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La main gauche de la nuit

Écrit par Ursula LE GUIN en 1969
Cycle de Hain, tome 4
Roman – Science-fiction, identité de genre
Origine US
voir le site de l’éditeur (VO), 18,33€ (Hardback), 6,19€ (Paperback), 6,49€ (Ebook)
voir le site de l’éditeur (VF), 7,70€ (Poche), 9,90€ (Ebook)

LES BONNES DECOUVERTES

Résumé : « Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains.
Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle.
L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen ?
Ce splendide roman a obtenu le prix Hugo et a consacré Ursula Le Guin comme un des plus grands talents de la science-fiction.
« 

Notabene : Bien qu’étant le 4e volet du Cycle de Hain, ce roman peut être lu de façon indépendante.

Première découverte de la très célèbre autrice américaine de SFFF, c’est un roman exigeant, encore d’avantage dans sa langue originelle. La main gauche de la nuit dresse une réflexion avant-gardiste dans la SF autour des questions d’identité de genres en partant d’un postulat assez simple. Celui de la rencontre entre Genly Ai, un terrien, envoyé en mission de reconnaissance sur la planète Nivôse (ou son nom local, Géthen) afin de les convaincre d’adhérer à l’Ekhumen (sorte d’organisation interplanétaire qui est le tronc commun de plusieurs romans de l’autrice).

Or, Genly va se confronter à trois problèmes : les politiques locales qu’il rencontre n’ont aucune intention de s’y lier, soit par peur ou par défiance, et qui préféreront le museler. La planète Nivôse est un enfer glacial où y passer l’été équivaudrait peu ou prou à vivre un hiver au Canada. Et les locaux sont androgynes et asexués la majorité du temps, sauf à des périodes succinctes, où ils entrent en période de kemma et adopte soit un sexe féminin soit un sexe masculin de façon aléatoire.

En nous proposant dès le départ une narration homodiégétique, l’autrice nous offre un point de vue familier, celui de Genly, afin de mettre en abyme la réflexion portée dans tout le roman sur le genre et son influence sur notre vision du monde et la détermination des rôles dans nos sociétés.

Malgré le choix immédiat du neutre masculin, que Genly tente de justifier par la volonté de simplifier l’écriture de son rapport, les pensées de ce dernier ne cesseront sans cesse de rapprocher les attitudes de ses interlocuteurs à un genre, quand bien même cela n’a pas de sens pour un peuple androgyne. Cela démontre d’autant plus notre obsession du genre, des préjugés déterministes qui y sont liés, des limitations sociales induites et de la recherche permanente d’altérité (homme/femme) qui empêchent toute compréhension de l’autre. Et peut-être peut-on y voir de la part de l’autrice, une remise en cause l’argument de la biologie, souvent utilisée pour justifier le genre (et surtout les conséquences du genre sur un individu).

L’autrice n’hésite pas à poser la question des incidents que son absence induiraient sur la société. Ainsi, sur Gethen, il n’y a pas vraiment de guerres, mais intrigues politiques, manipulation, patriotisme et conflits territoriaux ne manquent pas. Se pose ainsi la question : est-ce pour autant que les modèles de gouvernement sont plus égalitaristes, plus tolérantes et moins belliqueuses ?

Genly ne sera cependant pas le seul narrateur de ce récit, puisqu’on retrouvera par moment la voix d’Esthaven, le premier Géthen à avoir prêté attention à la proposition de Géthen et un allié qu’il ne se découvrira qu’assez tard dans le récit. L’alternance des deux narrateurs permet de créer l’altérité, mais une altérite qui démontre surtout de l’impossibilité de communication et de compréhension de l’autre – un des thèmes récurrents traités dans les œuvres de science-fiction.

Mais il existe encore une troisième narration proposée, cette fois-ci, extérieure et sous la forme de contes oniriques, qui racontent les mythes et légendes de Géthen, conférant une profondeur à son univers sans commune mesure. Une efficacité dans le world-building inégalable, compte tenu de la relative brièveté du roman (environ 300 pages), mais un moyen également efficace de nous immerger pleinement dans son récit et ses personnages.

En conclusion, La main gauche de la nuit est un très bon roman de science-fiction. Je n’ai certes pas forcément apprécié la plume d’Ursula Le Guin, malgré l’onirisme des mythes cités précédemment, mais la richesse de son œuvre réside surtout dans l’habileté du récit, le miroir qui nous est renvoyé à travers les réflexions proposées sur l’identité et le genre, et l’ode fait à l’empathie et la tolérance face aux altérités, quelles qu’elles puissent être.


Ce que j’ai le plus aimé :

  • Les questions d’identité et de genre
  • L’onirisme des mythes et légendes et la construction de l’univers
  • Les choix de narrations, l’habilité du récit
  • L’ode à la tolérance

Ce que j’ai le moins aimé :

  • L’écriture