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Théâtre | La Chute – Albert Camus (Fest. OFF 2014)

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Résumé

« À Mexico-City, petit bar louche d’Amsterdam, un consommateur, qui se présente sous le nom de Jean-Baptiste Clamence comme ancien avocat et actuel juge-pénitent…, engage la conversation avec un compatriote de passage.
Un texte incontournable d’Albert Camus.« 

Info(s) pratique(s)

Interprète(s) : Ivan Morane, Silvia Lenzi
Adaptation : Catherine Camus, François Chaumette
Metteur en scène, scénographie et lumières : Ivan Morane

Théâtre du Chêne Noir, salle John Coltrane, à 11h (1h20), tarif : 22 €, carte off : 15 €

Programme OFF / Réservations : sur le site du OFF ou sur le site du Théâtre du Chêne Noir


Ayant découvert les pièces de théâtre d’Albert Camus en début d’année avec Les justes notamment, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion en voyant au programme du Chêne Noir une adaptation de son roman La Chute – texte splendide que j’aurais grand plaisir à lire.

D’abord, je voudrais souligner l’interprétation d’Ivan Morane et sa diction qui porte si bien le texte et habite habilement le personnage. Malgré une mise en scène qu’on pourrait dire minimaliste, celle-ci suffit amplement ; les changements de décors sont suffisamment donnés par quelques mouvements précis, une brume épaisse dans la nuit noire parisienne, au bord des quais de Seine où tout se joua sur un pont qu’il n’aurait jamais dû franchir…

Plus encore, l’idée d’accompagner le jeu, le texte et le personnage par une musicienne présente sur scène, Silvia Lenzi, est ingénieuse. Jouant du violoncelle, elle fait retentir comme un fond sonore macabre, un glas, un cri lointain, mais omniprésent.

La chute est multiple : littéraire avant tout, géographique, sociale surtout mais aussi personnelle. Des tas de questions sont posées : autour de la culpabilité et du sentiment de honte non pas seulement vis-à-vis de soi-même mais plutôt vis-à-vis des autres car le jugement des autres devient le seul châtiment que craint véritablement l’homme qui, autrement, peut se satisfaire d’excuses placides, illogiques mais suffisantes pour lui-même ; la vanité, le mépris et la condescendance camouflée dans l’altruisme qui sert bien plus à se donner bonne conscience, à s’aimer d’avantage, plutôt qu’à penser à autrui – la tirade sur la notion d’égoïsme est d’ailleurs magnifique.

Un texte très dense et qui nous fait réfléchir. En se remettant en question, c’est nous que Jean-Batiste Célmence remet en question. Devant la vérité crue, amer mais réaliste et surtout douloureuse, on se sent mal à l’aise face aux déblatérations de ce juge-pénitent et on ressort presque soulagé du théâtre. J’aime cet aspect poignant de la pièce, du texte. J’aime quand le théâtre – la littérature – chamboule et nous fait réfléchir.

Pour illustrer ce propos, voici un extrait du livre qui m’a particulièrement plu dans la pièce :

« Elle consiste d’abord, vous en avez fait l’expérience, à pratiquer la confession publique aussi souvent que possible. Je m’accuse en long et en large. […] Mais attention, je ne m’accuse pas grossièrement, à grand coups sur la poitrine. Non, je navigue souplement, je multiplie les nuances, les digressions aussi, j’adapte enfin mon discours à l’auditeur, j’amène ce dernier à renchérir. Je mêle ce qui me concerne et ce qui regarde les autres. Je prends les traits communs, les expériences que nous avons ensemble souffertes, les faiblesses que nous partageons, le bon ton, l’homme du jour enfin, tel qu’il sévit en moi et chez les autres. Avec cela, je fabrique un portrait qui est celui de tous et de personne. Un masque, en somme, assez semblable à ceux du carnaval, à la fois fidèles et simplifiés, et devant lesquels on se dit : « Tiens, je l’ai rencontré, celui-là ! » Quand le portrait est terminé, comme ce soir, je le montre, plein de désolation : « Voilà, hélas ! ce que je suis. » Le réquisitoire est achevé. Mais du même coup, le portrait que je tends à mes contemporains devient un miroir.« 


En quelques mots, je dirai que cette représentation est à voir. Ce n’est pas encore le coup de cœur que j’attendais – ce n’est que le premier jour – mais elle vaut largement le détour : 1) pour le texte 2) pour l’acteur 3) pour le violoncelle si justement utilisé ici.

2 Comments

  1. […] en soit, ce matin, nous avons donc pu entamer les festivités avec l’excellente pièce La Chute d’Albert Camus, peut-être pas la plus joyeuse, mais en tout cas qui a le mérite de nous […]

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