Janvier #1 Point culture cinéphile

Nouvelle année, nouvelle rubrique. J’inaugure donc le premier point culture de 2021. J’envisage de publier régulièrement des articles récapitulatifs. Le but : partager mes découvertes de façon moins conséquente que dans les chroniques.

A priori, j’essayerai d’en publier un toutes les quinzaines, sauf si je n’ai pas assez de matière.

Et, en fonction de ce que j’ai à partager, il sera soit spécifique au cinéma, à la littérature ou à la BD. Soit un mélange des trois.

Pour celui-ci, j’ai décidé de vous parler de trois films !

Au menu du jour :

Thriller psychologique, Historique, Science-fiction

Les cinémas étant encore fermés, je me rabats sur les quelques films trouvés sur les plateformes. Mais surtout sur Arte, qui a toujours une programmation hétéroclite et assez riche.

1969, LA PISCINE, Jacques Deray

L’occasion entre autres de découvrir pour la première fois le film culte de 1969, La piscine de Jacques Deray. Et avec quel quatuor ! Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin et Maurice Ronet – rien que ça. Le couple Jean-Paul et Marianne profitent de jours heureux dans leur villa, jusqu’à l’arrivée de Paul et de sa fille, Pénélope. Ancien amant de Marianne, celui-ci s’amuse à jeter le trouble en remuant le passé.

Je reste assez hermétique à l’esthétique du film, sous fond de bourgeoisie qui s’ennuie en vacances. Néanmoins, je n’ai pu qu’apprécier les jeux de regards qui en disent long, la langueur des vacances où s’installe insidieusement une ambiance poisseuse et tendue. Le rythme lent, le jeu des acteurs, les dialogues qui sonnent faux… Lentement le film passe des scènes érotiques, sans doute peu courantes encore au cinéma (le film ayant été tourné en 1968), à la sensation de malaise.

Jacques Deray réussit ainsi à effriter sans en avoir l’air l’image parfaite, dévoilant les dessous. L’image d‘individus troubles, plus complexes et complexés qu’ils n’en d’abord l’air, prend petit à petit le dessus. J’ai eu l’impression moi-aussi de suffoquer, de me noyer, au summum de l’intrigue. Toutefois, j’ai trouvé dommage que celle-ci retombe un peu comme un soufflet. La dernière partie est en effet plus inégale, linéaire et convenue.

Une bonne découverte dans l’ensemble.

2016, LES INNOCENTES, Anne Fontaine

J’ai également vu le film Les innocentes d’Anne Fontaine, qui a su m’intéresser par son sujet, moins dans son traitement. C’est tiré d’une histoire vraie, en Pologne, juste après la Seconde Guerre Mondiale. Alors que la Croix Rouge Française n’y est tolérée que pour rapatrier leurs soldats blessés, une jeune docteure accepte d’aller aider des nonnes d’un couvent à accoucher en secret. Celles-ci ont été violées par des militaires, et se retrouvent livrées à elles-mêmes.

Les ficelles arrangées de l’histoire pour en tirer un scénario fluide sont assez visibles, mais cela fonctionne assez bien. La production franco-polonaise offre aussi un joli casting, efficace dans l’interprétation de la jeune docteure et des nonnes. Autre point positif : la photographie du film est très belle, offrant de très jolis plans très travaillés.

Néanmoins, l’austérité à outrance, à la fois dans l’esthétique, dans le jeu et dans la réalisation, a, en contrepartie, créé une distanciation. Même si je me doute que c’est un choix volontaire, reflétant l’austérité d’une Pologne d’après-guerre.

En conséquence, le film perd en intensité émotionnelle. Dommage qu’il ne développe pas d’avantage le contexte socio-politique du pays, et son rapport avec la religion, et les couvents. Les quelques éléments abordés restent plutôt en surface, ne montrant principalement que la brutalité des militaires, laissés en roue libre.

Et, sans doute par manque de matière sur l’histoire personnelle de ces femmes, celles-ci semblent aussi superficielles. Ce qui rend moins compte de l’ambivalence de leurs choix, notamment ceux de leur mère supérieure, dans un tel contexte.

Une bonne découverte, malgré tout.

2015, SEUL SUR MARS, Ridley Scott

Enfin, la découverte de Seul sur Mars de Ridley Scott a été plutôt bienvenue après la déception qu’a été le film de George Clooney, Minuit dans l’univers. J’ai apprécié l’idée de réaliser un film parlant de colonisation spatiale qui soit positif. Ici, point de situation d’urgence sur Terre ni guerre nucléaire, ni appauvrissement des ressources, ni apocalypse climatique quelconque. Cela part d’un accident malencontreux, alors qu’une tempête imprévue pousse les membres de la mission à fuir la planète rouge en urgence. Projeté lors de cette tempête, le biologiste Mark Watney est laissé pour mort. Prévenant la Terre de leur erreur, il doit trouver des moyens d’augmenter ses ressources afin de laisser le temps à la NASA de lancer une mission de sauvetage.

A partir de là, la modestie du film à ne pas trop en faire sur les situations catastrophiques permet de ne pas trop étouffer sous l’action. C’est un aspect plutôt réussi du film, même si cela devient moins vrai sur la fin.

En revanche, j’ai bien moins adhéré à l’uniformité et l’omniprésence de l’humour, qui tend à rendre certains personnages insupportables – dont celui joué par Matt Damon. Les gros filons pour faire avancer le scénario sont également assez énormes. Il joue aussi sur certains clichés qui m’ont déplu.

Gros bémol également sur la représentativité des femmes qui sont des jolis drapeaux. Et ce, alors même qu’elles occupent des postes qui auraient pu leur offrir un meilleur rôle.

Kristen Wiig aura eu le mérite de poser toutes les bonnes questions à ces gentils mâles de la Nasa. Kate Mara s’en sort un peu mieux. Elle nous ressort simplement le cliché de l’ingénieure qui détaille toutes les difficultés du monde pour faire son taff, pour conclure que c’est dans ses cordes. Jessica Chastain fait montre d’un charisme fou (non) pour offrir la scène la plus mémorable du film (non). Elle fait donc une sortie spatiale remarquable pour pêcher un Iron Man au gant troué.

Malgré un casting intéressant, elles n’ont aucune place dans ce film d’hommes, encore une fois. Et ça m’enquiquine comme toujours de le voir aussi flagrant à l’écran.

Minuit dans l’univers, les étoiles manquantes de George Clooney

Minuit dans l'univers de Georges Clooney

2049 devient le nouveau 2012. A ceci près : si la Terre s’effondre à cette date, ce sera notre faute. 

Des gens se précipitent dans des vaisseaux pour fuir une Terre ravagée. Un scientifique reste seul à l’arrière, trop malade pour espérer encore être sauvé. Il tente de prévenir un équipage parti deux ans plus tôt chercher une lune habitable de ne pas tenter de retour.

Quelques points rouges sur une carte et l’air qui s’irradie de plus en plus. Quoi qu’il se soit passé, on comprend vite à quel point l’humanité a merdé.

Au fond, cela n’aurait pas été très grave de ne pas savoir comment ou pourquoi. Il y avait certainement plein de choses à raconter.

Par exemple, ce que cela fait d’être le dernier homme resté sur Terre, rongé lui-aussi par la maladie. Ce que cela fait d’avoir quitté sa planète pendant deux ans. Puis d’y revenir enfin et se rendre compte qu’il n’y a plus rien à retrouver. Ou encore d’être allé au bout de ses ambitions sans se soucier du reste, et se retrouver seul sur une planète ravagée.

Mais, comme son protagoniste passe à côté de sa vie, le film passe à côté de son scénario. Puisqu’il culmine à la prise de contact entre le scientifique et les astronautes, la question revient évidemment sur la table. Que s’est-il donc passé ?

Et que répond le film ? Rien, le néant.

Nulle gloire pour qui détruit sa Terre

Le personnage central resté seul dans la base terrienne est Augustine Lofthouse, joué par George Clooney. C’est l’archétype du scientifique obnubilé par son travail, qui délaisse sa vie personnelle au profit de sa découverte. Il y est parvenu, puisqu’on suit en parallèle du film l’équipage de retour de la mission spatiale. Ils ont en effet trouvé sur la lune visée par le scientifique un lieu propice à la vie humaine. L’équipe est en extase, mais ils ont hâte de rentrer après deux ans d’absence. 

Les flashbacks d’Augustine racontent cependant une autre histoire, à laquelle l’état de la Terre semble faire miroir. Comme l’a prédit sa compagne au moment de le quitter, il est passé à côté de sa vie. Il en a oublié l’essentiel, obnubilé qu’il était par son ambition. Et finalement, au moment où celle-ci se concrétise, alors que l’équipage a effectivement trouvé une lune habitable, que lui reste-t-il ? Une planète aussi désolée que lui-même, condamné à y mourir, seul.

Peut-on y voir une sorte d’appel à redevenir modestes ? De ne pas oublier, dans notre course vers le progrès, la croissance, le développement, ce qui est essentiel ? Prendre soin de la seule planète où nous sommes capables de vivre. Car même si on finissait par trouver une lune habitable, il se pourrait bien que ce soit trop tard.

C’est là l’interprétation à laquelle j’ai envie de croire pour lui donner un tant soit peu de matière. Car, il faut l’admettre : sous ses habits modernes, le film est un squelette rouillé d’œuvres similaires, qui n’a pas grand-chose à proposer. Rien de neuf, mais surtout : rien du tout.

Minuit dans l’univers : un condensé fade de déjà-vu

Malgré de jolies images autour de la lune habitable, de l’intérieur du vaisseau, dans la sortie spatiale, le film reste très sage. Rien ne sort vraiment de l’ordinaire ou de ce que l’on aura déjà vu auparavant. Notamment dans des œuvres récentes, comme Interstellar ou Gravity. Avec des thèmes aussi similaires, la comparaison est inévitable et défavorable.  

Que ce soit dans l’esthétique, la réalisation, la construction du récit et son twist final, ce dernier ne prend aucun risque.

Et comme il repose sur des filons sur-usités du cinéma, il finit par se spoiler lui-même.

On sait tous qu’une scène où des personnages chantent à tue-tête précède un grand malheur. Et même, dès le début, il suffit de voir Georges Clooney observer la liste de l’équipage pour deviner dans les grandes lignes ce que sera la fin du film.

Mais c’est surtout un condensé de vide

Les personnages sont des coques vides.

A vrai dire, le seul qui ne le soit pas, c’est bien celui joué par George Clooney. Il a au moins un nom, un métier, des relations (enfin, une), un passé, une ambition, et des regrets.

Du reste, les cinq autres personnages récurrents n’ont quasiment droit qu’à un nom et une fonction dans l’équipage. Et si le film évoque pour deux d’entre eux une famille restée sur Terre, c’est pour une raison très précise dans le scénario.

Les informations données sont donc strictement fonctionnelles – même pour Augustus. Insuffisantes pour créer des personnages tangibles, auxquels on va croire ou ressentir de l’empathie.  Mais, surtout, leur utilité est si évidente qu’on devine tout de suite ce qui va leur arriver dès le départ.

Le scénario patine sur son point de départ, laissé vide

Comme indiqué en introduction, le film ne dit pas ce qui s’est passé sur Terre. Et si cet élément était resté comme un postulat de départ dans lequel évolue les protagonistes, cela n’aurait pas été aussi gênant. Au pire, c’est une facilité scénaristique justifiée, si le film s’était concentré sur autre chose.

La question allait être posée par l’équipage, évidemment. Or, le trois quart du film va tourner autour d’elle, renforçant le mystère. Et quand elle est enfin posée, le scénario part à la débandade.

Qu’est-il arrivé à la Terre ? Pluie d’astéroïdes, le contact est coupé. Après s’être démenés à réparer les communications, les astronautes font finalement face à une Terre ravagée. Reprise de contact. Mais qu’est-il arrivé à la planète ? Changement de caméra, perte de paroles. Augustus baragouine et précise qu’il ne connaît pas les détails…

Une guerre nucléaire massive, une succession de cataclysmes, un enchaînement d’accidents… Les films post-apocalyptiques regorgent d’excuses toutes faites. A défaut d’être originales ou crédibles, elles auraient fait un meilleur camouflage. Et si le scénariste ne tenait pas à développer cette partie, pourquoi ne pas l’avoir désamorcé dés le début ?

Une première tentative dans la SF ratée

En terminant le film, j’avais des impressions plutôt positives à son égard. Il y a de jolies intentions, quelques scènes réussies, de belles images, une conception sympa du vaisseau, de très bons acteurs et une réalisation soignée. Mais en prenant du recul, le film manque cruellement de prise de risque et d’un scénario plus abouti.

Je n’ai pas lu le roman dont il s’est adapté, je ne saurais donc pas dire si les défauts de son scénario en sont l’héritage. Mais il me semble qu’une bonne adaptation sait parfois prendre des libertés pour arranger ce qui est mal fait dans l’œuvre originale. Or, ici, c’est clairement un acte manqué.

The midnight sky, réalisé par George Clooney, 2020, d’après l’œuvre originale de Lily Brooks-Dalton, film de science-fiction, voyage spatial et post-apocalypse, disponible sur Netflix, interprété entre autres par George Clooney, Felicity Jones, Tiffany Boone, David Oyelowo, Demian Bichir, Kyle Chandler…

2020 en culture, ça donne quoi ?

Très bonne année 2021 !

Il est temps de dresser le bilan des TOP et FLOP de cinéma, littérature et bandes dessinées de 2020 !

Bien que l’année 2020 ne s’achève pas avec la fin de l’épidémie, j’espère que cette nouvelle année vous offrira de nouvelles et très belles opportunités personnelles et/ou professionnelles. Prenez bien soin de vous. Et que 2021 soit une belle année pour vous tou-te-s !

2020 a été une année très particulière, difficile et déprimante d’un point de vue personnel. Et pourtant, paradoxalement, c’est une année assez riche en découvertes. Certes pas forcément actuelles, puisque les cinémas ont été fermés pendant de longs mois et beaucoup de sorties repoussées. En revanche, pour ce qui est des livres ou des bandes dessinées, le choix du TOP s’est avéré plus difficile que je ne le pensais.

Entrons dans le vif du sujet !


CINEMA

Cela fait quelques années que je vois de plus en plus de films tous les ans, celle-ci n’a donc pas échappé à la règle. Mais, je dois admettre que mon choix de films tenait d’avantage d’un besoin de consommation divertissante que du seul intérêt cinéphile.

Cela explique sans aucun doute le nombre important de ceux que je trouve corrects mais sans plus ( souvent classés dans les « découvertes »). Et surtout de ceux que j’ai oubliés ou que je n’ai pas du tout aimés (les « mitigés » et les « mauvais élèves »).

Cette année, j’ai donc vu 92 films répartis de cette façon :

  • 4 coups de cœur
  • 14 bonnes surprises
  • 29 bonnes découvertes
  • 19 découvertes
  • 10 mitigés
  • 15 mauvais élèves

LE TOP

Josep de AUREL – Harakiri de Masaki KOBAYASHI – Terminator 2 de James CAMERON

Un top des plus disparates, s’il en est.

Notez que j’évite d’y glisser des films déjà vus. Sinon, In the mood for love de Wong Kar-Wai se serait à nouveau imposé en maître !

J’aurais également pu y glisser The Farewell / L’Adieu de Lulu WANG, qui a été une excellente surprise de début 2020. Ou alors Un grand voyage vers la nuit de Bi GAN : la plus belle claque esthétique de cette année. Et enfin le huis-clos Les garçons de la bande de William FRIEDKIN pour l’excellente verve de ses dialogues, sa mise en scène et ses comédiens qui dépotent.

Mais je suis quand même ravie qu’un film de l’actualité cinéma de cette année en fasse partie. Et Josep est de loin la plus belle découverte faite en salle de 2020.

Un très bel hommage au dessin et au dessinateur Josep Bartoli, sans être un biopic. J’ai aimé ses choix artistiques et notamment son parti pris en termes d’animation. L’expression de « film en dessins » vue dans les analyses de l’œuvre est d’ailleurs assez juste. Un très beau film poignant, difficile, juste.

LE FLOP

Rebecca de Ben WHEATLEY – Adieu les cons d’Albert DUPONTEL – Blue Steel de Kathlyn BIGELOW

Comme je le disais en introduction, cette année, j’ai vu bon nombre de films pour me divertir, tout en sachant qu’ils ne me plairont pas forcément. Je ne mets généralement pas ces films dans mes flops.

C’est le cas de la trilogie The Hobbit, par exemple. Quoi de mieux que Tolkien pour voyager loin et en prendre plein la vue. Les décors sont toujours splendides et l’ambiance réussie, au moins pour le premier film.

Par contre, il est très mal joué et les personnages sont écrits avec les pieds. Le scénario est mal découpé et l’histoire beaucoup trop longue pour une intrigue de 300 pages au plus. Or, je savais d’avance que ce serait le cas, le mettre dans ce flop aurait été malhonnête.

Il n’y a donc dans ce flop que des déceptions sincères, comme pour Adieu les cons. Albert Dupontel avait jusqu’ici réussi à me faire rire dans de bonnes comédies bien dosées, telles Enfermés dehors ou encore Le Vilain. J’aimais bien ses personnages méchants, ses caricatures et son humour qui me faisaient passer de très bons moments. J’avais même été très agréablement surprise dans son adaptation Au-revoir là-haut, dans un tout autre registre.

Mais ici, rien ne va : tout est prévisible, très lourd, mal joué, mal dosé et encore une fois bien trop long. Je me serai aussi passée des blagues sexistes qui tombaient comme un cheveu dans la soupe…

Ayant lu Rebecca de Daphné Du Maurier juste avant d’en voir la nouvelle adaptation, j’ai été très déçue par cette dernière. Adieu roman gothique, tension narrative et psychologique. Le fantôme est relégué à des scènes de rêves sans originalité. Au contraire du roman, où celui-ci prend une forme insidieuse à travers l’obsession sordide de l’héroïne. J’ai donc limpression d’avoir vu une toute autre œuvre, plus édulcorée et assez naïve. Une interprétation ‘moderne’ qui inquiète d’avantage dans sa vision du romantisme que la noirceur du roman du 19e siècle.

Rien à dire sur Blue Steel, si ce n’est que je l’ai oublié instantanément après l’avoir vu…

LITTERATURE

Étant donné que j’ai lu beaucoup de novellas cette année, je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir lu plus que d’autres années. Pourtant, j’ai compté 48 découvertes littéraires, ce qui n’est pas rien.

Aucun coup de cœur cette année, mais de très belles surprises et découvertes. Et je suis assez ravie d’avoir pu contribuer à deux objectifs personnels, qui seront poursuivis en 2021 : lire d’avantage d’autrices et découvrir la littérature japonaise.

  • 14 bonnes surprises
  • 23 bonnes découvertes
  • 7 découvertes
  • 2 mitigés
  • 2 mauvais élèves

LE TOP

Circé de Madeline MILLER – Chien du Heaume de Justine NIOGRET – Je suis fille de rage de Jean-Laurent DEL SOCORRO

Le choix a été difficile cette année ! Par exemple, à Circé, s’opposait Briséis, autre figure féminine d’importance de l’Antiquité, dans The silence of the girl de Pat BARKER (traduit sous le nom Le silence des vaincues aux éditions Charleston). Mais j’ai été plus sensible à la plume de Madeline MILLER.

J’aurais également pu évoquer les trois premiers romans du cycle Le poids des secrets d’Aki Shimazaki dont je vous parle ici. Ou encore, Kappa 16 de Neil Jomunsi, une plongée mélancolique dans les archives (ou « pensées ») d’un robot. Un tour d’écriture dans un récit court, efficace, je ne peux que le recommander aux amateurs du genre.

Mais le palmarès revient à deux très belles plumes francophones. Jean-Laurent DEL SOCORRO dans un registre plus terre-à-terre sur fond de guerre de Sécession. Et Justine NIOGRET qui propose un oneshot d’exception dans le genre de la fantasy. Et dont la protagoniste est de celles qu’on voudrait retrouver plus souvent dans ce genre.

LE FLOP

Perfect Blue de Yoshikazu TAKEUCHI – Nos altermondes de Nicolas DEBRANDT – Moonlight Shadow de Banana YOSHIMOTO

Pas grand-chose à dire sur Nos altermondes, si ce n’est que j’aimais d’avantage le contexte de départ que l’intrigue cataclysmique. Je pensais que le roman s’attarderait d’avantage sur l’adaptation de la société à un monde où les abeilles auraient complètement disparu (entre autres choses). Or, ce n’est qu’un détail de l’univers, pas autant exploité qu’espéré. Du coup, l’intrigue développée ne m’a pas vraiment emballé.

Mais le vrai flop de 2020 est Perfect Blue dont je vous recommande d’avantage l’adaptation de Satoshi KON. Le roman est certes très court, mais dénué de tension narrative, qu’on attend pourtant d’un thriller. Même l’intensité fantastique qui arrive vers la fin du roman ne parvient pas à sauver le reste, assez ennuyeux. La plongée psychologique dans les pensées du pervers pédophile ne suffit pas à rendre le récit intéressant. Et globalement, le masculinisme du récit m’a clairement dérangé, même si je ne doute pas que le monde des idoles soit assez machiste.

TW Viol / Pédophilie : comme le prévient l’éditeur, le premier chapitre détaille précisément le viol d’une petite fille. Et si vous êtes sensible (ou ne voulez pas lire une telle abjection), vous pouvez très bien commencer dès le second chapitre. C’est assez clairement évoqué dans la suite pour que vous puissiez comprendre à quel psychopathe vous avez affaire. De fait, je reste dubitative sur l’intérêt de ce premier chapitre. Même si je reconnais un bon réflexe de l’éditeur d’avoir mis une note préventive très précise à ce sujet en début de roman.

BANDES DESSINEES

Cette année, j’ai profité de la situation pour avancer dans mes séries. Du coup le nombre réel de tomes que j’ai lu a fait explosé mon compteur Goodreads, vu qu’il les compte tome par tome !

J’ai donc compté 34 séries (terminées ou non) et oneshots, mais aucun que je pourrais désigner comme ‘mauvais élèves’. Une très bonne année de lecture !

  • 5 coups de cœur
  • 7 bonnes surprises
  • 17 bonnes découvertes
  • 5 découvertes

LE TOP

Vagabond de Takehito INOUE – Beastars de Paru ITAGAKI – L’Enfant et le Maudit de NAGABE

On peut parler d’un palmarès qui va trôner pendant très longtemps au sommet de mes auteurs de BD japonaises préférés. Voire d’artistes, tant la claque est ici aussi bien scénaristique qu’esthétique. En particulier pour Takehito INOUE et NAGABE, que j’ai également découverts dans d’autres œuvres.

Mais le choix a été tout aussi difficile que pour la littérature, cette année. Et peut-être même d’avantage. Les enfants de la baleine aurait été mon premier choix, si ce n’est que je le trouve plus classique d’un point de vue graphique. Pour autant, j’ai rarement été aussi facilement plongée dans un univers, dont j’ai savouré l’ambiance, le lore, l’histoire, les personnages et leur évolution… Que d’émotions à la lecture.

Mais j’aurais également pu inclure Beaume de tigre de Lucie QUEMENER. J’aime son style tout de crayonnés noirs et blancs, ces emprunts autobiographiques, et ses thématiques. Cette quête de liberté face à une autorité du patriarche de la famille ; la sororité entre les sœurs ; la passation de l’héritage familial, issu de l’immigration chinoise à travers les générations. Une très belle BD francophone à découvrir.

LE FLOP (parce qu’il en faut un…)

Card Captor Sakura de CLAMP – Card Captor Sakura Clear Card de CLAMP – To your eternity de Yoshitoki OIMA

J’avoue que je triche un peu. Comme je vous le disais dans ma chronique de Card Captor Sakura, si mon amour d’enfant pour l’anime me rend nostalgique, je suis aujourd’hui plus mitigée, réservée, sur le manga. Sa suite Clear Card est encore plus décevante, car elle se contente de recycler la formule, sans vraiment innover. Rendre les cartes transparentes ne change pas les ficelles réutilisées de l’histoire de Sakura. C’est plutôt ennuyeux dans l’ensemble. Et, bien que je garde une affection particulière pour ses personnages, ça ne me suffit pas pour continuer.

Quant à To your eternity de Yoshitoki OIMA, j’étais très enthousiaste au début de cette série, dont j’aimais beaucoup l’esthétique de l’univers et le principe du voyage initiatique. Celui-ci devenait néanmoins répétitif, et manquait de profondeur. A présent que l’autrice cherche à étoffer l’intrigue, celle-ci prend racines dans des schémas scénaristiques qui ne m’intéressent pas beaucoup. Et comme ça tire un peu en longueur – je ne continuerai pas non plus.

CHALLENGE 2021 ?

Je suis en toujours en train de réfléchir à l’idée de me donner une courte liste de films ou de livres à découvrir cette année. En attendant, voici les objectifs que je me donne :

  • Lire et voir d’avantages d’œuvres produites par des femmes,
  • Lire et voir d’avantages d’œuvres avec des personnages diversifiés,
  • Rattraper trois classiques de littérature,
  • Découvrir au moins cinq essais,
  • Écouter au moins deux de mes livres audio,
  • Écrire d’avantage.

Et ainsi, j’en finis avec ce très long billet ! J’espère que 2020 a malgré tout été une bonne année de découvertes culturelles pour vous. Et je ne peux que vous souhaite une meilleure encore sur 2021 !

Et vous ? Quels sont vos TOP et FLOP de cinéma, de littérature et de bandes dessinées de 2020 ?

Pompoko

Pompoko_Fete

Réalisé par Isao TAKAHATA en 1994
Film d’animation – Drame, Fantastique, Comédie, Jeunesse
Japon

LES COUPS DE COEUR

Résumé : « Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible… Un dû et don de la nature, en somme : un équilibre qui ne semblait jamais pouvoir être menacé… »

Des films de l’excellent Isao TAKAHATA (confrère d’Hayao MIYAZAKI et cofondateur du célèbre studio Ghibli), Pompoko est sans doute le plus déroutant. Dans une veine radicalement différente de ses autres chefs d’œuvre, Le Tombeau des Lucioles ou Mes Voisins les Yamada, ce film est une autre preuve de son habileté à varier son style, à étonner son spectateur et à proposer une œuvre aux grilles de lecture multiples.

Pompoko est en effet une œuvre remarquable qui n’aura pas la même portée en fonction de l’âge de son public. Derrière son apparence de comédie / fable écologique, avec ces petits animaux personnifiés, fêtards, oisifs et lubriques, l’œuvre ne cache rien de la violente réalité des Tanukis à l’aune de l’urbanisation massive du Japon dans la seconde moitié du XXe siècle. C’est cette ambivalence des regards et sa portée trans-générationnelle qui révèle à quel point une œuvre jeunesse de qualité n’est pas forcément cloisonnée au public premièrement visé.

La métamorphose qui s’opère dans la première scène du film, où on passe rapidement de ratons laveurs réalistes aux Tanukis plus humanisés, est judicieuse. Le choix du chara-design de ces derniers ne fait aucun doute puisque cela permet aux spectateurs de s’y identifier et de s’y attacher plus facilement et parce que la suspension consentie d’incrédulité n’aurait clairement pas fonctionné autrement. Mais les avoir montrés en tant que ratons laveurs permet surtout de rappeler que, derrière la fable, il y a une réalité derrière cette histoire. Ce n’est pas que de la fiction, renforçant l’intérêt et à la portée de celle-ci.

Et puis, disons-le : voir des Tanukis utiliser leurs testicules – des boules proéminentes – pour se servir de la magie était déjà suffisamment étrange, original, surprenant et drôle. Pour ne pas grossièrement dire what the fuck. Alors, en version réaliste…

Mais outre cette boutade assez comique du film, celui-ci se révèle d’une grande complexité et d’une justesse à toute épreuve. Sa force vient du fait que la gravité de son récit apparaît de façon sous-jacente et croissante, au fur et à mesure que les Tanukis passent de l’espoir au découragement et inversement, sans jamais savoir s’ils arriveront au bout de ce combat.

Les quelques longueurs que l’on peut ressentir, par moment, se justifient ainsi en créant un sentiment d’attente et en insufflant la conviction irrémédiable que cette lutte est vaine. Par la force ou par la négociation, rien y fait : les humains persistent d’avantage à détruire leur habitat par intérêt d’expansion urbaine. Plus les Tanukis se montrent astucieux et plus cette impression se renforce.

Le ton léger des scènes d’espoir prend alors une toute autre dimension et on comprend que le monde paisible auquel les Tanukis aspirent arrive à sa fin. Le message de ce film n’est pas qu’une leçon de morale, c’est la constatation mise en scène de l’effet que l’humain a sur son environnement. Isao TAKAHATA se serait d’ailleurs inspiré de l’histoire de son propre pays, celle de minorités qui ont vu leurs traditions, leur habitat et leurs coutumes se faire avaler par la modernisation.

C’est sa capacité à raconter une bonne histoire, tout en proposant un regard critique et une véritable réflexion sur ce qu’elle raconte de nous, sans jamais sur-dramatiser ou simplifier à l’extrême son message, que Pompoko tire toute sa force. C’est un chef d’œuvre à ne pas manquer.


Ce que j’aime le plus:

  • Le traitement de ses thématiques
  • Pour toutes les générations
  • Très fun à regarder
  • Beaucoup d’émotions
  • La justesse du récit

Ce que j’ai moins aimé:

  • Quelques longueurs (mais justifiées)