Chroniques cinéma

Lucy – Luc Besson

Lucy

Lucy
Réalisé par Luc BESSON
Interprété par Scarlett JOHANSSON, Morgan FREEMAN, Choi MIN-SIK (en voir plus)
Science fiction, Action
2014


« A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.« 


Note Globale :

6/10


Lucy.

J’ai eu du mal à rédiger cette note car j’étais très partagée sur la façon dont je devais l’évaluer. Abandonnons donc l’idée déclamée par Luc Besson sur un film métaphysique et intelligent car c’est justement là où pèche Lucy. Mais si on regarde ce film comme un film d’action et de divertissement, alors éventuellement, la note que j’ai donnée me semble assez juste.

Lucy. Le nom vous parle forcément : c’est celui de la première femme. Utilisant ce parallélisme qui va débuter le film (et le clore), c’est l’idée de base du réalisateur qui veut parler d’évolution. Nous contrôlons aujourd’hui 10% de notre cerveau. Que se passerait-il si une femme – Lucy, donc – en prenait le contrôle à 100% ? Le compte à rebours commence, à l’exception qu’il est cette fois, comme vous vous en doutez, croissant. 10% au départ jusqu’aux fameux 100%.

Le pitch est donné autour des quelques scènes qui relatent une conférence donnée par le personnage de Morgan Freeman – lequel a autant de charisme que d’habitude mais c’est cependant tout ce qu’on aura à voir de lui. Il explique quelles seraient les hypothèses si l’homme pouvait contrôler plus que ces 10% pour conclure qu’à l’heure actuelle personne ne saurait prévoir ce qu’il se passerait s’il atteignait les 100%. Autant dire, Luc Besson nous prévient : il a l’entière liberté d’inventer tout ce qu’il veut à ce propos et compte bien en profiter.

Lucy_débutdefilm

Lucy, donc, est une jeune femme dont on ne saura que très peu de choses : elle serait soi-disant venue étudier en Chine et passerait ses soirées à festoyer dans les bars et les boîtes de nuit. Elle a une colocataire et des parents. Et voilà, c’est Lucy. Sauf que Lucy a fait une mauvaise rencontre et qu’elle se retrouve coincée à devoir délivrer une mallette contenant elle-ne-sait-trop-quoi à un trafiquant – joué par Choï Min-Sik (connu notamment pour son rôle dans Old Boy) – qui n’hésite pas à jouer de la gâchette et à dézinguer tout ce qui l’ennuie quelque peu.

Mais il va utiliser Lucy et plusieurs otages pour transporter sa nouvelle drogue – qu’ils cachent dans leur estomac – et l’importer dans d’autres pays, mais tout ne se passe pas comme prévu. En effet, le sachet que transporte Lucy dans son estomac va s’ouvrir et se mélanger à son organisme, faisant évoluer celle-ci et lui donner accès à une part de plus en plus importante de son cerveau. A partir de là, tout va s’accélérer. Lucy va faire des recherches et prendre contact avec le professeur Norman (Morgan Freeman) pour lui avouer son secret et lui demander de la rencontrer alors qu’elle est poursuivie par les trafiquants et qu’elle doit récupérer le reste de la drogue.

Nous voilà donc plongés pleinement dans un film d’action et de science-fiction, dans un univers coloré et détraqué au possible. L’ambiance du film nous rappelle vaguement le Cinquième Élément, Nikita, ou encore Taxi dans ses courses poursuites. La bande originale, produite par Eric Serra, rythme la cadence du film qui enchaîne les scènes d’actions bourrins en faisant valoir une super-héroïne super-puissante super-classe super-sexy dans ces fameuses scènes où le personnage avance dans des couloirs interminables avec dans le regard cette fameuse soif de vengeance sanglante et… bref, vous voyez le tableau.

Lucy_mastodonte

Lucy ne peut pas se prendre au sérieux vis-à-vis de l’introduction qu’en fait le réalisateur. Son personnage devient rapidement un mastodonte de plus en plus puissant qui n’a quasiment aucun caractère, aucune profondeur et aucune existence véritable – à l’exception d’une seule scène où Lucy va appeler sa mère pour lui dire adieu en larmes, sans doute la seule émotion réelle du film. Lucy est devenue méga intelligente, mais c’est surtout son corps et ses pouvoirs psychiques (technologiques ?) sans limites dont elle fera preuve/usage. Quant à l’émotion… Et bien, visiblement, ce n’est pas le cerveau qui le contrôle.

Le parallélisme avec Three of Life de Tarence Malik est évident – et bien sûr qu’à côté de ce film, les maigres métaphores proposées par Luc Besson semblent immatures et faciles. Certes. Mais au moins elles parleront à d’autres qu’à lui-même, ce qu’on ne peut pas forcément dire de Malik… Il n’en reste pas moins que certaines séquences sont quand même visuellement réussies et qu’il y a des idées.

Le film a clairement un côté immature. J’ai beau essayé de l’envisager autrement, je ne peux pas dire que ça ne l’est pas. Le côté badass de l’héroïne est clairement de l’ordre du fantasme. Et certaines scènes sont assez misogynes. Je suis sûre que les hauts talons étaient les accessoires indispensables à sa survie. Si le réalisateur a voulu montrer une évolution de sa maîtrise de son corps en montrant que ses jambes tremblent en marchant avec au début, il oublie que selon les propos du professeur Newman, à ce stade-là de son évolution, elle aurait déjà dû avoir le contrôle de son corps. Et ça n’explique toujours pas pourquoi la femme la plus intelligente au monde aurait l’idée de mettre de telles chaussures pour aller botter les fesses aux vilains méchants…

Si l’idée était vraiment bonne au départ – le pitch est quand même intéressant et a déjà donné de bons films comme Limitless ou encore le livre et son excellente adaptation Des fleurs pour Algernon – Luc Besson a surtout produit un film d’action / science-fiction divertissant mais dont la fin est juste bourrée de stéréotypes. Ainsi la décision de Lucy d’offrir au monde son immense savoir (sous forme de clé USB – sans commentaire) après avoir passé son temps à tuer tout le monde… sauf ceux qui l’ont mis dans cette situation (allez savoir pourquoi), ainsi la phrase pseudo-moralisatrice du professeur Newman « Je ne suis pas sûr que l’Homme soit prêt pour ça (c’est-à-dire à recevoir sa connaissance). Nous ne pensons qu’à l’argent et au pouvoir. », etc.

lucy_newman

C’est dans le grand n’importe quoi général qu’en réalité Lucy est amusant à voir. Il est quand même bien rythmé. Scarlett Johansson réussit à tenir son rôle et à tirer de son personnage creux de l’émotion (dans cette fameuse scène mère/fille). L’ambiance musicale accompagne très bien le film.

Je ne me suis pas ennuyée devant Lucy. Peut-être parce qu’il ne dure qu’une heure trente (ce qui était finalement très judicieux). Mais je pense surtout que c’est parce que je ne m’attendais pas à voir un chef d’œuvre ou même un film de réflexion. J’étais juste venue regarder un film d’action distrayant et c’est exactement ce que j’ai vu. En cela, Lucy tient pleinement ses promesses.

 

Un commentaire sur “Lucy – Luc Besson

  1. Bonjour,
    Je suis assez d’accord avec toi sur l’ensemble, mais je trouve la note injuste. Essentiellement parce que le film est abordable. Je crois que c’est d’ailleurs la force de ce film.
    Besson est populaire, donc il s’adresse à un large public, et s’il était entré dans des détails complexes, ça aurait été rapidement indigeste.
    Or, il balaie un ensemble de thématiques vraiment intéressantes. Surement est-il nécessaire d’être sensibilisés à ces questions, mais le fait de laisser l’intrigue en suspens amène à se questionner, sur le pourquoi du comportement de Lucy.
    Qui effectivement perd son émotivité à mesure que son cerveau se modifie, mais je ne crois pas qu’elle soit moins humaine dans le fond, et il me semble que c’est ici que se loge la question métaphysique. Qu’est ce qu’être humain ? Est-ce être fragile ? Terrible ? Egoïste ?
    Il questionne aussi le rapport au savoir. Lucy donne une clé, contient-elle l’ensemble des savoirs, une partie, des pistes ?
    Lucy ment, omet, elle conserve le savoir, le pouvoir, elle anticipe, manipule. Son instinct de préservation l’empêche de transcender l’existence humaine, combien même elle transcende le temps et la matière, qui sont relativement liés. Lucy finit par se préserver comme tout être organique en choisissant l’immortalité plutôt que la dépendance. Ce qui questionne la mort, la vie après la mort. Mais on ne connaît pas son point de vue dans la mesure où comme tu le dis Lucy n’est pas développée, visiblement.
    Et c’est encore une question importante, savoir est-ce pouvoir ? Probablement, puisque Lucy garde des secrets et que Besson a ouvert une école, ce qui est une forme d’immortalité dans une société de savoir.
    Bon après, je ne vois pas comment l’activité cérébrale peut générer l’énergie nécessaire à la transformation, quand bien même son cerveau se transforme lui même.
    La civilisation humaine, si on part du principe que nous sommes des bestiaux, est basé sur un système hiérarchique puissant et injuste. Nous en sommes conscients, très intelligents donc, mais nous ne faisons rien pour changer cet état de faits.Pire, nous en discutons les tenants et aboutissants et arrivons à la triste conclusion que c’est ainsi et que rien ne peut changer le monde qui n’appartient pas au commun des mortels soumis à deux choix : la reproduction et l’immortalité, avec un peu de chance les deux, le tout sur un lit de cadavres de congénères. Ce qui pose la question de l’ingérence, autorité, soumission, la liberté.
    Sauf Lucy, qui va remettre en question tout le système par sa simple existence. Est-ce-qu’elle a un projet ? Peut-être. Lequel ? Dans la mesure où on ne sait pas ce qu’il y a dans la clé, on ne peut pas savoir. Après, porter l’intelligence comme symbole de supériorité c’est typiquement occidental. Et ça Besson le questionne aussi, en la faisant changer l’environnement etc., où alors seulement dans la rencontre des deux Lucy, mais c’est dans un espace quasi-onirique, alors est-ce une pensée de Lucy, qui met en perspective ce rapport à l’intelligence, s’en retrouvant encore très seule. Tant qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans la clé, c’est un peu compliqué de dire ce qu’elle souhaite faire.
    Je l’ai bien aimé moi ce film. Je trouve que les aller-retours entre les actions et le comportement de Lucy montrent son propre désarrois, elle n’est pas toute puissante, techniquement oui, mais intrinsèquement, pas vraiment. Surement parce qu’elle se souvient de tout, et qu’elle sait tout. Ce qui ne l’empêche pas de tuer des innocents avant les 100%.
    A l’heure où le PIB est questionné, en faveur d’une mesure du bien-être, je crois que ce n’est pas anodin. Car objectivement, il s’agit d’un énorme gâchis. Est-ce-que c’est écolo, je ne sais pas trop, mais, l’humanité n’est pas sur la bonne voie. Or, le capitalisme découle d’une vision occidentale, fondée à une époque coloniale, basée sur une vision objective des mécanismes d’existence occidentale, et ce encore, malgré la décolonisation. Or la course aux progrès, est essentiellement liée à la peur de mourir. Or cette peur est fondamentalement occidentale. Ce que questionne Besson à travers ce film ce sont les réponses de la métaphysique elle-même, qui consistent globalement en une redite de la bible. Ce qui montre un problème épistémologique important. Tout ça pour dire que si Besson ne sait pas que c’est ce genre de questions qui découle de son film, c’est dommage, mais il me semble que c’est le cas. Et pour moi Lucy est grisée quelque part par le savoir, et joue aussi de sa toute puissance, et de son charme pour conserver ce pouvoir, en s’accaparant la drogue. Pourquoi ? Est ce parce qu’elle sent la présence d’autres personnes dans sa situation ? Est-elle la seule ?

    Donc voilà, non je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi, l’intelligence émotionnelle n’est reconnue que depuis peu. Autrement, l’institut SETI qui s’occupe de détecter des messages extraterrestres a expliqué, que si des extraterrestres venaient à contacter la Terre, il le ferait très probablement via les baleines, dont le système de communication est un des plus complexes de la faune.

  2. Je l’ai vu la semaine dernière, et je dois dire que j’ai plutôt bien aimé!
    Je m’attendais pas vraiment à autre chose qu’un film d’action, et je n’ai pas été déçue sur ce point. C’est clair que le film aurait pu (dû??) apporter bien plus au thème abordé et que ca aurait pu faire un excellent film de science fiction, mais il y a quand même eu de bonnes idées, même si je trouve que c’est un peu excessif comme toute puissance…
    Cela mis a part, je ne me suis pas ennuyée (à part la course en voiture) et le film passe très bien, Scarlett joue très bien son rôle, et j’avoue regretter aussi de ne pas en savoir davantage sur son personnage, le film laisse très peu de place à l’identification.

    J’lui met un 7/10 perso 🙂

    1. C’est vrai, en simple film d’action, il répond bien à ses promesses. Le rythme est bien tenu et malgré les stéréotypes grinçants et la scène de course un peu surfaite, le film est distrayant à souhait !

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