Chroniques cinéma

Le beau monde – Julie Lopes-Curval

Le beau monde_affiche

Le beau monde
Réalisé par Julie LOPES-CURVAL
Interprété par Sergi LOPES, Ana GIRARDOT, Stéphane BISSOT (en voir plus)
Comédie dramatique
2014


« Alice, 20 ans, vit à Bayeux. Elle travaille la laine, crée des teintures, confectionne des vêtements. Elle ne sait que faire de ce talent inné, jusqu’à ce qu’elle rencontre Agnès, une riche parisienne, qui l’aide à intégrer une prestigieuse école d’arts appliqués. Alice laisse tout derrière elle pour aller vivre à Paris. Elle y rencontre Antoine, le fils d’Agnès. Entre eux nait une passion amoureuse. Antoine trouve chez Alice une sincérité et une naïveté qui l’extraient d’un milieu bourgeois qu’il rejette. Alice, grâce à Antoine, découvre de l’intérieur un monde qui la fascine, « le beau monde ». Il lui offre sa culture, elle se donne à lui toute entière. Au risque de se perdre… »


Note Globale :

4/10


Alors autant j’aime les films qui démontrent les clichés, utilisent les stéréotypes et les détournent, autant quand un film traite des sujets comme le choc des classes sociales, sous fond de romance, j’ai toujours peur de tomber dans le vague cliché de la jeune fille pauvre rencontrant le beau riche un peu rebelle. Encore, si la critique est présente et bien menée, ce scénario lui-même cliché serait une belle façon de renverser les stéréotypes ou d’apporter un point de vue nouveau ou juste bien argumenté. Hélas, ce n’est pas le cas de Le beau monde.

Alors, je ne suis pas en train de dire que le film est particulièrement mauvais. Il y a de jolis plans, de jolies scènes, parfois, surtout avec l’actrice principale que j’ai beaucoup aimée. J’ai apprécié la retenue de son personnage, cette façon dont elle est complètement perdue avec elle-même et remplie de toutes les contradictions que son attachement à sa famille, son ambition, ses désirs inavoués créent en elle. Elle aspire à un monde dont elle ne connaît que la surface, et tout en voulant apprendre, elle oublie également d’observer au-delà des apparences.

Le beau monde_broderie

Alice a une vague idée de son ambition : elle voudrait travailler la matière et entrer dans l’industrie de la mode. Aussi est-elle tout de suite impressionnée de recevoir l’aide d’Agnès qui travaille dans le milieu. Avec elle, elle parvient à obtenir une place dans une école prestigieuse à Paris et doit donc quitter la Bretagne ainsi que tous ses proches. Tout de suite, on remarque son caractère reculé, craintif, et le sentiment d’infériorité face à ce que représente Agnès et sa famille : le beau monde. Un monde plus aisé, aux problématiques différentes de sa famille dont elle commence à éprouver une sorte de honte et qui l’isolera plus encore.

La jeune fille rencontre à l’occasion Antoine, le fils d’Agnès. Ayant quitté HEC pour se lancer dans la photographie, il a de grands projets artistiques et souhaite se détacher de son cercle familial et de la pression qu’exerce sa mère sur lui et sa vie. Alice et lui tombent amoureux et commencent à vivre une relation passionnelle. Tout de suite, on remarque que chacun cherche chez l’autre les reflets de ce à quoi ils aspirent : elle rêve de ce monde aisé, aux belles manières, où tout semble à sa portée et qui a les moyens de l’aider professionnellement ; il voit sans doute en elle quelque chose de plus authentique.

La force du film est surtout dans la facilité qu’a Alice de nous transmettre ses sentiments. Ceux-ci sont touchants et se passent très souvent de mots. On comprend ce qui lui arrive et pourquoi elle est déchirée, bien qu’on ne peut que la trouver également égoïste et aveugle. Sans vouloir faire de mal, elle va blesser les siens bien plus encore en se détachant d’eux, croyant qu’ainsi elle se sentirait plus proche du « beau monde ». Ce n’est que tardivement qu’elle comprend ne pas avoir porté le regard qu’il aurait fallu, se laissant naïvement manipulée, à cause principalement de son sentiment d’infériorité et son incapacité à accepter d’être importante.

Le beau monde_art

Le beau monde parle de beaucoup de choses : le choc des classes donc, mais aussi la nécessité de l’art, ce qu’Alice ne parvient pas à comprendre : à quoi sert l’art ? pourquoi trouve-t-on un objet d’art beau ? et qu’est-ce qui le définie comme tel ? Une question certes très intéressante, mais qui est maladroitement menée dans le film. Il y a cette discussion entre Alice et Antoine qui vocalise cette problématique mais qui sonne faux : on dirait que d’un coup le scénariste a voulu porter aux lèvres d’Antoine un phrasé qui pourrait être dit par Fabrice Luchini. Le problème est que Bastien Bouillon n’est pas Fabrice Luchini, et que son jeu d’acteur laisse malheureusement à désirer… Quant à parler de la recherche créative qu’Alice sera ainsi menée à faire à ses cours de broderie, sensé justement apporter une autre part de réponse, elle n’est pas suffisante pour nourrir le débat initié.

Certes, les réalisations et l’idée créative proposée sont très belles – j’ai apprécié la recherche notamment autour de la représentation de l’attente des femmes, qui est la transposition directe de ce que vit Alice – mais je l’ai trouvé hélas inabouti. Et c’est précisément ce que je reproche au film. Il y a un réel potentiel et des sujets intéressants qui, tout en étant bien mis en scène, m’ont laissé un goût d’inachevé. Les idées sont là, mais l’intensité manque, ainsi qu’une réelle conclusion – ce que le film ne propose pas ou pas assez.

Pour revenir du coup à l’idée des classes, Le beau monde manque cruellement de maîtrise, non seulement du sujet, mais de la façon de l’aborder. Les personnages sont tous si profondément ancrés dans les archétypes que cela laissait finalement peu de chance pour que leur histoire aboutisse à quelque chose. Et je me suis demandée ce que la réalisatrice voulait qu’on comprenne. Quelles sont donc les conclusions à tirer du film ?

Le beau monde_scène de fin

Car enfin le regard mené manque parfois de contraste et de complexité : les pauvres sont des gens déplorés, braves, mais simplets, des beaufs qui passent leur temps à regarder la télé, ne lisent jamais, ne sont voués qu’à réparer des bagnoles et travailler dans les champs (car en plus ce sont des pauvres provinciaux). Les riches sont des gens qui n’ont rien à faire de leur vie, qui se soucient de leurs apparences et veulent juste se faire bien voir de leur communauté de riches bourgeois.

Cela aurait certainement pu être contrebalancé par les deux héros. Le problème est que la romance finit par étouffer le propos qu’ils auraient pu mener de front – un propos qui est présent, certes, mais clairement pas poussé en profondeur, amenant le scénario à prendre les mêmes tournants classiques des comédies romantiques du genre.

Le beau monde est un donc un film qui est beau en apparence mais malheureusement inabouti. De belles idées, une actrice principale qui joue bien, mais finalement un scénario qui manquait de précision, d’intensité dramatique, et de critique. Il n’aurait pas fallu de grand-chose pour changer la balance et rendre le film plus porteur de sens, et si ça n’avait été du surjeu de l’acteur interprétant Antoine (et de ses dialogues – malheureusement pas les meilleurs), probablement aurais-je donné au film la moyenne qu’il mérite amplement.


Bande d’annonce

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