L’Homme qui mit fin à l’Histoire, un documentaire, de Ken Liu

Couverture de L'homme qui mit fin à l'Histoire

Traduit par Pierre-Paul Duransti, publié par les éditions Le Bélial’ (coll. Une heure lumière), 2016, 112p, broché 8,90€, numérique 3,99€, Littérature américaine / Science-fiction

L’Histoire s’apprête à connaître son instant de vérité.

Deux scientifiques ont mis au point un procédé qui permet d’observer le passé. C’est une révolution historique ! L’invention est cependant encore limitée : une seule personne peut visualiser une période donnée. Après quoi, celle-ci redevient inaccessible et ce, pour toujours.

Qu’à cela ne tienne, les scientifiques sont décidés. La vérité n’attend pas. Leur première cible : les atrocités commises en Mandchourie par l’Unité 731 sous mandat impérial japonais, durant la Seconde Guerre Mondiale.

Un documentaire pour toute fiction

La forme que prend la novella s’inspire de la nouvelle de Ted Chiang (« Aimer ce que l’on voit, un documentaire »).

Dénué de narrateur, L’homme qui mit fin à l’Histoire est donc un texte oral qui se veut neutre. Montage de retranscriptions d’interviews, de débats, de discours, de prises d’opinion…

Le documentaire est un mélange habile de faits très documentés et d’opinions très diverses sur les questions soulevées par l’expérimentation. Cela va du témoignage des familles de victimes à celui d’un ancien membre de l’Unité 731. Des avis d’académiciens, de politiciens, à ceux d’hommes et de femmes ordinaires…

Et comme il se déroule après l’expérimentation, on assiste en réalité au bilan et à la tenue des comptes. Cela évite le débat de rester dans la pure rhétorique et l’anticipation. Ce qui est d’autant plus avisé que le récit a un contexte finalement très contemporain.

Mais c’est aussi une mise en abyme de ce que l’auteur critique : l’Histoire n’échappe pas à son contexte. Elle ne peut donc être neutre.

Où l’Histoire perd de sa majuscule

Si le cadre SF fait appel à l’imaginaire, il propose en réalité un exercice d’analyse rétrospective.

En filigrane du documentaire, les différents intervenants soulignent le contexte géopolitique de l’époque. Il apparaît ainsi qu’au-delà de la responsabilité du Japon, l’auteur vise à interroger celle des communautés internationales.

Comment expliquer en effet qu’il y ait eu autant d’années avant que ces crimes n’aient été dévoilés et reconnus ? Une telle mansuétude n’aurait-elle pas un rapport avec l’intérêt des États-Unis pour les recherches en matière d’armes biologiques ? Ou encore avec la volonté des puissances de l’époque à protéger l’échiquier mondial en place ?

Or, il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt mais bien de réfléchir également aux leçons à en tirer. Et de poser en filigrane une autre question : à qui l’histoire devrait servir ?

L’homme qui mit fin à l’Histoire. Mais laquelle ?

La fiction entre de cette façon en résonance avec notre société. Elle questionne notamment notre rapport à l’Histoire, son statut scientifique, politique et social et son caractère péremptoire. En pointant du doigt ses « oublis », Ken Liu dénonce directement son instrumentalisation et le négationnisme politique.

Et il le fait sans se montrer dirigiste ou moralisateur. C’est en cela que L’homme qui mit fin à l’Histoire se révèle une excellente novella de science-fiction. Courte, bien écrite, efficace : un excellent choix pour découvrir la plume et le talent narratif de Ken Liu.

Rendez-vous sur le site de Le Bélial’ pour en savoir plus


Référence citée :

« Aimer ce que l’on voit, un documentaire » Nouvelle parue dans le recueil « La tour de Babylon », éd. Folio SF (n° 358), trad. Pierre-Paul Duransti et Jean-Pierre Pugi, 2010. Elle a été adaptée au cinéma par Denis Villeneuve dans son film « Premier Contact » en 2016.


Quelques mots sur Ken Liu :

Né en 1976 à Lanzhou (Chine), Ken Liu est un écrivain de science-fiction, fantastique et fantasy sino-américain. Il a fait ses études et vit aux États-Unis depuis l’âge de 11 ans. Il a débuté sa carrière dans la programmation avant de se diriger vers le droit d’entreprise et enfin vers l’écriture.

Sa carrière de nouvelliste a été plusieurs fois récompensée des prestigieux prix Hugo, Nebula ou encore World Fantasy Appart. Et c’est en 2015 qu’il commence à publier sa première série de romans avec La Dynastie des Dents de Lion. Son premier tome a lui aussi remporté le prix Lotus.

Mais Ken Liu est également connu pour avoir traduit et fait connaître des auteurs chinois en Occident. En particulier, Liu Cixin et sa trilogie de science-fiction Le problème à trois corps.

Où trouver ses livres en Français :

  • Chez Le Bélial :
    • Les novellas : L’homme qui mit fin à l’Histoire et Le Regard (coll. Une heure lumière)
    • Les recueils de nouvelles : La Ménagerie de Papier et Les Jardins de Poussière (coll. Quarante-deux)
    • D’autres nouvelles sont disponibles individuellement dans la revue Bifrost
  • Chez Fleuve éditions (coll. Outre Fleuve) ou Pocket :
    • sa série de romans en cours : La Dynastie des Dents de Lion
    • le one-shot dérivé de la saga Star Wars : Luke Skywalker : Légendes

Quatrième de couverture :

« Futur proche.

Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.

Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire. »

La main gauche de la nuit, une réflexion sur le genre d’Ursula Le Guin

Couverture La main gauche de la nuit

Écrit par Ursula LE GUIN en 1969, Cycle de Hain, tome 4 – voir le site de l’éditeur (VO), 18,33€ (Hardback), 6,19€ (Paperback), 6,49€ (Ebook) – voir le site de l’éditeur (VF), 7,70€ (Poche), 9,90€ (Ebook) – science-fiction, littérature américaine

Nota bene : Bien qu’étant le 4e volet du Cycle de Hain, La main gauche de la nuit peut être lu de façon indépendante.

L’envoyé de l’Ekumen a bien du mal à supporter le froid polaire de la planète Gethen. Mais ce n’est pas tant l’hostilité des températures que la particularité de ses habitants qui le trouble.

Et pour cause : les Géthéniens sont des êtres humains sans distinction de sexe. A l’exception de la période de reproduction, où ils prennent aléatoirement le sexe féminin ou masculin, iels sont ambisexué-e-s. De plus, les politiques locales sont plutôt hostiles à l’idée d’intégrer l’Ekumen. La mission de Genly Aï semble compromise.

Publié initialement en 1969, La main gauche de la nuit est un récit de science-fiction singulier qui a contribué à la renommée de l’autrice. Mais il s’agit également d’un des premiers livres féministes de science-fiction écrits.

Le genre comme limitation sociale

La narration homodiégétique permet une approche directe de la question de genre. Surtout que le regard de Genly Aï nous est en réalité familier. C’est notre vision du monde qui s’oppose à celui des Géthéniens. Ainsi, elle nous fait réfléchir sur l’influence que le genre a sur la détermination des rôles dans nos sociétés.

Genly Aï est aussi faillible qu’on peut s’imaginer l’être dans pareille situation. Bien que maladroitement justifié, il évoque immédiatement son choix du neutre masculin pour parler de ses hôtes. Cela démontre dès le départ la conscience aiguë qu’il a de l’inadaptabilité de la langue. Il attribuera également sans cesse un genre aux attitudes des Géthéniens, bien que cela n’ait aucun sens pour eux.

Habilement, Ursula Le Guin met ainsi en scène notre obsession du genre et ses conséquences. Tous ces préjugés déterministes limitent finalement nos relations sociales et obstruent notre vision par la recherche permanente d’altérité. Et c’est bien cela qui est au cœur du récit.

Un monde sans genre : un monde plus juste ?

Sur Gethen, la guerre, comme le genre, est un concept étranger à la population. Mais, la planète reste un terrain où le conflit existe. Il prend d’autres sources et d’autres formes : le patriotisme, l’appartenance territoriale, qui se résout en chantages, intrigues politiques, manipulations…

De plus, de par son genre déterminé, Genly Aï apparaît comme un monstre aux yeux de la population. Ils se méfient de lui et leur premier réflexe est celui du rejet. Il sera exilé, muselé et enfin enfermé, de sorte à ce qu’il ne puisse répandre son message.

Finalement la peur de l’inconnu, de « l’autre », reste prégnante. Mais est-ce suffisant pour dire que l’absence de genre rendrait le monde moins belliqueux ? Pas vraiment.

L’axe de réponse se trouve dans le choix narratif. La narration change en effet de temps à autre pour offrir le point de vue d’un Géthénien. Esthaven, lui-même en exil, est le seul qui a dès le début soutenu la proposition de Genly Aï. Par sa vision élargie, il a perçu le potentiel pour Géthen de s’allier à l’Ekhumen. Or, l’explorateur interprète mal son attitude et se méprend sur ses intentions. Ce qui l’entraînera à faire les mauvais choix et risquer sa perte.

Cette alternance de narrateurs met en scène l’altérité que l’autrice dénonce. De cette dissemblance, naît l’impossibilité de compréhension, de communication et la peur de l’autre. C’est de là que naît le conflit.

Un récit exigeant non dénué de poésie

Pour une première découverte de l’autrice, j’ai été surprise par la qualité de son écriture. D’une part, elle propose une réflexion approfondie sur le genre dans un récit passionnant, aux intrigues socio-politiques et humaines prenantes.

Mais, elle le fait également dans un univers approfondi, riche de ses mythes et légendes. Celles-ci prennent la forme de contes oniriques. Ce sont des pauses poétiques bienvenues dans un récit autrement très terre à terre. Et un moyen efficace de construire un univers dense et surtout très immersif.

Un incontournable de la SF féministe

Rétrospectivement, l’autrice s’est reconnue quelques maladresses au regard du féminisme. Elle offre néanmoins une base de réflexion sur le genre qui reste encore très actuel. La richesse de son œuvre est intemporelle. Cela tient de l’habilité de son récit à faire miroir à notre société. Elle perdure dans l’ode faite à l’empathie et la tolérance face aux altérités, quelles que soient leur nature. Et dans un espoir en l’humanité qui réside dans son ouverture à l’autre.


A propos d’Ursula Le Guin

Née en 1929 et morte en 2018, Ursula Le Guin est une autrice américaine mondialement réputée pour ses récits de science-fiction spéculative et de fantasy. Ses sujets de prédilection se tournent autour des sciences sociales. On retrouve en particulier de l’anthropologie culturelle, du féminisme, de la philosophie taoïste, entre autres thématiques politiques et sociales.

Elle commence à publier à la fin des années 50. C’est en 1969 que paraît le premier roman qui lui donnera en premier sa renommée : La main gauche de la nuit. Mais l’autrice continuera à faire parler d’elle, par l’excellence de son écriture, la complexité et la richesse de ses récits. La liste de ses nominations littéraires en témoigne : 1 National Book Award, 9 prix Hugo, 6 Nebula Awards…

Extrêmement prolifique, elle a publié pas moins de 21 romans, 12 recueils de nouvelles, 11 de poésie, 13 romans jeunesses et 8 essais. Une de ses adaptations la plus célèbre est celle de sa saga de fantasy Terremer, par Gorô Miyazaki des studios japonais Ghibli en 2006.

Pour en découvrir d’avantage sur l’autrice, rendez-vous sur le site officiel (en anglais).

Plusieurs de ses œuvres ont été traduites et peuvent être facilement trouvées en France, en neuf ou en occasion. Quelques-unes d’entre elles avec les liens vers leur maison d’édition :

Quatrième de couverture

« Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains.
Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle.
L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen
« 

Le Portrait de Dorian Gray

Le portrait de Dorian Gray

Écrit par Oscar Wilde en 1891
Roman – Conte philosophique, Fantastique
Origine US (commande), UK (auteur)
Voir sur le site de Penguins Books (VO), 6,09€ (Paperback)
Voir sur le site du Livre de Poche (VF), 3,30€ (Poche), 2,99€ (Ebook)

LES COUPS DE CŒUR

Résumé : « « Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d’un jeune homme d’une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d’étranges conjectures. »
Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce voeu insensé : garder toujours l’éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l’âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : « Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer. »
« 


Le portrait de Dorian Gray fait partie de ces mastodontes de la littérature anglaise (même si elle a été commandée par un éditeur américain), incontournables classiques qui peuvent impressionner. J’avais également quelques appréhensions à l’attaquer, d’autant que je m’étais en plus mise au défit de le faire dans sa langue originale. Et comme je le pensais, ça n’a pas été une lecture évidente, quand bien même j’ai été surprise par l’élégance et la fluidité de la plume d’Oscar Wilde.

Je n’étais pas innocente lorsque j’ai attaqué ce livre : j’étais préparée à me plonger dans la noirceur la plus pure de l’âme humaine. Même si ce ne sont pas les récits que j’apprécie le plus, le Portrait fut un livre haletant, pesant et difficile.

On est happé par cet esprit malfaisant et cependant délectable. Dorian Gray ne sublime pas que son entourage, il subjugue, nous-même, les lecteurs, alors que par ce statut, nous sommes sensé avoir de la distance. Mais rien ne fait obstacle à l’irrémédiable fascination qu’exerce le personnage central.

Comme décor, il dresse un tout autre portrait, celui cynique d’une société décadente remplie de superficiels oisifs à la morale dépravante, qui en ressort pathétique. Or, la beauté vue par Oscar Wilde présuppose que son porteur reste pur. Autour de ce postulat central, l’auteur va justement porter tout le long de son récit sa réflexion sur la notion de beau, l’art, l’esthétique et, au-delà, de la morale. Si Dorian était, ne serait-ce qu’entaché par les vices de l’humain, sa beauté se détériorerait, comme l’exprime le peintre Basil à Lord Henry, le conjurant de ne rien tenter envers son protégé. Celui-là même qui, dès le début, sera présenté comme le « tentateur ».

Petite parenthèse car c’est d’ailleurs en partie à cause de ce personnage que la lecture du Portrait me fut difficile. Au-delà de son hédonisme, sa conception des femmes a rendu la première partie de l’œuvre particulièrement déplaisante.

Toute la noirceur du récit se dévoile au fur et à mesure que nous assistons à la lente et inéluctable métamorphose d’un esprit perverti par la vanité, insufflée par Lord Henry et par Basil, malgré lui, en lui faisant prendre conscience du pouvoir de sa beauté. Sous cette enveloppe d’immunité, Dorian Gray révèle, au fur et à mesure du récit, sa tortueuse personnalité, en quête perpétuelle de nouvelles sensations et du plaisir absolu, et sa peur inéluctable non seulement de la vieillesse et la laideur, mais de la mort.

La beauté, parce que supposée pure, devient donc la cache derrière laquelle Dorian montre toute sa lâcheté. Elle lui sert d’excuse pour succomber à tous les vices jusqu’au crime ultime. On comprend que le portrait, dont il restera obsédé depuis la formulation de ses vœux, représente sa conscience. Finalement, en choisissant la superficialité, Dorian Gray a fait le choix que formulait pour lui Lord Henry dès le début du récit.

Une phrase dite par Oscar Wilde en prison, que l’on peut lire dans la préface, est édifiante au regard de son œuvre : « La faute suprême, c’est d’être superficiel. Tout ce dont on prend conscience est juste.«  Et la superficialité de Dorian transparaît dans tout le récit : s’il s’inspire des paroles de Lord Henry, jamais Dorian ne fait preuve d’esprit affûté ; tout en subjuguant la société, il s’en retrouve isolé par le mépris qu’il lui inspire ; tout en cherchant la beauté, c’est son âme qui s’enlaidit… Voilà la morale, Dorian ne trouvera jamais ce qu’il recherchait et ne tirera de sa beauté qu’une source continuelle de souffrances.

Le Portrait est ainsi une œuvre d’une fine complexité, bourrée de paradoxes, ceux-là même qui finissent par avoir raison de son héros. Même si l’anglais est compliqué, je vous recommanderai au moins de lire la préface de cette version hardback de 2008 qui apporte un vrai éclairage sur l’oeuvre et permet de mieux l’appréhender.

Enfin, c’est un « coup de cœur » étant donné l’incroyable force du texte et la qualité de son écriture ; mais il est assez compliqué de pouvoir dire l’avoir aimé, tant le sujet lui-même est objet de déplaisir – car enfin, la métamorphose en question ne révèle en rien la beauté de l’humain, mais son exacte opposée. Et ce n’est jamais agréable.


Ce que j’ai le plus aimé :

  • Les thèmes sur la beauté, l’art, l’esthétique, la morale
  • La préface de la VO
  • L’écriture élégante
  • L’habilité du récit

Ce que j’ai moins aimé :

  • La considération des femmes sous le regard de Lord Henry
  • La noirceur du récit