Janvier #1 Point culture cinéphile

Nouvelle année, nouvelle rubrique. J’inaugure donc le premier point culture de 2021. J’envisage de publier régulièrement des articles récapitulatifs. Le but : partager mes découvertes de façon moins conséquente que dans les chroniques.

A priori, j’essayerai d’en publier un toutes les quinzaines, sauf si je n’ai pas assez de matière.

Et, en fonction de ce que j’ai à partager, il sera soit spécifique au cinéma, à la littérature ou à la BD. Soit un mélange des trois.

Pour celui-ci, j’ai décidé de vous parler de trois films !

Au menu du jour :

Thriller psychologique, Historique, Science-fiction

Les cinémas étant encore fermés, je me rabats sur les quelques films trouvés sur les plateformes. Mais surtout sur Arte, qui a toujours une programmation hétéroclite et assez riche.

1969, LA PISCINE, Jacques Deray

L’occasion entre autres de découvrir pour la première fois le film culte de 1969, La piscine de Jacques Deray. Et avec quel quatuor ! Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin et Maurice Ronet – rien que ça. Le couple Jean-Paul et Marianne profitent de jours heureux dans leur villa, jusqu’à l’arrivée de Paul et de sa fille, Pénélope. Ancien amant de Marianne, celui-ci s’amuse à jeter le trouble en remuant le passé.

Je reste assez hermétique à l’esthétique du film, sous fond de bourgeoisie qui s’ennuie en vacances. Néanmoins, je n’ai pu qu’apprécier les jeux de regards qui en disent long, la langueur des vacances où s’installe insidieusement une ambiance poisseuse et tendue. Le rythme lent, le jeu des acteurs, les dialogues qui sonnent faux… Lentement le film passe des scènes érotiques, sans doute peu courantes encore au cinéma (le film ayant été tourné en 1968), à la sensation de malaise.

Jacques Deray réussit ainsi à effriter sans en avoir l’air l’image parfaite, dévoilant les dessous. L’image d‘individus troubles, plus complexes et complexés qu’ils n’en d’abord l’air, prend petit à petit le dessus. J’ai eu l’impression moi-aussi de suffoquer, de me noyer, au summum de l’intrigue. Toutefois, j’ai trouvé dommage que celle-ci retombe un peu comme un soufflet. La dernière partie est en effet plus inégale, linéaire et convenue.

Une bonne découverte dans l’ensemble.

2016, LES INNOCENTES, Anne Fontaine

J’ai également vu le film Les innocentes d’Anne Fontaine, qui a su m’intéresser par son sujet, moins dans son traitement. C’est tiré d’une histoire vraie, en Pologne, juste après la Seconde Guerre Mondiale. Alors que la Croix Rouge Française n’y est tolérée que pour rapatrier leurs soldats blessés, une jeune docteure accepte d’aller aider des nonnes d’un couvent à accoucher en secret. Celles-ci ont été violées par des militaires, et se retrouvent livrées à elles-mêmes.

Les ficelles arrangées de l’histoire pour en tirer un scénario fluide sont assez visibles, mais cela fonctionne assez bien. La production franco-polonaise offre aussi un joli casting, efficace dans l’interprétation de la jeune docteure et des nonnes. Autre point positif : la photographie du film est très belle, offrant de très jolis plans très travaillés.

Néanmoins, l’austérité à outrance, à la fois dans l’esthétique, dans le jeu et dans la réalisation, a, en contrepartie, créé une distanciation. Même si je me doute que c’est un choix volontaire, reflétant l’austérité d’une Pologne d’après-guerre.

En conséquence, le film perd en intensité émotionnelle. Dommage qu’il ne développe pas d’avantage le contexte socio-politique du pays, et son rapport avec la religion, et les couvents. Les quelques éléments abordés restent plutôt en surface, ne montrant principalement que la brutalité des militaires, laissés en roue libre.

Et, sans doute par manque de matière sur l’histoire personnelle de ces femmes, celles-ci semblent aussi superficielles. Ce qui rend moins compte de l’ambivalence de leurs choix, notamment ceux de leur mère supérieure, dans un tel contexte.

Une bonne découverte, malgré tout.

2015, SEUL SUR MARS, Ridley Scott

Enfin, la découverte de Seul sur Mars de Ridley Scott a été plutôt bienvenue après la déception qu’a été le film de George Clooney, Minuit dans l’univers. J’ai apprécié l’idée de réaliser un film parlant de colonisation spatiale qui soit positif. Ici, point de situation d’urgence sur Terre ni guerre nucléaire, ni appauvrissement des ressources, ni apocalypse climatique quelconque. Cela part d’un accident malencontreux, alors qu’une tempête imprévue pousse les membres de la mission à fuir la planète rouge en urgence. Projeté lors de cette tempête, le biologiste Mark Watney est laissé pour mort. Prévenant la Terre de leur erreur, il doit trouver des moyens d’augmenter ses ressources afin de laisser le temps à la NASA de lancer une mission de sauvetage.

A partir de là, la modestie du film à ne pas trop en faire sur les situations catastrophiques permet de ne pas trop étouffer sous l’action. C’est un aspect plutôt réussi du film, même si cela devient moins vrai sur la fin.

En revanche, j’ai bien moins adhéré à l’uniformité et l’omniprésence de l’humour, qui tend à rendre certains personnages insupportables – dont celui joué par Matt Damon. Les gros filons pour faire avancer le scénario sont également assez énormes. Il joue aussi sur certains clichés qui m’ont déplu.

Gros bémol également sur la représentativité des femmes qui sont des jolis drapeaux. Et ce, alors même qu’elles occupent des postes qui auraient pu leur offrir un meilleur rôle.

Kristen Wiig aura eu le mérite de poser toutes les bonnes questions à ces gentils mâles de la Nasa. Kate Mara s’en sort un peu mieux. Elle nous ressort simplement le cliché de l’ingénieure qui détaille toutes les difficultés du monde pour faire son taff, pour conclure que c’est dans ses cordes. Jessica Chastain fait montre d’un charisme fou (non) pour offrir la scène la plus mémorable du film (non). Elle fait donc une sortie spatiale remarquable pour pêcher un Iron Man au gant troué.

Malgré un casting intéressant, elles n’ont aucune place dans ce film d’hommes, encore une fois. Et ça m’enquiquine comme toujours de le voir aussi flagrant à l’écran.

Le poids des secrets, un autre regard du Japon d’Aki Shimazaki

Couverture Le Poids des secrets

En cinq volumes indépendants, Le poids des secrets traverse l’histoire du Japon au début du 20e siècle. Le cycle recompose le puzzle de la vie de deux familles, leur généalogie, leur société et l’histoire de leur pays.

Un récit historique à échelle humaine

C’est un texte délicat qui s’intéresse à la psychologie de familles japonaises ayant survécu aux drames du siècle dernier. Le grand tremblement de terre de 1923 qui a détruit le Kantô. Le massacre de Coréens qui y a fait suite. La Seconde Guerre Mondiale, en particulier au Mandchourie après l’invasion soviétique et à Nagasaki, lorsque la bombe atomique est tombée sur le district d’Urakami…

C’est cependant une histoire à échelle humaine, par laquelle l’autrice décrypte certains tabous de son pays. Ils sont fruits à la fois de son histoire, de sa société, de sa culture et de ses traditions. J’ai apprécié la lucidité de ses narrateurs, leurs regards critiques envers leurs situations et leur propre société. Et ce, sans qu’ils ne tombent jamais dans le pathos, la condamnation ou quelconque manichéisme.

Or, le choix de cette narration donnant à chaque livre la voix à un membre particulier de la famille, est idéal. Il montre la complexité de la psyché humaine, au regard de leurs secrets. Comment ceux-ci vont conditionner leur vie, leur avenir et leurs relations.

Une série puzzle passionnante et efficace

Bien que les tomes ressassent les mêmes périodes de l’histoire, l’autrice réussit à apporter à chaque livre un véritable cœur. Ils ont chacun des thématiques et des enjeux spécifiques, qui renforcent la profondeur de ses personnages. On peut donc choisir de ne lire qu’un des tomes sans risque d’être perdu. Ou les lire dans l’ordre pour profiter du tableau dans son ensemble.

Ainsi, l’autrice évite un des principaux écueils à ce type de série-puzzle : être trop répétitive et sur-explicite. Seule exception : le tout dernier volume où je suis plus réservée, malgré l’intérêt de son sous-texte. Du reste, Aki Shimazaki est parvenue à laisser le lecteur combler par lui-même les trous des non-dits, rendant ainsi chaque volume indispensable à la pentalogie.

La force du Le Poids des Secrets : l’écriture d’Aki Shimazaki

Dès le premier roman, j’ai été happée par la subtilité de l’écriture, la poésie sous-jacent la dureté de ses thématiques. Mais aussi la finesse et le réalisme de ses personnages charismatiques.

Tout à leurs secrets et enjeux individuels, ceux-ci aspirent communément à la liberté et à la dignité. Autant de sentiments universels qui les rendent humains, touchants et malgré tout proches du lecteur.

Une excellente lecture pour découvrir le Japon

Pour conclure, ce premier plongeon a été une lecture poignante et enrichissante. Il offre une vision différente du Japon, au travers des événements tragiques et des thèmes riches. En bref : un cycle harmonieux, efficace, très bien écrit, qui donne envie d’explorer la bibliographie d’Aki Shimazaki.

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Pentalogie composée de 5 tomes (Tsubaki, Hamaguchi, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru), écrite par Aki Shimazaki, publiée en France par les éditions Actes Sud, collection Babel, Coffret de l’intégrale 33€, Petit format 6,60€ /tome, Littérature québécoise/japonaise, Contemporain / Historique / Japon / Secrets de familles

A propos de l’autrice

Née à Gifu, en 1954, Aki Shimazaki a quitté le Japon pour vivre au Canada en 1981. Elle a commencé à publier en français directement avec son premier roman, Tsubaki (1999).

Sa bibliographie se compose en trois cycles de cinq romans chacun. Ils s’articulent autour d’une dynamique commune et entrecroisent le destin de différents narrateurs au sein d’un même univers.

Elle dresse ainsi dans ses livres un portrait détaillé de la société japonaise, à travers son histoire, sa culture, son évolution et aussi ses tabous.

Ses romans ont remporté plusieurs prix, dont par exemple le Prix de la Société des écrivains du Canada pour Tsubaki, le prix Ringuet 2001 pour Hamaguri, etc.

En France, elle est publiée par les éditions Actes Sud qui propose d’acheter ses cycles par coffret ou individuellement.

Résumé des tomes :

Tsubaki
La mère de Namiko vient de mourir. Pour héritage, elle lui lègue deux carnets, l’un à son intention et l’autre à celle de son demi-frère, dont Namiko ignorait jusque-là l’existence. Dans son carnet, elle y découvre le passé de cette mère discrète, aux lourds secrets.

Hamaguchi
Yukio se remémore les vestiges de son enfance ; des drames qu’il a vécus, en tant qu’enfant naturel et à cause de la bombe atomique à Nagasaki ; mais aussi de ses amours de jeunesse dont il ignorait tout jusqu’à la veille de la mort de sa mère.

Tsubame
Après le tremblement de terre qui a dévasté le Kanto, pour protéger sa fille des appels à la violence contre les Coréens vivant au Japon en 1923, la mère de Mariko la confie au prêtre d’une église japonaise qu’elle connaissait, avant de partir à la recherche de son frère et disparaître à jamais.

Wasurenagusa
En tant qu’héritier de la famille Takahashi, Kenji tente de fuir la pression familiale qui ne songe qu’à lui trouver une nouvelle femme afin de perpétrer leur lignée et dont les parents ne sont pas prêts à accepter son secret ni la femme dont il est tombé amoureux, Mariko.

Hotaru
Tsubaki rend régulièrement visite à sa grand-mère, qui souffre d’hallucinations depuis une commotion cérébrale. Mais un jour, alors qu’elle vit un moment de lucidité, celle-ci finit par lui raconter les souvenirs de sa jeunesse dont elle n’avait encore parlé à personne jusque-là.