Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector, qui est mort

Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector qui est mort

d’après l’œuvre de Jean Racine
Découverte au Festival OFF 2014 en Avignon
Mise en scène par Néry
Interprétée par Nelson-Rafaell Madel et Paul Nguyen
Musique originale de Nicolas Cloche
Découvrez le site du Collectif Palmera à l’origine de la pièce

LES COUPS DE CŒUR

Résumé : « Mon Dieu, des vers s’agitent devant vous et vous menacent : faut-il s’en débarrasser et par quel bout les prendre ? Ne prenez pas peur, Madame, restez-là, Monsieur et n’en faites pas une tragédie. Laissez-nous faire! Commencez par vous défaire des vieux rideaux rouges, des fauteuils qui coincent les genoux, des ouvreuses revêches et de votre acharnement de collégienne ou de collégien à dénigrer ce que votre professeur de français vous proposait de découvrir. Deux comédiens, pas plus c’est promis, se chargent de vous guider dans votre nouveau théâtre tout frais et tout neuf. La visite en vaut la chandelle et les coulisses regorgent de surprises. Partagez un vers avec Oreste, Hermione, Pyrrhus, Andromaque qui ont accepté de vous recevoir dans l’intimité de leur être, nus comme des alexandrins.« 

Par souci de fluidité de lecture, je vous propose dans cette chronique de raccourcir le titre en ce sigle : OHPAH.

Je suis une aficionado des pièces de Jean Racine et Andromaque est sans doute celle que je préfère mais aussi celle qui m’a fait découvrir sa plume. Mais c’est également une pièce très difficile à interpréter. Le texte se suffit à lui-même, mais le jeu d’acteurs et la mise en scène sont déterminants pour ne pas se retrouver plongés dans l’ennui. Par expérience, j’ai déjà vécu des heures douloureuses dans des interprétations parfois trop prises au premier degré avec un sur-jeu inutile et assez lourd vu la portée du texte.

OHPAH a fait le choix inverse de ne pas rester le nez collé à la plume de Racine. Mais au-delà de sa mise en scène originale et très astucieuse, il faut avant tout reconnaître que rien n’aurait été possible sans le talent de ces deux acteurs, un immense bravo à Neslon-Rafaell Madel et Paul Nguyen qui ont offert des interprétations sublimes. Car ils sont seuls en scène, à interpréter la foultitude de personnages, certains empruntés de la pièce, d’autres tirées de sa mise en abyme.

Ils sont à la fois les narrateurs, les spectateurs et les personnages du récit. Ils nous racontent la guerre de Troie, Épire, et puis Andromauqe, Pyrrhus, Oreste, Hermione en nous offrant une interprétation de la pièce qui, tout en reprenant les vers de celle-ci (qu’il n’aurait pas fallu bouder non plus), commence par l’introduire de façon ludique. Sans l’altérer, OHPAH offre une vision moderne de la pièce, en la rendant accessible à tout public, sans la simplifier.

Et puis, évoquons la mise en scène, originale, qui s’appuie sur un décor des plus minimalistes : deux fils éclairés d’ampoules sur le sol, délimitant la soule où l’intrigue se joue (sans jamais être une barrière pour les acteurs qui joueront justement sur le dépassement de ces frontières usuelles du théâtre) ; six sauts auxquels sont accrochés des ballons de couleur, représentant tous un personnage. Même Hector est là, sauf que son ballon est crevé, puisque, on le sait, il est mort.

La proximité que les acteurs vont créer dès l’introduction de la pièce nous immerge immédiatement dans son ressort dramatique. Puis ils reprennent les vers de Racine, les récitant, les interprétant, les chantant, en leur donnant une toute autre ampleur, une forme différente, rarement vue, ludique, sans jamais perdre de leur magnificence. Ils l’ont compris : le texte, seul, suffit. Alors pourquoi se priver de s’amuser avec ?

L’apothéose de cette pièce vient de brillantes idées d’interprétation – ainsi mettre en scène la relation d’Andromaque et de Pyrrhus comme un tango ; représenter Hermione comme une diva grecque. La myriade des interprétations offertes est brillante. Oreste trompé ; Hermione, sauvage ; Pyrrhus, triomphal ; Andromaque, forte ; Hector, toujours mort. Sans cesse, la pièce revient sur ce point d’ancrage, avec beaucoup humour et toujours dans le respect de l’œuvre originale.

Excellente en tout points, OHPAH est une des meilleurs interprétations que j’ai pu voir d’Andromaque. Elle nous plonge dans les affres de cette tragédie grecque, nous emmène du rire aux larmes, mais surtout beaucoup d’étonnement et de plaisir.


Ce que j’ai le plus aimé :

  • L’interprétation brillante
  • L’humour
  • La mise en scène et la scénographie
  • La musique
  • Les vers de Racine

Ce que j’ai moins aimé :

  • Je ne le sais toujours pas !