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Tamara Drew – Posy Simmonds

tamara drewe

Titre – Tamara Drewe
Auteur – Posy Simmonds
Genre – Roman Graphique, Comédie
Édition– Denoël, 2008
Origine – UK


Pour les auteurs de tous acabits, amateurs ou confirmés, Stonefield est un lieu de retraite parfait. Beth Hardiman est aux petits soins avec ses pensionnaires, veillant à longueur de journée à ce qu’ils puissent se consacrer totalement à l’écriture. Elle n’agit pas différemment avec son auteur de mari, Nicholas, qui s’isole dans une partie du domaine pour donner une suite au Docteur Inchcombe, honorable succès de librairie. Le retour de Tamara Drewe, chroniqueuse réputée et pleine de charmes, dans son village natal va bouleverser la douce tranquillité des locataires.


Note globale :

 5/10


Une fois ma lecture terminée, j’ai été ravie de constater que l’adaptation proposée par Stephen Frears et que j’avais bien aimée respectait fort bien la matière originale. On y retrouve l’humour, le cynisme, la caricature de la campagne britannique et du cercle littéraire, les thèmes propres à la création artistique, au malaise de la jeunesse qui cherche à rompre leur ennui… Certes, mais le problème est que, comme pour le film, je ne crois pas que cela me restera longtemps en mémoire. C’était une lecture dont l’intérêt s’est effiloché au fil des pages pour n’en devenir simplement que distrayante.

Quand on parle de ce roman graphique, comme de Gemma Bovary son aîné, on évoque bien entendu et avant tout sa forme : la bande dessinée alterne en effet les strips les plus classiques à l’insertion de gros pavés de narrations plus proches d’un roman. Il faut savoir que Gemma Bovary était tout d’abord publié sous forme de chroniques dans le journal du Gardian. De fait, par manque d’espace, l’auteur ne pouvait décemment charger ses pages par des bulles trop encombrantes. Si elle n’a pas été délibérée, la forme de ces deux romans graphiques a fait un énorme succès à leur sortie.

Et je dois dire que c’est assez atypique et en soi une bonne composition – quoi qu’on pourrait regretter, à certains passages, d’une part une frontière assez flou entre ce qu’il faut lire en premier. D’autre part, il arrive que le texte interprète tout un strip le précédent alors que celui-ci était suffisamment éloquent pour faire comprendre au lecteur ce qu’il voulait lui dire. Cela peut être dû par la forme de publication initiale où, d’un journal à l’autre, l’auteur ressentait le besoin d’expliciter les pensées du personnage-narrateur afin de rappeler à ses lecteurs où il en était dans l’histoire. Mais quand on lit le roman graphique d’une traite, on a surtout une impression de répétition.

tamara drewe_nicholas

Le roman graphique dresse un portrait cynique d’une communauté d’écrivains, amateurs ou non, venus se réfugier dans la campagne anglaise pour écrire dans un havre paisible où on les chouchoute. Bien sûr, il est ainsi question de la création littéraire, que l’on voit plus particulièrement à travers les pensées de Glen, un professeur de lettres à l’université et auteur en lutte perpétuelle avec son inspiration. Plus exactement, il est question d’inspiration mais aussi de la confrontation entre différents types d’auteurs, notamment entre Glen, l’universitaire dont le roman est en cours depuis plusieurs années, et Nicholas, auteur à succès et prolifique.

On y découvre aussi en parallèle la problématique de jeunes manquant cruellement d’occupations, qui trainent au bord des routes et cherchent à tout prix à tromper leur ennui. Ils se tiennent d’ailleurs le plus souvent dans une sorte d’abribus abandonné et regardent les gens circuler, avec la même passivité que les vaches observant les trains passer. Pas étonnant alors que l’arrivée d’une star de rock au village attise en Jody la flamme d’une groupie en manque de passions où s’exalter.tamara drewe_ jody

L’auteur dresse un tableau d’une campagne quelconque, mais somme toute assez risible. Avec humour, elle dépeint ce petit havre pour les écrivains, la façon dont chacun y trouve sa place. Beth, en femme dévouée, s’occupe de ses locataires avec une attention si extrême qu’elle en paraît simpliste. Le revers du décor est également montré, et le tableau est rapidement présenté en demi-teinte, quand il dévoile par exemple l’infidélité régulière du mari et écrivain, Nicolas, et de la passive résignation de sa femme, Beth. L’infidélité, les relations intimes, sont traités durant tout le roman graphique, mais d’une façon curieusement superficielle. En réalité, les thèmes bien présents et qui auraient pu chacun se révéler d’un intérêt certain, sont finalement relégués au second plan, servant finalement d’excuses à la comédie sentimentale qui, clairement, m’a paru désuète et manquant d’intensité.

Et c’est au final l’impression que m’a laissée la lecture : j’ai trouvé l’ensemble assez superficiel et stéréotypé. Aucun thème n’est franchement approfondi, et si la première moitié du roman graphique était intéressante dans la façon dont elle montrait les revers de chaque personnage, du tableau qu’ils composent ensemble, la seconde moitié s’est révélée dénuée d’intérêt, à l’exception de l’humour et de son aspect distrayant. Les événements s’enchaînant, ainsi que les stéréotypes, la comédie ne m’a pas paru crédible pour un sou et la fin est, pour moi, une vraie farce.tamara drewe_paysage

Et c’est dommage : il y a, dans ce roman graphique une belle promesse de départ. Le travail graphique est louable. L’aspect en demi-teinte est autant servi par l’histoire, les personnages que par le choix des couleurs, douces, délicate. Les flashbacks en bichromie sont également très bien insérés dans le récit.

Le problème, c’est que du coup, mon avis est lui-aussi en demi-teinte. J’ai apprécié, et je n’ai pas apprécié, ma lecture. J’attendais un peu plus qu’une simple comédie, dont j’ai pu lire tant de bien. Je n’ai rien vu non plus du « tableau sociologique » dont parlent certains articles. Trop de clichés, trop peu d’approfondissement… Mais cependant Tamara Drewe reste malgré tout une lecture qui a son charme, pleine d’humour, et qui a malgré tout des qualités qui expliquent son succès. Cependant, je suis un peu passée à côté de celles-ci, tout simplement parce que ce n’est pas ce que je recherchais dans ma lecture. Dommage.


Je vous laisse la bande d’annonce du film pour vous donner une petite idée de l’atmosphère :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=H0_p4cwPUyY]

Un commentaire sur “Tamara Drew – Posy Simmonds

  1. Je comprends ton avis. J’avais tenté Gemma Bovary de la même auteure, je n’ai même pas fini la BD tellement ça m’a lassé et j’ai trouvé le tout vide de sens. (Enfin, peut être que tu accrocheras plus à cette BD là qu’à Tamara Drew qui sait 😀 )
    Je ne te dirais pas que j’ai très envie de tenter cette BD car honnêtement, j’ai été assez traumatisé par Gemma Bovary comme ca, je n’ai aucune envie de réitérer l’expérience (oui, je suis une lâche c’est ainsi XD)
    J’espère que le film te plaira plus si tu le tentes 😉

    1. Oh, il m’a plu. C’était anglais, décalé, un bon divertissement. J’ai trouvé le ton plus juste et moins de longueurs que dans la bédé. Mais cela reste malgré tout un film qui ne me marquera pas beaucoup. 🙂
      Je ne suis pas franchement sûre de tenter Gemma Bovery. En tout cas, pas tout de suite !
      Mais je lirai bien les matières originales, que ce soit Flaubert ou bien Thomas Hardy !

      1. Tamara Drewe c’est une réécriture d’un roman de Thomas Hardy ?! J’ai toujours pensé que c’était une réécriture de Cyrano de Bergerac (inculte power… XD).

        J’aimerais bien lire un jour aussi Mme Bovary de Flaubert mais je connais tellement bien l’histoire que j’ai l’impression de l’avoir déjà lu (ce qui est étrange). Il y a des romans comme ça où on connaît tous l’histoire alors qu’on n’a jamais lu les livres, je trouve ça marrant la mémoire collective *.*

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