Le poids des secrets

Pentalogie composée de 5 tomes (Tsubaki, Hamaguchi, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru)
écrite par Aki Shimazaki
publiée en France par les éditions Actes Sud, collection Babel
Littérature québécoise/japonaise
Contemporain / Historique / Japon / Secrets de familles
Coffret de l’intégrale 33€, Petit format 6,60€ /tome
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LES BONNES SURPRISES

Résumé des tomes :
Tsubaki
La mère de Namiko vient de mourir. Pour héritage, elle lui lègue deux carnets, l’un à son intention et l’autre à celle de son demi-frère, dont Namiko ignorait jusque-là l’existence. Dans son carnet, elle y découvre le passé de cette mère discrète, aux lourds secrets.

Hamaguchi
Yukio se remémore les vestiges de son enfance ; des drames qu’il a vécus, en tant qu’enfant naturel et à cause de la bombe atomique à Nagasaki ; mais aussi de ses amours de jeunesse dont il ignorait tout jusqu’à la veille de la mort de sa mère.

Tsubame
Après le tremblement de terre qui a dévasté le Kanto, pour protéger sa fille des appels à la violence contre les Coréens vivant au Japon en 1923, la mère de Mariko la confie au prêtre d’une église japonaise qu’elle connaissait, avant de partir à la recherche de son frère et disparaître à jamais.

Wasurenagusa
En tant qu’héritier de la famille Takahashi, Kenji tente de fuir la pression familiale qui ne songe qu’à lui trouver une nouvelle femme afin de perpétrer leur lignée et dont les parents ne sont pas prêts à accepter son secret ni la femme dont il est tombé amoureux, Mariko.

Hotaru
Tsubaki rend régulièrement visite à sa grand-mère, qui souffre d’hallucinations depuis une commotion cérébrale. Mais un jour, alors qu’elle vit un moment de lucidité, celle-ci finit par lui raconter les souvenirs de sa jeunesse dont elle n’avait encore parlé à personne jusque-là.


En cinq volumes indépendants, Le poids des secrets traverse l’histoire du Japon au 20e siècle, et recompose le puzzle de la vie de deux familles, leur généalogie, leur société et l’histoire de leur pays.

C’est un texte délicat qui s’intéresse de près à la psychologie des membres de ces familles japonaises ayant survécu aux nombreux drames du siècle dernier : entre autres, lors du grand tremblement de terre de 1923 qui a détruit le Kantô et le massacre de Coréens qui y a fait suite ; lors de la Seconde Guerre Mondiale, en particulier au Mandchourie après l’invasion soviétique et à Nagasaki, lorsque la bombe atomique est tombée sur le district d’Urakami…

Ce n’est cependant pas un récit historique, mais une histoire à échelle humaine, par laquelle l’autrice décrypte certains tabous de son pays, fruits à la fois de son histoire, de sa société, de sa culture et de ses traditions. J’ai apprécié la lucidité de ses narrateurs, leurs regards critiques envers leurs situations et leur propre société, sans qu’ils ne tombent jamais dans le pathos, la condamnation ou quelconque manichéisme.

Le choix de cette narration donnant directement, dans chacun de ses livres, la voix à un membre particulier de la famille, est idéal pour rendre compte de la complexité de la psyché humaine, notamment au regard de leurs secrets qui vont conditionner leur vie, leur histoire et leurs relations.

Bien que les tomes reviennent incessamment sur les mêmes périodes de l’histoire (autant celle avec un grand « H » que celle des protagonistes), l’autrice réussit avec brio à apporter à chaque livre un véritable cœur, avec des thématiques et des enjeux spécifiques, qui renforcent la profondeur de chacun de ses personnages. On pourrait très bien en lire un des tomes au hasard sans être totalement perdu et en ayant la même sensation que s’il avait été un tome unique.

De plus, l’autrice évite un des principaux écueils à ce type de série-puzzle, c’est-à-dire qu’elle finisse à la fois par devenir trop répétitive et sur-explicite. Or, à l’exception du tout dernier volume où je suis plus réservée, malgré l’intérêt de son sous-texte, il m’a semblé qu’Aki Shimazaki est parvenue à cadrer son récit de sorte à laisser, à chaque tome, le lecteur combler par lui-même les trous des non-dits, rendant ainsi chaque volume indispensable à la pentalogie.

Dès le premier volume, j’ai été happée par la subtilité de l’écriture (écrit directement en Français par l’autrice), la poésie sous-jacent la dureté de ses thématiques, la finesse et le réalisme de ses personnages charismatiques, qui tout à leurs secrets et enjeux individuels, aspirent communément à la liberté et à la dignité.

Dévoré en quelques jours, Le poids des secrets est un premier cycle de romans magnifique qui ne me donne qu’une envie : me plonger dans toute la bibliographie d’Aki Shimazaki dans les semaines à venir. Affaire à suivre !


Ce que j’ai le plus aimé :

  • La cohérence des tomes entre eux et la part laissée à l’interprétation pour les lecteurs
  • La finesse de la psychologie des personnages charismatiques
  • Les thématiques abordées et les réflexions sur le Japon du XXe siècle, son histoire et sa société
  • L’ode à la liberté, la dignité, la vérité, l’amour et la famille

Ce que j’ai moins aimé :

  • Un dernier tome un peu plus répétitif et explicite que les précédents – même s’il propose une bonne conclusion à la série
  • Le secret de Kenji Takahashi moins travaillé dans la façon dont il a un impact sur sa psyché et ses choix dans le 4e tome – un personnage globalement plus creux que les autres