon que je l’ai fait pour les premiers.

Au menu de ce mois, uniquement deux livres, mais deux livres intenses et sublimes :

lecture_avril


Les nuits blanches

Les nuits Blanches de Fédor Dostoïevski, publié aux éditions Babel (Actes Sud) et traduit du russe par André Markowicz

« Les Nuits blanches, c’est d’abord un vrai roman d’amour. Un jeune homme solitaire et romanesque rencontre, une nuit, dans Pétersbourg désert, une jeune fille éplorée. Désespérée par un chagrin d’amour, Nastenka se laissant aller au fantasme du jeune homme, amoureux depuis le premier instant, le berce – et se berce – dans l’illusion d’une flamme naissante. »

Note Globale : 10/10

Avis : Il y a deux raisons qui m’ont poussées à me plonger dans ce livre : la première, c’est qu’il s’agit d’un roman de Fédor Dostoïevski, auteur russe que j’avais préalablement découvert à travers L’Idiot (lire ma chronique) et dont je voulais voir l’écriture appliquée à un autre récit (celle-ci m’avait prise au dépourvu dans ce dernier) ; la seconde, c’est que j’ai vu au début de l’année le merveilleux film de L. Visconti au nom éponyme et qui s’inspire clairement de cette histoire.

Convaincue donc que je lirai un chef d’oeuvre, je n’ai pour ainsi dire pas été déçue. L’écriture, finalement, s’est révélée toute autre que dans L’idiot : elle est belle, poétique, mais cruellement ironique, dressant une histoire d’amour à plusieurs couleurs. Une passion vive et terrible à la fois tant par sa puissance que par sa brève durée (une centaine de pages à peine). Intense, émouvante, elle vous saisit l’espace d’une journée (le temps de lire) et laisse ses traces pour quelque temps encore. Et ce n’est là encore qu’une des couleurs qui habillent ce récit.

Les nuits blanches mériterait une chronique beaucoup plus approfondie que ces quelques mots rappelés du souvenir de ma lecture, chose à laquelle je pense vivement mais que je prévoie pour dans quelques mois, car j’ai encore plusieurs lectures à terminer d’ici là – c’est donc une affaire à suivre… Mais je tenais malgré tout vous en toucher un mot rapide pour vous dire qu’il vous faut absolument vous procurer cet ouvrage, surtout si vous ne connaissez pas cet auteur, vous y verrez sans doute une belle entrée en matière !


le sang des autres

Le sang des autres de Simone de Beauvoir, publié aux éditions Blanches / NRF (Gallimard)

« Les actes que nous appelons nôtres nous échappent aussitôt accomplis ; ils éclatent dans la vie d’autrui sous des figures imprévus. A la suite d’un accident survenu dans sa jeunesse, Jean Blomart a découvert avec horreur le danger caché dans chacun de ses gestes ; il s’est juré de ne plus jamais intervenir dans un destin étranger. Un amour s’offre : il le repousse ; malgré la pression des événements qui se déroulent à travers le monde, il s’abstient de jouer aucun rôle politique ; il espère ainsi ne pas se rendre complice de la fatalité qui pèse sur chaque homme et qui est toujours le fait des autres hommes. Mais il s’aperçoit vite que ses refus l’engagent, autant qu’une action politique. La guerre, la défaite le convainquent que nous pesons toujours sur la terre et qu’il n’y a aucun moyen de nous en évader ; inerte, agissant, même mort, nous existons à travers le monde tout entier. Blomart se résout alors à assumer des responsabilités qui ne peuvent s’éluder ; il n’espère pas que cette décision lui apporte la paix ; un événement douloureux vient lui rappeler que tout acte est violence et tout choix un scandale ; mais il renonce à ses vieux rêves de paix et d’innocence ; il accepte le risque, le doute et même le remords ; il accepte sa condition d’homme. Il choisira, il agira. »

Note globale : 8/10

Avis : Quoi vous dire après un tel résumé (celui présent en quatrième couverture de l’édition Blanche) ? Il me semble déjà assez complet pour vous donner un bon aperçu de ce que vous découvrirez en ouvrant les pages de ce roman historique, d’amour et de conscience politique (je rajouterais presque, humaine).

Après avoir influencé sur la mort d’un proche, Jean Blomart, militant pacifiste et communiste, décide de se retirer de la vie politique et de ne plus risquer de mettre en jeu d’autres vies que la sienne. Il fait la rencontre d’Hélène, une jeune femme qui ne rêve que de se libérer de ses propres entraves et de vivre pleinement une vie épanouissante sans se limiter à ce qui s’offre à elle comme étant de sa condition. Pour autant, Hélène n’a pas la même conscience politique que Jean, elle ne cherche pas à lutter pour les autres, mais pour elle même.

Et tombant follement amoureuse de lui elle cherchera par tous les moyens de le conquérir, de le posséder, de l’aimer. Mais cet amour se buttera au refus catégorique d’un Jean froid, sans être toutefois insensible ou sans cœur. Elle n’est que passion, qu’envie et désir, il reste mesuré, désintéressé et soucieux des autres. Il fait tout pour l’éloigner de lui. Mais pris à revers des événements des années 30 puis de la Seconde Guerre Mondiale, alors que toutes les tentatives de paix ont échoué, leurs deux destins ne peuvent faire autrement que de se croiser, malgré tout.

Et la fatalité contre laquelle il lutte si durement lui rappelle que ne pas agir reste aussi un choix portant à conséquences, conséquences qu’il ne peut maîtriser. S’il n’a pas souhaité la mort de Jacques, et celles d’autres aussi, n’a-t-il pas au fond une part de responsabilité, pour avoir donné envie à Jacques de se joindre au parti ?

Les questionnements posés par Jean Blomart sont autant de réflexion à laquelle le livre invite : il se pose ainsi la question de responsabilité – vis-à-vis de soi-même et des autres, celle de nos actes, de nos actes manqués aussi, et de chacun de nos choix. Le Sang des Autres est un livre poignant, émouvant et terriblement bien écrit – comme toujours. Simone de Beauvoir est décidément une auteur que j’aime énormément, et ce livre m’a encore prouvé qu’elle a beaucoup à m’apprendre.

Un commentaire sur “Lecture| Mois d'Avril 2014

  1. J’aimerais beaucoup lire Les Nuits blanches de Dostoïevski. J’adore aussi cet écrivain. Perso, je l’ai découvert avec Crime et Châtiment mais j’aimerais bien lire aussi l’Idiot. Je ne connaissais pas l’adaptation de Visconti (je note) mais j’avais découvert ce livre aussi à cause d’un adaptation (mais ce n’était pas du cinéma italien, c’était du cinéma indien ^^)

    1. Je t’y encourage vivement, pour les deux !
      J’ai dans ma bibliothèque (et ma PAL) Crime et Châtiment et les Frères Karamazov à lire, mais j’attends d’être dans une période plus propice pour les lire calmement et sérieusement. J’ai aussi récupéré en occasion un essai sur l’auteur « La poétique de Dostoïevski » de Mikhail Bakhtine – cela se révèlera sans doute intéressant pour mieux comprendre l’auteur. Il y a tellement de chose à en dire… 🙂
      Note et vois-le, ce film est ma-gni-fi-que. Moins sombre que le livre, mais il m’a donné des frissons et je suis restée béate longtemps après avoir quitté la salle !
      Et le titre était « Nuits Blanches » aussi ?

      1. Je note le film alors ^^ En plus, il faut que je travail mon italien donc ce sera une bonne excuse pour l’écouter en VO et parfaire ma compréhension orale =)

        Je ne connaissais pas ce livre de Bakhtine mais j’avoue il doit être très instructif (et il semble un peu ardu à lire aussi =) )

        C’est vrai que pour lire Dostoïevski je pense qu’il fait être dans l’humeur de lire de la philosophie =) (enfin pour Crime et Châtiment ^^)

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