The Handmaid’s Tale de Margaret ATWOOD

Après avoir entendu tellement d’éloges sur ce roman, après avoir vu la vague déferlante des avis positif sur la série, j’ai finalement sauté le pas et lu La Servante Écarlate. Je ne ferai pas l’affront de dire « et j’ai été déçue » – ce ne serait pas exact car je lui reconnais bon nombre de qualités qu’on lui attribue. Pour autant, je n’ai pas apprécié ma lecture. Comment expliquer le mélange de « j’aime » et « je n’ai pas trop aimé » entre lesquels je me trouve ?

Avant tout, autant le dire : la qualité du livre est son fond. Ce traitement de la violence subite par les femmes, dans une société gouvernée par le fanatisme religieux sous fond de pandémie rendant stérile une bonne partie de la population, est très bien exploité. Sous couvert de les protéger et de garantir la pérennité de l’espèce humaine, toutes ces excuses ne servent en réalité qu’à justifier l’exploitation et l’aliénation une fois de plus imposée aux femmes, véritables boucs émissaires de la société dont même les mieux loties ne sont guère enviables. Le roman est en réalité bien plus atmosphérique qu’autre chose. Avec son découpage, soigneusement ordonné par thématique, il prend le temps de développer chaque aspect glaçant de cet univers confiné et machiste – qui semble hors du temps, à la fois proche et très distant de celui du lecteur. La violence est sourde, latente, pernicieuse, en filagramme, et ainsi très horrifiante. Et donc, très efficace.

L’absence de révolte de la narratrice, qui, sans accepter, se retrouve contrainte à subir, renforce le fatalisme de sa situation. Très vite, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un livre sur une rébellion face à un régime oppressant et injuste – et c’est assez positif, car ce parti pris d’un individu qui se soulève contre des masses plus fortes et nombreuses que lui est aujourd’hui un ressort trop éclusé et souvent peu crédible. Dans La Servante Écarlate, la narratrice résiste dans sa survie quotidienne mais se retrouve incapable de défaire les entraves de sa condition de femme fertile.

En revanche, l’œuvre littéraire m’a certainement déplu : je n’ai pas aimé le style de l’auteur – que j’ai lu en anglais – ni la construction du récit. Du moins, je trouve ce dernier intéressant, mais le résultat est pour moi en demi-teinte. L’épilogue a beau donner du sens aux défauts que je lui ai trouvés, ceux-ci ont cependant rendu ma lecture difficile et peu fluide. A plusieurs reprises, je l’ai trouvé très confuse ; je n’ai pas compris l’intérêt de pousser aussi loin cette confusion. Je ne suis même pas certaine d’avoir tout compris – comme le fait que j’ai gardé l’impression d’avoir lu, pour un même personnage, deux histoires complètement différentes et incohérentes entre elles.

Les flashbacks où l’héroïne se rappelle du passé, avant que la société ne devienne ce qu’elle est, sont assez maladroits. Je ne pense pas qu’il était pertinent de montrer un avant à cette société, plus proche de notre actualité, car la transition n’est par la suite jamais développée. Même si, j’en conviens, cela sert également à rattacher le lecteur à cet univers, pour ne pas trop le distance si celui-ci n’était pas clairement décrit comme le nôtre. C’est également lié au parti pris d’une narration à la première personne : on suit en effet les pensées de l’héroïne et il est de ce fait sans doute normal de ne voir et n’apprendre que ce à quoi elle a directement accès. Mais cette absence de développement, alors qu’il y a un gap important entre le passé de l’héroïne et son présent, n’aide pas à le rendre crédible – à simplifier ce qu’on appelle la « suspension consentie de l’incrédulité » du lecteur. Ce cap est par trop d’aspect infranchissable à mes yeux.

Pour résumer, si je n’ai pas aimé ma lecture – allez, soyons honnête ! – je l’ai trouvée malgré tout très intéressante. Cela fait du bien de revenir à des œuvres dystopiques qui ne se jouent pas dans l’action, qui sont simplement là pour poser un contexte, un univers, développer des thèmes forts et mettre en avant les défauts de notre société actuelle et les risques de débordement si on ne fait rien pour améliorer notre situation. Cela fait aussi du bien de ne pas voir une héroïne qui devient une figure héroïque de rébellion – même si cette dernière apporte un message positif et d’espoir. Cela la rend très humaine et crédible, et cela permet aussi de soulever le lecteur contre une attitude qu’il pourrait juger passive et dangereuse, mais qui reflète sans doute une part plus importante des réactions et instincts de survie dans un tel contexte.


The Handmaid’s Tale (La Servante Écarlate)
Ecrit par Margaret ATWOOD
Publié aux éditions Penguin (collection Vintage Classics), 2010
Dystopie
336p, 10,49€ PF broché 6,50€ numérique
Sur le site de l’éditeur


Résumé :
« Offred is a Handmaid in the Republic of Gilead. She has only one function: to breed. If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs. »

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