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Blacksad, tome 1 – Juan Diaz Canales & Juanjo Guarnido

blacksad

Titre – Blacksad – Tome 1 : Quelque part entre les ombres
Scénario – Díaz Canalès, Juan
Dessin – Guarnido, Juanjo
Éditions – Dargaud, 2002
Origine – Espagne
Genre – Policier


« Parfois, quand j’entre dans mon bureau, j’ai l’impression de marcher dans les ruines d’une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qui y règne, mais parce que certainement cela ressemble au vestige de l’être civilisé que je fus jadis. »


Note globale :

9/10


J’ai rarement vu des opinions négatives sur cette bande dessinée, et pour cause : elle est géniale. Ce terme aussi subjectif et vague qu’il soit est en fait le plus transparent pour vous décrire ce que j’en ai pensé. Pas besoin d’une dizaine de lignes pour vous dire que j’ai – presque – tout aimé dans ce premier tome qui est une bonne introduction à l’univers sombre des années 50 vécues par un détective privé. La note est retranchée d’un point (un demi-point en réalité) pour le bénéfice du doute, car j’attends encore de lire le second tome pour confirmer cette première impression très positive. Voilà, c’est dit, j’ai eu un nouveau et très grand coup de cœur.

Et pourtant, ce n’était qu’à moitié gagné : n’étant pas particulièrement fan du genre policier dans la littérature et même dans la plupart des séries / films, j’aurais très bien pu passer à côté de l’intérêt du scénario. Pour le coup, ayant très peu de référence en la matière, j’ai eu aussi l’occasion de vivre cette histoire comme une véritable nouveauté – alors que selon d’autres blogueurs, le principe de base de l’histoire n’a rien de profondément original. Nous sommes dans les années 50 et nous suivons l’enquête d’un détective privé dont une ex-compagne est retrouvée morte dans son appartement. Certes, jusque-là, rien ne garantissait que le scénario me plaise.

Blacksad_extrait 2 T1Extrait (cliquez pour agrandir)

Mais il faut dire plusieurs choses : la beauté de cette bédé vient de l’univers et de l’ambiance que ses auteurs ont su créer. Cette ambiance est absolument réussie en ce que :

– le choix d’utiliser des animaux comme héros est certes déjà vu mais très bien utilisé ici : si tous se tiennent debout comme des hommes, ont la corpulence proche de ces derniers, ils n’en gardent pas moins les caractéristiques de l’animal qu’ils représentent, ce qui donne à la bédé non seulement une touche originale et réaliste mais aussi une touche d’humour bienvenue. Comme par exemple le fait que les chats sont sensés avoir une dent contre les chats ou le fait que les chats puissent avoir 7 vies – ce que Blacksad rappelle être des croyances populaires, marquant d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un univers parallèle, mais ni plus ni moins notre monde en version anthropomorphe.

Autre point à souligner, c’est que les caractéristiques en question des animaux influencent le caractère et la façon d’agir et de se mouvoir des personnages : ainsi le héro, Blacksad, est un chat noir, solitaire, indépendant, fier, désabusé, un ancien gamin des rues qui a fini par trouver sa voie ; ainsi le commissaire de police, un homme droit, attaché à la justice, intègre, est représenté par un berger allemand.

– les touches d’humour qui sont très légères mais bien présentes, évitant de nous plonger trop lourdement dans un univers déjà très sombre, ce qui aurait pu être pénible à la longue.

– l’utilisation d’une voix off, celle de Blacksad, ce qui donne à la bédé une tonalité particulière et renforce le sentiment de se retrouver dans les années 50, notamment parce que les textes sont rudement bien écrits. Cela nous permet aussi de nous immerger totalement dans l’aventure en créant un sentiment de proximité avec le personnage principal dont nous suivons le cours de ses pensées.

– une enquête prenante, rythmée, intrigante, même si on pourrait dire qu’elle n’est pas non plus particulièrement innovante. Toutefois, on la lit avec plaisir et on se prend bien sûr au jeu. La voix off renforce notamment cet effet, car nous sommes directement plongés dans les réflexions du détective. C’est donc vers lui que se porte notre attention, encore plus qu’à l’affaire, étant donné son background avec la victime. Le scénario en lui-même ne souffre ni longueur ni irrégularité dans l’action, on est plongé du début à la fin dans l’aventure.

blacksad_extrait T1Extrait (Cliquez pour agrandir)

Si j’ai mentionné plus haut que le coup de cœur était malgré tout et par avance moitié gagné, c’est qu’il est indéniable que l’une des plus grandes qualités de cette bédé est son esthétique. Cette bande dessinée est tout simplement très belle. Le dessin est superbe et les couleurs sépias, sombres, créent en grande partie l’ambiance, nous faisant plonger dans ce New York des années 50. Le réalisme du trait est bluffant et renforce notre immersion dans cet univers, ainsi que la crédibilité de celui-ci.

Tout en utilisant des formes classiques (le polar, anthropomorphisme), ce premier tome est ainsi une belle entrée en matière dans une série qui annonce d’autres intrigues sous fonds de drames amoureux, de trahison, de vengeance, d’espionnage, de complots… A savoir que si l’histoire ne vous surprendra sans doute pas, les grandes qualités de cette bédé, et ce qui en fait toute sa réussite, sont donc : un dessin magnifique, détaillé, bien cadré et dynamique au possible ainsi qu’une vraie immersion dans l’histoire mais aussi dans l’atmosphère si particulière et enivrante de l’Amérique des années 50.

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