Chroniques cinéma

New York Melody – John Carney

New York Melody_affiche

New York Melody
Réalisé par John CARNEY
Interprété par Mark BUFFALO, Keira KNIGHTLEY, Adam LEVINE (en voir plus)
Comédie (musicale), Drame, Romance
2014


« Gretta et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d’autant plus magique pour les deux anglais qu’on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l’idylle voler en éclat quand, aveuglé par la gloire naissante, il va la plaquer pour une carrière solo et… une attachée de presse.
Ses valises prêtes et son billet de retour pour Londres en poche, elle décide de passer une dernière nuit à New York avec son meilleur pote. Ce dernier l’emmène dans un pub, la pousse sur scène et la force à chanter. Dans la salle un producteur s’adonne à sa plus dangereuse passion : l’alcool. Revenu de tout, du succès et de sa gloire passée, amer, rancunier, il a perdu le fil de sa vie,… Et soudain il entend cette voix, découvre cette grâce, ce talent brut et authentique… Une rencontre enchantée qui pourrait finir en chansons… « 


Note Globale :

8/10


J’ai joué de beaucoup de chance avec New York Melody que j’aurais très certainement manqué si on ne m’avait pas fait remarquer qu’il avait été réalisé par John Carney, le réalisateur d’Once – une romance musicale que j’ai particulièrement aimé. Je suis donc allée voir son nouveau film et n’ai été déçue en rien. En utilisant la même recette qui avait fait d’Once un des meilleurs films indépendants de son année, John Carney nous propose une nouvelle histoire rafraichissante, avec une romance nostalgique, et une ambiance musicale très réussie. Au final, je viens de découvrir un nouveau feel good movie à regarder lorsque le moral tombe à plat : New York Melody revigore et fait du bien !

A n’en point douter le film est digne de son aîné : deux êtres blessés chacun par leur passé se rencontrent autour de la musique et vivent une relation temporaire portée par leur passion. John Carney aime raconter ces périodes de transition, ces moments de la vie où tout va mal mais où quelque chose (ici une rencontre) se produit et donne l’occasion de trouver les bonnes prises pour se relever. Il le fait si bien et avec une telle mesure que New York Melody sort du lot. Ce n’est pas une romance américaine comme on en voit à la pelle. Il ne nous raconte pas une belle histoire d’amour, bien que la romance soit présente, par petites touches, par la force des choses. Le réalisateur nous parle de ces rencontres qui marquent et qu’on ne peut oublier.

New York Melody_keira

Gretta et Dan sont deux grands blessés : elle a été trompée et abandonnée par son petit-ami, une star naissante de la musique qu’elle a elle-même portée à travers les chansons qu’elle lui écrivait et pour qui elle a quitté l’Angleterre ; il est devenu un père alcoolique, séparé de sa femme pour qui il éprouve encore des sentiments incertains, et est viré du label qu’il a lui-même créé par son propre associé. Dan rencontre Gretta par hasard, dans un bar, la veille de son départ pour Londres. Invitée de force par son meilleur ami, elle monte sur scène et chante une chanson mélancolique. Le producteur qu’est Dan s’aperçoit du potentiel de la jeune femme et lui propose de signer un contrat et d’enregistrer son premier album.

C’est par cette chanson que le film commence, et elle sera répétée trois à quatre fois. Mais à chaque répétition, elle prend forme, se modifie et on comprend alors l’essence même du film. Alors qu’elle parle de séparation, de solitude, d’abandon, son message est en réalité celui de l’espoir. Comme dans Once, la bande originale du film est une clé de la réussite de ce dernier. L’ambiance musicale nous emporte dans chaque élan que le réalisateur souhaite nous faire prendre. Difficile de rester sur place tant on voudrait se joindre au groupe improvisé.

La séparation de Gretta et de Dave (joué par le chanteur de Maroon 5) n’est pas qu’une séparation d’amour, elle met en relief l’opposition de deux visions de la musique. Celle que représente Gretta qui est artisanale – n’ayant pas de studio, ils décident d’enregistrer dans les rues de New York – et authentique : le plaisir de jouer, de chanter, de se marier avec la musique comme un instant de vie. Celle que représente Dave : l’industrie de la musique qui cherche à trouver le succès commercial du moment, autant par l’image que par un son remixé et dansant. Tout cela étant au détriment de l’essence même de la mélodie et des paroles, pourtant au cœur de la musique.

On se retrouve donc avec deux styles différents qui nous donnent l’impression d’avoir deux bandes originales dans le film. Lost stars en est d’ailleurs l’exemple le plus marquant : cette même chanson sera interprétée par les deux acteurs, et si tout le film met en avant l’authenticité du choix de Greeta de ne pas céder aux exigences d’un label, la version proposée par Dave dans son concert n’est pas non plus présentée comme dénaturée, nous laissant libre choix de notre préférence.

New York Melody nous fait donc vivre les tribulations extatiques du groupe de musique s’étant formé autour de Greeta à travers tout New York. On a envie de se joindre à eux, dans ces décors colorés et joliment cadrés. Le souci esthétique du film est ancré et présente peut-être un paradoxe avec la volonté de créer une histoire prônant l’authenticité de la musique alors que la réalisation manque peut-être d’un brin de spontanéité.

En tout cas, je ne sais pas si c’est l’histoire, les personnages ou la musique qui donne au film toute cette pêche communicante qui nous laisse à la fin un énorme sourire aux lèvres, mais c’est décidément une recette gagnante que John Coltrane maîtrise depuis Once.

Tout en étant plus coloré et plus optimiste encore que Once, New York Melody emprunte indéniablement à son aîné des petites touches similaires : ainsi les deux héros sont tous deux des déçus de l’amour ; ainsi le groupe de musique se forme à même la rue ; ainsi le regard mature des héros sur leur propre relation, ce qui les pousse à ne pas réitérer les mêmes erreurs, quand bien même ils ont eu le choix de le faire. C’est cela notamment que j’aime dans ces deux films : les deux héros auraient pu vivre cette romance pleinement, ils en ont eu envie et l’occasion, mais tous deux ont préféré ne pas faire ce choix, qu’on aurait pu assimiler en partie à à la volonté de fuir leur réalité. Au contraire, ils ont choisi d’assumer entièrement leur vie telle qu’elle est, avec les contraintes qu’elle présente et les possibilités aussi, quand bien même cela signifie de se séparer.

New York Melody_groupe_rue

Si Adam Levine ne m’a pas particulièrement convaincu dans son rôle, j’ai été néanmoins assez surprise du jeu de Keira Knightley. Dans ce rôle, elle a montré un tel naturel qu’elle m’a charmé et m’a fait aimer son personnage. Mark Ruffalo également interprète très bien un Dan un peu looser et borné, bourru mais attendrissant tant ses intentions sont évidentes. Le meilleur ami de Greeta également, joué par James Corden, apporte un brin de légèreté et d’humour qui se prête très bien à l’atmosphère générale du film.

Ainsi, New York Melody est dans la lignée même d’Once, bien qu’il me semble malgré tout plus porté sur l’esthétique que ce dernier, manquant parfois d’un brin de contraste. Si j’ai aimé la bande originale – qui est vraiment très sympathique – je l’ai quand même un peu moins apprécié que celle de Once, plus folk, plus rock, plus acoustique encore. D’autant que je ne suis pas très fan en général de la voix d’Adam Levine (et du style des Maroon 5).

New York Melody est donc un vrai feel good movie, une romance douce, présente sans accaparer tout le film, laissant à ce dernier la liberté de parler d’autres thèmes : ainsi l’amour paternel, ainsi l’amitié, ainsi l’amour de la musique… Il est fortement probable que je me procure le DVD quand il sortira car c’est précisément le genre de film à voir et revoir à chaque fois qu’on se sent un peu découragé. Avant tout, New York Melody rappelle que la fin d’une histoire d’amour et de la vie qu’on a mené vis-à-vis d’elle, c’est également une nouvelle page de notre vie qui commence.


Bande d’annonce

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