Pompoko, le déroutant film d’Isao Takahata

Pompoko_Fete

Des films de l’excellent Isao TAKAHATA (confrère d’Hayao MIYAZAKI et cofondateur du célèbre studio Ghibli), Pompoko est sans doute le plus déroutant.

Rien à voir, en effet, avec ses autres chefs d’œuvre, Le Tombeau des Lucioles ou Mes Voisins les Yamada.

Ce film est donc une autre preuve de son habileté. A varier son style, à étonner son spectateur et à proposer une œuvre aux grilles de lecture multiples.

Pompoko, une œuvre jeunesse pour adultes

Pompoko est en effet une œuvre remarquable qui n’aura pas la même portée en fonction de l’âge de son public.

Derrière son apparence de comédie / fable écologique, avec ces petits animaux personnifiés, fêtards, oisifs et lubriques, l’œuvre ne cache rien de la violente réalité des Tanukis. A l’aune de l’urbanisation massive du Japon dans la seconde moitié du XXe siècle, c’est leur survie qui est en jeu.

C’est cette ambivalence des regards et sa portée trans-générationnelle qui fait de Pompoko une œuvre jeunesse de qualité. Loin d’être cloisonnée au public à qui elle semble adressée, elle propose une double lecture.

Dès le début du film, un contrat tacite se conclut avec le spectateur. La métamorphose des ratons laveurs réalistes en Tanukis humanisés montre la réalité décrite au-delà de la fable.

Le chara-design mignon sert en effet à rendre ces créatures attachantes et identifiables pour le jeune lecteur. Il dresse le terrain de la suspension consentie d’incrédulité, sans rester dans le pur fantastique.

Pompoko n’est pas donc pas que de la fiction. C’est une réalité des temps modernes habilement mise en scène, qui fait tout son intérêt.

Au-delà de la comédie, une tragédie douce-amer

(Et puis, disons-le : réalistes, les Tanukis auraient eu l’air bien ridicule à user de leurs boules pour se métamorphoser.) Mais outre cette boutade assez comique du film, celui-ci se révèle d’une grande complexité et d’une justesse à toute épreuve.

La gravité du récit est construite de manière progressive. Elle se dresse indubitablement, alors que les Tanukis, du haut de leur ingéniosité combattive, passe et repasse de l’espoir au découragement.

A cause de cela, le film souffre de quelques longueurs. Mais elles trouvent ancrage dans le sentiment d’attente volontaire. Elles servent à renforcer la conviction irréfutable d’une lutte vaine.

Par la force ou par la négociation, rien y fait : l’expansion urbaine des humains continuent à ravager leur habitat.

La légèreté du film bascule. De l’allégresse des petites victoires et l’esprit combattif, les Tanukis se résignent à profiter de leurs derniers instants. Leur monde paisible arrive à sa fin, ne les laissant que peu de choix.

Au-delà de la morale : porter un regard critique sur notre monde

Critique et même sévère, le film ne s’abaisse pourtant pas à la facilité de la morale. Les humains ne sont pas diabolisés. Pour la plupart, ils obéissent à un mouvement de modernisation du pays. Et ils ne se rendent tout simplement pas compte des conséquences de leurs choix dans leur environnement.

La critique n’en est pas moins acerbe. La dureté et la violence des scènes, croissantes au fur et à mesure que les Tanukis sont au pied du mur, en témoignent. Le film prend scène dans les années où le Japon entre dans une croissance inédite. Le pays connait alors une très forte expansion urbaine et modernisation. Au-delà de la « transformation », Pompoko dénonce l’expansion aveugle et la destruction pure et simple de l’environnement.

Bien qu’ancré dans la tradition et le folklore japonais, le film réussit malgré tout à avoir une portée universelle. C’est sa capacité à raconter une bonne histoire, tout en proposant une réflexion sur ce qu’elle raconte de nous, qui fait de Pompoko un chef d’oeuvre.

Réalisé par Isao TAKAHATA en 1994, studio Ghibli, Film d’animation japonais – Drame, Fantastique, Comédie, Jeunesse


Quelques mots sur Isao Takahata

Isao Takahata (1935 – 2018) est un réalisateur de films d’animation japonais. Il est connu pour ses œuvres pacifistes et progressistes, et pour être cofondateur des studios Ghiblis avec Hayao Miyazaki.

Étudiant la littérature française à l’Université de Tokyo, l’auteur est marqué par sa découverte de Paul Grimault et Jacques Prévert. La Bergère et le Ramoneur et Le roi et l’oiseau lui auraient en effet inspiré sa carrière artistique.

C’est en 1959 qu’il rejoint les studios Toei. Il y fait la rencontre de Hayao Miyazaki, avec qui il réalisera Horus, le prince du soleil en 1968. Les deux réalisateurs continueront à contribuer ensemble par la suite. Soit en codirigeant les films, soit en se supervisant l’un l’autre dans leurs productions.

A la Toei, on les retrouve à la manette de Heidi, la petite fille des alpes, Nausicaa et la vallée du vent, et encore Lupin III. Après la démission de Hayao Miyazaki du studio, Isao Takahata l’aidera à produire son film, Conan le fils du futur.

Puis, ils créent ensemble le studio Ghibli en 1985, où Isao Takahata réalisera quelques uns de ses chefs d’œuvres.

En 1988 Le tombeau des lucioles contribue à le faire connaître du public occidental. Très vite, le réalisateur se détache de son partenaire en termes de style. Se considérant comme un réalisateur de films, d’avantage que créateur de films d’animations, il se permet plus de libertés esthétiques.

Son œuvre en est le reflet. Ainsi, Le Tombeau des Lucioles est un récit de guerre réaliste. Pompoko (1994) est une fable écologique fantastique pour la jeunesse. Souvenirs goutte à goutte (1991), une chronique de vie contemporaine. Mes voisins les Yamada (1999), une comédie satirique d’une famille japonaise sous forme de sketchs. Le conte de la Princesse Kaguya (2013), une adaptation féministe d’un célèbre conte japonais.


Résumé :

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible… Un dû et don de la nature, en somme : un équilibre qui ne semblait jamais pouvoir être menacé… 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.