BD / Manga / Comics·Les Coups de Coeur

Beastars (tomes 1 à 4) de Paru Itagaki

Beastars, tomes 1 à 4 (Série en cours)
Ecrit & mis en scène par Paru Itagaki
Publié en France par Ki-oon, 2019
Japon, Manga
School life, société
6.90€ par tome (broché petit format)


LES COUPS DE COEUR !


Résumé : « A l’institut Cherryton, herbivores et carnivores vivent dans une harmonie orchestrée en détail. La consommation de viande est interdite, les dortoirs sont séparés, tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quand cependant le cadavre de l’alpaga Tem est retrouvé déchiqueté sur le campus, les méfiances ancestrales refont surface, faisant de chaque carnivore un suspect potentiel.
Legoshi se retrouve ainsi la cible de toutes les suspicions. Ayant été proche de Tem et le dernier à l’avoir vu en vie, il est surtout un loup. Pourtant, sensible et timide, il fait son possible pour réprimer ses instincts. Hélas, ses efforts sont vains face au vent de discrimination qui souffle sur le pensionnat…
Le seul qui pourra apaiser ce climat de terreur serait le Beastar, leader de l’école. Les candidats se préparent, les élections approchent, l’enjeu est de taille, tandis que le favori en lice, Louis, est un cerf bien décidé à remettre les carnivores à leur place.
Allégorie frappante de notre société, Beastars renverse toutes les conventions. Quand l’herbivore fait preuve d’une ambition carnassière, le loup devient le paria… Au coeur de jeux de pouvoir impitoyables, jusqu’où peut-on refouler sa vraie nature?


Un des débuts de séries les plus enthousiasmants de 2019 ! BEASTARS se déroule dans un monde où les herbivores et les carnivores, personnages anthropomorphes, vivent en paix. Une paix somme toute relative car, malgré tout le dispositif mis en place pour permettre à chacun de se fréquenter et réfréner son instinct, les peurs primales et les préjugés demeurent une frontière difficile à franchir.

Dans la construction de son univers, l’autrice n’a pas lésigné sur les menus détails. Par exemple, l’alimentation des carnivores est spécialement adaptée pour combler l’absence de viandes animales, hormis les œufs non fécondés ou produits laitiers. Ceux-ci sont même issus des poules du lycée qui cherchent, par ce biais, à se faire un peu d’argent de côté. Tous les animaux doivent pendant une heure par semaine se réunir par espèce dans des pièces spécialement conçues pour reproduire leur état naturel. Dans l’internat, les herbivores et les carnivores vivent dans des dortoirs séparés, bien qu’ils suivent des cours communs. Etc.

Paru Itagaki va jusqu’à introduire l’existence d’un marché noir en marge de la société, où les carnivores peuvent se procurer en secret de la viande, ce qui est autrement interdit. Et où on retrouve également des herbivores extrêmement pauvres vendret eux-mêmes une partie de leur chair aux carnivores contre de l’argent pour survivre. Autre exemple, on peut également y acheter des flacons de sang animal, qui sont l’équivalent pour les carnivores à de la drogue ou de la doppe, renforçant de manière momentanée leur attribut physique.

L’histoire commence quand un jeune alpaga se fait assassiner. Immédiatement, les soupçons vont se porter sur le loup dont le caractère particulier et introverti et l’amitié curieuse avec la victime sont immédiatement vus comme suspects. A de nombreuses reprises au fil des tomes, on comprend que la paix mise en place n’a pas effacé les clivages séparant herbivores et carnivores, qu’il réside un enjeu de pouvoir et de domination qui codifient et biaisent malgré eux leur comportement et leur relation.

L’occasion parfaite pour l’autrice de faire ainsi un jeu de miroir de notre société et dénoncer par la démonstration des comportements basés sur des injustices sociales basées sur des critères factices mais ancrées profondément dans leurs moeurs. A travers ce monde anthropomorphe, l’autrice dresse donc un portrait acerbe et sombre de notre société en exacerbant notamment les rapports de domination, vus autant du côté des dominés que des dominants, mais qui va bien loin de la simple opposition animale. J’y vois notamment un certain féminisme intersectionnel, mettant en exergue justement la domination patriarcale, sociale et raciste de notre société.

Derrière la douceur apparente du trait, cette légèreté, ces petits coups de crayon qui animent les personnages d’un dynamisme et d’un charisme assez fou, le sous-texte est foisonnant et donc loin d’être naïf ou même innocent. Tout en parlant de l’adolescence, des premiers émois amoureux, de la volonté de grandir et de prouver sa valeur, de la quête de soi et de reconnaissance, l’autrice parle aussi et surtout de la violence de certaines relations sociales qui outrepassent le récit adolescent et transcendent les générations et les genres.

C’est un début magistral qui promet une œuvre complète, complexe et magnifique. En tout cas, ces quatre premiers tomes démontrent déjà d’une grande maîtrise de l’autrice dont j’attends des merveilles. Je suis hyppée au possible pour continuer cette série dont la longueur m’étonne, et je demande du coup à voir ce qu’elle va proposer au fil du récit. Clairement, c’est une affaire à suivre !

Laisser un commentaire