Minuit dans l’univers, les étoiles manquantes de George Clooney

Minuit dans l'univers de Georges Clooney

2049 devient le nouveau 2012. A ceci près : si la Terre s’effondre à cette date, ce sera notre faute. 

Des gens se précipitent dans des vaisseaux pour fuir une Terre ravagée. Un scientifique reste seul à l’arrière, trop malade pour espérer encore être sauvé. Il tente de prévenir un équipage parti deux ans plus tôt chercher une lune habitable de ne pas tenter de retour.

Quelques points rouges sur une carte et l’air qui s’irradie de plus en plus. Quoi qu’il se soit passé, on comprend vite à quel point l’humanité a merdé.

Au fond, cela n’aurait pas été très grave de ne pas savoir comment ou pourquoi. Il y avait certainement plein de choses à raconter.

Par exemple, ce que cela fait d’être le dernier homme resté sur Terre, rongé lui-aussi par la maladie. Ce que cela fait d’avoir quitté sa planète pendant deux ans. Puis d’y revenir enfin et se rendre compte qu’il n’y a plus rien à retrouver. Ou encore d’être allé au bout de ses ambitions sans se soucier du reste, et se retrouver seul sur une planète ravagée.

Mais, comme son protagoniste passe à côté de sa vie, le film passe à côté de son scénario. Puisqu’il culmine à la prise de contact entre le scientifique et les astronautes, la question revient évidemment sur la table. Que s’est-il donc passé ?

Et que répond le film ? Rien, le néant.

Nulle gloire pour qui détruit sa Terre

Le personnage central resté seul dans la base terrienne est Augustine Lofthouse, joué par George Clooney. C’est l’archétype du scientifique obnubilé par son travail, qui délaisse sa vie personnelle au profit de sa découverte. Il y est parvenu, puisqu’on suit en parallèle du film l’équipage de retour de la mission spatiale. Ils ont en effet trouvé sur la lune visée par le scientifique un lieu propice à la vie humaine. L’équipe est en extase, mais ils ont hâte de rentrer après deux ans d’absence. 

Les flashbacks d’Augustine racontent cependant une autre histoire, à laquelle l’état de la Terre semble faire miroir. Comme l’a prédit sa compagne au moment de le quitter, il est passé à côté de sa vie. Il en a oublié l’essentiel, obnubilé qu’il était par son ambition. Et finalement, au moment où celle-ci se concrétise, alors que l’équipage a effectivement trouvé une lune habitable, que lui reste-t-il ? Une planète aussi désolée que lui-même, condamné à y mourir, seul.

Peut-on y voir une sorte d’appel à redevenir modestes ? De ne pas oublier, dans notre course vers le progrès, la croissance, le développement, ce qui est essentiel ? Prendre soin de la seule planète où nous sommes capables de vivre. Car même si on finissait par trouver une lune habitable, il se pourrait bien que ce soit trop tard.

C’est là l’interprétation à laquelle j’ai envie de croire pour lui donner un tant soit peu de matière. Car, il faut l’admettre : sous ses habits modernes, le film est un squelette rouillé d’œuvres similaires, qui n’a pas grand-chose à proposer. Rien de neuf, mais surtout : rien du tout.

Minuit dans l’univers : un condensé fade de déjà-vu

Malgré de jolies images autour de la lune habitable, de l’intérieur du vaisseau, dans la sortie spatiale, le film reste très sage. Rien ne sort vraiment de l’ordinaire ou de ce que l’on aura déjà vu auparavant. Notamment dans des œuvres récentes, comme Interstellar ou Gravity. Avec des thèmes aussi similaires, la comparaison est inévitable et défavorable.  

Que ce soit dans l’esthétique, la réalisation, la construction du récit et son twist final, ce dernier ne prend aucun risque.

Et comme il repose sur des filons sur-usités du cinéma, il finit par se spoiler lui-même.

On sait tous qu’une scène où des personnages chantent à tue-tête précède un grand malheur. Et même, dès le début, il suffit de voir Georges Clooney observer la liste de l’équipage pour deviner dans les grandes lignes ce que sera la fin du film.

Mais c’est surtout un condensé de vide

Les personnages sont des coques vides.

A vrai dire, le seul qui ne le soit pas, c’est bien celui joué par George Clooney. Il a au moins un nom, un métier, des relations (enfin, une), un passé, une ambition, et des regrets.

Du reste, les cinq autres personnages récurrents n’ont quasiment droit qu’à un nom et une fonction dans l’équipage. Et si le film évoque pour deux d’entre eux une famille restée sur Terre, c’est pour une raison très précise dans le scénario.

Les informations données sont donc strictement fonctionnelles – même pour Augustus. Insuffisantes pour créer des personnages tangibles, auxquels on va croire ou ressentir de l’empathie.  Mais, surtout, leur utilité est si évidente qu’on devine tout de suite ce qui va leur arriver dès le départ.

Le scénario patine sur son point de départ, laissé vide

Comme indiqué en introduction, le film ne dit pas ce qui s’est passé sur Terre. Et si cet élément était resté comme un postulat de départ dans lequel évolue les protagonistes, cela n’aurait pas été aussi gênant. Au pire, c’est une facilité scénaristique justifiée, si le film s’était concentré sur autre chose.

La question allait être posée par l’équipage, évidemment. Or, le trois quart du film va tourner autour d’elle, renforçant le mystère. Et quand elle est enfin posée, le scénario part à la débandade.

Qu’est-il arrivé à la Terre ? Pluie d’astéroïdes, le contact est coupé. Après s’être démenés à réparer les communications, les astronautes font finalement face à une Terre ravagée. Reprise de contact. Mais qu’est-il arrivé à la planète ? Changement de caméra, perte de paroles. Augustus baragouine et précise qu’il ne connaît pas les détails…

Une guerre nucléaire massive, une succession de cataclysmes, un enchaînement d’accidents… Les films post-apocalyptiques regorgent d’excuses toutes faites. A défaut d’être originales ou crédibles, elles auraient fait un meilleur camouflage. Et si le scénariste ne tenait pas à développer cette partie, pourquoi ne pas l’avoir désamorcé dés le début ?

Une première tentative dans la SF ratée

En terminant le film, j’avais des impressions plutôt positives à son égard. Il y a de jolies intentions, quelques scènes réussies, de belles images, une conception sympa du vaisseau, de très bons acteurs et une réalisation soignée. Mais en prenant du recul, le film manque cruellement de prise de risque et d’un scénario plus abouti.

Je n’ai pas lu le roman dont il s’est adapté, je ne saurais donc pas dire si les défauts de son scénario en sont l’héritage. Mais il me semble qu’une bonne adaptation sait parfois prendre des libertés pour arranger ce qui est mal fait dans l’œuvre originale. Or, ici, c’est clairement un acte manqué.

The midnight sky, réalisé par George Clooney, 2020, d’après l’œuvre originale de Lily Brooks-Dalton, film de science-fiction, voyage spatial et post-apocalypse, disponible sur Netflix, interprété entre autres par George Clooney, Felicity Jones, Tiffany Boone, David Oyelowo, Demian Bichir, Kyle Chandler…

Pompoko

Pompoko_Fete

Réalisé par Isao TAKAHATA en 1994
Film d’animation – Drame, Fantastique, Comédie, Jeunesse
Japon

LES COUPS DE COEUR

Résumé : « Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible… Un dû et don de la nature, en somme : un équilibre qui ne semblait jamais pouvoir être menacé… »

Des films de l’excellent Isao TAKAHATA (confrère d’Hayao MIYAZAKI et cofondateur du célèbre studio Ghibli), Pompoko est sans doute le plus déroutant. Dans une veine radicalement différente de ses autres chefs d’œuvre, Le Tombeau des Lucioles ou Mes Voisins les Yamada, ce film est une autre preuve de son habileté à varier son style, à étonner son spectateur et à proposer une œuvre aux grilles de lecture multiples.

Pompoko est en effet une œuvre remarquable qui n’aura pas la même portée en fonction de l’âge de son public. Derrière son apparence de comédie / fable écologique, avec ces petits animaux personnifiés, fêtards, oisifs et lubriques, l’œuvre ne cache rien de la violente réalité des Tanukis à l’aune de l’urbanisation massive du Japon dans la seconde moitié du XXe siècle. C’est cette ambivalence des regards et sa portée trans-générationnelle qui révèle à quel point une œuvre jeunesse de qualité n’est pas forcément cloisonnée au public premièrement visé.

La métamorphose qui s’opère dans la première scène du film, où on passe rapidement de ratons laveurs réalistes aux Tanukis plus humanisés, est judicieuse. Le choix du chara-design de ces derniers ne fait aucun doute puisque cela permet aux spectateurs de s’y identifier et de s’y attacher plus facilement et parce que la suspension consentie d’incrédulité n’aurait clairement pas fonctionné autrement. Mais les avoir montrés en tant que ratons laveurs permet surtout de rappeler que, derrière la fable, il y a une réalité derrière cette histoire. Ce n’est pas que de la fiction, renforçant l’intérêt et à la portée de celle-ci.

Et puis, disons-le : voir des Tanukis utiliser leurs testicules – des boules proéminentes – pour se servir de la magie était déjà suffisamment étrange, original, surprenant et drôle. Pour ne pas grossièrement dire what the fuck. Alors, en version réaliste…

Mais outre cette boutade assez comique du film, celui-ci se révèle d’une grande complexité et d’une justesse à toute épreuve. Sa force vient du fait que la gravité de son récit apparaît de façon sous-jacente et croissante, au fur et à mesure que les Tanukis passent de l’espoir au découragement et inversement, sans jamais savoir s’ils arriveront au bout de ce combat.

Les quelques longueurs que l’on peut ressentir, par moment, se justifient ainsi en créant un sentiment d’attente et en insufflant la conviction irrémédiable que cette lutte est vaine. Par la force ou par la négociation, rien y fait : les humains persistent d’avantage à détruire leur habitat par intérêt d’expansion urbaine. Plus les Tanukis se montrent astucieux et plus cette impression se renforce.

Le ton léger des scènes d’espoir prend alors une toute autre dimension et on comprend que le monde paisible auquel les Tanukis aspirent arrive à sa fin. Le message de ce film n’est pas qu’une leçon de morale, c’est la constatation mise en scène de l’effet que l’humain a sur son environnement. Isao TAKAHATA se serait d’ailleurs inspiré de l’histoire de son propre pays, celle de minorités qui ont vu leurs traditions, leur habitat et leurs coutumes se faire avaler par la modernisation.

C’est sa capacité à raconter une bonne histoire, tout en proposant un regard critique et une véritable réflexion sur ce qu’elle raconte de nous, sans jamais sur-dramatiser ou simplifier à l’extrême son message, que Pompoko tire toute sa force. C’est un chef d’œuvre à ne pas manquer.


Ce que j’aime le plus:

  • Le traitement de ses thématiques
  • Pour toutes les générations
  • Très fun à regarder
  • Beaucoup d’émotions
  • La justesse du récit

Ce que j’ai moins aimé:

  • Quelques longueurs (mais justifiées)