Chroniques cinéma

The Maze Runner #1 (L'épreuve #1 : Le labyrinthe) – Wes Ball

Affiche_The Maze Runner

Titre – L’épreuve, volet 1 : Le Labyrinthe (The Maze Runner #1)
Réalisateur – Wes Ball
Adapté du roman – The Maze Runner #1 de James Dashner
Genre – Adaptation, Dystopie, Science fiction
Acteurs – Dylan O’Brien, Aml Ameen, Will Poulter, Kaya Scodelario, Thomas Brodie-Sangster, Ki Hong Lee, Blake Cooper (voir détails ici)


Quand Thomas reprend connaissance, il est pris au piège avec un groupe d’autres garçons dans un labyrinthe géant dont le plan est modifié chaque nuit. Il n’a plus aucun souvenir du monde extérieur, à part d’étranges rêves à propos d’une mystérieuse organisation appelée W.C.K.D. En reliant certains fragments de son passé, avec des indices qu’il découvre au sein du labyrinthe, Thomas espère trouver un moyen de s’en échapper.


Note globale :

6/10


Sera-t-elle fidèle ? Les personnages, l’univers, correspondront-ils à notre imaginaire ? Y aura-t-il des raccourcis ? de la réécriture ? On se pose tous les mêmes questions quand on s’apprête à voir une adaptation d’une œuvre qu’on a appréciée : y retrouvera-t-on ce que nous y avions aimé ? De ce point de vue, je n’ai pas toujours approuvé les choix scénaristiques et même le casting ; mais détaché du livre et pris comme n’importe quel film de science-fiction dystopique jeunesse, The Maze Runner est un bon divertissement qui se laisse bien voir. Je m’explique.

Quand je suis allée voir The Maze Runner, j’étais au beau milieu du premier tome ; de fait, j’avais en mémoire un souvenir frais et précis des événements au moins de la première partie. Alors, tandis que Thomas ouvrait les yeux sur son nouveau monde, j’ai très vite fait de constater les différences marquantes du livre et de son adaptation.

Maze Runner (2014)(concept art of Maze)

Tout d’abord, concernant le casting, je dois dire que le livre laisse assez à désirer sur l’aspect physique des personnages et ne donnent pour ainsi que des descriptions assez vagues et schématiques de ces derniers, nous laissant librement les imaginer. De fait, ce n’est pas tant les acteurs choisis (sauf peut-être Newt, dont l’acteur n’est que trop reconnaissable de par ses rôles antérieurs, et m’a paru trop « jeune » vis-à-vis de Thomas dont il est pourtant censé être plus âgé) plutôt que leur jeu qui m’a gêné.

A l’exception de Dylan O’Brien et Thomas Brodie-Sangster (le fameux Newt – quoi que cela dépende des scènes), les autres acteurs sont mauvais, ou encore trop amateurs, on les voit clairement hésiter face à l’écran et ils ont peine à s’imposer. Notamment Aml Ameen (Alby) qui dans le livre a une position forte de leader et qui se retrouve très effacé dans le film.

alby the maze runner

La seconde chose que je reproche au film, c’est le remaniement du scénario et de ses personnages. Pour reprendre l’exemple d’Alby, c’est un personnage ambigu dans le livre, bien plus que Gally qui, dans le film, prend une position bien plus défensive (d’un point de vue collective, puisqu’il chercher à protéger tout le monde par ce qu’il croît être plus sûrs, tandis que dans le livre, il reste plus individualiste). Dans le livre, il est « difficile » (certes, pas tant que cela, le livre manquait de profondeur sur la construction de ses personnages, voir ma précédente chronique) de situer Alby qui tient un rôle de leader plus marqué et plus important que dans le film.

Dans ce dernier, Alby laisse finalement très vite la place à Thomas qui se position dès la moitié du film en tant que leader ; dans le livre, quand bien même Alby se montre faillible (je n’en dis pas plus), il reste le leader dans l’esprit de la fragile communauté qui s’est construite autour de lui. Il n’en reste pas moins que le pilier central par lequel l’unité du microcosme tient debout – une unité qui est capitale pour des adolescents effrayés et qui ont grand besoin de la stabilité et de la figure rassurante de ce pilier. Le film écarte tout de suite ce fait et simplifie d’autant plus les traits de caractère et les rapports sociaux entre les personnages – alors que c’était, je le répète, déjà un certain défaut du livre.

Le labyrinthe attaque des grievers

La seconde partie de ce que je n’ai pas apprécié, c’est le remaniement du scénario qui propose un schéma différent du livre, quand bien même il respecte évidemment l’idée centrale et l’aboutissement final, mais plusieurs choses ont clairement été modifiées. Certaines pour des raisons, je suppose, de spectacle, de limite de temps qui se comprennent et donc se justifient pleinement ; d’autres cependant ne s’expliquent pas ou peu. Ainsi, si on reconnaît la trame principale, le fil conducteur, et les principales étapes, tout le reste est mélangé. Quand on n’a pas lu le livre ou que cela fait longtemps qu’on l’a lu, cela ne pose pas de problème. Mais pour moi qui étais en plein dedans, cela m’a paru curieux. Pourquoi ? Parce que tout simplement, ces remaniements ont rendu le scénario très linéaire. Il l’était déjà, en quelque sorte, dans le livre, mais de façon moins simpliste, moins évident… comment dire ?

Le problème de ces choix, c’est qu’ils amenuisent l’intérêt de certains éléments. Dans ma chronique du livre, je vous expliquais que la présence de la fille n’était pas pleinement justifiée, qu’on avait du mal à voir quel intérêt l’auteur avait eu à imposer sa présence (et inversement, pourquoi il n’y avait eu qu’elle seule à représenter le sexe féminin – sont-elles moins aptes à survivre ?), si ce n’est de créer une situation propice à la romance entre les deux héros. Dans le film, ce problème est d’autant plus exacerbé qu’un élément unissant Thomas à Teresa a été évincé et la question demeure donc d’autant plus grande : pourquoi avoir fait d’elle un élément de l’intrigue ? Rien ne le justifie car elle apporte à l’histoire encore moins qu’elle ne le fait dans le livre.

Teresa et Thomas the maze runner

La fin du film qui ne peut que rappeler à certains un le même revirement que dans beaucoup de dystopies qu’on connaît (Hunger Games, par exemple) et qui est quelque part dommage, me paraît un choix aléatoire, à présent que j’ai lu le livre. Car si celle-ci reprend bien deux éléments du scénario indispensable pour clore ce premier volet, encore une fois le choix scénaristique a certes augmenté l’aspect « grand spectacle » du film, il n’en reste pas moins qu’elle atténue quelque part l’approche relationnelle, psychologique, et même la complexité de l’intrigue de la version proposée dans le livre, et que j’ai de loin préférée. Mais certes, si les producteurs doutaient que The Maze Runner ferait succès parmi le public visé, elle aurait permis de ne pas poursuivre la trilogie sans que la fin ne soit trop proche d’un cliffhanger ou qu’elle ne se rapproche d’une queue de poisson.

Enfin, il y a un troisième aspect que j’ai trouvé personnellement dommage, et je ne sais pas si ç’aura été le cas pour vous/d’autres. Peut-être ai-je un problème de vue qui fait que je vois moins bien dans les scènes d’obscurité – mais quand même, dans un cinéma, je n’ai jamais trop non plus éprouvé de difficulté à voir un film qui soit visuellement sombre. En tout cas, j’ai vraiment, vraiment, vraiment regretté quelques scènes d’action dans le labyrinthe ou tout simplement durant la nuit car je n’y ai pas vu grand-chose. Difficile dans ce cas d’être réellement surprise ou effrayée, car à l’exception du son, j’ai eu un peu de mal à suivre l’action.

le labyrinthe scène obscure grievers thomas

Après tout cela, pourquoi mettre une telle note ? Tout simplement parce qu’une adaptation, à mon sens, se considère d’au moins deux manières : vis-à-vis de l’œuvre originale, d’une part, et de l’autre, en tant que film indépendant. Et dans ce deuxième cas, je dirais que The Maze Runner souffre de toute façon de personnages mal construits, d’un scénario un peu linéaire, de jeu d’acteurs médiocres et de scènes parfois trop sombres pour être « lisibles ». Certes.

Mais d’un autre côté, il faut aussi considérer l’aspect visuel. Le labyrinthe est très bien représenté, ainsi que la clairière (qu’ils appellent en français « bloc » mais je préfère le sens littéral du mot « Glader » décrivant le centre du labyrinthe). Pour rouvrir la parenthèse avec le livre, l’interprétation visuelle du décor est une vraie réussite, à quelques détails près mais clairement dus aux choix scénaristiques. L’immensité du labyrinthe oppresse visuellement tandis que nous sommes placés à hauteur des personnages ; les contre-plongées et plongées vertigineuses servant d’autant plus à augmenter cet effet.

le labyrinthe

Le rythme effréné du livre est également bien présent dans le film et on n’a pas le temps de sentir de longueurs, tant les événements s’enchaînent. Bien évidemment, cela limite également les possibilités du scénario de développer l’univers – et la psychologie des personnages, certes – si bien qu’il est presque dommage que le film ne dure pas plus longtemps ne serait-ce que pour profiter un peu plus de plans saisissants du labyrinthe, mélange d’éléments post-apocalyptiques d’un lieu futuriste, au vue de l’épaisse végétation qui a recouvert les murs blindés aux proportions colossales.

L’ambiance est ainsi réussie et la bande son qui accompagne les scènes très bien choisie. On se retrouve bel et bien plongé dans cette étrange atmosphère, à la fois calme, dans la clairière, et qui paraît alors comme mal placée vue leur situation désespérée, mais tombant rapidement dans une tension inquiétante dès lors que les portes sont franchies et que les personnages pénètrent dans le dédale.

Le labyrinthe ouverture de la box

Je suis donc partagée sur cet avis. D’une part, vis-à-vis du livre, j’ai beaucoup de choses à reprocher au film ; d’autre part, il parvient malgré tout à tenir en haleine le spectateur. Il aurait suffi, en réalité, d’un meilleur casting, d’une luminosité mieux réglée (même si cela aurait été peut-être moins réaliste ?), et de quelques ajustements dans le scénario. Dommage également qu’ils se sont vus obligés de passer par des scènes un peu trop stéréotypées où la caméra et les dialogues insistent bien sur la mort imminente d’un personnage clé vouée à émouvoir le public – et du coup qui fait tomber un peu à plat la surprise, et le pathos.

Le Labyrinthe n’est ainsi pas le film du siècle, et n’est peut-être pas non plus la meilleure adaptation, mais il aura sans doute le mérite de vous donner envie de lire le livre, de vous distraire, et pourquoi pas, de poursuivre l’aventure ? Ç’aurait été un fifty-fifty, mais je dois dire – et je le répète – avoir vraiment aimé l’aspect visuel qui répond parfaitement à ce que j’avais imaginé du lieu, lui offrant ainsi un bon point supplémentaire amplement mérité. Affaire à suivre !


Bande d’annonce

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