Chroniques cinéma

Les Boxtrolls – Graham Annable & Anthony Stacchi

Lex boxtrolls_affiche

Titre – Les Boxtrolls
Réalisateurs – Graham Annable & Anthony Stacchi
Année – 2014
Genre – Animation, Famille, Fantastique
(Voir détails ICI)


Les Boxtrolls est une fable qui se déroule à Cheesebridge, une ville huppée de l’époque victorienne, dont la principale préoccupation est le luxe, la distinction et la crème des fromages les plus puants. Sous le charme de ses rues pavées, se cachent les Boxtrolls, d’horribles monstres qui rampent hors des égouts la nuit pour dérober ce que les habitants ont de plus cher : leurs enfants et leurs fromages. Quand un enfant est enlevé, le maire ne trouve d’autres choix que de confier la défense du village au moribond Archibald Trappenard.


Note globale :

6/10


Les studios d’animation actuels ont depuis longtemps démontré qu’un bon film d’animation est un très bon choix de film quand on a tout simplement envie de se divertir et d’être charmé. C’est dans cet état d’esprit que je suis allée voir Les Boxtrolls. Dans l’ombre des ruelles d’un village victorien, rodent d’étranges et mystérieuses créatures, objets de fables visant à effrayer les enfants (et les plus grands). Et si ce que l’on racontait aux enfants pour les faire peur et les convaincre d’être sages n’était pas vrai ?

L’ambiance de la bande d’annonce faisant penser à un mix entre L’étrange Noël de Monsieur Jack et Monsters & co, j’étais comblée. Résultat ? S’il est sympa et fait passer un bon moment, Les Boxtrolls est un peu long et rate un peu la coche en ne se concentrant finalement pas sur ce qui nous intéresse vraiment – les Boxtrolls – plutôt que sur les humains trop caricaturaux et une intrigue un peu bateau. Je m’explique.

Tout d’abord, je tiens à souligner le travail impressionnant que produire un tel film en stop-motion a dû demander. La technique du stop-motion, ou animation image par image, est une technique qui consiste à créer des mouvements à partir d’objets immobiles en prenant en photographie chaque étape du mouvement recherché. Pour vous donner une meilleure idée, voici une vidéo du film qui vous dévoile un peu une idée de ce qui a dû être réalisé pour le film (voir également en fin d’article*) :

On peut clairement dire que la grande qualité de ce film est la créativité de l’univers, l’esthétique des personnages et l’animation qui sont très réussis. Le spectateur est tout de suite plongé dans l’ambiance particulière de ce monde victorien dès les premières minutes du film. Les décors, la luminosité, l’expressivité des visages des personnages de Les Boxtrolls nous charment dès les premières minutes.

A l’ouverture du film, l’intrigue s’installe quand Archibald Trappenard vient annoncer à Lord Portley-Ring, lequel siège sur le conseil des Chapeaux Blancs dirigeant la ville, qu’un enfant a été kidnappé par les Boxtrolls. En échange du droit de porter lui-même un Chapeau Blanc qui lui offre notamment le privilège d’être convié aux réunions où les membres du conseil dégustent de fromages tout en prenant des décisions pour la ville, Trappenard promet de mettre fin au fléau de ces monstres nocturnes.

Les boxtrolls_méchant

En réalité, nous apprenons bien vite ce qu’il en est quand, la nuit tombée, des petites créatures dans des boîtes jaillissent des profondeurs de la ville. Ce sont des petits trolls qui fouillent les ruelles à la recherche de tout ce que les humains jettent et qui pourrait leur servir. Ce sont en réalité un peuple d’inventeur vivant sous les terres de Cheesebridge et qui se révèlent être de vrais poltrons. Dès qu’un humain s’approche d’eux, ils se cachent en tremblant dans leurs boites, sans jamais chercher à se défendre.

Et parmi eux, nous retrouvons Oeuf, un petit garçon enveloppé d’une boîte que les Boxtrolls protègent et élèvent comme l’un des leurs. Il faut dire que toute la première moitié du film, où nous découvrons ce monde souterrain, les créatures qui y vivent, et l’adorable lien qui se tissent entre le petit garçon grandissant et ses étranges compagnons est probablement la meilleure partie. C’est précisément cela que je recherchais dans le film et j’ai apprécié la douceur et la légèreté des scènes qui nous présentent l’univers des Boxtrolls et de leur adoption de ce petit garçon.

Les boxtrolls

Si Les Boxtrolls est bourré de bonnes idées, le film souffre malgré tout de quelques longueurs. L’intrigue ne suffit malheureusement pas à tenir son public en haleine aussi longtemps et 1h40 pour un film qui s’adresse principalement aux enfants n’est sans doute pas le meilleur format. D’un côté, je soulignerais la volonté du scénario a vouloir questionner son public à travers les doutes de ses propres personnages : la question du rôle essentiel d’un père dans la famille, et surtout l’éducation de son enfant ; la différence d’Oeuf avec ses compatriotes humains qui l’exclus d’une part d’eux par ses manières différentes mais va bouleverser leur façon de penser en proposant un nouveau point de vue. Enfin, la troisième grande question et du moins celle que j’ai préféré est la remise en question des méchants de leur propre rôle dans la lutte du bien contre le mal – d’autant plus quand on prend en considération le clou de l’intrigue (que je ne peux détailler sans craindre de vous spoiler) qui est à la fois d’un ironisme mordant et sans doute la meilleure conclusion qu’il faudra retenir sur la fin.

D’un autre côté, le film s’alourdit en étant parfois trop explicatif, le rendant de fait prévisible. Si le design des personnages est excellent, leur fascination pour les fromages comique, je regrette cependant qu’ils soient tous bien trop caricaturaux. Certes, grossir les traits n’a rien de nouveau et n’est pas en soi un défaut. Le problème ici, c’est que cela manque un peu de mesure. Le monde des adultes qu’on a l’habitude à présent de voir représenté sous le regard d’un enfant comme étant grotesque et dirigé par des règles absurdes, faisant preuve d’irresponsabilité, est ici trop peu crédible et fait tomber en désuétude le rôle d’autorité notamment du père de Winnie.

les boxtrolls_les villageois

C’est la même chose pour les méchants qui sont bien trop stupides pour représenter une véritable menace. Encore une fois, ce n’est pas tant le fait qu’ils soient bêtes qui est gênant – c’est même quelque chose d’assez commun dans les films d’animation – mais qu’ils le soient beaucoup trop les décrédibilisent de la même façon que les adultes. De fait, ce n’est pas tant eux qui représentent un obstacle plutôt que la passivité des Boxtrolls. Certes, d’une part, cela sert au message du film, mais d’autre part cela n’oppose pas aux héros un opposant suffisamment marqué pour attiser l’inquiétude du public.

Quant à l’intrigue, si elle permet des scènes assez drôles, elle est assez peu poussée. Le film ne propose aucun twist qui puisse surprendre son public et la fin ne se révèle intéressante que pour le point souligné plus haut – les autres conclusions étant, pour leur part, assez classiques et peu surprenantes. La relation entre les personnages est touchante, mais je n’ai réussi tellement à m’attacher aux personnages.Au final, les Boxtrolls cèdent rapidement leur place à Oeuf et Winnie, nous faisant suivre non pas l’histoire des Boxtrolls dont le titre du film est tiré, mais plutôt l’histoire d’un petit orphelin recueilli par des créatures sympathiques et incomprises – un thème déjà sur-usité au cinéma comme en littérature. C’est à mon goût ce qui lui fait perdre de son originalité.

En conclusion, si je suis émerveillée par l’univers dickens-ien très bien représenté, la technique d’animation et l’ambiance musicale qui est certainement au rendez-vous, je regrette que le fond ne soit au rendez-vous qu’à moitié. Malgré des scènes touchantes, je n’ai pas perçu autour de moi un franche enthousiasme de la part des enfants qui, comme moi, ont fini par trouver le temps long. Avec une bonne demie-heure de moins, Les Boxtrolls auraient à mon avis gagné plus de suffrage. Un peu dommage, donc !


Bande d’annonce (ne regarder que les 44 premières secondes, si vous souhaitez ne pas être spoilé sur le reste du film) :


* Pour vous donner un autre aperçu du travail que demande les courts-métrages en stop-motion (et par extension, les films !), regardez la version du clip de Somewhere only we know de Lily Allen qui d’une part vous fait profiter du superbe rendu du fameux clip et d’autre part vous montre comment tout cela a été possible. C’est bluffant, vous verrez ! Cliquez ici !

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