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Théâtre | Tartuffe Nouveau – Jean-Pierre PELAEZ (Fest. OFF 2014)

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Résumé

François Boyard (Orgon) ancien ambassadeur, très influent, et qui se pique de faire œuvre de générosité, héberge chez lui un certain Krüger (Tartuffe), responsable humanitaire, et grand communiquant, dont il admire et soutient les engagements en faveur de tous les malheureux de la Terre. Aussi voudrait-il que sa fille Marianne (Mariane), petite amie de Patrice (Valère), devienne son assistante pour sa prochaine émission de télévision, mais les relations étranges de Krüger avec l’épouse de François, Irène (Elmire) ont vite éloigné la jeune fille du grand aventurier…

Info(s) pratique(s)

Interprète(s) : Théodora Carla, Jean-Mard Catella, Bertrand Cauchois, Olivia Forest, Lucas Gentil, Guillaume Lanson, Marie Pagès, Damien Rémy, Sabine Sendra

Mise en scène, scénographie, création lumieres : Gérard Gelas

Théâtre du Chêne Noir, salle Léo Ferré, à 15h30 (2h), tarif : 22€, carte off : 15 €

Programme OFF / Réservations : sur le site du OFF ou sur le site du Théâtre du Chêne Noir


Ah ! Du Molière ! Ayant récupéré des places avantageuses grâce à une association, on m’a proposé d’aller voir la pièce « Tartuffe nouveau« , écrite par Jean-Pierre PELAEZ et faisant partie de sa Trilogie Molière. Inspirée du fameux et classique Tartuffe de Molière, la pièce est une transposition moderne de son aînée : le même découpage des actes, les mêmes personnages (avec d’autres noms), la même versification (à quelques détails près). Quel intérêt, me dîtes-vous ? Peut-être tout simplement pour rendre à Molière sa modernité, car aujourd’hui on a trop tendance à lire ce dernier comme une fable d’un autre temps révolu. Peut-être parce qu’il faut rappeler que le théâtre est aussi là pour être dérangeant, pour apporter une réflexion, une critique, des questions en plus d’instruire et de divertir. Et ce Tartuffe nouveau, mis en scène par le magistral Gérard Gélas, a le mérite de faire tout cela, en plus d’être bien écrit et si drôle.

Bon, je l’avoue, je plaide coupable : je n’ai pas été particulièrement concentrée les dix premières minutes, aussi ai-je assez mal démarré la pièce. Alors, forcément, j’ai acheté le texte après le spectacle afin de me rattraper. Je n’ai pas tout lu – je le réserve pour le train du retour – mais j’ai ainsi relié le bout. Ce qui fait que j’ai d’autant plus eu l’occasion de voir à quel point l’auteur et l’alexandrin ne font qu’un : le texte est si fluide que les vers se lisent d’une traite, faisant raisonner les rimes sans bousculer le rythme sans le hachurer à outrance.

Mais dès que mon esprit s’est finalement focalisé sur la pièce, j’ai aussitôt été happée par celle-ci. Les personnages hauts en couleur, en costume d’époque aussi, s’expriment en alexandrin – c’est donc bien du Molière – mais la rupture s’annonce vite tant les thèmes abordés sont modernes. On comprend très vite l’enjeu – en plus de la trame principale, celle de Tartuffe, que tout le monde connaît – et on se gausse de tous les tartuffes nouveaux que l’on peut voir ou connaître. Ces bellâtres qui se proclament défenseurs des justes causes, qui ont leurs comptes en Suisse et profitent des médias pour faire valoir leur généreux bon vouloir…

Pour le plaisir, je vous laisse un petit extrait de l’Acte I Scène 5 qui résume très bien ceci – extrait également présent en 4e de couverture aux éditions L’Harmattan :

« Ce genre d’ambitieux prospère de nos jours ;
La mode est au combat, à l’engagement pour…
Mais tous ces engagés nous prennent pour des poires
Et leur grand cinéma, leur zèle ostentatoire,
Leurs parfaits numéros, le tapage qu’ils font
De tous leurs beaux combats et leurs bonnes actions,
Montrent très clairement où est le bénéfice
Et ce que vaut chez eux l’esprit de sacrifice :
Car bientôt on les voit, ces Messieurs Saint-Vincent,
Ces Zorros de l’humain, ces bienfaiteurs ardents,
Dans tel ou tel parti, ou dans un Ministère
De leur grande bonté recevoir le salaire…« 

Pour sublimer un tel texte, il fallait un metteur en scène talentueux. Et qui de mieux que Gérard Gélas pour ce faire ? A son palmarès, pas moins que Guantanamour, Hannah K, Mireille On ne badine pas avec l’amour, parmi les pièces que j’ai vues, et il y en a encore tant d’autres à souligner (en savoir plus). Avec Tartuffe Nouveau, Gérard Gélas nous propose une mise en scène haute en couleur et faisant écho au style de la pièce : mêlant un décor épuré (une grande et belle table avec des chaises assorties) et des costumes d’époque, des gestuelles et un jeu qui rappelle forcément Molière, tout en accompagnant le tout d’une touche moderne : le texte, la musique et certaines gestuelles qui s’y prêtent…

N’oublions pas non plus de citer les acteurs qui nous ont offert une maîtrise parfaite du jeu et ont su interpréter leurs rôles avec la grâce et le talent nécessaires. Ainsi je voudrais faire une mention spéciale pour Jean-Marc Catella qui nous offre un Tartuffe des temps modernes aussi irritant que possible, Damien Rémy dont le talent n’est plus à prouver (je citerai notamment Mireille et Guantanamour, deux véritables chefs d’œuvre), et Théodora Carla qui nous offre une Consuelo (Dorine) absolument impertinente et si drôle.


De très bons comédiens, deux heures de pur plaisir, du théâtre de Molière revu à la sauce du jour par un auteur de talent, une excellente mise en scène… Tartuffe Nouveau est une pièce qui mérite d’être connue, lue et vue sur scène. Rendez-vous donc au Théâtre du Chêne Noir, tous les jours à 15h30, pour le vérifier par vous-mêmes !

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