Le Trop Grand Vide d'Alphonse Tabouret – Sibylline, Jérôme d'Aviau, Capucine

le trop grand vide d'alphonse tabouret

Titre – Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret
Dessin – Jérôme d’Aviau, Capucine
Scénario – Sibylline
Genre – Jeunesse
Edition – Ankama, 2010 – Volume : Oneshot


« L’histoire naïve et tendre d’un petit bonhomme né de la dernière pluie…
Il était une fois Alphonse Tabouret. Il est né dans une forêt, avec le Monsieur, qui s’est un peu occupé de lui, mais pas très longtemps. Un jour le Monsieur se fâche, pour une broutille de rien du tout, et laisse Alphonse tout seul. C’est là que son périple commence. Au fil des rencontres, il découvre des gens, bestioles, bidules, qui le font grandir un peu et lui font vivre des aventures chouettes et sans trop le vouloir vraiment. Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret, c’est une promenade un peu naïve et tendre, avec parfois des trucs rigolos. »


Note globale :

8/10


Que celui ou celle qui pense qu’une œuvre étiquetée Jeunesse n’est plus de son âge lise cette bédé. Que celui ou celle qui pense qu’une histoire doit faire rire, s’émouvoir, réfléchir et s’étonner lise cette bédé. C’est un vrai coup de cœur qui m’est tombé dessus, au détour des quelques premières pages, autant de bonnes surprises. Moi qui n’avais emprunté cette bédé que par curiosité devant ce graphisme simple et original, avec un personnage aussi étrange et enfantin qu’un petit garçon dessiné par un autre petit garçon, semblait-il, j’ai ouvert grands les yeux et mon esprit devant ce conte initiatique d’un petit machin qui ne se souvient de rien et qui découvre tout. Un miroir poétique ouvert sur un monde qu’on oublie : l’intérieur de nous-mêmes.

Les auteurs de cette bande dessinée ont été malins, très, très astucieux, et ont su finement créer un conte initiatique bourré de sens à travers un dessin enfantin, une tonalité et une narration dignes d’un conte que l’on récite à un enfant le soir pour l’endormir. Et il ne faut pas quelques pages pour que le lecteur baisse sa garde devant l’apparente innocence du récit et les questions anodines, posées avec presque une sorte de naïveté. Et pourtant, sans cesse au fil des pages, nous nous voyons pris au dépourvu. La bédé interpelle, étonne, rend curieux et interroge en continu.

Alphonse Tabouret_extrait_P1

Extrait, P1 (Cliquez pour agrandir)

Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret est une pépite, et même une leçon pour ceux qui préjugent sur le genre. Elle est l’exemple même que la simplicité n’est pas une preuve d’amateurisme ni de manque de profondeur. Au contraire, il est même remarquable de voir avec quelle facilité, et avec si peu de facéties, le scénario inspire le lecteur et l’emporte avec lui. Les émotions sont sans cesse émoustillées par les aventures du petit machin qui sait autant nous attendrir, nous émouvoir, que nous surprendre, nous enthousiasmer, nous faire rire ou même nous inquiéter.

De plus, malgré toute l’étrangeté de cet univers étonnant, aux règles indéfinies, parfois absurdes, j’ai ressenti comme une sorte de familiarité. Car les émotions et les questions que le petit Alphonse se pose et contre lesquelles, parfois, il butte, ce sont finalement les questions que nous nous posons tous sur la vie, sur la mort, sur l’amitié, et aussi – et surtout ? – sur la solitude. Dès le départ, Alphonse recherche la compagnie. Celle du Monsieur qui l’abandonne, et qui restera sa quête (que l’on pourrait bien rapprocher à la quête de nos origines) ; celle de son reflet, qu’il pense être une autre personne à part entière, et interroge finalement sur le « moi intérieur » de chacun, la compagnie invisible omniprésente qui nous fait accepter, et parfois aussi, apprécier la solitude ; celle de ses semblables qui lui ressemblent et le comprennent.

Alphonse Tabouret_extrait_P9

Extrait, P9 (Cliquez pour agrandir)

Tout au long de son aventure, nous croisons des personnages étranges et familiers. Ce sont en effet des traits de caractère personnifiés : comme le peureux, le timide, (une torche qui s’enflamme dès qu’on l’approche), l’insatisfait (qui est doté d’un trou à l’estomac qu’il essaie de combler avec tout ce qu’il rencontre sans succès), etc. Un procédé certes connu mais qui n’a pas, personnellement, rendu la lecture moins bonne, ou moins originale. Au contraire, au fil même de ces rencontres, on comprend qu’Alphonse franchit des étapes, appréhende de mieux en mieux le monde, grandit, affronte ses peurs, gagne en assurance, et finalement, petit à petit, construit le sens de sa propre vie.

La part graphique est également capitale : comme je le disais, tout donne un aspect globalement enfantin, notamment avec les traits simples et francs, comme ceux d’un enfant. L’aspect noir et blanc, dont les contrastes sont réalisés à coups de rayures de stylo bics noirs accentuent cet effet. Dans l’absurdité du chemin pris par l’enfant se dégage, quelque part, une certaine logique, qui semble échapper au raisonnement d’un adulte, mais qui parlerait forcément à celui d’un enfant. Pourtant, plus encore que de la nostalgie de l’enfance, l’album nous pousse à ouvrir les yeux sur notre propre intérieur. C’est la somme de toutes les questions, les peurs, les espoirs aussi, les quêtes personnelles que nous intériorisons et dont la portée, les règles et l’existence nous échappent totalement. On dirait être plongé dans un rêve, mais plus encore, je dirais que la bédé est un reflet dans lequel chacun projettera ce qu’il veut, son propre vide pourrait-on dire, et en tirera de fait quelque chose de profondément personnel et unique.

En image, voici exactement l’impression que cette bédé m’a donnée et que j’essaie maladroitement de vous expliquer :

Alphonse Tabouret_la découverte du reflet

Bouillonnante de bonnes idées, la narration, le dessin, la mise en scène… il se dégage de cette bande dessinée une poésie enfantine douce et mélodieuse. J’avoue avoir pris un certain plaisir à lire le texte à voix haute. Le Trop Grande Vide d’Alphonse Tabouret est ainsi une lecture déroutante et hautement addictive. Elle vous transporte pendant 180 pages à travers un voyage initiatique à la découverte du monde, soi-même, et qui laisse un peu nostalgique lorsque arrive la dernière page. Véritable coup de cœur, c’est une bande dessinée riche en émotions et pleine de questionnements, qui se laisse lire et relire, et qui pourra sans doute être une superbe idée cadeau pour ce Noël. Pensez-y !


Ankama a réalisé cette bande d’annonce que j’ai trouvée fort à propos et très bien réalisée. Elle vous donnera, j’en suis sûre, envie de vous plonger dans l’atmosphère d’Alphonse Tabouret et laisser rêver à la voir adaptée à l’écran, n’est-ce pas ?

6 thoughts to “Le Trop Grand Vide d'Alphonse Tabouret – Sibylline, Jérôme d'Aviau, Capucine”

  1. Bon, et bien je la note hein ! Déjà en lisant le début de ta chronique, j’ai vite compris que je n’y échapperais pas XD
    C’est super d’avoir ce genre de coup de cœur, c’est le plaisir d’être lecteur =)
    Merci pour cette découverte (mais ma wish list ne te remercie pas :D)

    1. Ma machination a fonctionné, tu seras vouée à te la procurer !
      Oui, c’est un peu inattendu. Au début, j’étais hyper perplexe, car c’est très enfantin. Et en même temps… C’est… Tu verras ! 🙂
      J’ai hâte d’avoir ton avis ! (Et lire tes futures chroniques !)
      J’espère qu’il te plaira ! 😀

Laisser un commentaire