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Une nuit de Nata de Benoît Reiss

Pas facile de vous parler d’une demie déception : de tous les livres présentés lors de la soirée des Rentrez des Indés durant laquelle des maisons d’édition indépendantes sont venues présenter une de leurs futures sorties, Une nuit de Nata faisait partie de mes préférées. Je m’étais en fait imaginée quelque chose d’assez différent, mais les souvenirs laissés de cette soirée ont sans doute rendu floues mes attentes. Au fond, à quoi m’attendais-je vraiment ?

Une nuit de Nata est un très court roman, qui se déroule dans une temporalité toute aussi brève, un instant, un cliché pris dans le noir, car tout se déroule lors d’une nuit. Le roman propose un découpage et une façon d’écrire qui donne cette impression d’instantanés. C’est comme des flashs de lumière qui laissent apercevoir des ombres et deviner l’action. Certaines que l’on arrive à identifier, parce qu’elles ont été plongées une fois dans la lumière, ainsi Nata, Gémo ou encore sa marraine. D’autres qui rampent collés serrés à ras le sol.

C’est une nuit où tout pourrait se passer et tout se passe : de l’ombre attirée par le feu qui rampe au bas des murs, alléchée et affamée ; de la marraine à l’agonie qui revoie sa jeunesse par des souvenirs brefs qui se confondent à la réalité ; de Gémo appelé par les urgences qui doit faire avancer son ambulance coûte que coûte à travers une route impraticable de nuit ; et de Nata qui, partagée entre la peur de se faire réprimandée par sa mère et son envie de croire aux aventures, finit par passer la porte de sa maison. Ainsi démarre l’histoire : Nata fuit une situation qui l’étouffe et lui fait peur.

Les débuts de paragraphe se répètent, s’allongent. Tout le roman se fait écho, toute l’action est plongée dans un étirement entre accélérations et ralentissements. Bien trop souvent, les scènes se rejouent, donnant l’impression qu’aussi loin que Nata tente d’aller, s’inventant de plus en plus de raisons de poursuivre sa course, elle et le lecteur sont retenus en arrière, dans le village et plus précisément dans la maison qu’elle a abandonné. Il y a une lenteur, qui ressemble à celle de la nuit, faisant à la fois la qualité et le défaut du livre.

Une nuit de Nata ne se livre pas tout de suite ; on se laisse tromper par la distance des éléments de l’histoire. Nata notamment ne prend sa véritable forme qu’à la toute fin du roman, lorsque se révèle la raison de sa fuite et son véritable état d’esprit. Jusque-là, on peut aisément la confondre avec une enfant égoïste, insensible, qui ne cherche qu’à combattre son ennui. Elle n’est qu’une demie ombre qu’on aperçoit à la lueur de la lune, qui fuit une bête dont on ne perçoit que les émotions.

Tout se transpose finalement dans les dernières pages, en tout cas pour Nata et la bête. Mais pour le reste, je ne suis pas aussi convaincue du charme de l’unité des éléments. Je n’ai pas apprécié le style de l’auteur, qui est simple et mesuré, mais sans harmonie particulière. Je n’ai pas retrouvé l’atmosphère sombre et inquiétante à laquelle j’aurais voulu me plonger. Quant aux émotions, à l’exception de la toute dernière page, j’ai passé ma lecture dans une vague indifférence qui est finalement la raison même de ma déception.


une-nuit-de-nataUne nuit de Nata
Ecrit par Benoît Reiss
Publié aux éditions Esperluète, 2016
Contemporain
16€, 76p

Résumé :
« Nata est sur le seuil, les cheveux défaits, les pieds nus consciemment posés à moitié à l’intérieur de la maison, à moitié sur la route, et cette histoire d’apparition dans le coin de la fenêtre finit par être ce que Nata veut qu’elle soit : un prétexte pour prendre une bouffée d’air du dehors.
Une seule bouffée et elle rentrera. Elle tend son visage, lentement, menton d’abord puis le front, enfin le nez ; c’est par le nez qu’elle prend connaissance du dehors. »


Merci à Babelio et aux éditions Esperluète pour cette découverte !

masse critique

2 Comments

  1. Bonjour chère… collègue! Je ne sais pas si c’est le terme qui convient mais je fais moi aussi partie du Grand Prix des Lectrices ELLE 2017, jury d’Octobre et toi?
    Je viens de finir Une nuit de Nata et visiblement, j’ai plus apprécié que toi la prose poétique de Benoît Reiss, D’ailleurs, il me semble qu’il s’agit d’un poème plus que d’un roman.
    Ravie d’avoir découvert ton blog via Babelio…
    A très bientôt donc!
    Marie-Laure
    http://lireaulit.blogspot.fr/

    • Lusionnelle Lusionnelle

      Bonjour ! Ravie d’échanger avec une collègue du GPL ELLE 2017 ! Je suis d’ailleurs du même jury que toi-même. Celui dont j’ai pour le moment préféré la sélection. ^^
      Oui, j’ai appelé cela par défaut un « roman », mais j’hésitais avec une novella. Je n’ai pas tout à fait déprécier ma lecture, mais cela fait quelques mois que j’en ai entendu parler et je m’imaginais vraiment autre chose, avec un peu plus de folie dans le style et l’univers.
      Merci d’avoir pris le temps de me lire ! Au plaisir d’échanger que ce soit ici ou sur ton blog ou sur notre page FB du prix Elle ! 🙂

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