Bilans Mensuels

Lectures | Janvier 2014

Autant que je voudrais pouvoir écrire des critiques sur tout ce que je lis ou vois, ce serait mentir que de promettre de m’y tenir. Aussi, chaque mois, je publierai un billet décrivant les livres (ou films – un billet similaire sera publié en parallèle pour tout ce qui touche au cinéma) que j’aurais lus dans le mois en donnant quelques clés quant à mon appréciation – ce qui ne m’empêchera pas entre-temps de publier les critiques sur ces œuvres dès que je trouve le temps et l’inspiration à le faire.

Au menu de ce mois :

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« Théâtre de poche » de Jean Cocteau – Éditions du Rocher – Théâtre

« Par « théâtre de poche », il ne faut pas entendre « théâtre que le lecteur promène dans sa poche », mais théâtre mineur et, en quelque sorte, simple prétexte à faire briller une étoile sous un de ses angles les moins connus. »

Note globale : 7/10

Avis : Première œuvre écrite que j’ai pu lire de Jean Cocteau, j’ai apprécié ces courtes pièces, si brèves parfois que certaines laissent sur leur faim. C’est encore trop court pour juger de l’œuvre de J. Cocteau, mais déjà transparaissent toute la poésie de l’auteur et un humour aussi particulier et léger qu’il en est efficace ; ce qui laisse présager d’autres lectures encore plus gourmandes. Une petite réussite, pour ma part.

 


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« Les Justes » d’Albert Camus (contenu dans le recueil « Oeuvres ») – Édition Quarto Gallimard – Théâtre

« En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d’ailleurs, que Les Justes soient une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J’ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai… La haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu’elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre – et pour dire ainsi où est notre fidélité. » Albert Camus.

Note globale : 10/10

Avis : Albert Camus est un auteur dont j’ai longtemps sous-estimé la force et le génie, un peu rebutée par ma première expérience avec La Peste (que j’ai sans doute lu trop tôt dans ma vie pour l’apprécier). Après un nouvel essai très réussi avec L’Étranger l’année dernière, j’ai profité d’un cadeau de Noël bien tombé pour dévorer Les Justes. J’ai adoré, il n’y a pas d’autre mot. Ce que j’ai aimé ? Le style, indéniablement, mais surtout et aussi la remise en question permanente de ce que l’on pensait acquis. Jusqu’où peut-on aller quand on se bat pour une cause ?

Cette œuvre incroyable mériterait par ailleurs une critique bien plus approfondie (c’est en projet).


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« Le Square » de Marguerite Duras (contenu dans le recueil « Romans Cinéma Théâtre Parcours 1943-1993 ») – Édition Quarto Gallimard – Roman dialogué

« Un homme et une femme font connaissance dans un square. Peut-être assistons-nous à la naissance d’un amour. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est que clans ces instants partagés, dans ces silences échangés, ils atteindront à la fois une forme d’exil absolu et une forme de communion profonde.« 

Note globale : 7/10

Avis : Marguerite Duras fait partie de mes auteurs préférés et ce, dès ma première lecture : Un barrage contre le pacifique. A l’époque (au collège), j’étais encore assez jeune, je ne pense pas avoir cerné l’ensemble du livre comme je le ferai aujourd’hui (je ne l’ai pas encore relu). Mais il m’a laissé une empreinte forte, une impression que je garde encore en lisant ses autres œuvres. Le Square est assez particulier (mais quel livre de Marguerite Duras ne l’est pas ?) dans le sens où il s’agit d’une forme étrange, mélange de roman et de pièce de théâtre. D’ailleurs, Le Square a très vite été adapté sur scène sur différentes formes plus ou moins complètes (vis-à-vis de l’œuvre originale, apparemment). Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est le dialogue entre deux personnes qui, sans être similaires, ont des problématiques communes. Ce sont deux parfaits inconnus qui le resteront jusqu’au bout du dialogue : on ne sait presque rien d’eux, sauf qu’elle fait des ménages, reste ancrée dans cette ville, cette vie qui lui déplait sans jamais oser se rebeller ou changer ; lui ne cesse de partir, de recommencer, de renouveler mais sans toutefois réellement chercher. Ce sont des gens simples, quelque part assez naïfs, mais touchants, aussi. Il est assez facile de comprendre leur désarroi commun, finalement, face à la vie et de s’y reconnaître, par brides seulement. Ce roman m’a laissé pensive pendant de longues journées ; c’est le genre de livres qui prend du temps parce qu’à chaque page, mon esprit s’égarait dans de longues réflexions. Et c’est précisément une des raisons qui me poussent à aimer Marguerite Duras – qu’on n’aime ou pas son style ou qu’on la trouve subversive – elle laisse à réfléchir.

Citations : « […] quoi que vous fassiez, ce temps que vous vivez maintenant comptera pour vous, plus tard. Et de ce désert dont vous parlez vous vous en souviendrez et il se repeuplera de lui-même avec une précision éblouissante. Vous n’y échapperez pas. On croit que ce n’est pas commencé et c’est commencé. On croit qu’on ne fait rien et on fait quelque chose. »

Une autre que j’affectionne beaucoup également : « Je crains… ce que je crains, voyez-vous, c’est que vous croyiez qu’il vous faille accepter le plus de corvées possibles pour mériter un jour d’en finir avec elles. – Et quand il en serait ainsi ? – Non, Mademoiselle, non. Rien ni personne, je crois, n’a pour mission de récompenser nos mérites personnels, surtout ceux obscurs et inconnus. Nous sommes abandonnés. »


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« L’Amant » de Marguerite Duras – Les éditions de Minuit [ou dans le recueil cité ci-dessus aux éditions Quarto Gallimard] – Roman

« Roman autobiographique mis en image par Jean-Jacques Annaud, L’amant est l’un des récits d’initiation amoureuse parmi les plus troublants qui soit. Dans une langue pure comme son sourire de jeune fille, Marguerite Duras confie sa rencontre et sa relation avec un rentier chinois de Saigon. Dans l’Indochine coloniale de l’entre deux-guerres, la relation amoureuse entre cette jeune bachelière et cet homme déjà mûr est sublimée par un environnement extraordinaire. Dès leur rencontre sur le bac qui traverse le Mékong, on ressent l’attirance physique et la relation passionnée qui s’ensuivra, à la fois rapide comme le mouvement permanent propre au sud de l’Asie et lente comme les eaux d’un fleuve de désir. Histoire d’amour aussi improbable que magnifique, L’amant est une peinture des sentiments amoureux, ces pages sont remplies d’un amour pur et entier. Ce roman vaudra un succès conséquent à Marguerite Duras. –Florent Mazzoleni »

Note globale : 10/10

Avis : Marguerite Duras revient dans ce roman sur une période de sa vie qui est, en soi, au centre même de toute son œuvre : sa rencontre avec ce fameux amant de la Chine du Nord. C’est un livre dont j’avais entendu parler il y a quatre ans. J’ignore pourquoi j’ai mis autant de temps à le lire, peut-être parce que je n’ai jamais été très à l’aise avec l’idée d’un homme devenant l’amant d’une jeune fille. Toutefois, j’ai fini par me le procurer et par le lire. Et je dois dire avoir été vraiment surprise du résultat, je n’aurais jamais cru pouvoir me laisser touchée par ce texte. Le style de M. Duras est particulier, oral, brut, franc. Je comprends qu’il puisse laisser de marbre, mais curieusement, moi, il me touche, il me va droit au cœur et m’empêche de me protéger de ces mots. Quelque part, il y a une certaine violence dans les paroles de M. Duras, même les plus douces. C’est strictement subjectif, mais j’ai toujours été (je l’ai dit plus haut) sensible face à l’écriture de Marguerite Duras, que je trouve recherché et innovant – quoi qu’il s’éloigne de ce que j’aime, normalement. Il y a, dans L’Amant, une part de sensibilité et de sensualité troublante, lire les pensées intimes de cette fille qui assume ses émotions, ses sentiments des plus sensuels, adultes, comme des plus brutaux et sauvages, ne laisse pas de marbre. Elle n’est pas ordinaire : elle a déjà cette lassitude de femme adulte, ce regard acide, langoureux, plein de détermination et d’abandon, aussi, quelque part, un peu fataliste. Un texte qui ne laisse pas indifférent, et que je vous recommande vivement.

Citations : « Il n’y avait pas à attirer le désir. Il était là dans celle qui le provoquait ou il n’existait pas. Il était déjà là dès le premier regard ou bien il n’avait jamais existé. Il était l’intelligence immédiate du rapport de sexualité ou bien il n’était rien. »

« […] je crois avoir dit l’amour que l’on portait à notre mère mais je ne sais pas si j’ai dit la haine qu’on lui portait aussi et l’amour qu’on se portait les uns aux autres, et la haine aussi, terrible, dans cette histoire commune de ruine et de mort qui était celle de cette famille dans tous les cas, dans celui de l’amour comme dans celui de la haine et qui échappe encore à tout mon entendement, qui m’est inaccessible, cachée au plus profond de ma chair, aveugle comme un nouveau-né du premier jour.« 

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