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Blacksad, tome 2 – Canalès & Guarnido

Blacksad 2

Titre – Blacksad, Tome 2 : Artic-Nation
Scénario – Díaz Canalès, Juan
Dessin – Guarnido, Juanjo
Éditions – Dargaud, 2003
Origine – Espagne
Genre – Policier


Oldsmill, le maître de la ville, est un tigre blanc.
Karup, le chef de la police, un ours blanc.
Huk, l’âme damnée de Karup, un renard blanc.
Avec les autres animaux à pelage immaculé, ils forment la société WASP (W pour White, AS pour Anglo-Saxon, P pour Protestant). Tous les autres habitants, de la pie noire au renard brun-roux en passant par le chat tacheté et la biche châtain, ne sont que racaille.
Dans cette ambiance pas câline, câline, Blacksad, le chat détective privé, est engagé pour enquêter sur la disparition d’une enfant de couleur.


Note globale :

9/10


Conditionnée ou non par les multiples éloges sur la série Blacksad, je ne peux que joindre ma voix à tous ceux qui soulignent la qualité indéniable de cette bande dessinée. Ne serait-ce que pour le dessin, l’expressivité des personnages, les couleurs et l’ambiance générale de l’œuvre, Artic-Nation n’a fait que renforcer mon adhésion. J’aime sans mesure le trait des personnages animorphes, la façon dont, tout en se tenant sur deux pattes, en prenant des postures semblables aux nôtres, ils gardent leurs allures et leurs caractéristiques animalières. Rien que pour cela, pour le plaisir des yeux, c’est un régal que d’ouvrir un album de cette saga !

Wasp

Finalement, cette chronique risque d’être courte, car que pourrais-je vous dire de plus que dans ma première chronique ? Toutes les qualités que j’ai relevées, et surtout le dessin et l’ambiance dans laquelle on plonge, sont dans ce volume encore meilleures. C’est un véritable plaisir que de plonger dans les aventures de Blacksad, même dans cette ville à la vision étriquée et raciste, où la blancheur du poil détermine la position sociale.

Le pouvoir et les forces de la justice sont bien évidemment sous le contrôle des animaux blancs, composant le WASP. Les autres animaux ne sont que racailles et se voient interdits dans certains établissements. Dans cet environnement malsain et hostile, Blacksad est engagé pour enquêter autour de la disparition d’une jeune enfant dont la mère travaillait comme femme de ménage chez le chef de la police qui est à la tête d’Artic-Nation.

En reproduisant l’atmosphère des années 50 aux Etats-Unis où le racisme était à son paroxysme, les auteurs de Blacksad nous offrent à nouveau un superbe plongeon dans une ambiance réussie, réaliste et au lourd passif.

Blacksad police

Et c’est justement dans ce travail de reproduction que la bande dessinée se révèle génialissime. D’un point de vue du scénario, on pourrait comme dans le premier tome, bien que cela s’améliore, reprocher un manque d’originalité, de complexité. Vous ne vous perdrez pas à en hypothèses pour déchiffrer l’enquête qui, finalement, se révèle plutôt linéaire – et pourtant, est-ce vraiment un défaut ? Je ne l’ai pas ressenti ainsi – d’ailleurs, bien qu’assez peu challengeant, le scénario n’en reste pas moins intéressant dans les multiples thèmes qu’il invoque justement. On est facilement plongé dans l’histoire et on suit avec intérêt et même avec plaisir les aventures de Blacksad.

Le scénario lui-même semble servir au mieux cet effort de reproduction. Littéralement, en lisant la bande dessinée, ce n’est pas tant les quelques twists du scénario qui vous captivera que l’ambiance générale. C’est le fait que vous vous croirez réellement dans une ville typique des années 50. Ce qui se ressent, ce n’est pas tant les dangers qui menacent Blacksad que la violence elle-même qui ressort de cette société.blacksad 2 héros

Il est d’autant plus appréciable que malgré le « masque » que l’aspect animorphe des personnages impose, c’est abrupt qu’est montrée toute la violence, toute la noirceur, de nos sociétés. Même si, certes, ce n’est pas un certain manichéisme que les personnages sont rapidement classés en deux camps bien distincts.

S’il me fallait reprocher quelque chose à ce second volume, ce serait la mise en scène et des cadrages bien moins dynamiques que le premier tome. Si le dessin est encore plus beau, il est vrai que la composition des pages est beaucoup plus classique, et moins percutante. Et l’album se perd parfois en de trop longs discours, alors que le premier savait intelligemment user des silences pour faire passer encore plus de messages.

Pour autant, ne serait-ce que pour la sensation que procure Artic-Nation, c’est une expérience enrichissante et jouissive que de s’y aventurer. Il va sans dire que Juanjo Guarnido est au sommet de son art, nous offrant encore une fois une merveille graphique. En tout cas, c’est sans hésitation que j’ai déjà emprunté les tomes 3 et 4 et j’ai déjà hâte de m’y mettre. Affaire à suivre, donc !

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