Bilans Mensuels

Lectures | Février 2014

Comme pour le mois de Janvier, voici le compte rendu du mois de Février !

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huis clos

« Huis clos » de Jean-Paul Sartre – Éditions Folio – Théâtre

« Garcin : – Le bronze… (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je com prends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent… (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres. »

Note globale : 10/10

Avis : Ah. Sartre. Comme beaucoup, j’ai croisé ce monsieur au lycée, en cours de français, quand un jour, on nous distribua notre ordre de lecture : Les mots, de Jean-Paul Sartre. Roman autobiographique que beaucoup ont détesté. Pour ma part, j’avais adoré la première partie – c’est celle qui m’est restée en mémoire pendant des années – et puis je l’ai relu l’année dernière, et c’est la dernière page que j’ai adoré. Mais ceci n’explique toujours pas pourquoi je m’intéresse encore à Sartre, car certes, Les mots m’ont plu, mais ça ne suffit pas à le justifier. Peut-être est-ce que j’admire Simone de Beauvoir et qu’il n’est pas aisé de ne pas s’interroger sur lui quand il parcourt les pages des mémoires de l’auteur de Tous les hommes sont mortels ? Mais c’est aussi parce que j’ai eu la chance d’aller voir au théâtre du Nord Ouest à Paris la pièce « Huis Clos » et qu’elle m’a percutée de plein fouet, ne me laissant guère la place que de m’exclamer : c’est génial ! Certes, on m’excusera le manque de vocabulaire, mais il y a dans cette pièce quelque chose qui touche au génie. L’enfer, c’est les autres. Comment ne pas éprouver le même sentiment, quand il nous est parfois si difficile de nous détacher du miroir que les autres renvoient de nous-mêmes ? Huis Clos, c’est une montée en puissance qui vous projette au plus loin dans l’introspection de ce qu’on est, de ce que les autres sont, de ce que nous sommes pour nous et vis-à-vis d’eux, de ce que l’enfer peut être. Enfermés à trois dans une unique pièce d’où ils ne peuvent sortir, Garcin, Estelle et Inès s’entrechoquent, se déchirent, se torturent, sans espoir de rédemption. Ils ne sont pas enfermés que physiquement – la porte s’ouvre mais aucun n’ose partir – mais ceux forment pour chacun les chaînes qui les emprisonnent dans le plus terrible des enfers. C’est un texte qu’il faut autant lire que voir : la puissance est différente, mais toujours présente, le texte nous permet de pouvoir s’arrêter, réfléchir, analyser, l’interprétation accentuera le sentiment d’oppression, de malaise, alors que tout semble prêt à exploser. Je suis sortie du théâtre à bout de souffle, j’ai quitté le livre en inspirant bien fort. Un véritable coup de cœur.


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« Les souffrances du jeune Werther » de Johann Wolfgang von Goethe – Éditions Folio Classique – traduit par Bernard Groethuysen – Roman épistolaire

« Un serin vole du miroir, et se perche sur son épaule. « Un nouvel ami », dit-elle, et elle l’attira sur sa main. « Il est destiné à mes petits. Il est si joli ! regardez-le. Quand je lui donne du pain, il bat des ailes, et becquete si gentiment ! Il me baise aussi : voyez. »Lorsqu’elle présenta sa bouche au petit animal, il becqueta dans ses douces lèvres… « Il faut aussi qu’il vous baise », dit-elle, et elle me tendit l’oiseau. Son petit bec passa des lèvres de Charlotte aux miennes, et ses picotements furent comme un souffle précurseur, un avant-goût de jouissance amoureuse… « Il mange aussi dans ma bouche », dit-elle. Je détournai le visage. »

Note globale : 8/10

Avis : Cela fait assez longtemps que j’avais entendu parler de ce livre mais je ne m’étais jamais sentie prête à le lire. Du moins, ce n’était jamais le bon moment. Je crois d’ailleurs qu’il me faudra le relire plusieurs fois encore pour en apprécier toute la teneur, mais globalement, j’en ai gardé une très bonne impression – et plusieurs pages de citations dans mon petit carnet. Nous suivons le passionné Werther à travers des lettres qu’il envoie à son ami, Wilhelm, racontant ses états d’âme, sa rencontre avec Charlotte dont il se prend d’amour, et qui ne l’aimer en retour comme il l’espère. Amour interdit, amour impossible et ravageur, Werther va se perdre dans cette passion vaine, qui le rendra presque fou, au point de vouloir et de se laisser mourir. Nous ne lisons que ses lettres, sans jamais découvrir les réponses de Wilhelm, ce qui, je pense, rend la lecture encore plus intense : c’est comme si Werther s’adressait directement à nous, sans couverture, sans pudeur, ce qui nous rapproche de lui et nous fait ressentir ses états d’âme bien plus que si les réponses, sans doute plus raisonnables et pragmatiques de Wilhelm, nous avaient été dévoilées. Là, nous n’avons d’autre choix que de plonger dans le désespoir grandissant d’une âme abandonnée à un amour brûlant. Il y a aussi la dimension du temps, du temps qui passe entre deux lettres, de l’incertitude de découvrir les nouvelles variations de l’esprit du jeune homme perturbé qui peut passer de hébétude amoureuse à un esprit violent et destructeur. Une lecture qui fut prenante, mais qui nécessiterait d’être renouvelée, je pense, car après deux mois, je ne saurais quoi en dire de plus.

Citations : « Oh ! Qu’est-ce que l’homme, pour qu’il ose se plaindre de lui-même ! Cher ami, je te le promets, je me corrigerai ; je ne veux plus, comme je l’ai toujours fait, savourer jusqu’à la moindre goutte d’amertume que nous envoie le sort. Je jouirais du présent, et le passé sera le passé pour moi. Oui, sans doute, mon ami, tu as raison ; les hommes auraient des peines moins vives si… (…) s’ils n’appliquaient pas toutes leurs forces de leur imagination à renouveler sans cesse le souvenir de leurs maux, au lieu de porter un présent qui ne leur dit rien. »

« Quand nous nous manquons à nous-mêmes, tout nous manque. »


L'idiot Vol 2

« L’Idiot » de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski – Éditions Babel – traduit par André Markowicz – Roman

« D’abord trois hommes sont « embarqués ». Ils ne se connaissent pas. Face à face dans le train de Petersbourg, Rogojine le noiraud et le blond Mychkine, prince à la race abolie, forment un contraste parfait ; bientôt ils s’appelleront « frères » et le seront. Dans la mort. Ou plutôt : auprès de la morte, ayant accompli leur destin, cousu au nom, puis au visage bouleversant de Nastassia Filippovna. Le coryphée est là aussi, sous l’aspect du fonctionnaire Lebedev […]. L’Idiot est une tragédie biblique, un drame coupé d’apologues, commenté par toutes les voix de l’humain concert… MICHEL GUÉRIN (extrait de la lecture)« 

Note globale : 10/10

Avis : Voir ma critique

Un commentaire sur “Lectures | Février 2014

  1. J’ai été tristement déçue par Huit Clos et Les souffrances du jeune Werther justement… Mais bon, l’important que tu te sois plu dans cet amour qui consume le héros, auquel je n’ai pas réussi à accrocher malheureusement !

    1. Dommage qu’ils ne t’aient pas plu ! Surtout pour le théâtre de Sartre, même si je peux évidemment comprendre qu’il ne soit pas de tous les goûts. 😉 Je l’ai d’autant plus apprécié que je venais de voir sa représentation au théâtre. Qu’est-ce qui ne t’a pas plu ?

      Merci de m’avoir fait partager ton avis !

      1. Je suis une grande fan de l’existentialisme est un humanisme et je l’ai lu -deux fois pourtant ! pour voir comment il représentait sa philosophie « à la portée de tous ». Et je l’ai trouvé étrangement vide…
        Enfin… Comme s’il manquait quelque chose, comme s’il manquait tout. Contrairement aux mouches justement !
        Ceci dit, j’ai retrouvé ce que j’aime chez Sartre dans Les chemins de la liberté Tome 1

        1. Je n’ai pas encore lu grand chose de Sartre (à l’exception des Mouches et des Mots), aussi je n’ai pas pu comparer ou faire de rapprochement. D’ailleurs, je ne connais que peu de choses à la philosophie en règle générale…

          Je serai curieuse de livre l’ouvrage dont tu parles et me faire une idée plus précise. 🙂

          Toutefois, c’est la première fois que je lis une œuvre comme celle de Sartre (même si Camus se rapproche un peu sur ce point), où l’homme est placé au centre même du sujet de la pièce, l’homme face à lui-même, l’homme face à un autre homme… et j’ai trouvé cet aspect très intéressant, et la portée du regard qu’on se porte sur nous-mêmes par rapport à celui que nous reflète les autres, plus particulièrement m’a plu.

          Je te rejoins d’ailleurs sur les Mouches que j’ai beaucoup aimé – peut-être aussi parce qu’elle s’inspire des tragédies grecques.

          Je note en tout cas les deux autres lectures. 🙂

          1. Oui ! Tu en sauras plus !
            Eh bien je trouve que Huit Clos prend tout son sens avec Les Justes, comme je trouve Les Justes vides sans Huit Clos…
            Alors, je ne sais pas si mon esprit pervers veut mettre en abîme les deux philosophies existentialistes et leurs maîtres mais bon…
            Les Justes et Huits clos sont loi de me plaire !

            J’ai perdu le tome 2 des chemins de la liberté, il faut que je le rachète et le lise ! pour finir la trilogie 🙂

            Tu m’en diras des nouvelles, je lirais tes avis !!!

          2. Bien sûr, j’en ferai une chronique également ! Mais ça ne risque pas d’arriver vite car j’ai une liste déjà très longue à lire avant.

            Les Justes, cela a été un vrai coup de cœur. L’étranger m’avait réconcilié avec Camus, mais c’est cette pièce de théâtre qui m’a poussé à en acheter le recueil de ses textes sortis chez les éditions Quarto de Gallimard. J’ai hâte d’en lire plus !

          3. Ah en effet ! Tu as vraiment l air d avoir été conquise !
            Dans tous les cas, je suis tes aventures littéraires !
            Régale toi bien avec tout ce que tu ad déjà à dévorer 🙂

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