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Les mitigés Passion BD

カードキャプターさくら – Card Captor Sakura

Scénarisé et dessiné par le collectif CLAMP entre 1996 et 2000
Série terminée en 9 tomes
Manga – Magical Girl, Shojo, Jeunesse
Origine – Japon
Rééditée en France par les éditions Pika
Voir le site de l’éditeur, par tome : 9,10€ (Papier), 4,49€ (Numérique)

LES MITIGES

Résumé : « Alors qu’elle feuillette un livre mystérieux, Sakura laisse accidentellement s’échapper aux quatre vents des dizaines de cartes magiques ! La jeune élève de CM1 décide de les récupérer au plus vite. Mais les esprits farceurs des cartes sont peu enclins à se laisser capturer ! Accompagnée de Kélo, un petit animal étrange et de son amie Tomoyo, la jeune fille devra apprendre à maîtriser au mieux ses pouvoirs magiques pour devenir une vraie héroïne !« 


On a tous nos péchés mignons, ces œuvres de notre enfance auxquelles on voue une admiration nostalgique. Le dessin animé de Sakura la Chasseuse de cartes en fait partie pour moi. Alors, pour me divertir pendant cette période de confinement, je me suis plongée dans la jolie réédition publiée dernièrement chez les éditions Pika. En conclusion de cette « première lecture », je dois admettre être profondément mitigée : d’un côté, elle est géniale car non seulement elle a toutes les qualités d’un bon shojo mais offre aussi des représentations de personnages féminins et des relations LGBT affirmées plutôt cool. D’un autre, il y a un aspect que je ne peux plus ignorer en tant qu’adulte et qui me fait grincer des dents à l’idée que ce soit exposé aux plus jeunes, en tout cas sans aucun accompagnement.

Commençons par tout le positif du manga.

A la différence de l’anime, les relations homosexuelles des personnages sont en effet bien plus affirmées et assumées par ces derniers, offrant des moments très touchants dans le manga. Ainsi, Tomoyo, la meilleure amie de Sakura, ne cache pas que son dévouement sans faille envers cette dernière est lié à son amour profond et la volonté de la rendre heureuse, quitte à s’effacer et la soutenir. On sait également que leurs mères à toutes deux partageaient le même type de relation, même si, encore une fois, l’amour restera à sens unique. Le grand-frère de Sakura est un personnage bisexuel, puisqu’on lui connait deux relations amoureuses : celle, passée, avec son ancienne professeure de mathématiques, et celle plus récente, avec Yukiko.

Il faut également reconnaître à CCS qu’il offre pléthores de représentations de personnages féminins qui font plaisir à voir. Sakura est une héroïne bourrée d’énergie, profondément gentille, mais également très courageuse et persévérante dans son apprentissage de la magie. Elle n’hésite pas à se mettre en danger et à affronter ses peurs pour protéger ceux qu’elle aime. Tomoyo, sa meilleure amie, est l’un des personnages les plus solides et matures de l’histoire, d’un sang-froid sans commune mesure, elle est très observatrice et intelligente. La mère de cette dernière est une femme d’affaire accomplie et affairée la plupart du temps à diriger son entreprise à la pointe de la technologie, sans que jamais ça ne lui soit reproché dans le manga. Elle emploie par ailleurs pour protéger sa fille des gardes du corps entièrement composées de femmes. Melle Mizugi est un personnage charismatique, mystérieux, ayant des pouvoirs lunaires qu’elle utilise pour apporter un soutien non-négligeable à Sakura à un moment clé de l’histoire. Etc. 

En réalité, les personnages masculins dans le manga servent principalement à soutenir Sakura ou la challenger pour la faire progresser. Et c’est un des écarts vis-à-vis de l’anime, puisque Shaolan qui est, dans ce dernier, son concurrent à la chasse aux cartes ne l’est dans le manga qu’à instant de leur rencontre. La preuve en est qu’il ne gagnera aucune carte et ne sera pas « testé » par Yue comme potentiel Maître des Cartes. D’un côté, ça renforce un des défauts du manga où Sakura avance dans sa collecte sans aucune difficulté. D’un autre, je trouve ce choix assez positif puisqu’il n’est pas foncièrement nécessaire que la force de Sakura soit jaugée en comparaison de celle d’un garçon mais plutôt du dépassement de soi tout simplement.

CCS est ainsi un savant mélange d’aventure fantastique et initiatique et d’un quotidien de petite fille en primaire, qui prend appui sur les qualités que l’on retrouve dans les meilleurs shojos. En effet, malgré le merveilleux des cartes magiques que Sakura doit collecter et s’approprier, ce sont bien les personnages, leurs relations et leur développement personnel qui est au cœur du récit. C’est donc moins l’adversité qui va compter que la protection de ce qui est cher à Sakura, les cartes de Clow étant considérées par celles-ci comme de nouvelles amies au même titre que les humains qui l’entourent.

Si l’amour est un des sujets centraux dans CCS, il faut toutefois nuancer qu’il s’agit de tous les amours possibles dans une vie et pas uniquement de la romance. De plus, l’accomplissement de l’amour n’est pas l’unique but, ce qui est personnifié par le personnage de Tomoyo qui déclare aimer Sakura tout en souhaitant son bonheur d’avantage qu’un amour partagé. Un autre exemple : Sakura que l’on voit amoureuse de Yukiko depuis le début du manga se résignera et se consolera rapidement de son cœur brisé, puisqu’elle connaît les sentiments de celui-ci pour son frère et que rien ne compte plus pour elle que de protéger ceux qu’elle aime. Et c’est vraiment ça, le leitmotiv et le cœur du récit.

En revanche, le manga a deux écueils dont un est, à mon sens, très problématique.

D’abord le moins dérangeant : à l’exception des deux moments clés du récit, il n’y aucun véritable obstacle dans l’histoire. La capture des cartes de Clow de même que leur métamorphose en cartes de Sakura est un véritable jeu d’enfant, si bien qu’il n’y a aucune intensité dans les scènes. Malgré la beauté du dessin, on n’a pas vraiment le temps d’apprécier le pouvoir des cartes qu’elles sont capturées et rangées dans le deck de Sakura, et on passe au chapitre suivant. Du coup, on ne craint jamais que l’héroïne échoue ou soit blessée, ce qui rend, malgré tout, la lecture assez monotone et prévisible.

Et puis, il y a le vrai problème, celui au-dessus duquel je ne peux pas passer outre : les relations pédophiles sont bien trop nombreuses dans le récit pour être de simples écarts. Le professeur principal de Sakura, Terada, offrant une bague de fiançailles à son amie Rika, alors qu’elle n’est encore qu’une élève de primaire ; le professeur Mizuki et Tôya quand il était encore collégien et elle enseignante en stage dans son école ; la même Mizuki avec Eriol, lui-même élève de primaire et nouveau camarade de Sakura en deuxième partie du roman ; le père de Sakura a épousé sa mère quand il était encore son enseignant. Et quand bien même il s’agit d’amour à sens unique, on apprend dans le manga que les mères de Tomoyo et de Sakura étaient cousines, apportant également un peu d’inceste dans l’histoire. Et tout cela est, dans le manga, parfaitement normal voir présenté comme des instants « touchants » du récit.

La seule note accordée par la réédition à cet égard se retrouve lorsque Sakura rencontre pour la première fois la mère de Tomoyo et que celle-ci reproche au père de Sakura d’avoir épousé son élève quand il n’était encore qu’enseignant-stagiaire. Voici ce qu’elle dit : « Au Japon, on peut se marier dès 16 ans avec le consentement mutuel des familles. Les enseignants sont très respectés et leur salaire supérieur à celui que perçoivent les enseignants en France. »

Alors, oui, quand une œuvre, de surcroît destinée à la jeunesse, présente des relations pareilles, il est important que la lecture soit commentée. Bien sûr qu’il faut présenter les différences culturelles, qui expliquent dans une certaine mesure en quoi certaines choses sont tolérées et légalement possibles dans un pays plutôt qu’un autre. Mais là encore, ça nécessiterait d’aller plus loin dans l’analyse. Je ne pense pas cependant que ce soit très judicieux d’ajouter la différence salariale vis-à-vis de la France (qu’est-ce que ça veut dire ?) ; que les enseignants soient perçus au Japon comme des gendres enviables, soit, mais est-ce pour autant que cela explique le fait qu’ils épousent leurs élèves de lycée ? Et que penser de l’absence de note lorsque Terada demande son élève de CM1 de l’épouser ? Je trouve qu’en ce sens, la seule note glissée dans l’édition reste largement insuffisante et, au mieux, maladroite.

Pour conclure, malgré tout le bien que je continue de penser de CCS, je recommanderai plutôt de ne pas le faire lire à un jeune public et de préférer, si on tient vraiment à le partager à un enfant, sa version animée. Certes, les relations LGBT y sont moins affirmées (bien que suggérées), mais à l’inverse ces relations puantes sont aussi plus tamisées. J’ai souvenir, par exemple, d’une Rika en effet très amoureuse de son professeur principal, mais beaucoup moins de sa réciprocité. Dans mon regard de pré-adolescente, cela me semblait naturel. Dans mon regard d’adulte, cela me semble très dérangeant, d’autant plus que le manga et l’anime auraient très bien pu s’en passer, sans que cela change quoi que ce soit au récit. Quel dommage, non ?


Ce que j’ai le plus aimé :

  • Les personnages et relations LGBT
  • Les nombreuses représentations de personnages féminins diverses
  • Le leitmotiv de Sakura
  • Les cartes et les créatures magiques

Ce que j’ai moins aimé :

  • Les relations pédophiles et incestueuses…
  • L’absence totale d’adversité ou d’obstacles véritables
  • La répétitivité des aventures de Sakura dans la seconde moitié de la série

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