Le Portrait de Dorian Gray

Écrit par Oscar Wilde en 1891
Roman – Conte philosophique, Fantastique
Origine US (commande), UK (auteur)
Voir sur le site de Penguins Books (VO), 6,09€ (Paperback)
Voir sur le site du Livre de Poche (VF), 3,30€ (Poche), 2,99€ (Ebook)

LES COUPS DE CŒUR

Résumé : « « Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d’un jeune homme d’une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d’étranges conjectures. »
Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce voeu insensé : garder toujours l’éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l’âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : « Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer. »
« 


Le portrait de Dorian Gray fait partie de ces mastodontes de la littérature anglaise (même si elle a été commandée par un éditeur américain), incontournables classiques qui peuvent impressionner. J’avais également quelques appréhensions à l’attaquer, d’autant que je m’étais en plus mise au défit de le faire dans sa langue originale. Et comme je le pensais, ça n’a pas été une lecture évidente, quand bien même j’ai été surprise par l’élégance et la fluidité de la plume d’Oscar Wilde.

Je n’étais pas innocente lorsque j’ai attaqué ce livre : j’étais préparée à me plonger dans la noirceur la plus pure de l’âme humaine. Même si ce ne sont pas les récits que j’apprécie le plus, le Portrait fut un livre haletant, pesant et difficile.

On est happé par cet esprit malfaisant et cependant délectable. Dorian Gray ne sublime pas que son entourage, il subjugue, nous-même, les lecteurs, alors que par ce statut, nous sommes sensé avoir de la distance. Mais rien ne fait obstacle à l’irrémédiable fascination qu’exerce le personnage central.

Comme décor, il dresse un tout autre portrait, celui cynique d’une société décadente remplie de superficiels oisifs à la morale dépravante, qui en ressort pathétique. Or, la beauté vue par Oscar Wilde présuppose que son porteur reste pur. Autour de ce postulat central, l’auteur va justement porter tout le long de son récit sa réflexion sur la notion de beau, l’art, l’esthétique et, au-delà, de la morale. Si Dorian était, ne serait-ce qu’entaché par les vices de l’humain, sa beauté se détériorerait, comme l’exprime le peintre Basil à Lord Henry, le conjurant de ne rien tenter envers son protégé. Celui-là même qui, dès le début, sera présenté comme le « tentateur ».

Petite parenthèse car c’est d’ailleurs en partie à cause de ce personnage que la lecture du Portrait me fut difficile. Au-delà de son hédonisme, sa conception des femmes a rendu la première partie de l’œuvre particulièrement déplaisante.

Toute la noirceur du récit se dévoile au fur et à mesure que nous assistons à la lente et inéluctable métamorphose d’un esprit perverti par la vanité, insufflée par Lord Henry et par Basil, malgré lui, en lui faisant prendre conscience du pouvoir de sa beauté. Sous cette enveloppe d’immunité, Dorian Gray révèle, au fur et à mesure du récit, sa tortueuse personnalité, en quête perpétuelle de nouvelles sensations et du plaisir absolu, et sa peur inéluctable non seulement de la vieillesse et la laideur, mais de la mort.

La beauté, parce que supposée pure, devient donc la cache derrière laquelle Dorian montre toute sa lâcheté. Elle lui sert d’excuse pour succomber à tous les vices jusqu’au crime ultime. On comprend que le portrait, dont il restera obsédé depuis la formulation de ses vœux, représente sa conscience. Finalement, en choisissant la superficialité, Dorian Gray a fait le choix que formulait pour lui Lord Henry dès le début du récit.

Une phrase dite par Oscar Wilde en prison, que l’on peut lire dans la préface, est édifiante au regard de son œuvre : « La faute suprême, c’est d’être superficiel. Tout ce dont on prend conscience est juste.«  Et la superficialité de Dorian transparaît dans tout le récit : s’il s’inspire des paroles de Lord Henry, jamais Dorian ne fait preuve d’esprit affûté ; tout en subjuguant la société, il s’en retrouve isolé par le mépris qu’il lui inspire ; tout en cherchant la beauté, c’est son âme qui s’enlaidit… Voilà la morale, Dorian ne trouvera jamais ce qu’il recherchait et ne tirera de sa beauté qu’une source continuelle de souffrances.

Le Portrait est ainsi une œuvre d’une fine complexité, bourrée de paradoxes, ceux-là même qui finissent par avoir raison de son héros. Même si l’anglais est compliqué, je vous recommanderai au moins de lire la préface de cette version hardback de 2008 qui apporte un vrai éclairage sur l’oeuvre et permet de mieux l’appréhender.

Enfin, c’est un « coup de cœur » étant donné l’incroyable force du texte et la qualité de son écriture ; mais il est assez compliqué de pouvoir dire l’avoir aimé, tant le sujet lui-même est objet de déplaisir – car enfin, la métamorphose en question ne révèle en rien la beauté de l’humain, mais son exacte opposée. Et ce n’est jamais agréable.


Ce que j’ai le plus aimé :

  • Les thèmes sur la beauté, l’art, l’esthétique, la morale
  • La préface de la VO
  • L’écriture élégante
  • L’habilité du récit

Ce que j’ai moins aimé :

  • La considération des femmes sous le regard de Lord Henry
  • La noirceur du récit

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