Chroniques Livres·Les découvertes

Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le chœur des femmes
Ecrit par WINCKLER, Martin
Publié par les éditions Folio
9.90€ Broché, 8.99€ Ebook
Contemporain, Médical, Féministe


LES DÉCOUVERTES


C’est après avoir vu la recommandation sur la chaîne d’Opalyne (que je vous recommande chaudement) que j’ai sauté le pas sur ce roman. Il prend place directement à l’hôpital, où nous suivons Jean Atwood, brillante interne, major de promotion, qui se retrouve contrainte d’effectuer un internat dans un service de médecine des femmes, bien loin du prestigieux poste de chirurgie gynécologique qu’elle convoitait. Un roman qui parle ainsi de gynécologie mais en particulier dénonce les nombreux mythes (souvent misogynes) auxquels croient tout aussi bien les patientes que les spécialistes médicaux et qui conduisent bien souvent au rabaissement de la femme et à certaines violences médicales exercées contre elles. Un roman d’apprentissage, de formation, d’enseignement et de partage, intéressant en particulier pour son militantisme pour une médecine féministe.

Par contre, je n’ai pas aimé le style littéraire, le ton et encore moins les personnages. Du coup, ma lecture a été un peu pénible, car hormis ce qui est dit sur la considération de la femme et de son corps d’un point de vue médical, je n’ai pas tant que ça apprécié ma lecture. J’ai trouvé le ton condescendant et paternaliste, voire un peu gnangnan. La psychologie des personnages est assez basique et très squelettique. Globalement, le roman en tant que tel m’a paru très superficiel. L’histoire n’est clairement pas ce qui m’a intéressée dans le récit. Tout semble très artificiel, notamment l’évolution des personnages et de leur relation, et l’introspection assez lourde.

L’intérêt de ce livre réside ailleurs, pour moi, sur son aspect plus médical. Car il dresse un constat assez vrai : les femmes méconnaissent beaucoup leur corps et les possibilités qu’on a de le protéger, par exemple d’un point de vue contraceptif, ce qui les conduit à accepter des violences médicales avec une docilité inquiétante. Le roman remet notamment en question le rapport de force dont jouit et profite les médecins qui oublient parfois d’informer et de laisser aux femmes le droit de choisir leur traitement et leur contraception. Cette ignorance du corps de la femme et son fonctionnement n’est pas non plus le panache des patientes. En réalité, les mythes gynécologiques sont parfois partagés par les médecins comme par les femmes. Mais pour le cas des premiers, c’est un manque de curiosité professionnelle voire du pur sexisme.

Le roman dénonce également les préjugés et stéréotypes générales sur la sexualité de la femme. Il dénonce notamment l’humiliation et la culpabilisation incessante, la sur-responsabilité de la femme vis-à-vis de son corps, de ses désirs sexuels, de la maternité. Il met en lumière différentes formes et de degrés de violences qui peuvent intervenir dans le milieu médical et qui n’est pas si anodin, notamment lors d’une consultation ou d’une opération chirurgicale, parfois imposée, parfois à l’insu de la patiente dans les cas extrêmes.

A travers son roman, Martin Winckler, lui-même médecin, propose une autre vision de la gynécologie qui milite pour une médecine féministe. Et c’est pour ces réflexions, très documentées et pédagogiques, autour de la gynécologie que je vous le recommande fortement, à tous comme à toutes. Le reste n’est qu’un habillage qui, selon les goûts de chacun, pourra séduire ou non.


PETIT APARTÉ : Pour celleux qui seraient intéressé(e)s par le sujet de la gynécologie, je vous recommande d’écouter le très bon épisode de l’émission « Un podcast à soi » par Charlotte Bienaimé qui partage notamment de nombreux témoignages : Le gynécologue et la sorcière sur ARTE.


Résumé : « Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Chroniques Livres·Les découvertes

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman

Merci au #NetgalleyChallenge2018 et à la maison d’édition #RobertLaffont pour m’avoir donné accès à ce livre.

Les detectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
Publié aux éditions Robert Laffont, 2018, collection La Bête Noire
Traduit par Dominique HAAS de l’anglais
Sur le site de l’éditeur
14,90€ Grand Format ou 9,99€ EBook


LES DECOUVERTES!


Bienvenue dans un petit village du Yorkshire où un détective privé autoproclamé et une entrepreneuse, régente d’un site de rencontre, vont être forcés de cohabiter et s’improviser détectives en herbe. Un premier tome écrit dans un style, un ton et un humour typiquement anglais qui a le mérite de rendre la lecture fluide et agréable. Parfaite pour la période estivale qui approche et à emporter durant un voyage. En revanche, je reste malgré tout réservée sur ce premier roman qui, s’il est plaisant à lire, ne restera pas longtemps dans ma mémoire.

Ma réserve vient du fait qu’il n’est clairement pas sans défauts, et le principal vient de ses stéréotypes. Si ceux-ci sont à mon avis en partie recherchés par l’autrice, qui, en les utilisant, souhaite caricaturer ses personnages, par volonté d’humour et de dérision, il faudrait dans ce cas y aller plus franchement et y mettre tout le sel et le piquant nécessaires, pour ne pas tomber dans les simples clichés.

Quelques exemples:
« Un endroit où, au lieu de lui reconnaître le statut d’épouse d’un prof de fac, on ne voyait en elle que la femme qui s’était mariée avec le fils du boucher.« 
« Et de fait, avec son cerveau rempli de codes informatiques, Delilah était la femme qu’on pouvait le moins taxer de romantisme. Cette caractéristique innée résultait du fait qu’elle avait cinq frères plus âgés, un mépris absolu pour le sentimentalisme, et un crochet du droit hérité de son frère aîné, Will, qui avait fait une brève carrière de boxeur.« 
« Aussi capable que son mari de manier le hachoir, et une femme de cette espèce rare qui ne parle pas à tort et à travers.« 

A ces citations, ajoutons le contexte puisqu’ils sont le reflet de la mentalité du village, étroit et renfermé. L’humour montre la volonté de les rendre indirectement ridicules par leurs idées peu modernes, mais le détachement nécessaire est ici malheureusement peu efficace. Là où on devrait goûter à une caricature, on ne retrouve en réalité que le squelette de clichés. Il y manque clairement de l’audace et de l’affirmation, et un poil d’originalité. Mais cela viendra peut-être avec le second tome.

En revanche, l’autrice a clairement su faire ressentir le corps de ce village qui, à lui-seul, forme une sorte de huis-clos avec son microcosme particulier. Elle appuie souvent sur ses particularités : la chaleur humaine qui s’en dégage certainement par le sentiment d’appartenance qui est partagé et la bienveillance mais également son revers, par le manque total de vie privée, la conviction de vouloir bien faire en se mêlant de tout et en ayant l’avis sur tout, le renfermement de ces habitants capables d’exclure une personne non désirée et faire ressentir le cloisonnement de leur monde étroit..

Pour cela, elle prend ainsi tout son temps, puisque l’intrigue fait corps à son environnement – une qualité pour ce premier tome, qui se révèle de fait une très bonne introduction à son univers. Mais d’un autre côté, cela se révèle également un défaut car il faut attendre la seconde moitié du roman pour que l’intrigue démarre réellement avec l’enquête tant attendue. Je ne suis pas friande des romans où l’action s’enchaine de façon effrénée au détriment du reste ; il n’empêche que certains lecteur pourront se sentir frustré de l’attente.

Pour résumer, Rendez-vous avec le crime est un premier tome léger, fluide et plaisant, qui reste cependant encore trop superficiel. Les éléments sont en place mais il lui manqué du sel et des épices plus marquées. Le style n’est pas encore très affûté et j’espère que ce sont les premiers tâtonnements liés à une nouvelle série, bien que l’auteure ne soit apparemment pas à son coup d’essai. Le scenario se suit avec plaisir, mais là encore on peut lui reprocher de paraître trop simple. Tout découle de soi et les obstacles sont rapidement franchis, les rendant finalement peu inquiétants. Le lecteur n’est jamais vraiment bousculé ou surpris, même s’il pourra se prêter au jeu de découvrir le fin mot de l’histoire. La relation entre les deux protagonistes est plutôt bien écrite, mais elle est également courue d’avance. Par contre, celle qui lit ces derniers au reste du village paraît plus maitrisée et prometteuse, plus nuancée aussi.

Si vous aimez ce type d’enquêtes, les microcosmes, et que vous recherchez une lecture légère, facile et agréable, et que vous n’avez pas d’appréhension sur son rythme ou sur la part que prend l’enquête dans le roman, en particulier si c’est pour l’emmener égayer vos vacances, alors je vous le recommande. Si vous êtes en revanche à la recherche d’une intrigue complexe, d’un univers sombre ou angoissant, des frissons, au rythme soutenu, ce n’est pas vraiment ce que propose ce livre.

Résumé :
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Chroniques Livres·Les découvertes

La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con – Sarah Sauquet

Je tiens à remercier les éditions Eyrolles pour m’avoir contacté et proposé de découvrir le coaching littéraire pour séduire en 7 étapes, composé par Sarah Sauquet, créatrice de la très chouette application « Un texte, un jour ».


La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le toruva franchement con
Coaching littéraire pour séduire en 7 étapes
Ecrit par Sarah Sauquet
Publié aux éditions Eyrolles, 2017
223p, 14,90€ GF, Broché

Sur le site de l’éditeur (sommaire et extraits disponibles)


LES DECOUVERTES


Si je n’ai jamais été jusque-là attirée par les guides de bien être, quels qu’ils soient et malgré l’effet cocooning très plaisant qu’ils procurent, j’étais surtout curieuse par sa créatrice et par le principe de ce « Coaching littéraire pour séduire en 7 étapes » : se baser sur l’expérience des héros littéraires pour en ressortir des tendances et des conseils de séduction, l’idée était très amusante. Y retrouver des œuvres classiques que je n’aurais pas forcément encore lus a fini de me convaincre. Le ton léger et parfois plein d’humour le rend d’ailleurs agréable à lire. Du coup, c’était plutôt bien parti !

Résumé :
« Véritable outil d’autocoaching, ce guide positif en 7 étapes vous propose de vous appuyer sur les cas de la littérature pour rencontrer, séduire et garder l’âme-sœur. Vous y découvrirez comment faire les bons choix dans Les Misérables, vous comprendrez l’importance de déclarer sa flamme dans Orgueil et préjugés, et vous cesserez de vouloir reconquérir votre ex après avoir relu Gatsby le Magnifique ! Plus encore, vous constaterez que les classiques de la littérature n’ont jamais été aussi modernes et que, s’ils l’avaient pu, d’Artagnan, Bel-Ami ou Manon Lescaut n’auraient probablement pas hésité à se connecter avec leur smartphone et à envoyer des textos enflammés… Du site de rencontres au relooking, en passant par les réseaux sociaux et la téléréalité, aucune des questions contemporaines n’est occultée. »

J’ai notamment aimé la composition même du livre. Les parties se découpent en chapitres qui proposent des approches différentes : une approche statistique, qui montre la recherche et la volonté d’analyse comparative de textes littéraires, toutes époques confondues ; une approche « profiler » qui consiste à présenter des séducteurs/trices en citant des passages des livres ou en les remaniant tout en gardant l’esprit ; une approche « illustration » qui consiste tout simplement à mettre en exergue une idée développée par la présentation de situations vues dans les romans. Chaque chapitre se conclut par un encart qui rassemble les conclusions et les conseils qu’il faut tirer des expériences littéraires.

Mais la réelle qualité de ce guide, c’est la modernité que Sarah Sauquet révèle brillamment des textes de la littérature classique. Elle ne se contente pas de remettre au gout du jour des livres dont le caractère de « classique littéraire » peut rebuter un(e) lecteur(rice) ayant peu apprécié les lectures imposées de son cursus scolaire. Elle montre au contraire comme ils sont actuels et capables de faire miroir à nos propres expériences. Indirectement, cela met en exergue tout leur caractère « classique », de par le fait qu’en réalité leur contenu est presque indémodable. Les classiques n’ont plus la hype et ont parfois une aura particulière qui peut rebuter. Or, Sarah Sauquet les rend d’une certaine façon « familiers » au(à la) lecteur(rice) dont la curiosité sera très aisément éveillée.

On retrouve également en introduction du livre deux tests, l’un adressé aux séductrices et l’autre aux séducteurs. Il y a en effet un certain effort de ne pas genrer le contenu du livre, évoquant l’être désiré, séduit, comme l’Orlando, même si ce n’est pas forcément toujours très réussi. Le ton décalé de certains chapitres n’empêche pas toutefois qu’ils s’appuient sur des poncifs et des stéréotypes qu’on aurait bien aimé voir laissés au placard. C’est un aspect qui m’a pour le coup rendu la lecture un peu plus mitigée. Les conseils sont généralement du déjà-vus et ne révolutionneront probablement pas le genre – mais il est toutefois toujours bon d’en relire certains. Ainsi, le fait de s’accepter et de s’aimer avant tout ; de ne pas se précipiter dans une relation parce que tous nos amis le sont ; de laisser le temps au temps ; de ne pas mettre la charrue avant les bœufs ; de profiter de l’instant présent ; de prendre soin de soi…

En bref, si ce n’est pas tellement le coaching qui m’intéressait et m’a intéressé, j’ai surtout apprécié son approche littéraire. Encore une fois, la façon dont Sarah Sauquet présente les livres, prenant le temps de les résumer, de les analyser et d’en tirer des conseils, a été une très bonne surprise. Pour preuve, non seulement il y a en fin de livre une bibliographie de l’ensemble des œuvres citées avec pour chacune un résumé mais il existe également une application qui vient en complément du guide. Celle-ci propose de découvrir 21 extraits de livres, accompagnés d’une brève présentation à la fois de l’œuvre et de son auteur, qui rend l’expérience complète. Rien que pour cela, je salue le travail de Sarah Sauquet et vous invite à découvrir ce guide, si, comme moi, vous vous sentez intrigué(e) par son principe.

Chroniques cinéma·Les découvertes

Your name de Makoto Shinkai

Your name
Réalisé par Makoto Shinkai
Film d’animation japonais, romance, drame, fantastique, catastrophe
2016


LES MAUVAIS ELEVES


Résumé :
« Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. Un jour, ils s’aperçoivent qu’ils échangent leur corps dans leur rêve et se voient l’occasion de vivre la vie de l’autre.»

Dans la continuité de l’année dernière, je suis allée voir un nouveau film d’animation, encore une fois venu du Japon, Your Name. Il s’agit d’un film attendrissant et divertissant, qui charme par sa simplicité, sa légèreté et sa dose de drame.

Le postulat de départ est en effet assez cocasse : un garçon et une fille qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, vivant dans des régions différentes du Japon et sans s’être jamais rencontrés, vont se voir soudain plongé dans la vie de l’autre en empruntant, certaines journées, le corps de ce/tte dernier/ère. On pourra évidemment penser au film Freaky Friday de Mark Waters ou encore au manga Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi, Your Name est un mélange des deux, puisque il met en scène à la fois l’aspect comique de la situation tout en n’oubliant pas une certaine dramatisation – que je vous laisserai découvrir en allant voir le film, bien sûr. 

Il est plutôt construit comme une série animée ; c’est-à-dire qu’on peut facilement l’envisager s’étaler sur plusieurs épisodes. Et d’ailleurs, il commence par un générique, exactement comme une série animée. Le découpage n’est pas toujours égal dans le scénario, nous donnant l’impression d’avoir été tronqué ou plutôt compressé ; bien que le rythme de celui-ci reste plutôt suffisant pour être prenant. Mais il y a quand même des répétitions, des rappels des scènes qui ont précédées, et que je n’ai pas trouvées très utiles.

Par contre, j’ai aimé la façon dont le fameux postulat, l’échange des corps, se découvre par les personnages. Comme indiqué, cet échange n’est ni permanent ni avec une régularité chronométrée. Les personnages ne se rendent ainsi pas tout de suite compte de ce qui leur arrive. Même si d’un côté les indices sont trop appuyés, j’ai trouvé agréable cette façon de nous introduire directement dans le sujet tout en laissant le temps au contexte, à l’environnement, au moins de l’héroïne, de s’installer.

Le choix fut également bon de ne pas simplement s’attarder sur les réactions des personnages face à ce qui leur arrive tout en l’abordant par des scènes succinctes qui d’une part dévoilent la façon dont ils cherchent à comprendre leur situation, la maîtriser et finissent par s’y accommoder. Cela apporte du dynamisme, d’autant qu’elles sont dotées d’humour et mettent en place des gimmicks qui seront autant d’occasions de rire.

Du reste, le scénario est plutôt classique et sans surprises. Les personnages sont attachants mais la construction relève du stéréotype : lui, le citadin branché, elle, la campagnarde qui vit dans la tradition et qui rêve de vivre en ville. Il y a cependant une nette évolution entre le début et la fin du film, que ce soit dans la qualité visuelle que dans l’histoire. Le film a pris son envol dans la deuxième moitié pour retomber sur la dernière scène finale qui, à mon sens, était très mignonne mais pas indispensable. (J’aime personnellement les fins ouvertes qui invitent le lecteur à y réfléchir, faire fonctionner son imaginaire, plutôt qu’une fin directive qui ne laisse plus place au doute.) Malgré tout, je regrette certaines facettes du film, très prévisibles, peu contrastées, et la résolution facile et peu crédible.

J’ai cependant bien aimé Your name, pour l’ensemble à la fois hétéroclite et harmonieux, pour ces scènes oniriques qui surgissent, dénotent vis-à-vis du reste, mais élèvent le film à une dimension où l’esthétique nous charme. Il saura plaire à beaucoup de monde, justement parce qu’il reste simple, doux, mélodieux, même si on pourrait lui reprocher d’être globalement peut-être un peu trop kawai (mignon, en japonais).


Bande d’annonce :

Chroniques Livres·Les découvertes

Madeleine Project de Clara Beaudoux

Madeleine Project
Ecrit par Clara Beaudoux
Publié aux éditions du Sous-sol, 2016
Document, feuilleton
18€, GF broché, 288p


LES DECOUVERTES


Résumé :
« Elle s’appelle, elle s’appelait Madeleine, elle aurait eu 100 ans cette année. Et elle avait rangé toute sa vie dans une cave : carnets, photos, souvenirs, bijoux, lettres, vieux journaux… que Madeleine avait classés, emballés, étiquetés dans des enveloppes, des cartons ou des valises. Pour qui ? Pour quoi ? La vieille dame n’a pas eu de descendants. A sa mort en 2011, le trésor est resté à l’abandon, il aurait pu finir à la décharge. »

C’est un livre particulier que le « Madeleine Project », réunissant une succession sagement ordonnée de tweets de la journaliste Clara Beaudoux. Relatant sa découverte peu commune dans la cave de son nouvel appartement, elle nous entraîne dans une aventure étonnamment humaine.

S’il fallait parler du livre en tant que tel, on pourrait questionner son utilité, ou plutôt sa nécessité, étant donné que son contenu est également accessible gratuitement depuis les réseaux sociaux. D’ailleurs, l’expérience proposée est découpée en plusieurs saisons, dont nous avons droit ici aux deux premières. Le reste devra être découvert directement en ligne ou dans un prochain ouvrage, s’il y en a. Les tweets sont agencés les uns après les autres, ceux contenant des images mis en avant. Rien d’extraordinaire, en somme, ou d’indispensable. Toutefois, que ce soit sur papier ou à l’écran, le charme opère de la même façon.

La fluidité avec laquelle se lit cette succession de tweets rend la lecture très agréable et prenante. On se plonge dans cette étrange atmosphère, de chasse au trésor mais également très intime, alors qu’on découvre petit à petit la propriétaire des objets amoncelés dans la cave. Madeleine prend rapidement une forme à laquelle on ne s’attendait pas : elle est humaine, presque tangible à travers ses vestiges. On a l’impression d’apprendre à la découvrir et puis à la connaître. Ses objets du quotidien n’ont d’anodin que leur fonction, leur nature initiale – du reste, ce sont des petits bouts d’humanité, laissés derrière elle et qui la reconstituent d’une certaine manière.

La sensibilité de Clara Beaudoux à travers ses réactions et ses réflexions contribue à toucher le lecteur, qui se prend de mélancolie, d’excitation ou d’attendrissement à la découverte de tel ou tel détail de la vie de Madeleine. On finit par se prendre au jeu et s’intéresser sincèrement à cette femme qui nous paraît à la fois éloignée et drôlement familière. Quand on referme le livre, on a l’impression de quitter quelqu’un. C’est à la fois un sentiment doux et nostalgique, qui m’a personnellement laissé quelques instants pensive.

Alors, que le support papier soit utile ou non, c’est une expérience humaine qu’il est agréable de vivre. Une pause dans notre quotidien, le temps de s’arrêter et de s’interroger sur ce qu’on laisse au monde derrière nous. De quoi nous faire envisager autrement les objets de notre maison, qu’ils soient neufs, achetés en brocante, offerts par des amis ou hérités de nos parents. En quelque sorte, le « Madeleine Project » est un livre positif qui aura le joli mérite de nous faire sourire.


Mieux que des extraits, je vous laisse découvrir le projet directement sur le site : http://madeleineproject.fr/

Chroniques Livres·Les découvertes

Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue

Voici venir les rêveurs
Ecrit par Imbolo Mbue
Publié par les éditions Belfond, 2016
Contemporain
22€ GF broché, 9,99€ Numérique, 300p


LES DECOUVERTES


Résumé :
« L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…« 

Voici un livre de la rentrée littéraire américaine qui aura fait beaucoup parler de lui et dont on attendait la sortie française avec une certaine impatience. Pour premier roman, l’auteure propose un récit poignant d’une famille camerounaise venue aux Etats-Unis dans l’espoir d’y vivre leur propre American Dream. C’est un résumé un peu sommaire, qui ne dévoile rien de l’intérêt de ce roman, mais qui est bien son point de départ. Roman ambitieux, qui manque encore de maturité dans le traitement de son sujet, il n’en reste pas moins prometteur pour son auteure.

La chute des illusions, du fantasme de trouver ailleurs une herbe plus verte que chez soi, l’envie de quitter une situation précaire pour une vie de réussite sociale – le récit d’Imbolo Mbue s’appuie sur la personnalité pugnace de ses protagonistes pour raconter la lente agonie de leurs rêves. Ils s’y accrochent pourtant, durs comme fer, réalisant cependant que l’horizon occidental n’est pas aussi fleurissant qu’ils ne l’avaient imaginé. Pourtant, ils s’y habituent, petit à petit, confrontés tous les jours à une culture qui leur est opposée.

En parlant d’opposition, il y en a deux principales qui fait du roman pour l’une sa richesse et sa pertinence mais pour l’autre un bémol qui rend mon avis finalement un peu mitigé. Commençons plutôt là où le roman pêche un peu : il est un peu facile d’avoir opposé à cette famille émigrée, dans une situation transitoire compliquée et stressante, de riches blancs, névrosés, vivant dans le confort opulent de l’Upper East Side. Ces derniers sont d’ailleurs la bête noire du roman, tant ils se révèlent mal construits, globalement stéréotypés.

Le mari, riche cadre dans une banque à la carrière florissante, qui déserte volontiers la maison et trompe sa femme comme son ennui. L’épouse qui cache derrière une façade de femme épanouie un lourd passé de violence qui continue à la hanter. Le fils aîné qui se rebelle, refusant de suivre les traces de son père et s’engageant dans des luttes altermondialistes. Et enfin le benjamin de la famille, désemparé devant la fracture visible de ses proches, qui trouvera en Neni une présence rassurante dans son monde vacillant. Autant dire que cela est un peu caricatural. Il en va presque de même pour Jende et Neni pour la première moitié du roman. Presque, car, au contraire des Edwards, ils vont se révéler dans la troisième partie, alors que les choses vont se dégrader considérablement pour eux.

Et c’est d’ailleurs eux deux qui forment la première opposition que j’évoquais comme une réussite. Jende et Neni vont être les personnages qui évolueront le plus mais de façons différentes pour l’un et pour l’autre. Neni en particulier, confrontée à cette autre culture, où la place de la femme est différente, va commencer à s’émanciper, à remettre en doute des fondements qu’elle prenait pour acquis. La confrontation qui va émerger entre Jende et elle va en fait créer toute la tension du récit, bien plus que leur situation précaire de clandestins menacés à tout moment d’être expulsés.

Difficile de ne pas ressentir l’abattement, la colère, la frustration, le sentiment d’injustice et d’abandon… Il est certain que Voici venir les rêveurs a ce goût âpre que laisse curieusement sentir le titre, toute l’ironie d’une réalité racontée ici avec intensité. Dommage que cela ne soit véritablement le cas que dans une dernière partie du roman.

Finalement, le style de ce premier roman est encore trop balbutiant d’un point de vue esthétique ; la majeure partie du roman semble trop naïve, assez superficielle, non seulement dans le développement des personnages mais aussi dans le traitement des thèmes, pourtant pluriels. Mais la nette progression ressentie sur la dernière centaine de pages est un très bon présage pour les futurs romans d’Imbolo Mbue, pour peu qu’elles les commence comme elle aura achevé celui-ci.


Extraits :

« Les gens refusent d’ouvrir les yeux et de voir la vérité parce qu’ils préfèrent rester dans l’illusion. Du moment qu’on les abreuve des mensonges qu’ils veulent entendre, ils sont contents. La Vérité ne leur importe pas. »

« – Ah, Neni ! s’exclama Jende en riant. Les femmes américaines n’utilisent pas de philtre d’amour !
– Tu crois ça ? répondit Neni en riant, elle aussi. Moi, je te dis que si, oh. Elles appellent ça la  »lingerie ». »

« Oh, non, frappe-moi, ma parole, répondit-elle. Leve ta main et frappe-moi encore ! Tu t’es fait battre par l’Amerique et maintenant que tu ne sais plus quoi faire, tu crois qu’il faut me battre, moi. Alors, vas-y, ma parole, et frappe… »

Chroniques Livres·Les découvertes

Phalène fantôme de Michèle Forbes

Pour premier roman, Michèle Forbes signe avec Phalène fantôme une belle promesse littéraire. La quatrième de couverture rend honneur au livre dont il délivre les clés principales : le roman parle en effet de vies ordinaires – ce que j’ai toujours apprécié – qu’il livre amoncelées, papillonnant entre le passé et le présent, plongé dans un contexte historique difficile. Un récit poignant qui m’aura laissé dans un état second, qui se prolonge, et me rend perplexe, mais charmée. Lire la suite « Phalène fantôme de Michèle Forbes »