Le poids des secrets, un autre regard du Japon d’Aki Shimazaki

Couverture Le Poids des secrets

Pentalogie composée de 5 tomes (Tsubaki, Hamaguchi, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru), écrite par Aki Shimazaki, publiée en France par les éditions Actes Sud, collection Babel, Coffret de l’intégrale 33€, Petit format 6,60€ /tome (En savoir plus sur le site de l’éditeur), Littérature québécoise/japonaise, Contemporain / Historique / Japon / Secrets de familles

En cinq volumes indépendants, Le poids des secrets traverse l’histoire du Japon au début du 20e siècle. Le cycle recompose le puzzle de la vie de deux familles, leur généalogie, leur société et l’histoire de leur pays.

Un récit historique à échelle humaine

C’est un texte délicat qui s’intéresse à la psychologie de familles japonaises ayant survécu aux drames du siècle dernier. Le grand tremblement de terre de 1923 qui a détruit le Kantô. Le massacre de Coréens qui y a fait suite. La Seconde Guerre Mondiale, en particulier au Mandchourie après l’invasion soviétique et à Nagasaki, lorsque la bombe atomique est tombée sur le district d’Urakami…

C’est cependant une histoire à échelle humaine, par laquelle l’autrice décrypte certains tabous de son pays. Ils sont fruits à la fois de son histoire, de sa société, de sa culture et de ses traditions. J’ai apprécié la lucidité de ses narrateurs, leurs regards critiques envers leurs situations et leur propre société. Et ce, sans qu’ils ne tombent jamais dans le pathos, la condamnation ou quelconque manichéisme.

Or, le choix de cette narration donnant à chaque livre la voix à un membre particulier de la famille, est idéal. Il montre la complexité de la psyché humaine, au regard de leurs secrets. Comment ceux-ci vont conditionner leur vie, leur avenir et leurs relations.

Une série puzzle passionnante et efficace

Bien que les tomes ressassent les mêmes périodes de l’histoire, l’autrice réussit à apporter à chaque livre un véritable cœur. Ils ont chacun des thématiques et des enjeux spécifiques, qui renforcent la profondeur de ses personnages. On peut donc choisir de ne lire qu’un des tomes sans risque d’être perdu. Ou les lire dans l’ordre pour profiter du tableau dans son ensemble.

Ainsi, l’autrice évite un des principaux écueils à ce type de série-puzzle : être trop répétitive et sur-explicite. Seule exception : le tout dernier volume où je suis plus réservée, malgré l’intérêt de son sous-texte. Du reste, Aki Shimazaki est parvenue à laisser le lecteur combler par lui-même les trous des non-dits, rendant ainsi chaque volume indispensable à la pentalogie.

La force du Le Poids des Secrets : l’écriture d’Aki Shimazaki

Dès le premier roman, j’ai été happée par la subtilité de l’écriture, la poésie sous-jacent la dureté de ses thématiques. Mais aussi la finesse et le réalisme de ses personnages charismatiques.

Tout à leurs secrets et enjeux individuels, ceux-ci aspirent communément à la liberté et à la dignité. Autant de sentiments universels qui les rendent humains, touchants et malgré tout proches du lecteur.

Une excellente lecture pour découvrir le Japon

Pour conclure, ce premier plongeon a été une lecture poignante et enrichissante. Il offre une vision différente du Japon, au travers des événements tragiques et des thèmes riches. En bref : un cycle harmonieux, efficace, très bien écrit, qui donne envie d’explorer la bibliographie d’Aki Shimazaki.

A propos de l’autrice

Née à Gifu, en 1954, Aki Shimazaki a quitté le Japon pour vivre au Canada en 1981. Elle a commencé à publier en français directement avec son premier roman, Tsubaki (1999).

Sa bibliographie se compose en trois cycles de cinq romans chacun. Ils s’articulent autour d’une dynamique commune et entrecroisent le destin de différents narrateurs au sein d’un même univers.

Elle dresse ainsi dans ses livres un portrait détaillé de la société japonaise, à travers son histoire, sa culture, son évolution et aussi ses tabous.

Ses romans ont remporté plusieurs prix, dont par exemple le Prix de la Société des écrivains du Canada pour Tsubaki, le prix Ringuet 2001 pour Hamaguri, etc.

En France, elle est publiée par les éditions Actes Sud qui propose d’acheter ses cycles par coffret ou individuellement.

Résumé des tomes :

Tsubaki
La mère de Namiko vient de mourir. Pour héritage, elle lui lègue deux carnets, l’un à son intention et l’autre à celle de son demi-frère, dont Namiko ignorait jusque-là l’existence. Dans son carnet, elle y découvre le passé de cette mère discrète, aux lourds secrets.

Hamaguchi
Yukio se remémore les vestiges de son enfance ; des drames qu’il a vécus, en tant qu’enfant naturel et à cause de la bombe atomique à Nagasaki ; mais aussi de ses amours de jeunesse dont il ignorait tout jusqu’à la veille de la mort de sa mère.

Tsubame
Après le tremblement de terre qui a dévasté le Kanto, pour protéger sa fille des appels à la violence contre les Coréens vivant au Japon en 1923, la mère de Mariko la confie au prêtre d’une église japonaise qu’elle connaissait, avant de partir à la recherche de son frère et disparaître à jamais.

Wasurenagusa
En tant qu’héritier de la famille Takahashi, Kenji tente de fuir la pression familiale qui ne songe qu’à lui trouver une nouvelle femme afin de perpétrer leur lignée et dont les parents ne sont pas prêts à accepter son secret ni la femme dont il est tombé amoureux, Mariko.

Hotaru
Tsubaki rend régulièrement visite à sa grand-mère, qui souffre d’hallucinations depuis une commotion cérébrale. Mais un jour, alors qu’elle vit un moment de lucidité, celle-ci finit par lui raconter les souvenirs de sa jeunesse dont elle n’avait encore parlé à personne jusque-là.

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